Le blues du Businessman

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Au moment d’aborder le mois de mai, ses jours fériés tous les quatre jours et de grève le reste du temps, sa finale de coupe de France un mardi et la dernière ligne droite de Ligue 1 sans grand intérêt puisque déjà acquise, votre dévoué est assis sur une plage à contempler l’immensité de l’océan Atlantique, sans doute à la recherche de la métaphore aquatico-bretonne idoine pour parler une nouvelle fois de son club de cœur. Pas de patate de Pencran par ici, tout au plus quelques dolmens,
de gentils ostréiculteurs et de la flotte à perte de vue.


Le championnat, pour le supporter que je suis, s’est conclu (et de quelle manière !) par un massacre en règle du tenant du titre Monaco, une des plus belles branlées infligées qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années par le club parisien, en son écrin du Parc des Princes.
Ce match à lui seul a résumé de la meilleure manière la saison de Paris, le niveau de la concurrence et celui des spectateurs ayant accès aux gradins du plus beau stade de France.

Entre ceux qui sortent le pire tifo de tous les temps après l’avoir ouverte bien grande face au Real – je précise pour ceux qui débutent dans le foot : 12 fois vainqueur de la coupe aux grandes oreilles. On les aime ou pas, moi je les exècre, mais il faut respecter un peu les autres, ça permet de se regarder dans la glace – les attardés qui s’autorisent à siffler un joueur hors-norme de leur propre équipe au motif que quoi déjà ? Et ceux qui décident de s’abstenir d’encouragements un soir de titre probable, et à plus forte raison alors que les buts pleuvaient, on a été gâtés cette saison en ce qui concerne les affiches.

Il met en lumière la galaxie qui sépare le PSG en Ligue 1 des autres participants, je n’ose même plus dire concurrents. Monaco fut un extraordinaire champion la saison passée, se permettant carrément de narguer Paris jusqu’au bout, en proposant un jeu offensif parmi les plus pointus du continent, et en claquant au passage une demi-finale de LdC après un quart deux ans avant, dédicace à Nasser.
Bref, ils ont marché sur l’eau pendant six mois (l’eau, la Bretagne ça y est je tiens quelque chose).

Manque de bol pour Monaco (mais ouais ! bolée, cidre, ça se confirme), les choix court-termistes de leur direction ont bien rapporté l’équivalent du budget cumulé de tous les clubs de Ligue 2 en indemnités de transfert l’été dernier, mais ont également amputé une nouvelle fois l’équipe-type de plus de la moitié de ses titulaires, et c’est comme ça qu’on finit par se faire rosser comme jamais avec Andréa Raggi en leader de défense 9 mois plus tard.

Pendant ce temps dans la capitale, le club sur lequel aime chier allègrement ce que la France entière compte d’adversaires, théoriciens du foot ou du complot, « journalistes » sportifs, consultants, experts de plateau télé ou de comptoir de PMU, continue d’accumuler les titres, au point que ça en devient indécent. 42 victoires consécutives en coupes nationales, série en cours. 5ème championnat en 6 saisons, il y a comme une forme de constance qui les honore. Certes, « à vaincre sans péril, on évite les ennuis« , disait un centurion romain dans une aventure d’Asterix dont j’ai oublié le titre. Malgré tout, il faut le faire, et quoi qu’en disent les rageux, il y a tout de même un titulaire par ligne cette saison issu du centre de formation, donc les gazodollars ne font pas tout, hein Jean-Michel ?

Les goûts deviennent plus luxueux

Alors pourquoi, me demanderez-vous, cette soupe à la grimace à chaque fin de saison ? Ce n’est pas, je l’espère, la perspective de jouer une nouvelle finale de Coupe de France, la quatrième consécutive, face aux Herbiers, modeste club de National, ce serait irrespectueux.
Pas non plus l’évocation des couleurs des maillots pour l’année prochaine – quoique.

En réalité, nous voici confrontés depuis un passé récent à une telle banalisation de l’exploit match après match que les bouches s’affinent et les goûts deviennent plus luxueux chaque saison. Encore une fois, le niveau pitoyable de la concurrence en France facilite sans doute le travail au long cours, mais arriver à maintenir une telle exigence pour finir le taf dans des matches sans enjeu, comme le dernier en date à Bordeaux par exemple, donne des motifs d’espoir pour la/les prochaines saisons, à condition de rappeler cette exigence à TOUS les joueurs, et d’en remplacer quelques uns (voir liste de courses sur le frigo).

