Interview : Dwen Correa

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A chaque fois que BLAISE MATUIDI monte les marches de Clairefontaine
pour les rassemblements de l’équipe de France, on le voit affublé d’une tenue sur laquelle apparait une inscription surprenante : DWN TWN.

C’est tout simplement la ligne de vêtement avec laquelle il entretient une relation privilégiée. Née à Paris et créée par DWEN CORREA,
elle est associée au monde du football depuis plusieurs années.

On a rencontré Dwen avec qui on parlé ballon et chiffon.
Il nous raconte son histoire, leur histoire.


SUPPORTER DU PSG

Je suis supporter du PSG depuis George Weah. C’était un truc de fou pour moi.
Mister George c’était mon idole. J’ai été invité à son jubilé et j’étais trop heureux. J’ai fait ma photo avec lui. Je me rappellerais toujours ce qu’il a fait lors du match contre le Bayern (ndlr : 23 novembre 1994 – Victoire du PSG à Munich sur un but de Weah). Des fois il faisait des trucs comme si il te prévenait à l’avance. Il te montre qu’il va faire un crochet, il le fait et ça passe ! Il a pas volé son ballon d’or.

Je suis originaire de Guinée Bissau. Je suis arrivé en France à l’âge de 5 ans, en région parisienne. J’ai découvert le football très tard car au départ j’étais plus branché Arts-Martiaux. A 13-14 ans je me suis inscrit en minime à Domont dans le 95. Mon père me parlait tout le temps de Michel Platini dont il était fan. J’ai tout de suite voulu percer dans le foot mais c’était déjà trop tard. J’ai quand même réussi à jouer en DH au Racing 92. Je suivais surtout les coupes du Monde qu’on ne ratait jamais à la télé avec mon père. Et puis il y a eu l’ère Canal Plus au PSG avec donc Weah et aussi Ginola. Paris est devenu mon club.

On n’avait pas les moyens dans la famille d’aller au Parc hélas. C’était la galère, je me débrouillais tout seul. J’avais pas cet argent. Mais j’ai pu y aller une fois grâce au Trophée Tourtel de l’époque, avec mon club. Ce jour là c’était magique. C’était pour un PSG-Lens. Tony Vairelles jouait pour Lens et il me semblait géant. Il est trop balaise, trop costaud.

LA NAISSANCE D’UNE MARQUE

J’ai lancé ma marque DWN TWN en 2004. Mais avant ça, je ne connaissais personne dans le foot. Jusqu’au jour où je rencontre Joaquim Fernandez qui avait joué aux Girondins et au Milan AC (ancien joueur pro franco-sénégalais, décédé tristement à Domont en 2016 à 43 ans). C’était en 2003. Il me dit qu’il va me présenter ses anciens coéquipiers à Bordeaux : Zidane, Dugarry… Sur le moment je ne le crois pas. Et pourtant. Je suis invité à Bordeaux en juillet 2003 où Zidane organise un événement pour les enfants du Sahara. Et ce jour là il y a tout le monde. Je suis comme un fou. J’étais plus pressé de faire des photos avec les joueurs pour les montrer aux potes du quartier que de parler de mon projet ! Mais c’est à ce moment là que mon projet a vraiment commencé.

