Thierry Morin, PSG authentique

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Quand Neymar Jr, Dani Alves et les stars parisiennes s’échauffent sur les terrains du centre d’entraînement du camp des Loges, savent-ils que dans le bâtiment d’en face, un homme entame sa 45ème saison avec le Paris Saint-Germain ? 45ème !
Thierry Morin, directeur du CFA Omnisports, où sont scolarisés, hébergés les jeunes du centre de formation, a vécu la création du club en 1970.
Il avait 12 ans, jouait en minimes au PSG. La suite ? La voici.

Thierry, comment avez-vous vécu la naissance du club en 1970 ?
J’avais 12 ans, je jouais au Stade Saint-Germanois, à l’école de foot depuis tout jeune et je me souviens que nous avions changé de couleur de maillot en cours d’année. Nous l’avions commencée en blanc, comme d’habitude, et avions fini en rouge, avec l’écusson bleu ciel. Le Stade Saint-Germanois était devenu le PSG, l’été 1970 (après sa fusion avec le Paris FC, ndlr). En 1973 avec l’arrivée de Daniel Hechter, nous avons porté un nouveau maillot, celui qu’il avait dessiné : Rouge et Bleu.

5 Francs, 10 Francs l’abonnement

Y avait-il un engouement significatif ?
Il y avait une émulation, quelque chose d’assez spontané. Je me rappelle, par exemple, qu’Annie Cordy et Pierre Bellemare étaient partis en campagne sur la place de Saint-Germain, et sur Europe 1 : « Socios, prenez votre abonnements ! 5 F, 10 F… » Il fallait rassembler le maximum de personnes.

l’effectif du PSG pour la Gambardella 1975. Debout : Choquier (E), Moraly, Delchambre, Vernhet, MORIN, Legigand, Lemarchand (dirigeant). Assis : Weiss, Pinard, Terrier, Johannet, Carpentier, Rondeau, Cécile

Vous faites partie du 1er centre de formation du PSG, inauguré le 4 novembre 1975 ?
C’était une petite maison, qui existe toujours d’ailleurs, au 120 avenue Foch à Saint-Germain-en-Laye. Il y avait une dizaine de lits, un petit jardin. Le directeur du centre était Pierre Alonzo, sa femme, la belle sœur de Daniel Hechter, était aussi présente. On a vu grandir Jérôme (Alonzo), il avait 3 ans à l’époque. On pouvait dormir, manger sur place, laver notre linge. J’étais externe car mes parents habitaient Saint-Germain.

Avec Jean-Marc Pilorget, Lionel Justier, François Brisson, on vous surnomme les « 4 Mousquetaires » : vous êtes la toute 1ère génération de joueurs professionnels que le club a formés, et faites ensemble vos débuts en D1 ?

Les 4 mousquetaires

Just Fontaine nous a lancés en 1ère division le 21 décembre 1975, on avait 17-18 ans. J’étais en Terminale, je jouais avec la réserve, en 3è division avec des joueurs beaucoup plus âgés que moi. Je faisais à l’époque 3 entraînements par semaine. Un jour, alors que les résultats de l’équipe 1ère n’étaient pas bons, Just Fontaine décide d’intégrer des jeunes. C’était en plein hiver, nous sommes partis en stage commando à Deauville.
Pour moi c’est un souvenir marquant. Nous sommes arrivés dans un grand hôtel, le Normandy. Je découvrais un autre monde. 3 jours après, j’apprends que je vais jouer, titulaire. Just Fontaine vient me voir, il me dit : « samedi, c’est toi qui joue« . Au Parc, face au Stade de Reims. J’allais jouer à la place de Jacky Novi, grand joueur, international, c’était assez particulier. Ce jour-là, nous étions 3 jeunes du centre à débuter : Jean-Marc Pilorget, Lionel Justier, et moi. François Brisson était rentré à la mi-temps. Je jouais en charnière centrale, avec Humberto Coelho, alors capitaine du Portugal.

