Interview : Liam Gallagher

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Un jour de juin, dans le 10ème arrondissement. Je dois rencontrer Liam Gallagher pour Rock&Folk. Il est là pour parler de son premier album solo, disponible en octobre prochain. “As You Were” ressemble à son auteur, du rock aux mélodies imparables et faciles, des balades bien foutues et bien malignes, et cette voix,
surtout cette voix, qui a su fédérer toute une génération,
il y a longtemps, quand Oasis dominait le monde.

Liam est à l’heure, souriant, malgré cette longue journée promo parisienne qui s’annonce, malgré surtout la canicule qui brûle les derniers espoirs des clients détrempés. En guise de préambule, Liam balance un “Il fait tellement chaud que j’ai mes couilles qui dégoulinent mec” juste parfait. Une fois la question du rock évacuée, Liam accepte de parler aussi de son autre passion, le football. Enfin, de Manchester City pour être plus exact.

C’est son club, le seul, l’unique: “J’aime de tout mon coeur Manchester City. Pep a eu une année merdique, difficile mais je pense que l’année prochaine, il va revenir sûr de ses forces et tout emporter. Sans le moindre doute. Mais s’il foire encore, ça va être compliqué pour lui de rester, d’après moi. J’aime son style, j’aime qu’il veuille que les actions repartent de la défense, sans balancer devant systématiquement. Je pense que sa seule vraie erreur, ça a été de vouloir se débarrasser de Joe Hart dès son arrivée. Joe Hart n’est pas le plus grand gardien au monde mais il était un symbole à City. Un mec de chez nous. Je comprends qu’il ait voulu marquer son territoire mais il s’est un peu planté là-dessus…”

Comme beaucoup de fans sérieux, Liam fréquente désormais moins les tribunes que son canapé à l’heure où l’arbitre siffle le début des hostilités. Comme beaucoup de fans dont le club a été racheté par une lointaine contrée blindée d’or noir et (ou) de gaz, le coeur de Liam vibre comme au premier jour mais n’est plus vraiment dupe: “Je vais vraiment moins au stade qu’avant. Et puis, j’habite à Londres. Et au stade, tu ne peux pas regarder le match tranquille. On te demande des selfies sans cesse. Je préfère regarder ça à la télé, à gueuler et hurler dans mon salon… Tous ces gens qui détestent City et Paris pour les mêmes raisons, les Émirats et l’argent des Émirats, le Qatar et l’argent du Qatar, qu’ils aillent se faire mettre, tous ! On était riche avant ça. City et Paris n’étaient pas des petits clubs familiaux sans capitaux. C’est de l’hypocrisie, de la jalousie, de la connerie humaine. Je n’en ai rien à foutre. City pour toujours, mec ! Mais si je m’avoue les choses, c’est vrai que quelque chose a changé, voire a disparu. La ferveur est toujours là mais elle a appris aussi à exister loin du stade…”

Au moment de le quitter, on lui offre une vieille écharpe d’ultra parisien. Il la contemple quelques secondes sans rien dire. “Mais vous n’avez qu’une seule équipe à Paris, vraiment ? Chez nous, je crois qu’il n’y a qu’à Newcastle qu’il n’y a qu’une seule équipe… Un pays sérieux se doit d’avoir plusieurs équipes dans ses grandes villes, tu ne crois pas ? En tout cas, merci, vraiment, je suis très touché.” On lui demande si on peut le prendre en photo avec l’écharpe : “Tu peux toujours rêver, mec ! Aucune chance ! Tu accepterais de poser, toi, avec une écharpe de City, sérieusement ?” Bien sûr que non, Liam. Mes couleurs sont celles de Paris et il n’en existe aucune autre ! “Et bien, pareil pour moi. Si tu es un supporter digne de ce nom, tu n’aimes qu’une équipe toute ta vie. Je n’ai jamais compris ces mecs qui aimaient plusieurs clubs, un par pays. C’est de la merde. Tu ne peux avoir qu’un seul club dans ton coeur. Marié pour le meilleur et pour le pire, mec. Mais merci pour le cadeau, vraiment. Je comprends que c’est important pour toi.”

Il se lève et quitte le bar. Avant de s’engouffrer dans l’ascenseur, il se retourne, revient sur ses pas et dit: “Je te promets que si je joue à Marseille, je me pointe sur scène avec ton écharpe”. Et il ricane comme un enfant fier de sa connerie.



Album « As You Were » disponible le 6 octobre 2017 chez Warner Music France

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