PSG-REAL pour la vie

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Les PSG-Real, il connaît bien. Il en a vécu quatre avec le Paris Saint-Germain. Deux à Bernabeu, deux au Parc dont l’exploit inoubliable (4-1) en 1993. Le match le plus intense de sa vie. Probablement aussi de celle du PSG. Patrick Colleter est un défenseur qui ne lâchait jamais rien. Y compris face au Real.
Il a tout vécu de l’intérieur, alors il nous raconte. En attendant demain.


Bernabeu plein à craquer

D’abord, il y a le match à Bernabeu (2 mars 1993). Un mardi. En face, c’était la grosse grosse équipe du Real, leader de la Liga. Avant d’en arriver là, on avait sorti le PAOK Salonique, Naples, Anderlecht. Entre Paris et Madrid, on se remet donc en configuration Coupe d’Europe. On ne se met pas plus de pression que ça. On n’était pas intimidés. On avait beaucoup d’envie. L’enjeu, c’était les ½ finales.

Jour J… On y est. La causerie d’Artur Jorge, je ne m’en souviens pas du tout. Moi avant un match, je suis totalement dans ma bulle. J’ai juste besoin de savoir qui joue, la tactique et ensuite je suis vraiment dans mon truc. Je n’ai pas besoin d’être motivé. Et puis face au Real, c’est vraiment le très, très haut niveau, tu joues au foot pour vivre ça.

Hey, Give Me Five !

Je découvrais Santiago Bernabeu. Un stade magnifique, plein à craquer, ambiance de folie. Encore une fois, on joue au foot pour ça. Aucune appréhension.

On est menés 2-0 à la pause, buts de Butragueño et Zamorano. Juste après la mi-temps, on réussit à marquer rapidement, tête de David Ginola sur un corner de Valdo (49’).

Et là, à la 89ème, j’ai une grosse occasion pour égaliser. Je ne sais pas ce que je fais là, je pars seul en direction du but, je donne la balle à Valdo, qui me la redonne, je me retrouve tout seul face au gardien. Je rate et on prend le 3ème juste derrière. Zamorano part en contre, penalty… En une minute, on passe de presque 2-2 à 3-1. Ce n’est plus du tout la même histoire.

Je m’en suis beaucoup voulu

Sur le coup, je m’en suis beaucoup voulu car cela change beaucoup nos chances de qualification. Après je me dis que c’était peut-être écrit… Sans grosse défaite, pas d’exploit possible au Parc (sourires).

Dans le vestiaire après le match, l’état d’esprit qui domine, en un mot c’est : déception. On fait plutôt un bon match, on a les occasions et au final on en prend 3. Ça pique. On était très déçus mais on sentait qu’il y avait la place.

On sentait que malgré tout, on les avait un peu bousculés. On n’était pas sûrs à 100% de notre fait, mais on était confiants. On rentre sur Paris, on enchaîne avec le championnat, qu’il ne fallait pas non plus négliger. Avec toujours le Real dans un coin de la tête.

Mister Président

Le Parc prêt à exploser

18 mars 1993. On y est. PSG-Real. Un jeudi. On entre sur la pelouse, et là on sent tout de suite une atmosphère spéciale. Très spéciale. Une ambiance de malade, je n’avais jamais vu ça au Parc. C’était exceptionnel. Extraordinaire. On avait le Parc tout entier derrière nous. On l’a senti dès les premiers ballons. Le public était prêt à exploser avec nous. Ils nous ont énormément aidés.

(Weah, 31’), 2-0 (Ginola, 81’), 3-0 (Valdo, 89’), là on est qualifiés… Quand on prend le but de Zamorano à la fin (3-1, 90’), si les supporters ne sont pas là, s’ils ne nous poussent pas comme ils le font, je ne sais pas si on met le 4ème (96’)…

Stop, look, listen to your heart, Valdo t’écarte

C’est grâce à nos supporters

Tous ensemble, on a poussé. Il faut leur rendre hommage là-dessus. Même en championnat, c’était une période où vraiment, ils étaient derrière nous. On avait confiance en nous, mais cette victoire, c’est aussi grâce à eux. C’est sûr et certain.