En revanche, l’hystérie autour de la course à la Champions League sert aujourd’hui de raison à de trop nombreux suiveurs du club, certes peu aidés par le comportement de ses propriétaires, qui en plus d’étaler leur impatience à la face du monde, mettent tout en œuvre pour n’assurer aucune continuité dans cette longue entreprise.
La Ligue des Champions est un fardeau trop lourd à porter pour l’enfant précoce qu’est le PSG, capable de massacrer une des institutions du football continental un beau mardi de février, puis de s’écrouler et de couler à pic trois semaines plus tard. C’est l’histoire du gamin à qui on parle déjà bac, école de commerce et job dans la finance alors qu’il est en CE1 et a juste envie de ramasser des coquillages sur la plage.

Cimenter le club et l’aider à grandir

Malgré l’empilade de stars sans cesse renouvelée, et on aura été gâtés cette saison (quoique l’abondance de biens a encore prouvé qu’elle pouvait surtout nuire), on ne pourra malheureusement rien espérer de mieux que des coups d’éclats tant que les fondamentaux d’un club sain et viable continentalement n’auront pas été posés, ou de nouveau posés, si on accepte l’idée que Leonardo avait œuvré dans ce sens, mais n’aura pas pu aller plus loin que replacer Paris sur la carte de l’Europe du foot et nous fournir ses premiers top players/poules de luxes.

Sur les sept dernières saisons, le PSG c’est :
– 5 championnats
– 4 coupes de France
– 5 coupes de la Ligue
pas loin de 70% de victoires, des records à la mini-pelle… et malgré tout 3 entraîneurs (4 si on compte l’ami Kombouaré, victime d’une frappe préventive fin 2011 bien qu’ancienne gloire du club).
Le premier, vainqueur de la Champions League en tant que joueur ET entraîneur, excusez du peu. Le second, de la coupe du monde et d’un Euro, certes en tant que joueur, mais on ne l’appelait pas président pour rien. Et le dernier en date, de trois coupes de la Ligue d’Europe d’affilée.

Alors, au delà d’avoir coaché successivement le PSG, qu’ont en commun Carlo Ancelotti, Jean-Louis Gasset, euh… Laurent Blanc, et Unai Emery ? Ils ont tous été victimes au mieux d’une absence cruelle de leadership de leur employeur – défaut rédhibitoire pour une institution qui se cherche encore une stature malgré son passé glorieux – supposé apporter une vision à long terme, cimenter le club et l’aider à grandir.
Pire, ils ont publiquement été mis en difficulté, quand ce ne fut pas tout simplement désavoués par la présidence du club, plus proche des joueurs et prompte à leur faire des câlins et des gros chèques que de leur rappeler ce qu’on est en droit d’attendre d’un employé à ce niveau de rémunération et de confort.

Le management de transition

Pour rester dans le registre de l’environnement de travail, il manque à l’employeur PSG une politique RH claire, adossée à ce qu’on a coutume désormais d’appeler le management de transition, ou Change Management chez nos amis concepteurs anglo-saxons.
Traduction, la société à décidé d’emmener ses collaborateurs vers un peu plus d’open space et de postes de travail partagés, supposés favoriser les échanges et les synergies. En parallèle, identifier les postes à redynamiser, quitte à proposer un package intéressant à ses titulaires pour permettre ce renouvellement. Ou à licencier économiquement.
Le côté chacun dans son bureau climatisé oversize, avec l’assistante au bout du couloir, et vas-y que je te gratte une augmentation tous les six mois ou alors je fais grève, c’est terminé. D’autant qu’en réalité, le marché du travail étant ce qu’il est, personne n’était garanti de trouver ne serait-ce que les mêmes rèm’ ailleurs, d’où l’absence notable de départs volontaires du PSG ces dernières saisons. En revanche, pour l’ouvrir à la machine à café ou à la cantine, il y a du monde.

De nombreux commentateurs du club n’ont que les mots « fin de cycle » à la bouche, et si c’est parfois un raccourci facile, en l’occurrence il est bien choisi cette saison.

En effet, malgré l’arrivée concomitante l’été dernier de deux des plus gros pétards offensifs mondiaux, confirmé ou imminent, le club ne pourra pas grandir ni atteindre son objectif ultime sans une redéfinition claire de ses méthodes et des règles internes qui doivent être calquées sur celles des plus grands.
Neymar qui se blesse ? ok ça arrive. Mais qu’il finisse sa saison en février et se barre au Brésil parce que l’important c’est la coupe du monde en juin et pas les échéances de son club, ça ne passe pas, on est à la limite de l’abandon de poste. Que ce soit en plus Nasser qui doive prendre un avion jusqu’au Brésil pour aller papoter avec lui, encore moins.
Je passe sur tous les solos balancés dans la presse par machin ou truc, avec cerise sur le gâteau la confirmation.. par des joueurs du départ programmé d’Emery en fin de saison.
Lewandowski à Munich a bien essayé le mois dernier de raconter ses envies d’ailleurs à qui voulait l’écouter, il s’est rapidement fait rattraper par la patrouille, et le board du Bayern lui a rappelé en mots vaguement polis de bien fermer sa bouche.

