Le Vortex Bosman

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Donc le Grand Chef te harcèle encore et encore. Tu lui réponds encore et encore que ça va arriver, que tu as une idée d’article et qu’il ne s’agit QUE de trouver le temps pour pouvoir le rédiger. Chose faite ce midi entre deux dossiers. Parce que là c’en est trop. Tu as peur de te faire virer. Et en tant que minorité visible et à l’heure de revendications féministes, tu ne peux pas faire ça. Et puis la communauté de Virage te regarde (enfin nous regarde, avec Maud l’autre 50%).


Tout se passe le jour où tu te retrouves en voiture vers 15h sur une départementale de la Sarthe (sic) sous une vraie pluie hivernale. Le conducteur, tourangeau de sexe masculin et totalement inconnu, s’avère un fan du PSG et lâche tout d’un coup cette phrase qui deviendra le fil conducteur de cet article : « Tout ça à cause de l’arrêt Bosman ». Bon. Je ne rebondis pas, je cherche à comprendre par moi-même et ne pas passer pour la cruche de service qui ne connaîtrait pas un arrêt de la CPI ou bien de la CJCE lié à un sujet géopolitique de premier plan.

Etant à l’arrière, seule en mode place centrale et ceinture te coupant la gorge à force d’essayer de t’approcher des deux personnes assises à l’avant et de participer tant bien que mal à leur conversation, je consulte l’Internet. Ce truc qui te sauve – très souvent – la vie quand tu n’as pas l’information. Et là… VORTEX. La pluie d’informations, tu cliques sur un lien qui t’envoie sur un autre lien, et rapidement tu es aspirée dans les méandres juridico-footballistiques (inconsciemment tu penses à ton père qui dirait « L’arrêt Bosman ? Haaaaa l’arrêt Bosman. Mais je t’en ai déjà parlé »). Bon. Donc non. Les poteaux carrés oui mais pas l’arrêt Bosman. Mais admettons.

Tu tombes nonchalamment, fort de ton errance sur la toile, sur un site dont la baseline est « Là où passe le sport, fût-ce au milieu des houillères et des usines, pousse le gazon le plus dur de la nation ». OK.

Tout ça à cause d’un belge des 90s

Le site et la page dédiée au sujet t’annonce dès le départ que tu es une inculte qui ne mérite pas d’aimer le foot. Ou tout simplement tu conclues que l’auteur fait preuve d’un snobisme et qu’il mérite de regarder la Coupe de la Ligue en entier au format Binge Watching sans interruption possible. En effet, l’article débute par « En France, chaque supporter sait que son club a droit à 4 joueurs extra-communautaires dans son effectif ». BON. DONC NON JE NE SAVAIS PAS. Et d’un joueur de déclarer « Mon statut d’extra-communautaire pose problème ». Et ça a l’air sacrément sérieux. Le mec ne dit pas ça en rigolant comme un club barcelonais la veille de match de Champions League.

Et d’un coup, défilent dans ma tête tous les joueurs étrangers du PSG, à me demander de quel pays ils viennent, où ils sont nés, quelle nationalité ils ont bien pu avoir avant et après leur arrivée à Paris. Mais attendez… Cavani, Verratti, Trapp, Pastore, Marquinhos, Lucas, Di Maria, Thiago Silva, Motta… L’infernal défilement de tous les joueurs. Tu passes 30mn à TOUT vérifier sur Wikipedia. Tout ça à cause d’un belge des 90s qui s’est vu refuser un transfert à Dunkerque (WTF!) et qui a donc invoqué le Traité de Rome. NORMAL.

A base d’énumération d’articles (en mode François Asselineau en débat présidentiel) de la LFP, tu découvres, en lisant cette logorrhée, le subterfuge de la double nationalité, qu’il existe en plus une fameuse jurisprudence Malaja (d’une basketteuse polonaise, WTF!!) et que l’accord de Cotonou n’est pas qu’un accord de partenariat entre l’Union Européenne et 76 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique portant sur une coopération au développement, une coopération économique et sur une dimension politique.

Les portes de l’enfer sont ouvertes

NON. Les conséquences sont également footballistiques. Oui Madame. Bref les portes de l’enfer sont ouvertes et je n’ai pas envie de me retrouver dans les limbes de débats déchaînant les passions. Je ne développerai donc pas ce point et n’aborderai pas l’arrêt Kolpak et l’arrêt Simutenkov, qui rien qu’à leurs noms n’évoquent pas des moments de douces ballades sur la plage fin août.

