Adrien, ne range surtout pas ta chambre !

par

COMÉDIE EN UN ACTE DE JÉRÔME REIJASSE.
Jouée pour la première fois au Théâtre des Deux ânes,
à Paris, le 22 janvier 2019.

L’action se déroule dans un immense appartement d’une banlieue cossue, peut-être même à Paris.
Un fils et sa mère. Lui affalé dans un canapé gigantesque, faisant face à une télévision du même acabit.
Elle, debout, accoudée à l’îlot central de la cuisine. La tension est plus que palpable…


Maman, y’a plus de Chocapic, putain !!!

Je n’ai pas eu le temps de faire les courses, Adrien, pardonne moi mon fils…

Maman, je ne vais pas en RUSSIE, tout le monde veut que je joue 6, ma putain de Switch n’arrête pas de planter… Et y’a plus de Chocapic!!! Mais c’est quoi ça ??? C’est quoi cette vie de merde ? J’ai fait quoi ? À qui ? Pour mériter ça putain !!!

Je t’avais dit de ne pas envoyer ce message à l’autre. Je te l’avais dit. Bien sûr mon Dada, tu as raison. Le sélectionneur est un con. Et une girouette. Et une baltringue. Et… Regarde, il ne prend pas non plus Benzéma…

Maman !!! Tu crois quoi ??? Que j’allais le laisser m’humilier sans rien dire ? Il croit que je vais y aller en rampant, à Clairefontaine, sa race ?

Non mais tu as raison mon petit chat. Bien sûr. Mais il ne fallait rien dire. Tu aurais dû te retenir. Tu veux que je te dise, rien qu’en sponsoring, on perd le coût des travaux de l’extension de la villa à Saint-Tropez, hein, quand même. Il fallait t’empêcher. Attendre un peu. Tu as toujours été ce charmant petit garçon impatient de vivre. Je le sais. Je t’aime mon Diendien. Mais maintenant, la France, elle, ne t’aime plus autant qu’avant…

Mais nique la France, nique tes surnoms à la con, nique Deschamps, nique Nintendo putain !!! Je veux mes Chocapic !!! Je vais faire comme Hatem et Marco, je vais bouffer comme un porc tout l’été à Ibiza et je vais revenir à la reprise customisé comme un Jesé ahahahahahah. Et la clope au bec. Nique sa mère à l’autre nain ! Tu prends Nzonzi, c’est ça ? Non quoi ? Mais qui c’est lui avec son nom de Ligue 2 ? Nzonzi…

Mon kikou, calme toi, je t’en prie. oh, ce petit blondinet, je le déteste !!! Quel salaud ! Ils l’ont dit, Karim l’a dit, hein, c’est un raciste, c’est vrai…

Maman, je suis comme Booba moi. Je suis noir surtout à l’intérieur. Deschamps ne m’a pas craché à la gueule parce que j’étais africain. Ça n’a rien à voir !!! Le mec veut me donner une leçon pour me faire grandir ! Papa Deschamps ! Putain !!! Et il veut que je patiente en m’entraînant tous les jours jusqu’au 4 juin, en priant qu’un joueur se pète ? Non mais oh ! On est où là ?

On est dans un monde de fou qui ne sait pas reconnaître une évidence mon Poupounet. Mais j’ai peur que Nasser profite de la situation… Cette histoire va t’affaiblir mon chéri. Tu le sais. Tu le savais en écrivant cette déclaration. Tu savais que la frustration ne devait pas prendre le dessus et tu n’as pourtant pas pu freiner. Comme toujours… Oh, je me souviens, enfant, quand il fallait faire la queue le mercredi pour ta séance de cinéma hebdomadaire. Tu explosais. Et de rage, tu préférais souvent rentrer à la maison plutôt qu’attendre. Comme on a ri… Tu étais adorable et si plein de révolte, mon Poussinou…

Si les gens aiment faire la queue, tant mieux pour eux. J’ai autre chose à foutre. Et quoi Nasser ? QUOI ??? “Adrien, année prochaine, toi jouer six et après, on verra, ok, merci, je t’aime et on va gagner la ligue des championzeu…” Et blablabla. Demain, je pars, où je veux, t’entends ?

Tu as ton contrat, on l’a tellement renégocié… et puis, tu sais que Nasser sait au moins faire une chose : retenir ses joueurs, peu importe la pression. Et puis, Paris, quand même. C’est un peu ton Club mon petit bouclé…

Mon club déjà, c’est pas le mien mais celui de Neymar. Arrête de rire Maman, je suis sérieux là putain !

Pardon mon mulot… Je t‘écoute…

Mon club, ton club, son club, leur club, mes couilles oui. Je pars où JE VEUX !
… Quand JE VEUX !!! Et oui il faisait froid en Bulgarie, c’est de ma faute ?

Un ange passe, suspendu à un fil, il porte un t-shirt Unkut.

Ça non plus tu n’aurais pas dû le dire.

Monde de merde, les FDP d’hypocrites. #p’tites bites putain !

Ah, mon muffin aux myrtilles, toujours cette allergie à l’injustice. Tu vois, tu me fais pleurer. Tu es si pur mon Diendien, si… Si fier…

Ouais, si sanguin, si borné, si vaniteux tu veux dire, hein, Maman ?

Mais non mon fils, mais non, c’est plutôt que…

Maman, arrête, j’suis pas dupe. C’est de l’egotrip, t’inquiètes… Mais quand ils me verront, tous, relayeur au Real ou où je veux, titulaire, indiscutable, ils fermeront leurs bouches, tous ! Et boum !

Alléluia mon amour !

Et au Qatar, en 2022, c’est qui qui le capitaine des Bleus ? C’est qui qui qui se fait pépon par Nike en mode glouton, hein Maman, c’est qui ?

Toi, mon Adrien, TOI !

Il se lève et enlace sa mère, après s’être gratté les couilles, d’un geste à la fois gracieux et désinvolte.

Le rideau tombe. Le public applaudit de longues minutes, debout.


Adrien Rabiot joue depuis 2020 numéro six aux Young Boys Berne. Il est capitaine, titulaire, indiscutable.
Les travaux de Saint Tropez ont finalement pu être achevés. Et Maman a décroché un deal d’enfer avec les céréales Chocapic. Adrien Rabiot est heureux. Malgré ces douleurs récurrentes au dos, dues à une conséquente prise de poids.
Il est en revanche parvenu à arrêter la clope, la chicha également, Marco l’ayant convaincu des avantages de l’ecstasy.
Il n’a jamais rejoué pour l’équipe de France. Sa Maman a épousé Mino Raiola.
Ils sont les heureux propriétaires d’un gigantesque bowling aquarium du côté de Miami.


Jérôme Reijasse
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