Cela s’est-il bien passé ?
Oui c’est un bon souvenir, malgré la défaite (2-3) un peu contre le cours du jeu. Mes frères, qui jouaient aussi au foot, mes parents, basketteurs à Saint-Germain, étaient au Parc. J’ai grandi dans une famille de passionnés de sports. Ce jour-là, Just Fontaine avait fait appel à nous pour titiller les pros, les piquer au vif. Après Reims, je n’ai plus trop rejoué de la saison. Je passais mon bac et m’entraînais avec la réserve.

Je venais en solex au camp des Loges

Qu’avez-vous fait de votre tout 1er maillot ?
Je l’ai rendu (sourires). Nous n’avions pas le droit de garder les maillots. On le redonnait au club, qui le lavait pour le prochain match. A l’époque, les noms sur les maillots, cela n’existait pas. Le seul équipement avec notre nom, c’était les survêtements d’entraînement.

Quand êtes-vous devenu un joueur professionnel du PSG ?
En 1978 avec Francis Borelli. La Charte du football stipulait que tous les jeunes ayant disputé 15 matches en D1 avaient l’obligation de signer professionnel dans leur club formateur. Pas besoin d’agent, les dirigeants appliquaient la Charte, avec des points, un barème… C’était plus simple et plus rapide qu’aujourd’hui. Pendant longtemps, je suis venu au camp des Loges en solex, que j’ai toujours, d’ailleurs il faut que je le répare. Avec les primes de matches, les premiers salaires, j’avais économisé pour pouvoir m’acheter ma 1ère voiture. Une fois le permis en poche, je me suis acheté une Fiat 850, un peu plus grande qu’un pot de yaourt (sourires).

Effectif 82-83 : Tanasi, Sušić, Merelle, MORIN, Baratelli, Sarr Boubacar, Toko, Zaremba, Bathenay, Fernandez, Pilorget, Cardinet, Peyroche (E), Col, N’Gom, Lemoult, Ardiles, Dahleb, Rocheteau, Barrientos (Preparateur Physique)

Au delà des 1ers titres du club (Coupe de France 1982, 1983, champion de France 1986), conquis avec des joueurs comme Mustapha Dahleb, Safet Sušić, Domnique Rocheteau, que gardez-vous de ce PSG-là ?
Beaucoup de souvenirs, des moments improbables, fantasques. Il serait impossible de les vivre aujourd’hui.

Par exemple ?
Au début des années 1980, nous étions partis jouer à Dakar en bateau de croisières. Les « croisières Paquet » : la compagnie vendait des croisières « avec les joueurs du PSG ». Par exemple le soir, les vacanciers pouvaient assister à des conférences avec les entraîneurs. On s’entraînait dans les coursives du bateau, on faisait nos footings, on jouait au squash. Après 2 escales à Las Palmas et au Cap Vert, on est enfin arrivé à Dakar pour le match face à l’équipe nationale du Sénégal.

A la fin du temps réglementaire (2-2), le speaker a pris la parole : « Monsieur le Ministre des sports, parmi nous ce soir, est très content du match, on va rejouer 2 fois ¼ d’heure ! ». On se regarde entre nous, on rentre au vestiaire puis on revient, comme des chanteurs après un rappel (sourires).

Une autre fois pendant la trêve, nous sommes partis au Cameroun, à Douala et Yaoundé, disputer 2 matches amicaux. Le jour du match, on faisait le tour de la ville en petits bus de 7-8 places, avec un speaker, un haut parleur comme avant un spectacle de cirque : « Voici l’équipe du PSG, venez les voir ce soir ! » Jacques Vendroux, journaliste qui nous accompagnait pour France Inter, avait joué dans les buts à l’entraînement.

