Interview : Bruno Salomon

par

Journaliste ou supporter, on ne sait plus trop en fait.
Toujours est-il que Bruno Salomon, la voix du PSG chez France Bleu Paris,
est un personnage passionné et volubile.
On l’a rencontré, et le mec ressemble parfaitement au portrait qu’on s’en faisait.
Libre et bouillonnant
.


Virage : Le foot c’est une passion à la base ou juste un sport qui tu as appris à aimer grâce à ton métier ?

Non c’est une passion depuis gamin. Et très vite, dès l’âge de 6 ans. J’étais gardien de but à Grenoble. J’adore la solitude du gardien de but et puis de toute façon j’étais toujours le mec qu’on appelait en dernier pour jouer. La passion elle était aussi là grâce aux Panini et aux matchs que j’avais le droit de regarder à la télé. Mon père m’emmenait aussi au stade de Grenoble pour voir des matchs. Mais mon père n’aimait pas trop l’ambiance du football. Du coup je me suis mis à l’escrime.
Ça ne m’empêchait pas de continuer à regarder des matchs à la télé et, déjà à cet âge la, je commentais ce que je voyais comme si j’étais au micro. Et puis j’ai également appris ma géographie grâce aux albums Panini. Enfin presque, car un jour j’ai eu une mauvaise note. La maitresse m’a fait remarquer que la capitale de l’Ukraine ce n’était pas Dynamo mais Kiev…

Virage : On connait donc tes origines grenobloise, tu restes attaché au GF38 ?

Oui bien-sûr. Au début c’était le FCG, après l’OGI puis le FCGJI et enfin le GF38. Et j’ai eu la chance de pouvoir commenter les premiers pas du GF38. C’est d’ailleurs pour ça que je ne peux pas revendiquer le fait d’être un supporter du PSG de la première heure. Mais le PSG rentre dans ma maison à cause de Youri Djorkaeff. Il débute à Grenoble chez les pros et j’ai suivi toute sa carrière. Il y a aussi eu Jean Philipe Séchet qui a joué dans les deux clubs. La troisième entrée c’est mon joueur préféré de tous les temps, je suis fan, c’est George Weah qui alliait puissance, rapidité, adresse.
Pour en revenir à Grenoble, à l’époque il y avait 4 options. Soit tu étais supporter de Grenoble, soit de l’OM, de Saint Etienne ou de la Juventus. Les italiens c’était pas trop mon truc, j’ai été voir des matchs à Geoffroy Guichard, mais aussi à Lyon, mais là j’ai vite rebroussé chemin. Bref c’était plutôt Grenoble. Et puis le PSG, c’est venu progressivement. Je n’avais pas le côté détestation du provincial.

Virage : Est-ce qu’on peut considérer un match entre l’OL et le GF38 comme un derby ?

Il faut déjà voir la mentalité lyonnaise. Lyon c’est la capitale du Rhône-Alpes. C’est une ville bourgeoise assez agréable. Mais pour eux, on est tous des bouseux. Donc ce n’est pas la meilleure des ententes entre les supporters des deux clubs. Et puis tu as la stature d’un Jean-Michel Aulas qui te pose un club. Que tu aimes ou que tu détestes.

La Team France Bleu Paris – (c) France Bleu

Virage : Quand tu postules à France Bleu Paris en 2007 pour couvrir le PSG, quels ont été tes arguments pour convaincre la direction de l’antenne de te recruter. Pourquoi toi ? Un grenoblois ?

