Un an au Club !
Christian Wörns | 1998-1999

par

Un joueur allemand en France est souvent un gage de réussite,
les recruteurs du PSG ne l’ont pas compris à l’époque.


Christian Wörns fut l’un des défenseurs les plus talentueux d’Allemagne, malgré un palmarès pas très fourni (une Coupe d’Allemagne en 1993 avec le Bayer Leverkusen, un Trophée des Champions en 1998 avec le PSG et un titre de  champion d’Allemagne en 2002 avec le Borussia Dortmund), il compte quand même 66 sélections avec la Mannschaft. Mais surtout il fut le premier joueur allemand à signer à Paris.

Né le 10 mai 1972 à Mannheim, formé au SV Waldhof Mannheim comme Jürgen Kohler et les frères Förster. Il ne connaîtra que trois clubs.

Deutschland über alles !

Il rejoint le PSG en 1998 afin de remplacer Bruno N’Gotty en partance pour le Milan AC. C’est Ricardo et Michel Denisot qui le recrutent en février, les deux hommes savent qu’ils font une super affaire. Ils ne recrutent pas seulement un défenseur, mais un leader, quelqu’un qui va s’investir, apporter de la confiance, de l’expérience, de l’intelligence de jeu et surtout une nouvelle stature à la défense.

Grosses périodes de turbulences

C’est un vrai défenseur allemand, très physique, rarement pris en défaut, en résumé ce type est solide, jamais blessé, froid et déterminé.
Il sera associé durant la saison à Alain Goma et Éric Rabesandratana. À un an près, ça aurait été Paul Le Guen, Bruno N’Gotty et Alain Roche, une autre allure n’est-ce pas ?

Alors qu’il avait signé pour trois ans, Wörns ne restera qu’un an au club, et pour cause, en cette année 1998 qui apporta tant au football français, le PSG entre dans une de ces grosses périodes de turbulences comme ce club sait se les créer.
Durant son année au club il connaitra trois entraîneurs et deux présidents. Il va évoluer dans un cocktail explosif en football fait d’égos surdimensionnés, de romantisme et d’incompétence.

Oui, le PSG est un club exotique et Wörns ne le découvre qu’après son arrivée.
Six mois avant, il prend des cours de français avec sa femme. Preuve qu’il prend son intégration très au sérieux et pour beaucoup un gage d’implication. Malgré cela il ne réussira jamais à se faire comprendre par ses coéquipiers.

Le baiser de la mort

Charles Biétry le nouveau président, a à peine pris ses fonctions, qu’il veut à tout prix s’en séparer pour une histoire d’audit et de masse salariale.
Avec un effectif renouvelé à 90%, les prétentions de salaire de Simone et l’achat d’Okocha, le PSG est en pleine révolution financière.
La saison n’a pas encore commencé que Biétry doit imposer sa présidence et montrer ses qualités de gestionnaire. La proposition de transfert du FC Liverpool arrive à point.
Arrivé sans indemnité de transfert du Bayer Leverkusen, l’international allemand est un des gros salaires du club. Mais a une valeur certaine sur le marché des transferts.

Si le président arrive à s’en débarrasser il récupérera de l’argent, aura un gros salaire de moins et calmera la pression quotidienne que lui met Simone. Déjà que l’arrivée d’Okocha lui fait de l’ombre, alors un obscur défenseur allemand payé au prix d’or, c’en est trop pour l’italien.
Mais Christian est une forte tête et une parole est une parole. Il refuse.

Le PSG sort d’une saison compliquée, le club doit absolument se refaire. Alain Giresse est un coach sans expérience à ce niveau, ce qu’il admet. Il sait qu’il a un effectif de très bon niveau, mais malheureusement il n’arrivera jamais à s’imposer. Malgré les magouilles extra-sportives il fera confiance à Wörns. Giresse est le seul au club à avoir une expérience des joueurs allemands et surtout Christian est le seul défenseur de qualité internationale dont il dispose.