Moi personnellement cette ambiance, ça me transcende. Elle te motive quand tu n’es pas bien physiquement, tu n’as pas le droit de baisser les bras. Je le ressentais quand je commençais à puiser dans mes réserves.

Les demi c’est par là !

Je n’ai jamais revu le match. Enfin si mais il y a longtemps. Je ne sais pas si cela se voit mais on avait cette confiance. On savait au fond de nous qu’il y avait la possibilité de passer.

L’an dernier, quand Paris gagne 4-0 au Parc face au Barça, c’est quelque chose d’énorme. Le 6-1 au Camp Nou a malheureusement mis aux oubliettes l’exploit de l’aller… Nous c’était l’inverse, on perd 3-1 et on arrive avec un scénario exceptionnel, en plus au Parc.

C’est le match le plus intense que j’ai jamais joué. Il y a tout eu. C’était fou. Il y avait une telle qualité dans le jeu, une telle communion avec le public, une telle dramaturgie. Des moments comme celui-là, je n’en revivrai plus jamais.

Butragueño, Zamorano : compliqué

Au Real, il y avait une paire d’attaquants redoutable : Butragueño & Zamorano. Des adversaires très compliqués à marquer. Michel au milieu était un super joueur de ballon. Hierro en défense… C’était du lourd. En tant que défenseur, la paire d’attaquants que j’avais face à moi, elle n’était pas facile du tout à contenir. Butragueño, il était très dur à marquer dans ses déplacements. Zamorano, c’est un super attaquant aussi, excellent de la tête.

Pour préparer les matches, on n’utilisait pas la vidéo comme aujourd’hui. C’était plus des rapports écrits sur les joueurs, leurs caractéristiques. On s’imprégnait un peu de tout ça… Même si ça ne suffisait pas toujours (sourires).

El Commodore

Tonio “Casque d’Or“

96ème. Coup franc pour nous. Je ne montais jamais sur les coups de pied arrêtés, surtout avec les joueurs de tête qu’on avait. Quand Valdo frappe, je suis dans le rond central, je vois la tête d’Antoine, je suis la trajectoire des yeux… Ensuite, c’est l’euphorie. L’euphorie totale. Le stade est bouillant, tu cours partout, tu ne sais plus où tu es.

C’était magique. Si on pouvait revenir en arrière pour vivre de tels moments…. Mais c’est une fois dans une vie. Je suis déjà content de l’avoir vécu.

Qu’est ce qui se passe ensuite ? Je ne me souviens pas trop. Je sais qu’on est resté un bon moment sur le terrain, partager notre joie avec le public, mais j’étais dans un état second. Dans le vestiaire, je me souviens simplement qu’on saute partout. C’était une joie absolue. On vient de faire un match qui va rester dans l’histoire du club. Quelque part, c’est une fierté.

Douche VIP : Woody Harrelson et Patrick en arrière plan…

Antoine Kombouaré est devenu « Casque d’Or », « Tête d’Or ». Pour nous, c’était toujours Tonio. On était heureux pour lui. C’est un super mec. Il ne faut pas oublier que sur ce match, il remplaçait Alain (Roche) qui avait pris un rouge à l’aller. Il ne faut pas oublier non plus qu’il a marqué d’autres buts très très importants. A Anderlecht en 1/8èmes, c’est lui qui nous qualifie pour les ¼, de la tête aussi ! (74’, but de Kombouaré de la tête sur un corner de Valdo, Anderlecht 1-1 PSG, ndlr).

Face au Real, c’est encore sa tête qui nous qualifie en ½. Le problème ensuite, c’est qu’on se fait éliminer par la Juve (Juventus 2-1 PSG, PSG 0-1 Juventus, ndlr). Là bas, on se fait tordre. Doublé de Baggio, avec un but sur coup franc à la dernière minute. Au retour, l’arbitre oublie de siffler une faute flagrante sur Weah, après un de ses slaloms dont il a le secret. C’est une grosse frustration de ne pas aller au bout. Sur les 2 matches, on ne mérite pas de se qualifier.

