Supporteurs pour la vie

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Ils ont le même prénom, ils ont la même passion. Ils sont tous les deux supporteurs du Paris-Saint-Germain, sans doute depuis plus longtemps que vous. Ils ont (presque) tout connu avec le club.
Et continuent à faire les déplacements ensemble, quoiqu’il arrive. 


Virage : Vous êtes donc devenus amis grâce au PSG ?

Fred. R. : Oui, on a rejoint le même groupe de supporters il y a environ 4 ans.

Virage : Pourquoi êtes-vous devenus supporters du PSG ?

Fred R. : Je ne me suis jamais posé cette question, c’est une évidence en fait. J’ai grandi à Paris dans le 15ème, et petit je rêvais sur les exploits de Rocheteau. Et puis j’habitais dans les tours du Front de Seine, en face de la Maison de la Radio. Il y avait beaucoup de journalistes qui habitaient dans ces tours dont Jacques Vendroux (ndlr : journaliste aujourd’hui sur CNews et France Bleu) qui était notre voisin. Mon père n’était pas fana de foot alors que j’y jouais. C’est ma mère qui a demandé à Jacques Vendroux de m’amener au Parc des Princes. J’ai donc découvert le Parc ce soir là en tribune de presse au début des années 80. Et j’ai été tout de suite marqué par ce stade.

Fred C. : Moi c’est mon père qui m’a emmené la première fois. Il était un grand fan du PSG. Mon premier match c’est à 6 ans en 1982. Je m’en souviendrai toujours. J’ai vu jouer Toko, Safet Sušić, Oumar Sène, Joël Bats… C’était une époque extraordinaire avec le Président Borelli. J’étais d’ailleurs à la finale de la coupe de France en 1982 contre Saint-Etienne où il embrasse la pelouse.

Virage : Vous avez été membres d’une association de supporters à la grande époque ?

Fred C. : Oui je suis un ancien Supras (ndrl : Supras Auteuil) puis ATKS (ndlr : Authentiks). Un de mes meilleurs amis était un des fondateurs des ATKS, il habitait à côté de chez moi à Ermont dans le Val D’Oise.

Le Virage Auteuil historique

Virage : Tu es donc un habitué d’Auteuil. Tu es resté longtemps chez les ATKS ?

Fred C. : Oui de la création du groupe jusqu’au moment où j’ai du partir à Angers pour mes études puis après dans les îles. Du coup je n’ai pas trop suivi la fin du groupe.

Virage : Tu faisais les déplacements ?

Fred C. : J’étais un peu trop jeune, mes parents ne voulaient pas que j’y aille mais j’ai quand même fait la finale de Coupe des Coupes dans le Stade du Roi Baudouin à Bruxelles (ndlr : En 1996 – Victoire contre le Rapid de Vienne 1-0). J’en ai fait d’autres. J’étais à Munich pour le fameux but de Georges Weah en 1994, j’étais aussi à Kiev, San Siro à Milan…

Virage : Et à l’époque le plus important pour toi c’était ton groupe de supporters ou le PSG ?

Fred C. : Tout était lié. Que ça aille bien ou pas il y avait de la ferveur. D’ailleurs il y avait encore plus de ferveur quand ça allait mal. Aujourd’hui ça n’a rien à voir.

Une liberté que j’ai adorée

Virage : Et toi Fred R. tu as été carté ?

Fred R. : Aujourd’hui je dois avoir 27-28 ans d’abonnement. Mais jamais carté. J’ai été abonné 20 ans en tribune Boulogne car à l’époque il n’y avait pas de tribune Auteuil donc il n’y avait pas le choix. Il n’y a qu’une année où je ne me suis pas abonné dans les années 90. Mais cette année là je suis allé voir tous les matchs ! Alors je me suis dit que c’était un peu couillon de pas être abonné (rires). Je me souviens que je me suis réabonné en mi saison mais trop tard pour assister à PSG-Saint Etienne alors que je n’en avais jamais raté un seul. Le match était à guichet fermé, je pensais avoir une place comme d’habitude et je me suis retrouvé sans place devant la tribune Boulogne. Je suis rentré chez moi en courant pour aller écouter le match à la radio. En courant j’entendais la ferveur du stade car j’habitais Boulogne et je me suis dit « plus jamais, c’est pas possible ! ».

