(Association libre pour un)
Paris libéré des rats

par

L’Espagne en fin du monde, la Catalogne en fin d’Espagne, les culés en fin du rêve de Reconquista. Plus grand, plus gros, plus gras, plus lourd, plus lent, le rêve s’arrête enfin là où il était évident qu’il commencerait avec ceux qui ont cette fois, mille trois-cents ans plus tard, pris le problème de conquête à l’envers.


Paris s’est cru Hercules, pensant aller jusqu’à Gibraltar, mais il est seulement Tariq, ne pouvant dépasser Poitiers. Et déjà la passion du Parc tarit alors que les Herculés nous enculent de cet air tranquille du tricheur trébucheur à dents tranchantes. Au delà de Gibraltar ou de Poitiers, pour Paris, il n’y a rien, ce qui dans la lettre latine, comme dans les colonnes d’Hercule, s’épelle Nec Plus Ultra. 

Nec – pas – Plus – plus – Ultra – loin. 

Pas plus loin ; nous n’irons pas plus loin. Car il n’y a rien au-delà. Il ne s’agit pas tant d’une demi-finale que d’un double recommencement. Le football n’est qu’une triste suite de crises passagères, qu’elles soient d’identité ou d’orgasme. La Saint-Valentin ne nous fera jamais tant jouir qu’elle ne l’a déjà fait par derrière, primesautière comme toujours de nuit. 

Paris a besoin de drame
comme il a besoin d’orgueil

La conquête ne passera plus par les concours de quéquètes avec les culés, elle passera calmement par ce double recommencement. Recommencement d’un public, recommencement d’une équipe. Paris aime les magnifiques, et les magnifiques, les vrais, ne le sont absolument que quand ils savent se rendre dramatiques. Paris a besoin de drame comme il a besoin d’orgueil car c’est cet alliage raffiné de grandeur du coeur et de bassesse des moeurs soudées dans la démesurée défaite qui le rend indestructible. 

Aucun club au monde ne saurait résoudre cette équation : nec + ultra = orgueil x drame 

Pourtant Paris l’a fait. L’ultra outré du tarmac, les traitant tous de traitres, Motta l’amocha d’un coup de pare-chocs, reprenant alors – très probablement sans le savoir – un motif chéri du Parc : le contact « voiture de joueur-ultra trop près »

L’homme qu’on accusa si bigotement de ne pas connaitre l’histoire du club pour l’omission d’une sombre coupe des coupes, se fit alors froidement représentant d’une histoire de trente ans entre Paris et le public.
Paris perd, le parc attaque, la police tamponne, les carrosseries tremblent. 

Un thermomètre enfoncé chaque week-end dans le trou du cul d’une ville

De son coup de caisse, avec sa coupe de condé, Thiago Motta a enfin rappelé à Paris ce qu’était un vrai club de football : un thermomètre enfoncé chaque week-end dans le trou du cul d’une ville.  Si le trou du cul se situe entre la porte de Saint-Cloud et celle d’Auteuil, le thermomètre a trop souvent été foutu dans l’oreille d’un public sourd et muet. Maintenant qu’on le glisse à nouveau à notre endroit, quel pied de sentir que la chaleur de notre coeur est toujours là. Et tout ça grâce à Motta. 

Paris a trébuché sur la Motte, redevenant humain, reconquérant notre ferveur, enfin. Car c’est la Motte à terre qui a laissé Paris sur le flanc ce fameux soir de flan à caramels catalans. Sans la Motte pour ensemencer l’oreille du sifflet de son langage fleuri, pas de rouges et pas de démontada du Barça. 

Libérée de l’habituel arbitre insistant, soulagée de la Motte en somme, l’impunité porta les culottés enculés à dignité d’apache d’un souffle épique de Raymondtada pour écraser l’équipe d’assistants qui parlementaient à peine, orphelins qu’ils étaient de leur chef de filouterie.  À onze Peau-rouges sans foi et un noir sans loi contre onze bleus sans chef ni roi, la déculottée fut tragique. Un seul maître vous manque et tout est des Pelé. 

L’homme qui rendra Paris aux parisiens

Motta nous a manqué. Mais Thiago n’a pas trahi, lui. Thiago, c’est Paris maintenant. Ceux qui l’ont aperçu en costume de tribune ne le nieront pas, Motta c’est l’homme qui murmurera à l’oreille de la loi, de l’UEFA, l’homme qui rendra Paris aux parisiens, aux vrais, à ceux qui savent qu’au delà des quarts de finale de « champion’s » il n’y a rien, rien de plus que ce qu’on ne connait déjà. 

Il n’y a rien de plus au delà des victoires d’un soir. Rien de plus que la liesse éternelle du Parc qui ne se calcule qu’au singulier, ne se conjugue qu’à l’éphémère et qui passe en un éclair, comme un contact de Motta, pare-chocs ou pas, par amour de la pelouse en tout cas. La Saint-Valentin suffit bien, croyez-moi. 

Au Parc, Motta a oublié les lois de l’âge depuis qu’il en est résident, il l’éblouira de sa rage lorsqu’il en sera Président. 

Ne cherchons pas plus loin, l’italien est là pour exaucer la litanie du Paris Saint-Germain qui veut que ses ultras parlassent le même latin. Mais je n’irai pas plus loin, car je vous ai perdus, je crois, entre Gibraltar, Poitiers, le Qatar et le PSG ; et en période d’élection, l’association libre, c’est jamais très bon. 

Noé annihiliste 

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