Le match le plus fort de ma vie

En 1996, on gagne la Coupe d’Europe (PSG 1-0 Rapid de Vienne, Coupe des Vainqueurs de Coupe), c’était magnifique, mais ce ¼ de finale face au Real, dans son scénario, son suspens, reste le plus fort. Il y a tout eu. Le match en lui-même est inoubliable.

En 1994, on a rejoué 2 fois face au Real (1/4 de finale, Coupe des Vainqueurs de Coupe). On gagne chez eux 1-0 (but de George Weah), match nul au Parc (1-1, buts de Butragueño et Ricardo). J’ai beaucoup moins de souvenirs cette année-là. Mais éliminer deux fois le Real coup sur coup, ça voulait dire qu’on avait grandit.

En Coupe d’Europe avec Paris, j’ai vécu des moments intenses. On a joué le Milan AC, Barcelone, le Bayern, La Corogne, Naples, Arsenal, la Juve. On a gagné la Coupe d’Europe, on a descendu les Champs en voitures décapotables, on est allés à l’Elysée.

Le Onze Real : Kombouaré – Ricardo – Le Guen – Sassus – Lama – Weah – Simba – Ginola – Colleter – Guérin – Valdo.

14 février 2018

Le 14 février je serai devant ma télévision, il n’y a pas de débat possible. Le 6 mars, je ne sais pas, peut-être que le PSG va nous inviter ? Ce serait un beau clin d’œil (sourires). Quoiqu’il arrive, je serai à fond derrière eux.

Le PSG va-t-il passer ? Aujourd’hui je suis très partagé. Je me dis d’un côté, au Real, ils n’ont plus que la Ligue des Champions, A Paris, il faut « absolument » qu’ils gagnent. Ne pas passer les 1/8èmes à nouveau, ce serait un problème.

Une chose est sûre, Paris actuellement est sûr de son football.

Le Real, beaucoup moins, mais on sait que les grandes équipes se réveillent toujours quand il faut. Je donne un petit avantage à Paris. Mon pronostic : Real 1-1 PSG à l’aller, PSG 2-1 Real au retour.

Bon match à tous, et allez Paris !


Feuille de match PSG – Real Madrid (1/4 finale retour Coupe de l’UEFA)
3-1 (1-0), 18 mars 1993, Parc des Princes (46 000)
Paris SG : Lama – Sassus (Germain 77’), Kombouaré, Ricardo, Colleter – Le Guen, Guérin, Valdo – Simba (Bravo 72’), Weah, Ginola
Entraîneur : Artur Jorge

Real Madrid : Buyo – Nando, Ramis, Ricardo Rocha, Lasa, Hierro – Luis Enrique (Alfonso 80), Proinecki, Michel – Butragueno (Villaroya 63’), Zamorano
Entraîneur : Benito Floro

Buts : Weah 33’, Ginola 81’, Valdo 89’, Kombouaré 96’ pur le PSG; Zamorano 91’ pour le Réal

Arbitre : M.Puhl (Hongrie)
Avertissements : Sassus (60’) pour le PSG ; Villaroya (69’) pour le Real

Patrick Colleter
Né le 6 novembre 1965 à Brest
Défenseur, 1m78
Joueur du PSG : 1991-1996

Palmarès au PSG
Vainqueur de la Coupe de France (1993)
Champion de France (1994)
Vainqueur de la Coupe de France et de la Coupe de la Ligue (1995)
Vainqueur du Trophée des Champions (1995)
Vainqueur de la Coupe des Vainqueurs de Coupe (1996)
Champion de France (1994)
Vainqueur de la Coupe de France et de la Coupe de la Ligue (1995)
Vainqueur du Trophée des Champions (1995)


Emilie Pilet
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