Ensuite je suis parti à Manchester rencontrer Nicolas Anelka pour signer mon premier contrat avec lui. Suite à ça je m’en suis servi pour convaincre d’autres joueurs. Au final je suis rentré à Paris avec 32 contrats signés par des joueurs pro ! Mon objectif était de monter une marque foot un peu comme Eden Park pour le Rugby ou Lacoste dans le Tennis. Sauf que ce sont des marques qui coûtent cher. Je me suis dit qu’il fallait être accessible en terme de prix car le football est un sport populaire. Et les joueurs ont adhéré à cette idée. Mais au début ça ne s’est pas passé comme je le pensais. Car si j’avais beaucoup de joueurs prêts à me suivre, ça ne suffisait pas. J’avais des problèmes de fabrication. Car le plus important quand tu lances une marque, ce n’est pas le nom, c’est surtout la structure, la distribution. Avant même d’être connu il faut avoir une structure solide. Certaines marques fonctionnent très bien sans être connues du grand public. Car elles sont bien organisées et bien distribuées. Et je ne savais pas ça au départ. J’ai fait l’erreur de communiquer alors que je n’avais rien. Tout le monde du foot connaissait la marque mais personne ne pouvait l’acheter… C’est au moment où j’ai signé avec Nené et Claude Makelele que ma marque a pris de l’ampleur en terme de notoriété et de structure. Puis arrive ensuite l’ère Blaise Matuidi. J’arrive à rentrer chez Courir, on monte une gros événement pour le lancement du portable Blaise Matuidi où les joueurs du PSG sont venus, c’était un truc de dingue, Zlatan, Kevin Trapp, Maxwell, Adrien Rabiot, David Luiz…

DU RÊVE A LA RÉALITÉ

Et le PSG me contacte. On développe une collection pour eux.
On devait lancer la collection 2 semaines après le 6-1 à Barcelone… Après le match j’étais abattu. Je me suis dit que ma collection était morte. Mais c’est là que j’ai vu que les gens qui aiment le PSG sont vraiment des fidèles. La collection a cartonné. Je me suis dit qu’on avait des vrais supporters à Paris. Quand on prend le 6-1, j’ai des cousins qui en pleuraient, des potes qui me disaient qu’ils ne pourraient plus jamais soutenir Paris après ça, et ils ont été les premiers à aller acheter la collection en boutique (rires).

Ma première rencontre Blaise se fait grâce à un RDV que je monte au culot avec Sport 2000. Je leur explique que je suis prêt à payer mon stand lors des salons qu’ils organisent dans leur siège pour les marques et les acheteurs. Et que je vais faire venir des célébrités du foot. Ils m’ont laissé faire. Au final j’ai réussi à faire venir Blaise, mais aussi Bafé Gomis, Claude Makelele. A cette époque Blaise était à Saint-Etienne. Un de mes cousins le connaissait. On a été mis en relation. Et j’ai tenté ma chance. Et puis tu sais, si tu essayes jamais, tu n’y arrives jamais. C’est comme une belle fille qui passe dans la rue. Si tu ne tentes pas d’aller la voir, tu ne sauras jamais si tu lui plais. Je fonctionne comme ça. Ça marche ou ça ne marche pas, ce n’est pas grave, mais si ça marche, c’est Bingo. Les mecs accrochent à mon concept, ils jouent le jeu et ils m’aident, ils m’aident vraiment.

Et puis pour parler de Blaise, c’est vraiment quelqu’un d’humain, qui est prêt à aider n’importe qui, il a ça en lui. Quand on organise des events et que j’ai besoin lui, il se déplace toujours, il paye lui même ses billets, c’est un vrai investissement pour lui. Ce mec là c’est un délire à lui tout seul. Et j’en ai rencontré des footballeurs. D’ailleurs Nicolas Anelka est comme Blaise. Bizarrement Nicolas n’a pas cette image là auprès du grand public et pourtant… Ils ont tous les deux le coeur sur la main. On a souvent une image erronée des footballeurs, il faut vraiment connaitre la personne en vrai. Pour revenir sur Blaise, c’est un mec droit, bosseur, il ressemble aux gens de tous les jours. Il est parti de rien pour arriver au sommet. Il est riche, il a une carrière exceptionnelle mais il reste lui même.

DWN TWN ET LE PSG

Depuis on a monté un nouveau partenariat DWN TWN-PSG avec Footlocker et pour la première fois le PSG sera présent dans leurs magasins grâce notre gamme. On organise un event au Footlocker des Champs-Elysées le 14 mai pour présenter la collection. Blaise sera là et sera interviewé par Pierre Ménès.