Parce que j’avais la carte passionné dans mes commentaires. Je te donne mon cursus pour t’expliquer. J’ai commencé comme stagiaire à Grenoble puis je suis entré chez Radio France à Amiens. Et là je suis devenu plus picard que picard ! A Paris, l’entretien s’est plus fait sur le côté « comment tu veux mettre quelque-chose autour du PSG ». Mais le directeur qui me connaissait un peu savait que j’apporterai un peu de folie. Et le PSG est un club de passion, de folie. Quand j’arrive en 2007 il y a une tension maximum en tribune. Et la première chose que je fais c’est de me prendre un billet en tribune Paris et pas en presse. J’avais déjà été plusieurs fois au Parc, d’ailleurs lors de mon premier match au Parc en 1993, c’était pour du Rugby pour la finale entre Grenoble et Castres et où on se fait bien faire le… enfin tu vois… j’en casse de rage un fauteuil. Bref pour ce premier match en tant que journaliste j’ai voulu vivre l’expérience en tribune. Et grâce à un ami je suis aussi rentré en contact avec les Lutece Falco avec qui j’ai beaucoup échangé, beaucoup appris. J’aimais leur état d’esprit, un peu Irish Supporter. La première fois avec eux, ils m’ont mis au premier rang et lors de la première poussée je me suis pris tout le monde dans le dos, je te raconte pas… Mais je me suis marré comme une baleine. Les Supras m’ont aussi invité. Je me suis imprégné. Et là j’ai compris que ce club, tu l’aimes ou tu le détestes. T’as pas le droit de faire semblant. Mon premier match derrière le micro se passe à Epinal un 5 janvier. Dès que je suis arrivé là bas j’ai compris tout de suite que Paris débarquait en province. Les journalistes étaient ultra agressifs, malpolis avec moi alors que ce n’était pas le cas auparavant. Ça tombe bien car j’aime ça, le côté revêche, parisien. Là je me suis dit OK… J’aime d’ailleurs certains aspects du supporter parisien. Sa discrétion. Par exemple quand tu es dans la rue si il te croise il te dit « Allez Paris » et puis il te salue. Pas plus. Ce n’est pas un exubérant. Ce côté à l’Anglaise, juste une écharpe, discret… Bref à force j’ai été infusé par le PSG. Je suis devenu parisien, surtout avec tous les boulons que je me suis pris en tant que journaliste, car on se chambre pas mal entre nous.

J’ai embrassé la cause

Virage : Te considères-tu aujourd’hui comme un vrai supporter parisien ?

Je suis journaliste mais je suis supporter du PSG. Ça c’est clair et ce n’est pas pour faire plaisir. j’ai embrassé la cause ! Je me reconnais dans ce PSG qui est foutraque, bordelique, adolescent. Un de mes plus beaux matchs c’est celui à Sochaux en 2008. J’ai fini accroché à la grille du parcage presse sur le but de Diané, et je commentais le match en même temps. Je me souviens aussi que derrière moi il y avait des journalistes qui s’embrassaient. J’aime me rappeler de cette scène alors que la presse parisienne est pas mal décriée aujourd’hui par les supporters.

Virage : En tant que journaliste et membre de la profession, comment juges-tu justement le procès actuel que font beaucoup de supporters sur le traitement infligé par l’Equipe (entre autres) au PSG ? Fantasme ou réalité ?

Je crois que des deux côtés on ne se comprend pas. On en revient toujours à ce débat du sport en France. Il n’y a qu’un seul quotidien sportif dans ce pays. Il a le droit d’être critique, mais les supporters ne peuvent pas s’y retrouver. Y a pas de concurrence pour contre-balancer. Il n’y aurait pas de procès d’intention envers l’équipe si il y avait plusieurs quotidiens. Et puis je vais te raconter un truc. Lors du match retour à Barcelone, j’ai vu des journalistes atterrés mais j’en ai aussi vu des contents. Et pas que de l’Equipe. Le PSG exaspère. Certains journalistes sont contents de voir que le PSG d’aujourd’hui apprend le concept de l’échec. Je comprends l’énervement des supporters mais il faut aussi parfois se mettre à la place des journalistes. Le comportement de certains joueurs en zone de presse n’aide pas. C’est un vrai problème, surtout chez les jeunes. On m’a demandé avec Rabé de donner des cours aux jeunes du PSG. Pour leur apprendre les bases. Je leur ai dit simplement qu’il fallait déjà respecter les principes de politesse. Bonjour, merci, au revoir. Ne serait-ce que, ça c’est beaucoup. Je me souviens d’une anecdote. Lorsque Youssouf Sabaly était au PSG, je l’ai croisé en zone mixte à une sortie d’entraînement pendant une tournée à l’étranger. Lorsqu’il est passé près de moi, il a senti que je voulais lui poser des questions, il s’est arrêté sans que je lui demande. Il m’a salué et on a commencé à parler. Des choses simples. Sa carrière, son futur au club… Et à chaque fois qu’on se recroise, depuis qu’il est à Bordeaux, il vient me saluer. C’est tout bête mais c’est déjà beaucoup. Ça aidera encore plus le club à progresser dans ses relations avec les media.

Pierrot et Bruno sont dans leur paquebot – (c) Agences Artistiques

Virage : Julien Cazarre, Matthieu Faure font partie de ces personnalités des media qui s’assument comme pro Paris. N’es-tu pas agacé par tes confrères qui ne veulent pas dévoiler pour qui ils sont ? Est-ce un mal franco-français ?