Virage : C’est intéressant de rappeler aux plus jeunes qu’à une époque il n’y avait pas de Tribune Auteuil alors qu’aujourd’hui c’est un peu l’inverse.

Fred R. : Oui mais pour moi Auteuil est né de Boulogne. Ceux qui ont créé Auteuil sont des mecs qui sont partis de Boulogne. La réalité elle est là. En tout cas Boulogne pour moi, c’est toute mon adolescence. J’ai été 3 ans dans le bloc des Boulogne Boys et là j’aurais pu me carter mais je ne l’ai pas fait car les Boys t’emmenaient avec eux en déplacement assez facilement sans être membre. J’avais 15-16 ans et je partais avec eux. Je me souviens même avoir lancé des chants. Ils te laissaient une liberté que j’ai adorée. Ils avaient une mauvaise réputation mais il y avait pas mal de mecs différents. Donc j’ai aimé cette liberté et puis l’année ou j’ai failli me carter il y a eu des histoires de magouilles avec un mec qui était parti avec la caisse… J’avais pas envie d’être là dedans.

Boulogne période Boys

Après ça je suis parti avec deux potes en Rouge car il n’y avait pas de fauteuil. Tu pouvais faire des pogos et des vagues. L’année où on est champion (ndrl : 1994), dès qu’il y avait un corner on montait tout en haut de la tribune pour faire des vagues car c’était 75% de chance qu’il y ait un but. Mais ce qui m’a le plus marqué ado c’est les pogos. Toute la tribune se séparait en deux et se fonçait dedans en rigolant. C’était un peu violent mais c’était bon enfant. Je ne me suis jamais senti en danger, par contre si mes parents avaient appris comment ça se passait… Et puis je faisais les déplacements en France car je n’avais pas les moyens pour aller à l’étranger. Souvent mes parents ne le savaient pas. J’allais dormir chez un copain et en fait on partait en déplacement. J’aimais cette liberté de se balader en ville, tu partais avec tes potes quoi.

Virage : Vous n’avez jamais songé à ne plus supporter ce club qui a tellement changé depuis 30 ans ?

Fred C. : Jamais, ça fait partie de notre vie. Supporteur pour la vie.

Fred R. : Tu sais quand Canal + est arrivé, déjà les mecs en tribune disaient qu’on allait être pourri par l’argent. Et puis on a kiffé. Les années Canal c’est les meilleures années pour moi. Mais je kiffe aussi aujourd’hui. Mais à cette époque il y avait tout : le public, l’équipe, les victoires en Coupe d’Europe. Et puis je vais te dire un truc, chaque année depuis que je suis supporteur, je suis sûr qu’on va être champion de France. Dès que je vois les recrutements, je me dis « c’est cette année, c’est bon ! » Ah ah. C’est plus facile maintenant, mais ça ne me viendrait pas à l’idée de changer de club. De toute façon c’est un truc que je ne comprends pas. J’en connais des supporteurs qui sont passés d’un club à l’autre et qui te disent qu’ils ont vibré sur l’OL.

C’est le PSG qui est au dessus de tout

Fred C. : Tu peux vibrer sur une autre équipe mais pas au point d’en changer.

Fred R. : Regarde, j’ai des origines catalanes. Gamin j’ai suivi le Barça avec Romario, Rivaldo, des mecs qui m’ont fait rêver. J’aime le Barça aussi, mais putain pour un PSG-Barça, et j’en ai vécus notamment la finale perdue où j’étais (ndrl : en 1997 en Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe), y a même pas photo, c’est le PSG qui est au dessus de tout. Et il n’y aura jamais un autre club qui pourra me faire rêver. Je vais en Allemagne depuis des années car j’ai des amis qui sont supporteurs de Mayence 05. J’adore aller là bas dans le KOP, je m’éclate, je m’amuse avec eux mais mon club, là où je vibre, c’est le PSG. A Mayence j’ai vu un gars verser une larme. Perso je n’ai jamais pleuré au stade mais le seul club qui pourrait me faire pleurer c’est Paris.

Fred. C. : J’ai chialé pour un match, c’est le PSG-Milan AC en demi-finale (ndrl : 5 avril 1995). Ginola tape la barre, je revois encore l’action, et juste après tu as Boban qui marque et là je reste comme ça, je me mets à pleurer. Si on passait ce tour, pour moi on était champion d’Europe.