Avec le PSG ça se passe du coup très bien. J’ai été surpris de la liberté qu’ils me laissent. On est en train de développer une gamme avec les joueurs brésiliens du club pour lancer la marque au Brésil. On a aussi une collection pour le mois de juin où les joueurs du PSG seront associés à des super-héros de la Justice League des studios Warner : Neymar en Batman, Mbappe en Flash, Verratti en Cyborg, Cavani en Aquaman et Laure Boulleau en Wonder Woman… Et puis j’ai développé des produits spécifiques pour Neymar, Mbappe, Rabiot et Verratti. Avec Marco je suis toujours super bien inspiré, je ne sais pas pourquoi. Et ça se ressent car ses 2 modèles fonctionnent super bien. Surtout celui avec le petit hibou aux yeux bleus qui est brodé et magnifique. Tout ce qui est créé sort de mon imagination. Au début je débrouillais avec mes crayons à papier et le logiciel Paint ! Aujourd’hui heureusement j’ai une équipe, mais je suis toujours derrière.
Dans le futur j’aimerais travailler avec d’autres clubs du haut niveau mais à l’étranger. En France ce ne sera que Paris.

LE FOOT C’EST A VIE

Aujourd’hui je retourne parfois au Parc quand j’ai le temps pour voir les matchs. Mais en vrai j’adore analyser ce qui se passe sur le terrain. Je ne peux pas me taire, je suis obligé de parler, je suis dedans, je parle tout seul, je m’embrouille tout seul… Du coup je préfère rester chez moi car j’aime trop m’énerver devant ma télé. Quand je vais au Parc, j’y vais pour rigoler avec les amis. Mais bon ils sont obligés de me supporter quand même. Et puis quand je vais au Parc, peu importe l’endroit où je suis placé, là bas on est chez nous, c’est la maison. Le foot de toute façon c’est un truc vraiment à part. C’est le sport que tu peux pratiquer partout. Tu vois des mecs dans la rue se passer la balle comme au rugby ou avec une raquette taper la balle contre un mur ? Non. Le foot, tu prends n’importe quoi, un bout de caillou, une boite de conserve, tu joues où tu veux quand tu veux. Et puis quand tu joues, tu peux faire un match de malade mais le perdre quand même, sur un geste, une action tout peut changer, c’est comme la vie, le foot c’est la vie !

Perso, je suis pour l’assistance vidéo dans la surface mais je suis contre dans le jeu en général. Le football c’est la nature. Il ne faut pas jouer contre la nature, il faut laisser libre court à l’improvisation, mais tu peux ajuster un peu. En mettant la vidéo dans la surface tu peux corriger certaines injustices. Regarde cette année contre le Real. Il y a pénalty pour Paris sur la main de Ramos. Il touche la balle puis il met sa main dans le dos. OK ça va vite mais il y a pénalty ! En dehors de la surface ça ne sert à rien, ça fait chier les gens, ça ralentit le jeu.

PRESNEL ET JUNIOR

Parmi les joueurs de l’effectif actuel, j’aime bien Presnel Kimpembe. Il incarne trop la sagesse dans son jeu. Je ne connais pas la personne mais il sait s’imposer quand il le faut, il montre qu’il est là, technique au moment où il faut l’être, c’est le défenseur moderne ce petit. C’est l’avenir du PSG et de l’équipe de France, facile, les mains dans les poches. Quand je le vois jouer j’ai l’impression qu’il a 30 ans. Il me fait penser à Beckenbauer ou Baresi. Baresi il n’était pas costaud mais il savait jouer du physique quand il le fallait, et puis il était super tactique, comme Beckenbauer mais lui avait en plus le physique. Kimpembe c’est un mélange de tout ça ! Mais bon je crois qu’on a aussi une grande chance au PSG, c’est d’avoir Neymar. Le problème que l’on a en France c’est qu’on ne sait pas savourer les bonnes choses. On est comme des gourmands. On mange, on se goinfre et puis on s’en dégoutte. On n’a juste pas compris le personnage. Il a ses trucs de superstar mais c’est normal. Depuis qu’il est tout petit on lui dit qu’il est une star. Au bout d’un moment, surtout à l’âge rebelle, tu finis par le croire. J’ai un fils de 19 ans, il est en plein dans cet âge ingrat. Il se croit invincible. C’est à 25 ans que tu commences à cogiter.

