Ode à la prolifération

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Si l’Europe était un “théâtre d’opérations” comme on dit hypocritement de nos jours, l’UEFA serait l’ONU chargée de la mise en oeuvre et du respect des traités, le Real Madrid serait les Etats-Unis, et le FC Barcelone l’URSS. Manchester United serait évidemment la couronne britannique, autrefois surpuissante et vivant aujourd’hui dans le souvenir de son illustre passé, tandis que le PSG serait la France à la recherche d’un nouvel équilibre, cherchant sa voie et tentant de faire entendre sa voix dans le concert des nations modernes.


Ainsi l’instance dirigeante serait dans son rôle en encourageant tout le monde à s’embrasser parce que la guerre c’est pas bien, mais en même temps les USA préfèrent quand les règles sont faites par eux tout en n’ayant aucune intention de les respecter.

L’URSS de son côté se contenterait de répondre à la menace hégémonique en consolidant à son tour la force de frappe la plus puissante et dangereuse qui soit, juste pour faire chier les américains (et aussi parce qu’ils voient le monde différemment).

La Grande-Bretagne, avec son flegme caractéristique, ayant fait sienne la doctrine de ne faire que répondre à une éventuelle attaque, aurait décidé de vendre sa capacité nucléaire au grand frère américain, devenant de facto inoffensive.

Un équilibre de la terreur

Et la France dans tout ça ?

Dans cet environnement hautement volatile, dans une course à l’armement sans cesse renouvelée, les super-puissances européennes ont instauré un équilibre de la terreur qu’elles pensent être les seules à pouvoir nourrir, leur assurant une position prépondérante sur le cours du football moderne.

Avec le “fair play financier” de nos amis suisses de l’UEFA, il y eut bien récemment une tentative de limiter la prolifération des arsenaux nucléaires, comprendre une volonté de la part de ceux ayant déjà la plus grosse part du gâteau de ne pas faire croquer les nouveaux venus, financés à coup de petro ou gazodollars illimités, et à ce titre pas du tout réglo.

L’Allemagne, simple pays de transit des plus grosses ogives mondiales, et son représentant le Bayern Munich, ont bien tenté leur chance, en se retranchant derrière l’argument selon lequel leurs efforts scientifiques n’aspiraient qu’à servir des intérêts civils, et non belliqueux. Dortmund appréciera.

En quelque sorte la troisième voie

Le jeune club parisien lui, doté d’ambitions élevées malgré un retard économique et sportif certain sur ses concurrents, ressemblant fort à celui de la recherche nucléaire française dans les années 60, a décidé de se doter d’un formidable levier diplomatique. De Gaulle ne plaidait-il pas que la bombe atomique donnerait à la France “un accès direct à la table des supergrands” ?

Il y a trois manières d’acquérir le feu nucléaire : en le créant (Léo Messi à Barcelone), en le braquant à un abruti de club qui trouvait qu’un Ballon d’or c’était suffisant et qu’il valait mieux encaisser un gros chèque en échange de sa capacité de frappe (C. Ronaldo de Man. Utd au Real), ou en profitant du démantèlement programmé d’un empire vieillissant pour aller piocher dans son arsenal mal sécurisé.

L’arrivée de Neymar au Paris Saint Germain serait en quelque sorte la troisième voie prônée par le Général de Gaulle. « Ni le vieux libéralisme, ni le communisme écrasant. Autre chose. Quoi ? Et bien, quelque chose de simple, de digne et de pratique, qui est l’association. C’est une vieille idée française ».

Un formidable outil de propagande

Cette signature obéirait à une double logique : en plus d’effacer la défaite de 1940, en l’occurence celle du Camp Nou en mars dernier, et de dépouiller d’une partie de leurs armes mal acquises nos bourreaux de l’époque, la captation de ce missile balistique longue portée ferait entrer le PSG au conseil de sécurité du foot européen, dans le Gotha qui se refusait à lui jusque-là.

Au-delà de la simple dissuasion, Neymar au PSG serait un formidable outil de propagande, destiné à renforcer l’aura de son nouveau club, et permettant à celui-ci une diffusion massive de son idéologie sportive à travers le monde. Une manifestation éclatante de sa doctrine de non-alignement.

Pour détailler un peu les ressorts émotionnels liés à ce possible “plus gros transfert de tous les temps, bras d’honneur au club catalan inclus”, permettez moi de souligner la nature des relations entre les deux clubs, telles que moi, supporter parisien, et donc à ce titre fatalement impartial et de bonne foi, les vis et ai vécues ces dernières années.

The North Remembers

Le FC Barcelone, c’est ce club de baltringues qui nous aura arnaqué Ronaldinho pour à peine plus que ce qu’ils ont payé depuis pour le transfert de Lucas Digne (et le plaisir de l’un n’enlève rien à la démangeaison au postérieur qui m’avait tourmenté de longues semaines cet été-là). Alors ok, on a récupéré chez eux le classissime Sherrer Maxwell depuis, mais je me demande toujours dans quelle mesure il est arrivé à l’époque pour combler un manque à son poste, ou parce que c’était le BFF de Zlatan. Mon plaisir et ma vengeance seront en revanche absolus lorsqu’il se confirmera que c’est Maxwell qui aura emporté la décision du joueur de rejoindre Paris.

Pour en revenir à Iñho, je n’ai jamais aimé le Barça, bien qu’il y ait brillé de longues saisons, et qu’une équipe hégémonique se soit graduellement constituée autour de lui et dans le sillage de son génie. Pas plus que je n’ai réussi à aimer le Real, même lorsque Zidane y officiait et réinventait les critères de la beauté dans le football.

Prendre Neymar au PSG me ferait penser à Arya Stark au début de la nouvelle saison de GoT : “The North remembers”.

Dans le rang des puissances intermédiaires

Non, Paris n’a pas oublié. Ni le pénalty un peu mytho de Ronaldo (le vrai) en 1997, abîmant la stature de héros de Bruno Ngotty acquise la saison précédente, et donnant la coupe à Barcelone (car oui, il était une époque où malgré ses stars, le Barca jouait la C3). Ni les matches nuls de raccroc en poules de LdC plus récemment. Ni les danseuses qui tombent comme des feuilles dès qu’un match ne va pas totalement dans leur sens. Ni leur influence sur les arbitres. Et surtout pas les tentatives répétées à chaque mercato de captation de Marco Verratti, notre bombe H à nous, depuis que le monde entier connait son talent.

Voyons donc le transfert de Neymar comme le coup fatal porté à une bête malade (finances, choix sportifs, départ de ses cadres, …), ou l’épisode le plus chaud d’une guerre froide qui ne dit pas son nom. Une nouvelle crise des missiles, mais sans Fidel Castro ni JFK.

A l’inverse d’une tête nucléaire, un Messi comme un Iniesta ne sont pas éternels. Et lorsque les cartouches se feront plus rares, et que la FIFA arrêtera d’acter des transferts durant des périodes d’interdiction (cf. Suarez), ou d’en valider d’autres malgré des montages financiers super douteux (cf. Neymar justement), le FC Barcelone aura à envisager de retourner dans le rang des puissances intermédiaires. Le foot étant par essence cyclique, et son marché plus ouvert que celui de l’atome, peut-être que le club Blaugrana devra se résoudre à s’abriter sous le parapluie d’une autre puissance, sous peine d’être détruit par ses voisins. D’ici là, Paris aura largement développé sa zone d’influence, et mis en place sa stratégie d’endiguement.

Oui, une troisième voie est possible, puisse Neymar en être le guide parisien. La liberté n’a pas de prix…

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