Comme je te le disais, la France n’est pas un pays de foot. On est un pays de sport individuel. Et on a un problème avec la presse partisane dans ce pays. La Provence par exemple en fait beaucoup trop avec l’OM mais elle a le mérite d’exister. Autre exemple hors PSG. Lors de la finale de la Coupe de France entre Amiens et Strasbourg (ndlr : Saison 2000-2001), j’étais alors le commentateur de France Bleu Picardie. J’avais pris le pari avec un joueur d’Amiens de porter le maillot pour être le 13ème homme. Et bien je me suis fait pourrir. On m’a dit que c’était scandaleux. J’ai quand même gardé le maillot. Cette culture là n’existe pas en France. Ou alors tu as le droit de prendre le partie des petits clubs.

Virage : Tu as des sources d’inspirations journalistiques ?

Sur mon commentaire, celui qui m’a le plus marqué c’est Bruno Cadène qui était le commentateur du Hockey sur Glace à Grenoble pour Radio France Isère. Il m’emmenait gratuitement dans la patinoire. Il me prenait la main et il se mettait à ma place. J’espère que j’arrive à faire ça avec les auditeurs. On est un spectacle vivant. Le foot est un sport vivant et on est là pour faire vivre ces émotions.

 Je suis un suiveur, un animateur

Virage : Inspiration toujours, tu racontais à Edouard Baer chez Radio Nova que tu aurais aimé devenir chanteur de Metal. Un artiste en particulier ? James Hetfield, Max Cavalera, Ozzy Osborne, Lenny Killmaster, Bruce Dickinson ?

Max Cavalera je l’ai vu aux Eurockéennes de Belfort avec Sepultura. il m’a impressionné !
J’aurais voulu être Frontman d’un groupe en fait, pousser les cordes mais je pense que si je devais choisir un chanteur ce serait Chino Moreno des Deftones. La puissance que ce mec dégage dans un micro, c’est génial.

Virage : Comment décrirais-tu ton métier en somme ? Journaliste, commentateur, animateur, ambianceur ? Tout ça à la fois ?

Tout. Journaliste car j’essaye de faire mon métier de la meilleure manière possible. On me reproche souvent de ne pas balancer des infos, mais je ne suis pas un journaliste d’investigation, je suis un suiveur, un animateur. Je suis un homme orchestre puisqu’on parlait musique. J’essaye de rendre la meilleure partition possible par rapport à ce qu’on me demande sur France Bleu.

Virage : Comment prépares-tu un match, il y a forcément de l’impro lors d’un match, mais il y a aussi un peu de travail non ?

C’est du 50/50. La base elle me vient encore de Bruno Cadène. Il m’expliquait que avant le match tu es une éponge sèche. Tu prends un max d’infos. Tu écris les compositions, tu les re-écris pour bien mémoriser les noms. 1 heure avant le match, tout doit être prêt. Pour que lors du match tu n’oublies rien. Je vois aujourd’hui la jeune génération de journalistes écrire des phrases en amont. Des phrases qu’ils ressortiront en match. Mais décris simplement ce que tu vois ! L’auditeur, l’internaute est souvent deux fois plus calé que moi. Je ne vais pas m’amuser à ressortir des histoires du passé dont je ne suis pas sur. Niveau statistique c’est pareil. Mais ce qu’ils n’ont pas c’est tes yeux, ta voix et ce que tu vois. J’ai la chance de commenter dans le plus beau stade de France, et je le pense. J’ai 45000 personnes autour de moi. Et au coup de sifflet d’engagement l’improvisation peut commencer. Tu commentes en fonction des faits de jeu, j’essaye aussi d’ouvrir sur ce qui se passe en tribune, sur le banc, ce qu’on ne montrera pas à l’antenne. Je parle comme un vieux con en fait… ah ah.

(c) Jack

Virage : T’as jamais eu envie de gueuler BUUUUUT au lieu de GOAL pour changer un peu des standards sud-américains ?

J’ai essayé mais ça ne passe pas. C’est sec. Puisque tu parles de la culture sud-américaine ça me rappelle qu’il y a un truc hyper important dans mes commentaires et ça vient de l’ancien entraîneur du GF38, Alain Michel. Il était prof d’histoire à la Fac. Il est venu me voir et me dit « tu aimes le foot britannique toi ? Ma femme écoute tous tes commentaires, elle adore ta voix mais elle trouve qu’il y a un problème, tu places mal le ballon sur le terrain ». Il me donne alors une anecdote. Dans les années 60, un commentateur de la BBC s’est rendu compte que les gens se demandaient tout le temps où était le ballon sur le terrain pendant les retransmissions radio. Il a donc lancé un principe façon bataille navale à l’antenne. Il disait par exemple « chers auditeurs, le coup-franc va être titré en B7 ». Il apportait un vrai plus aux gens. Donc à ce moment là j’ai compris qu’il fallait bien quadriller le terrain, se fixer des zones pour rappeler où on se situe pendant le match. Et ce même commentateur avait sa façon d’annoncer un but, il criait « And Scored… » en laissant trainer longtemps à la fin. Ça ressemble un peu au « Goal » des sud-américains.