On a actuellement un club toujours jeune

A Paris, il n’y a pas de structure adéquate pour faire la police, ni de crédibilité à le faire par ses dirigeants, ces derniers étant plus motivés par la transformation du club PSG en une franchise globalisée, au détriment de son esprit initial, et des aspirations de ses supporters historiques, sans doute pas les meilleurs consommateurs, et à ce titre peu intéressants.

Cette redéfinition du club passe selon moi par un changement de gouvernance, l’actuelle n’ayant eu ces dernières années qu’à jouer avec un très gros porte-monnaie, tout en envoyant des signaux déplorables de compromission à des moments où il aurait fallu sévir. Mais bon, plus facile à dire qu’à faire.

Dans les faits, on a actuellement un club toujours jeune, présidé par un amené récent au foot, et de surcroit premier fan de ses joueurs au lieu de simplement être leur patron, qui devrait le leur rappeler lorsque les circonstances l’exigent. Autrement, cela rend le management du club impossible, j’en veux pour preuve l’absence de stabilité/visibilité à tous les échelons, des féminines à la formation, un chantier qui devrait être absolument prioritaire vues les capacités de la région à produire des futurs talents internationaux.

A la merci du premier court-circuitage

À défaut, les ajustements devront se faire via les joueurs, et dans les prérogatives offertes au futur entraîneur, dont on espère qu’il aura les pleins pouvoirs de la part de QSI, plutôt que d’être à la merci du premier court-circuitage par Nasser le pote des joueurs.

Plus jamais d’Auriergate, de double augmentation annuelle d’un joueur ou alors je menace d’aller voir ailleurs, de faux leader en pré-retraite comme Ibrahimovic qui n’était là que pour se faire rincer contre certes quelques (dizaines de) buts mémorables.
Plus d’accidents industriels comme Ben Arfa, ni de diva pleurnicharde à la Di Maria, dont la production globale et l’implication en 3 saisons auront tenu du scandale absolu, à quelques rares occasions près.
Plus de défenseur fragile comme Thiago Silva, qui aura en 6 saisons étalé sa classe parfois, comme sa loose dans les grands rendez-vous, le problème étant qu’elle fut contagieuse en de trop nombreuses occasions.
Place aux jeunes, et encore plus aux inconnus qui ont tout à prouver. Finis les: « tu es le meilleur à ton poste ou presque, joue relax, et prends ton chèque, on t’en demandera pas plus« .
Cruyff ne disait-il pas « si tu choisis le meilleur à chaque poste, tu n’auras pas une bonne équipe mais onze numéros un » ?

Place aux enfants du club et au sang neuf

Ibrahimovic, Sirigu, Matuidi, Maxwell, Lucas partis ou débarqués, Motta qui joue ses dernières minutes ces jours-ci, il ne reste plus que Javier et surtout Thiago Silva à renvoyer en Italie pour que l’horizon se dégage enfin, et que de nouveaux profils émergent.
Verratti, ultime Leonardo boy, est le bienvenu pour faire le lien entre le 11 historique de QSI et la prochaine génération, pourvu que son implication ne puisse être remise en cause. Autrement, la porte est grande ouverte, prends ton vol petit hibou.
Place aux enfants du club, et au sang neuf à même de porter l’équipe vers ses nouveaux défis.

Cela passe par également par plus de lien avec les anciennes générations de joueurs du club, qui doivent prendre leur place soit directement dans l’organigrame (capitaine Raí c’est quand tu veux), ou à défaut dans la conscience collective du PSG, et qu’ils soient plus audibles pour rappeler ses valeurs à un joueur actuel, ses devoirs et obligations sous le maillot rouge et bleu (ou qui tire vers le bordeaux, ou jaune fluo ou bref).
Afin qu’on ne les voie pas simplement pour la pseudo fête en l’honneur de la dernière performance du PSG en coupe d’Europe il y a un quart de siècle, mais qu’ils contribuent à aider la génération actuelle à écrire une nouvelle page de leur histoire commune.

Allez Paris.


Jérome Popineau
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