Cantona Comedy Club

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Cantona a toujours fait du Cantona.
Comme Pierre Richard, Louis de Funès ou Lenny Kravitz.
On est donc obligé de se positionner face à ce genre de personnage.
Car il ne s’agit que de ça, de personnage.


On aime ou on n’aime pas. On supporte ou on ne supporte pas.
On l’a intégré à notre auto-histoire de France. Pour le meilleur, pour le pire, comme ça en passant ou passionnément. Tous. Les amateurs de football. Et même beaucoup d’autres : du Footix perdu au béotien total. Ma mère connaît Cantona. Cantona est (re)connu.

Un personnage, oui.
C’est toujours embarrassant quand un homme pense qu’il suffit de parler fort et avec un accent chantant et décomplexé pour avoir raison.
N’est pas Pasqua qui veut…

Cantona, ce sont les couilles et le coeur.
Il ne ment pas, puisqu’il pense ce qu’il dit. Il a un soleil humaniste qui le brûle de l’intérieur. C’est (presque) plus fort que lui.
Révolutionnaire, sniper cigale, héros chez les ploucs.
Oui, il y a ces quelques buts (toujours les mêmes), qui existaient déjà en VHS quand Le King a pris sa retraite anticipée.
Beaux, puissants, décomplexés (encore !). Des accidents poétiques.
Il y a le kung fu dans la tronche d’un supporter adverse. Pierre angulaire du mythe. Quand même, si on s’avoue les choses.

Bad boy, Canto, comme disent ses millions d’adeptes nostalgiques.
Bad boy comme le film avec Will Smith. Pas plus.
Ou alors bad boy tout public, Obélix qui aurait percuté Francis Lalanne.
Sa légendaire conférence de presse anglaise à la parabole maritime mérite un bêtisier de Noël sur France 2 à minuit. Les livres d’histoire attendront…

C’est Mister France en fait

Il a fait chanter aux Anglais la Marseillaise, il a fait pousser des drapeaux bleu blanc rouge dans tous les stades de la perfide Albion. Et pourtant, Cantona est un citoyen de l’univers, il trouve que le nom de Deschamps est trop… Français. Et que les méchants Français ne veulent pas de Karim parce qu’il est… Arabe. Musulman. De banlieue. Basané. Algérien. Terroriste ? Oublié un truc ? Il n’en est que là, Canto… Benzema, moi, je n’en veux pas parce que c’est un Lyonnais. Tout simplement.

Cantona n’aime pas l’injustice. Il veut détruire la banque (comme il a raison ! Éric, quand tu auras terminé de vider tous tes comptes, ma boîte aux lettres n’attend que tes enveloppes dodues et libres), sauver les pauvres, punir les Méchants, briser les frontières et offrir à chaque citoyen méritant une paire d’ailes et un exemplaire de son récent bouquin, dédicacé ! C’est Mister France en fait. Manque plus que l’écharpe et les escarpins et Alain Delon (ah non, il a quitté le bordel je crois).

Il me fait penser à moi dans ma petite chambre de petit bourgeois de province, déjà triste, ado, à écouter à fond les Bérurier Noir ou les Sex Pistols. J’écrivais sur mes murs des slogans inventés et évidemment atroces de stupidité. J’étais moi aussi convaincu. Depuis, j’ai vécu. J’ai compris. Cantona, lui, persévère. C’est à ça qu’on reconnaît les Jean Moulin, Robin des Bois et Avengers, l’obstination ! Il a préféré ses parents adoptifs, quand les foules britanniques l’ont enlacé, si je devais faire, comme lui, de la psychologie de comptoir et des métaphores qui n’en sont pas vraiment.

Un solitaire au centre de tout

C’est un post-adolescent au coeur brisé. Un coup de foudre arrosé à l’essence. Il voulait gagner la coupe du monde avec les Bleus. Il l’a vue depuis son canapé.
Il est rancunier. Platini était indiscutable. Voilà ce qui sépare deux hommes. L’un trépigne en ricanant de douleur rentrée, l’autre a marqué à jamais les âmes.
Cantona a brillé en Angleterre, oui. Ce n’est pas suffisant.
Il y a encore cette photo de lui, de dos, en train de dresser le col de son maillot. Un mec dans l’arène. Un solitaire au centre de tout. Un Zlatan en somme. Presque une marque.

Ce texte déborde évidemment d’amour. Cantona n’a pas besoin de moi. Il est fort, les mots ne peuvent l’atteindre. Et puis, il n’aime que les siens, de mots, il s’écoute. Il devrait quand même me lire. Pour comprendre à quel point il peut être prévisible, exaspérant, embarrassant, d’un politiquement correct presque hallucinogène. Décevant.

Je sais, je sais. Je suis un connard.
Je vais aller (re)voir tous les films du Cantona acteur. Et même ses documentaires sur les grandes villes du foot dans le monde, qui étaient souvent très réussis, celui sur Alger était vertigineux. La séquence avec les ultras locaux qui dansent avec des fumigènes était même belle à chialer. Malheureusement, la voix off d’Éric gâchait un peu le plaisir. Voilà. Il s’écoute, il s’aime. Cela suffit-il vraiment à aimer tous les autres?
Oui, je vais m’imposer de (re)voir tous les films du Cantona acteur. Ça m’apprendra à toucher au mythe !

Le lanceur d’alerte est aussi esthète

En attendant, samedi dernier, les canaris au Parc. Ligue 1, celle qu’Éric méprise avec tant de fierté et d’insolence. Il préfère Las Palmas, Levante, Alavès ou Swansea ou… Leeds probablement.
Car le lanceur d’alerte est aussi esthète.

Un jour, il y a longtemps, quand Paris jouait peu et perdait beaucoup et que le Parc était ma maison, j’ai rencontré un acteur pour lui poser quelques questions pour nourrir un documentaire. À la question “Quel est votre principal défaut ?”, que je posais systématiquement, vicieux, aux célébrités que je pouvais croiser dans l’exercice de mes fonctions, me délectant à l’avance de la réponse, il me dit, après de longues secondes de réflexion: “Hum… Trop généreux peut-être…”.

Pierre Richard et Louis de Funès m’ont bercé et jamais ne quitteront mon coeur. Éric, je te laisse Lenny. Je suis sûr que vous avez plein de choses à vous dire. Et une planète à sauver malgré elle…
Sinon, on en parle du beach soccer ?

 

Jérôme Reijasse
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