Ce coquin de Zvonimir – PSG vs. Milan AC

Fred R. : Je m’en remettrai jamais de ce match.

Virage : Votre définition du supporter c’est quoi ?

Fred C. : Amour, passion, respect.

Fred. R. : Pas grand chose à rajouter. C’est important de parler de respect car on l’a vécu dernièrement pour le déplacement à Glasgow. J’ai failli verser ma larme pour le « You’ll never walk alone » tiens.

Virage : C’était votre plus beau déplacement ensemble ?

Les deux Fred : Oui, ensemble, clairement.

Fred C. : Ça faisait longtemps que je voulais y aller.

Fred R. : Déjà j’avais raté celui de 1995. Ceux que je connaissais qui y sont allés m’avaient tous dit à l’époque que c’était déjà incroyable. Et puis tout le monde connait l’ambiance là bas, tu as envie de le voir. Et ça a été au delà de tout ce que j’avais imaginé. C’est peut être l’équivalent de ce qu’on peut vivre en Amérique du Sud.

Virage : Le Stade ?

Fred C. : Le tout !

Fred R. Je savais qu’on n’était pas un pays de foot en France. Quand je vais en Allemagne ou en Espagne je vois ce que ce sont des pays de foot. Mais là bas c’est au delà. Déjà tu as des quartiers dédiés au Celtic et aux Rangers. Une copine qui prennait un taxi là bas avec une écharpe du Celtic m’a raconté que le taxi lui a répondu « Madame, je ne pourrai pas porter votre valise, je suis supporteur des Rangers et je ne toucherai jamais une valise avec une écharpe du Celtic. ». Ou un taxi qui te conseille un bar rempli de supporteurs en vert où il n’y a pas un parisien et où tu te dis « c’est quoi ce guet-apens ? » alors que c’est bonne ambiance en fait. Les mecs te payent ton verre, t’amène de la pizza pour bouffer… Ils te trouvent un taxi à 2H00 alors qu’il n’y en a pas un seul dans la ville… L’accueil qui a été fait aux parisiens en dehors du stade il a été…Pfff. C’était un truc de fou.
Je me suis perdu en approchant du stade, on s’est retrouvé au milieu de 15.000 mecs en vert qui nous disaient « Bienvenue, votre tribune c’est par là… », j’ai jamais vu ça et pourtant j’en ai fait. Entre le foot, les J.O….

Fred C. : Toute ma vie je me souviendrai de ce déplacement. C’était humain. On s’est même fait des amis là bas.

Du Vert et du Roux

Fred R. : Quand ils vont venir, on prend notre demi-journée pareil et on leur fait la totale de Panam’, comme ils nous l’ont faite à Glasgow. Le Stade a été très fort. Le « Never Walk Alone », si tu es fan de foot, tu dois voir ça une fois dans ta vie. Je t’ai dit que je suivais Mayence, en Allemagne il y a 2 clubs qui le chantent : Dortmund et Mayence. D’ailleurs quand les 2 clubs se rencontrent ils le chantent ensemble. Mais au Celtic c’était fort. Je rêve d’aller à Liverpool comme ça j’aurais fait les 4 en Europe. Je pense que c’est le plus beau chant qui puisse exister dans un stade quand il est chanté par tous les supporters avec un tendu d’écharpes magnifique. Après pendant le match, ils ont pris une grosse branlée alors ça a un peu calmé le truc. Alors que lorsqu’on a été à Malmö, même à 5-0 ils étaient debout et ils chantaient. J’ai été un tout petit peu déçu par rapport à ça.
Et puis la fin de match a été extraordinaire car si pendant le match ils nous ont aimablement ignorés, quand les mecs sont partis de leur tribune ils se sont retournés et nous ont applaudis. J’ai vu des gamins en larme qui venaient de se prendre un 5-0 dans la gueule et qui venaient nous donner leur écharpe. Voilà. Le Celtic c’est ça.

Nous ce sera à la 18ème minute

Virage : Tu crois qu’il y a quelque-chose qui explique cette proximité ?