Après un premier match de championnat quelconque à Bordeaux, où c’est surtout Jay Jay Okocha qui entre de plein fouet dans la légende du club, Wörns effectue mi-août son premier match au Parc contre Bastia associé à Alain Goma.

À cette occasion il fait taire toute rumeur de transfert. Il inscrit son premier but en trainant un peu par hasard dans la surface bastiaise (un but à l’allemande on pourrait dire…).

Le réalisme allemand face à Bastia

Démotivé dès le départ, il ne s’impliquera jamais au PSG, il sera titulaire toute la saison malgré la valse d’entraineurs mais ne sera jamais le grand leader de défense ni de vestiaire qu’il aurait du être.

Il n’aura entretenu que des relations professionnelles avec ses coéquipiers, l’ambiance du vestiaire étant délétère il n’y aura jamais vraiment de moment de sérénité durant cette saison.

Toujours le frein à main

Comme le raconte Jean-Philippe Bouchard dans « Le Roman noir du PSG »« Il suffisait que Simone s’absente trois jours pour que Lama décide d’en faire autant pour aller soutenir une cause humanitaire et que Christian Wörns parte régulièrement en tournées publicitaires pour une marque d’équipement sportif. Qui n’était bien sur pas la même que celui du club ». Ambiance !

Toute la saison il aura toujours le frein à main, il jouait à 50%, une saison de repos post-Mondial. Il jouera pratiquement tous les matchs sous les trois entraineurs, même s’il paraissait s’ennuyer sur le terrain. Les grossières fautes tactiques et techniques des ses confrères de défense le laissait souvent sans réaction, à la fin c’en était  trop.

Un regard à faire fondre la ligne Maginot

La saison d’après, il rejoint le Borussia Dortmund qu’il ne quittera plus jusqu’à la fin de sa carrière en 2008. Il fut le capitaine emblématique et adulé de cette équipe. En 2002, l’année du titre sous les ordres de Matthias Sammer, il perd la finale de la coupe UEFA contre Feyenoord Rotterdam 3 buts à 2. Il jouera 240 matches avec Dortmund pour 14 buts en 9 saisons, entre 1999 et 2008.

Resté pour éviter l’humiliation

Sa carrière internationale s’est poursuivie sans encombre. Quand il arrive à Paris, il est titulaire de l’équipe nationale. Malgré une expulsion et une défaite en quart de finale contre la Croatie c’est un cadre de la Mannschaft. Rarement blessé, il rate quand même la Coupe du monde 2002 en Asie pour une blessure au genou. Il y revient jusqu’en 2006 où il connaîtra une fin de carrière peu diplomatique après avoir dit tout haut ce qu’il pensait de Jürgen Klinsmann. Son éviction par SMS, juste avant la grande compétition à domicile, fit grand bruit en Allemagne. La suite lui donna un peu raison, même si on parlera encore de lui après la demi-finale perdue. Mais pour lui ce fut la fin.

Selon moi, Christian Wörns savait dès le départ qu’il ne resterait qu’un an, comme c’est une forte tête il est resté pour éviter l’humiliation, et montrer qu’on ne faisait pas ce que l’on voulait de lui. Dès novembre 98, il annonçait lui même sont retour en Allemagne. La rumeur le voyait même au Bayern. Il a fait le job pour montrer sa valeur et est reparti pour l’Allemagne comme il est venu.

Le Bayern aura tout fait pour le faire venir, Nichts !

Christian Wörns arrête sa carrière à 36 ans. Il est désormais l’entraîneur des U17 de Schalke 04, le club formateur de Julian Draxler. Il est toutefois considéré comme l’un des meilleurs Allemands à avoir évolué en Ligue 1 après Jürgen Klinsmann, Rudi Völler, Oliver Bierhoff et Andreas Kopke.

Curieusement, il garde un bon souvenir de Paris. Vous me direz que c’est n’est pas étonnant, c’est un allemand. Et les allemands ont toujours aimé Paris.

Sélections / Buts : 66 / 0
Arrive de : Bayer Leverkusen
Part pour : Borussia Dortmund
Achat : 0FF
Matchs avec le PSG / Buts : 32 / 2
Revente : 44M FF

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