Il ressort néanmoins, cher lecteur, des différences européennes notables qui montrent que les croates et les grecs sont des malins (ou trop mauvais, à voir) et ont donc décrété de façon unilatérale que chez eux ce serait 5 et 6 joueurs extra-communautaires acceptés. Que le cas italien est impossible à comprendre ; j’ai eu beau relire je n’ai rien compris, sachant que les cas de pays EEE (UE + Islande, Liechtenstein et Norvège) ou de la Suisse entrent dans le jeu. LOURDEUR. Que le club peut acheter un autre joueur extra-communautaire dans un club étranger à condition que celui-ci remplace un de ses joueurs extra-communautaires déjà au club, sous condition suivante : le joueur remplacé est vendu à un club étranger ; le contrat du joueur étranger expire avant la période de transfert ; le joueur remplacé a obtenu la nationalité européenne. « Si un club de Serie A est composé de 3 joueurs extra-communautaires ou plus, il peut acheter 2 joueurs extra-communautaires à condition que ces joueurs remplacent chacun un des joueurs extra-communautaires du club. Les conditions sont les mêmes que précédemment, la deuxième condition étant, néanmoins, applicable qu’une seule fois ». OK LOURDEUR INTENSE. Bref les italiens veulent nous embrouiller comme ils le font sur le terrain (2006 On My Mind).

En Angleterre il faut être bon. En gros, pour pouvoir engager un joueur extra-communautaire le club doit être membre de la Premier League ou de la Football League, le joueur en question doit avoir participé à au moins 75% des derniers matchs de sa sélection senior sur les 2 dernières années, la sélection nationale du joueur doit être classée au moins à la 70ème place du classement FIFA sur la moyenne des deux dernière saisons. Et sa mère mesurer 1m67 minimum, sa cousine classée en Ligue Internationale de Quidditch et ne pas être impliqué dans des procédures judiciaires à cause de son ex-femme ? Je pense que Yohan Cabaye aurait été dans une situation complexe. Mais bon. Si une demande ne satisfait pas les critères, le club peut faire appel à un panel indépendant (payant) qui devra juger le calibre (sic) du joueur et considérer s’il est capable de « contribuer significativement au développement du jeu à un haut niveau en Angleterre ». FOLIE MONDIALE.

J’ai découvert le sulfureux dossier Cabaye

En Allemagne, la limitation du nombre de joueurs extra -communautaires a été abandonnée depuis la saison 2006-2007. Au Portugal, aucune limitation de joueurs extra-communautaires. MERCI. Les clubs néerlandais n’ont pas de restrictions mais chaque joueur extra-communautaire doit avoir « un salaire minimum garanti assez élevé ». Je suis hyper rassurée j’ai eu peur un instant que les pauvres ne soient au SMIC batave et n’aient pas les moyens de s’habiller en Olivier Rousteing. Je passe les détails sur les pays de l’ex-Union soviétique, je vais intensément me moquer ce serait moche.

Un belge, Dunkerque, l’UEFA, la CJCE, le Traité de Rome… Cette association de mots et d’idées qui a chamboulé (et animé) mon trajet (« Mais c’est dingue sans déconner » ai-je répété mille fois, « attends écoute le cas roumain ha ha ») ferait se retourner Robert Schuman dans sa tombe en cette période d’anniversaire de l’Union Européenne.

Conclusion, j’ai découvert le sulfureux dossier Cabaye au sujet des propos haineux entre sa copine et son ex-femme. Cette dernière ayant donc déclaré : « Je préfère être cada­vé­rique et ridée plutôt que de ressem­bler à un tonglier (moitié thon, moitié sanglier) » ou encore « Tu es et reste­ras une katin » (sic). AMBIANCE. Pendant ce temps-là d’après Instagram, Kevin Trapp est quasi devenu mannequin pour Balibaris, Matuidi souhaite un joyeux anniversaire à Adrien (qui grandit le petit) et la femme de Di Maria a un gros souci vestimentaire. (Pardon).

Me voici rassurée, le monde du football tourne toujours rond.

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