Fred R. : Déjà en 1995 c’était spécial et ça c’était bien passé. Petite anecdote. Le Pub où on a été s’appelle le Pub 67, l’année où ils ont gagné le Coupe d’Europe. D’ailleurs dans le stade à la 67ème minute tout le monde allume la lumière de son portable. j’espère que nous ce sera à la 18ème minute… (rires). Bref les mecs du pub nous ont dit qu’ils étaient très amis avec les Lutèce Falco (ndlr : groupe de supporteurs de la tribune Auteuil) à l’époque. Je ne le savais pas du tout.

Virage : Est-ce qu’il y a un déplacement dont vous rêvez la nuit ?

Fred C. : Tous les ans, on rêve d’accompagner notre club en finale de la Champions League. J’ai vécu la victoire en Coupe des Coupes. C’était extraordinaire.

Fred R. : Le rêve il est là. Et puis la gagner surtout… Mais sinon j’aimerais bien aller à Naples et aussi aller niquer la Juve chez elle. J’ai toujours pas digéré de 2-1 (ndlr : en Coupe de l’UEFA en 1993).

Fabrizio, déjà pénible – PSG vs. Juventus

Fred C. : On a déjà fait beaucoup de grands stades mais il nous manque aussi Manchester United, Dortmund, et là on va faire Münich cette année.

Fred R. : Par contre les meilleurs déplacements c’est pas forcément dans les grandes équipes. Par exemple le Barça c’était pas terrible alors que Sofia c’était top. Pas forcément pour le stade, mais pour la ville, le contexte…

Virage : Sinon est-ce qu’il y a un match qui vous a marqué plus qu’un autre au Parc ?

Fred C. : Le match face au Barca (ndrl : mars 1995) avec le but de Guerin. J’y étais bien-sur.

Fred R. : Madrid sans hésiter (ndlr : mars 1993). Et puis pour le scénario, le match retour face au Steaua Bucarest en 1997 lorsqu’on a perdu 3-0 sur tapis vert à l’allé à cause d’un fax perdu… L’ambiance était folle.

L’amour taille XXL – PSG vs. Steaua.

Virage : Quand vous partez en déplacement, c’est comme pour les joueurs, vous avez des chambrées attitrées, vous dormez ensemble ?

Fred C. : On part souvent avec le même groupe et on est généralement ensemble mais surtout parce qu’on est tous les deux des gros ronfleurs… (rires).

J’ai fait tous les anciens stades

Virage : Et elles en pensent quoi vos compagnes ?

Fred R. : La mienne est super cool car elle gère trois enfants à la maison quand je pars. Au départ j’essayais de faire des déplacements assez rapides, genre partir le matin et rentrer le lendemain matin. Mais c’est quand même dommage quand tu vas dans des belles villes d’Europe d’y rester aussi peu. Donc maintenant je suis absent deux soirs. Et puis elle m’a épousé avec ma passion. Je lui ai toujours dit que si je devais choisir entre elle et le PSG, c’était le PSG en premier ! (rires) Mais aujourd’hui je ne fais plus les déplacements en France, juste en Europe. Comme je te le disais, jeune je n’avais pas les moyens de me déplacer en Europe. Là je fais l’inverse. Quoique j’aimerais faire certains stades que je n’ai pas fait en France, Lille, Bordeaux, Nice… J’ai fait tous les anciens stades mais pas les nouveaux. Mais oui, elle le vit bien…

Fred C. : On s’est séparé avec ma femme mais à l’époque elle venait avec moi au Parc. Elle était fana d’Ibrahimović.

Fred. R. : Ma femme est même venue avec nous une fois. Mais pas pour voir le match. C’était à Londres. Elle y a vécu mais c’était surtout pour se rassurer, pour voir avec qui je faisais les déplacements. Elle a vite compris que c’était cool. Et puis quand je pars en déplacement, je prépare un briefing pour visiter la ville. Je suis un peu relou là dessus mais j’aime visiter les monuments, les musées avant le match. On s’est baladé par exemple avec nos écharpes le matin du match à Manchester et on a visité le musée du foot, sa cathédrale…

Virage : T’as déjà brûlé un cierge à l’Eglise avant un match en déplacement ?

Fred R. : Oui ça m’est déjà arrivé. Je suis croyant et je le fais surtout pour ma famille plus que pour le match. Mais j’en glisse toujours une petite sur le match quand même (rires).

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