A la poursuite du niçois Bjeković

Vous êtes aujourd’hui le directeur du CFA Omnisports et du lycée privé qui accueille, héberge les jeunes du centre de formation du PSG ?
Oui, ma 1ère mission a débuté en 1989 avec Francis Borelli : restructurer la partie pédagogique, administrative du centre. En 1991, Canal + arrive, et lance la section omnisports. L’idée pour nous fut alors de créer une structure qui intègre les basketteurs, handballeurs, judokas du Paris Saint-Germain. Le 1er juillet 1994, le 1er Centre de Formation d’Apprentis des métiers du sport (CFA Omnisports) a vu le jour en France, à Paris, à l’initiative du PSG. Aujourd’hui il y en a un par région.

L’objectif, c’est à la fois de permettre à des jeunes disposant d’un fort potentiel sportif de pratiquer leur sport au plus haut niveau, et de leur assurer une formation les préparant à un métier dans le secteur sportif (entraineur, éducateur, etc). L’idée, c’est de dire : si le jeune ne réussit pas dans son sport, qu’est-ce qu’il va faire, quel est son projet ? Anticiper la reconversion est quelque chose de très important.En 2002, nous avons mis en place un lycée privé pour les jeunes du centre de formation, ici-même au camp des Loges.

Pour un jeune du PSG, concilier le sport et les études, est-ce plus facile aujourd’hui que dans les années 90 ?

Au combat avec Laurent Roussey de Sainté le 12 mars 1980

Beaucoup plus facile. Nous adaptons complètement le calendrier scolaire aux calendriers sportifs. On cale les horaires de cours sur leurs horaires d’entraînements, donc tout est vraiment adapté à ce niveau-là. Les effectifs sont de 4 à 10 élèves maximum par classe. Tout est fait pour qu’ils soient dans les meilleures conditions. L’équipe de professeurs change peu d’année en année, il y a une écoute, une proximité, un lien qui se créé. On essaie de les accompagner au mieux.

Depuis 1989, nous avons accompagné près de 500 jeunes, certains sont devenus pros, internationaux, d’autres n’ont pas réussi dans le foot, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne réussissent pas leur vie. On en revoit certains, qui viennent nous faire un petit coucou, voir les nouveaux locaux, ça fait plaisir. Chaque année, en mai ou juin, l’association les « Titis du PSG » organise un tournoi qui réunit les anciens du centre de formation. C’est très sympa, une super journée. Anthony Vivien (fondateur des Titis du PSG, ndlr) s’investit beaucoup réalise un gros travail, que je salue.

Un vrai bon exemple pour la formation

Presnel Kimpembe, Adrien Rabiot, Alphonse Areola, Christopher Nkunku, ce sont des joueurs que vous connaissez bien pour les avoir eus en formation ?
Oui, ce sont des garçons qui n’ont jamais rien lâché. Ils sont arrivés avec de vraies valeurs, une bonne éducation, et nous, nous n’avons fait que les accompagner. Ils sont un super état d’esprit.

Presnel (Kimpembe), c’est un vrai bon exemple pour la formation. Il est arrivé au PSG à 10 ans, à l’école de foot. Il n’était pas le meilleur. Personne, pas même ses entraineurs, ne pouvait prédire qu’il arriverait à ce niveau. Il a toujours écouté les conseils, bossé. Il n’avait pas de contrat, rien, il venait en bus d’Eragny (95) pour s’entraîner. Il n’a jamais rien demandé, a toujours travaillé avec sérieux. C’est un garçon adorable, sympathique, humainement super, toujours souriant. Tout le monde l’adore ici. On est vraiment super contents pour lui. L’an dernier, il est venu nous voir avec un sac rempli de maillots pour les donner au personnel, professeurs, surveillants, cuisiniers, pour les remercier. On les a mis dans un sous-cadre, qu’on a accrochés dans l’entrée du centre. Il sait d’où il vient, il est reconnaissant.

Presnel Kimpembe et son père le soir de PSG Barcelone.