Virage : arrives-tu à apprécier un match pendant une retransmission ? Finalement tu es comme ces capos qui dos au match chauffe la foule pendant 2 heures ?

Ah ah… Non je ne suis pas un capo car je suis obligé de voir le match. Je me mets plus dans la catégorie des mecs qui préparent les tifos, l’animation. J’ai besoin d’être vidé à la fin. Si ce n’est pas le cas c’est que je n’ai pas été bon. D’ailleurs je suis en train de me rendre compte qu’il faudrait peut être que je retourne à la salle de sport pour me refaire une condition physique. Parce que je commence à encaisser. Il faut savoir qu’avant les matchs je tourne en rond. Je bois des litres de café, je tape du pied et quand ça commence, il faut que je rentre dans le tas. Y a une période que j’ai détesté et pourtant j’adore le Monsieur, c’est la période Ancelotti. On marquait 2 buts et après on bétonnait. Y avait plus rien du tout… Du coup au commentaire c’était chiant. Au moins avec Blanc et Emery il y avait plus de jeu. `

Il a mis un réfrigérateur en route

Virage : Quel est le match que tu as adoré commenté ?

Il y a la victoire face au Barça 4-0, j’ai été en lévitation pendant 36 heures, j’en ai pas dormi de la nuit. Mais mon plus grand match c’est le 2-2 à Chelsea avec mon Pierrot (Ducrocq). C’était parfait, très anglais, ça a failli partir en sucette en tribune…

Virage : Et un but ?

Celui qui m’a le plus choqué c’est le coup-franc à 120km de Zlatan contre l’OM. Il a mis un réfrigérateur en route ! Plus un bruit dans le stade. Pan ! C’était une sensation géniale. C’était d’une violence ! Zlatan, pour en revenir à la musique, c’est une rockstar. J’adorais ça.

Virage : Tu aimerais quelle recrue cet été pour trouver de nouvelles sources d’inspirations au micro ?

Il faudrait un personnage. C’est là que je vois que je fais partie d’une ancienne génération. Les joueurs d’aujourd’hui sont tous marketés, policés. Ils sont tous sur l’image. Il faudrait une teignasse. Celui que j’aime le plus dans l’équipe aujourd’hui c’est Thiago Motta… Je sais qu’il va partir mais c’est un vrai personnage. C’est pas un truc fake. Tout comme l’était Zlatan. Il a pris des coups quand il était gamin et le mec s’est forgé un vrai caractère. J’aime aussi les mecs de club. Comme Presnel Kimpembe. Le côté titi.

Rabé et Salom’

Virage : Tu as été associé à Jérôme Rothen, Pierre Durcrocq et aujourd’hui Eric Rabésandratana. Si Rabé ne peut pas continuer tu aimerais qui d’autre à côté de toi si tu avais le choix ?

Youri Djorkaeff, et la boucle serait bouclée. Il faut de toute façon des mecs de club, qui puent le PSG. Jérôme est comme ça, Pierre il est en intra-veineuse PSG, Eric, même si il doit beaucoup à Nancy dans sa carrière, est complètement fou du PSG. Autre suggestion et c’est un appel du pied car il joue encore, c’est Clément Chantome.

Virage : Cazarre nous disait il y a peu que le PSG c’était comme le Titanic, c’est grand, c’est beau, c’est riche, c’est prétentieux, mais au premier obstacle, ça coule. Tu te vois rester à l’antenne jusqu’à la fin de ta carrière, comme l’orchestre qui jouait sur le Paquebot ? Même en ligue 2 ?

Non il ne faut pas. En 2008 j’étais prêt pour la ligue 2. Mais bon… Un jour ou l’autre il faudra laisser la place, et de toute façon ça ne m’appartient pas. Mais je serai toujours dans le bateau, car j’ai appris à l’aimer et à apprécier les gens qui l’entourent. C’est trop tard, je suis tatoué…


Xavier Chevalier
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