Neymar il est forcément sur une autre planète et c’est un peu à cause de tout le monde. On leur donne trop d’amour en fait. Et puis on a quand même un joueur qui a tenu son équipe nationale à bout de bras, même Messi n’a pas fait ça. Et aujourd’hui il est à Paris. OK il est perso dans son jeux, mais il a toujours joué comme ça, à Santos, à Barcelone, avec la Seleção ! Comment on peut le critiquer ? Il est comme ça. Encore, on l’aurait formé chez nous pourquoi pas, mais c’est son jeu ! Alors il pourrait faire un peu plus de passes mais si on veut l’obliger à changer ce ne sera plus Neymar. Du coup il voudra partir… On est quand même contradictoire. J’aime ce joueur. Il ramène un truc qu’on trouve de moins en moins dans le football ; la folie. La folie de Ronnie, les dribbles de Robinho, la puissance de Ronaldo le brésilien. Il réunit ces 3 caractéristiques à lui tout seul et nous on le critique… Et pourtant on a le même pour le prix de 3 !

DU TRAVAIL ET DES ETOILES

Sinon j’aurais aimé que Blaise reste au PSG. Blaise aime tellement Paris, tellement le PSG. En plus c’est un mec fidèle. Ça a été un crève coeur pour lui de partir, ça m’a fait trop mal. Il représente tellement le mec d’en bas qui essaye de monter. Le mec de banlieue… Blaise incarnait parfaitement ce symbole du travail dans un PSG qui grandit, qui monte. Même avec Neymar qui arrive et qui représente les étoiles, Blaise aurait représenté le pendant opposé. Blaise dans le vestiaire était super respecté et écouté. Comme un De Rossi à la Roma. Il aurait fédéré tout le monde. Le foot ce ne sont pas que les stars. Il faut aussi une osmose. Il faut que les joueurs soient prêts à mourrir les uns pour les autres et là, tu as une équipe de foot. Il manque cette rage au PSG aujourd’hui. Il y des matchs que tu ne gagnes pas avec la technique. Pendant les coupes du monde il y a des équipes plus faibles qui vont loin car les mecs jouent pour leur pays. Ils ne jouent plus au foot, ils font du sport, tous leurs muscles se mettent en marche. A Paris tous les joueurs sont surdoués techniquement mais quand il s’agit de devenir sale, ils n’y arrivent pas.

La priorité du mercato estival c’est de trouver un milieu récupérateur. Et un latéral gauche. On n’a besoin de rien d’autre. Le trio d’attaque ne joue ensemble que depuis un an. L’année prochaine ils vont tout défoncer. Et il faut laisser Neymar tranquille, il faut lui filer les clés en mettant un chien de la casse derrière lui. C’était une erreur de faire partir Blaise dan ce sens. Tu laisses faire Neymar et tu demandes à Blaise de couvrir derrière. Si Neymar perd la balle, Blaise vient couper direct. Et puis le football c’est ça, un dribble, deux dribbles, à un moment ça finit par passer. Tu peux pas gagner la C1 avec que des attaquants sinon le Real en aurait gagné plus à l’époque des Galactiques… la meilleure équipe du Real c’est celle d’aujourd’hui, y a que des bouchers, des mecs qui lâchent rien et techniques en plus. Le milieu de terrain du Real, ce sont des tueurs à gage, Modrić, Casemiro, Kroos. Au PSG, on est en train de faire la même erreur que le Real à l’époque. Il faut recruter un récupérateur, un mec pas beau, sale, qui vient pas pour faire le beau gosse. Je serai le premier à le signer chez DWN TWN !

Retrouvez l’ensemble de la collection DWN TWN sur le site officiel de la marque : www.dwntwnparis.com


Xavier Chevalier
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