Timothy Weah, le fils de « Mister George » est pensionnaire au centre ?
Tim a 17 ans, il est attaquant comme son papa. C’est un garçon discret, avec une super éducation, mentalité. Il arrive que son papa vienne lui rapporter des affaires qu’il a oubliées. L’autre fois George est venu avec un sac : « Tim a oublié ses chaussures… » (sourires). On l’a moins vu ces derniers temps car il est candidat à l’élection présidentielle au Libéria (10 octobre 2017, ndlr). Tim, lui, est en Inde pour les Championnats du monde des « moins de 18 ans » avec les Etats-Unis. Il a signé son 1er contrat pro cet été.

Des histoires de vie qui marquent

Durant toutes ces années, y a-t-il des jeunes, des trajectoires de vie qui vous ont davantage marqué ?
Bernard Allou est arrivé à 14 ans de Côte d’Ivoire, avec un autre jeune, qui lui n’a pas percé. Ils sont arrivés en plein hiver, il fallait s’en occuper, leur acheter des vêtements. Il avait perdu son papa. On l’a accompagné peut-être un peu plus que les autres. C’est un super garçon.

Edvin Murati a une histoire très forte lui aussi. Il est arrivé en France comme réfugié politique, dans le coffre d’une voiture, pour fuir l’Albanie. Un jour je reçois un coup de téléphone d’un éducateur du centre de réfugiés pour mineurs : « bonjour, je suis éducateur à Emançé (78), on a récupéré un jeune albanais (16 ans), il est international dans son pays, est-ce que vous voulez le voir ? » Edvin est venu faire un entrainement, il avait une vraie qualité.

Le problème, c’est qu’on n’avait plus de place au centre… C’était l’ancien centre de formation. Il nous restait une minuscule chambre : « On a une toute petite chambre de 4 m2 avec 1 lit, 1 armoire, si tu veux on te la met à disposition« . Il était super content. Il est resté parmi nous. Il ne parlait pas un mot de français, il a appris, on l’a aidé dans pas mal de démarches, accompagné, jusqu’à ce qu’il signe pro à Paris (1994). Aujourd’hui, il est diplomate pour l’ambassade d’Albanie. C’est un garçon très intelligent, attachant. Il m’a invité à son mariage. Nous sommes toujours en contact.

Timothy Weah et son père lors de la signature de son contrat apprenti

Lorik Cana était dans une situation similaire ?
Il est arrivé dans une situation lui aussi assez compliquée, bien que différente. Il venait de Suisse. Avec sa famille, ils fuyaient la guerre au Kosovo. Nous l’avons aidé, lui et ses parents, scolarisé sa sœur au lycée. Nous l’avons pas mal accompagné. Quand il a quitté le PSG, il est venu nous voir, il pleurait. Il nous a remerciés pour tout et disait qu’il était triste de nous « abandonner ».

Vous fêterez bientôt votre 45ème année au club. Qui dit mieux ?
Je n’avais pas vraiment prévu cela puisqu’après ma carrière de joueur, j’aurais dû devenir professeur de sciences naturelles. Au final, je n’ai jamais enseigné. En 1986, le Red Star m’a proposé de travailler sur la mise en place du centre de formation, tout en restant joueur (D2, puis D3). En 1989, Francis Borelli me rappelle : « On veut restructurer le centre de formation du PSG. Est-ce que tu veux t’en occuper ? » J’ai dit oui et aujourd’hui suis un peu le « dinosaure » du PSG (sourires).

L’association des anciens joueurs du PSG, dont vous étiez le président, existe-elle toujours ?
Elle existe toujours même si nous sommes moins actifs au niveau des matches. J’en parlais avec Vincent Guérin, Laurent Fournier. Nous aimerions la relancer avec l’idée de créer un fond pour les anciens joueurs du PSG qui sont aujourd’hui dans une situation socialement délicate. Un fond qui servirait à les aider, revenir dans le réseau, garder des relations et aider concrètement ceux qui sont en difficulté, car il y en a.

Thierry Morin aujourd’hui au Camp des Loges
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