Un rien de Talal

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Là, comme ça, en préambule, posons la célèbre question métaphysique du philosophe allemand Martin Heidegger :
« POURQUOI Y A-T-IL DE L’ÉTANT PLUTÔT QUE RIEN ? »

Ce serait certainement une première sur un site de supporters du PSG. Vous avez trois heures…
Mais, prenant le temps nécessaire à la réflexion, puis une longue inspiration, à cette question, nous, soutiens indéfectibles du PSG, pourrions répondre alors par une autre question : pourquoi y a-t-il TALAL plutôt que rien ?
Belle feinte.


Car pour répondre à cette question, il n’est pas nécessaire d’avoir été longuement en Sorbonne ou de s’être farci les œuvres de Kant, Descartes ou Nietzche (comme Ben Arfa). Pour ça, il faut avoir été plus loin, plus profond dans l’âme humaine : il faut avoir été supporter du PSG entre 2000 et 2004 et l’être encore aujourd’hui pour assumer fièrement l’héritage légué par le Talal ; lourd comme le fondement de Bodmer, chargé comme un pétard de Bernard.

Tonton du Bled

Par où commencer pour dire quelques mots de ce héros du folklore footballistique parisien, de cette espèce de Commandeur des années 2000, ce tentacule périphérique de la fin tragique de l’ère Canal+ ? Et bien, Talal, d’abord, c’est une arrivée précipitée, c’est un bouche-trou venu pallier les absences conjuguées de différents titulaires en défense. Et puis, avec le temps, petit à petit, il est devenu une erreur d’architecte : Talal est un pont inachevé, une route qui ne mène nulle part, une maison sans porte. Lorsqu’à l’époque on s’arrachait les cheveux devant ses matchs, aujourd’hui, les tempes ont blanchi et on préfère en rire pour ne pas en pleurer. Talal, Mesdames, Messieurs, il était chez nous et on en est pas peu fiers… parce qu’on n’a pas le choix.

Toujours à l’affût d’une gorge à tacler

Talal, son style inoubliable, C’était, dans ses fondements, un enthousiasme débridé allié à une confiance en soi sans limite. Conséquences : ciseau retourné au milieu de la surface, tacle double lutz piqué, tête plongeante sur la ligne de touche, High Kick circassien pour dégager un ballon, etc… Bref, Talal, une fougue de l’extrême au service de l’à-peu-près.
Talal aussi, la finesse d’un charcutier tchétchène. Bouche légèrement entrouverte, crampons dans les starts, œil fixé sur le lointain, il est toujours à l’affût d’une gorge à tacler. Et il en a rencontré beaucoup dans sa carrière. Tout ce qui est placement, anticipation, vitesse, agilité, non merci ; son truc, c’était droit à la cheville, en labourant la pelouse sur cinq mètres d’une glissade la plus spectaculaire possible. Pas mieux pour stopper l’adversaire et parfois personne, juste pour le style.

Pour ceux qui bougent, pas pour ceux qui s’chient d’ssus, Mafia Talal

Talal, son truc, c’était se jeter en désordre dans un tas de jambes, se rouler par terre, réaliser des acrobaties pour contrer une frappe ou empêcher un corner, pour répondre en fait au seul besoin existentiel qui l’anime : tacler.
Talal, défenseur au service de sa majesté le Roi du Maroc, c’était le James Bond du coup franc, l’homme à la frappe de moins. Il s’était convaincu d’en avoir une extraordinaire parce qu’il avait un jour marqué par hasard un coup franc lointain avec le Raja Casablanca… En conséquence de quoi, il nous a gratifié d’innombrables tentatives à 30, 40 voire 50 mètres, dont les ballons, à défaut des filets adverses, heurtaient parfois, au gré de leur trajectoire, de malheureux pigeons logés dans les hauteurs du Parc.

Là bas, un tacle c’est une œuvre d’art

Avec Eric Rabesandratana, son compagnon d’infortune, qui a beaucoup changé depuis, ils ont formé pour le pire et le meilleur LA charnière centrale du siècle, reléguant Carotti / Ngoty et Sakho / Camara dans les prisons turques de l’Histoire. Pour ça, nous ne les oublierons pas. Talal / Rabé, quand on y pense…

Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction

Et puis Talal, quatre ans et demi au PSG mais réellement trois. Le reste : Salonique et Sunderland, en prêt. Personnellement, je préfère Salonique… Cependant, la « finesse » de Talal a plu dans le championnat anglais. Plus tard, à Charlton, lui, le génial soliste du trop-plein, aura enfin l’opportunité de faire la démonstration de tout son talent. Là-bas, un tacle c’est une œuvre d’art, c’est beau. Très vite, mais peu de temps, il est devenu un joueur apprécié par un public d’amateurs rougeauds, chauves, aux bedaines proéminentes et pleines de bière, d’une grande politesse et s’exprimant dans un sabir incompréhensible. Bref un public d’amateurs anglais vivant à l’est de Londres, et dont les ancêtres fondèrent l’Empire britannique, tout en conquérant le monde.

Zlatan et Delon ont liké son profil

Et puis quand même, Talal c’était « Talal » justement, qui exigeait d’être appelé par son prénom et qui pour parler de lui invoquait sa personne : « Talal fait ci, Talal fait ça… » Zlatan et Delon ont liké son profil. On reste dubitatif face à ce personnage hors-norme, un peu showman, un peu fantasque, un peu footballeur, dont tout le monde finalement se rappelle avec une certaine tendresse. Un parfait parangon de modestie en tout cas, prêt à communiquer le bonheur d’être lui, le cœur sur la main, toujours de bonne humeur, disponible pour répondre aux journalistes. Bref, le professionnalisme incarné… de son point de vue bien entendu ; parce que du notre, l’avis général diverge, surtout lorsque Pochettino et Heinze jouaient, pendant que lui cirait le banc.

Le Dab des 90’s

Enfin, ce que nous savons, nous les supporters du PSG qui ont connu l’époque Talal, est que lorsqu’un guignol comme David Luiz s’est pointé, avec peu ou prou le même profil que Talal, certes pas le même CV, mais le même genre de guignol quand même, nous aurions pu l’accueillir alors avec ce mot d’un autre philosophe allemand, Karl Marx : « Tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». 50 patates la réincarnation de Talal, une belle farce en effet ! Quant à savoir quel grand personnage historique s’est d’abord répété en Talal,… mystère.

Et c’est pour ça qu’il y a du Talal plutôt que rien.

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