Welcome Neymar Jr.

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Devant sa galerie, les passants défilent pour prendre leur selfie avec Neymar.
Tout au moins avec son imposant portrait, peint par le graffeur parisien Banga.
L’artiste a peint ce tableau XXL en septembre dernier
pour la venue de la star brésilienne à Paris.
Il nous a reçus dans sa galerie, aux Puces de Clignancourt.


Banga, qu’est-ce qui vous a donné envie de peindre Neymar ?
J’aime le foot et mon idole depuis tout jeune, c’est Pelé. Quand Neymar a signé à Paris, je me suis automatiquement dit qu’il fallait marquer le coup. Pour moi Neymar, c’est l’héritier du « Roi » Pelé. Il fait rêver tous les jeunes, dont mon fils, qui s’appelle Riyo.

Il y a 10 ans, je l’ai emmené au Brésil. Je voulais qu’il voit les conditions de vie là-bas, dans les favelas, comment les jeunes sont livrés à eux-mêmes. On a partagé avec eux, joué au foot… Ça m’a rappelé mon enfance en Guadeloupe. Il y a des favelas aux Antilles, sauf qu’on appelle ça le « ghetto ». Nous avons une histoire commune issue de l’esclavage.

Avec cette toile, j’ai voulu faire un clin d’œil à Neymar, qui a grandi dans les favelas. De par ses origines, son parcours, il représente une immense réussite. Pour les gamins des favelas, c’est une vraie fierté. Ça donne la force. C’est un espoir pour énormément de jeunes. On peut partir de zéro et réussir. Neymar vit son rêve et il le fait partager au monde. Sans oublier d’où il vient. Et ici, on est dans la « Street Dream Gallery ». Tout ce qui touche au rêve m’inspire.

(c) SEKA Photography

Quelles sont les dimensions de votre toile ?
Elle mesure 2 mètres de large et 1 mètre 35 pour la hauteur.

Parlez-nous de sa réalisation…
J’ai mis une semaine en tout. Cela s’est passé dans mon atelier juste à côté (marché Malik, aux Puces de Clignancourt).

J’ai commencé par dessiner le drapeau du Brésil en fond. Les Brésiliens ont un rapport très fort avec leur pays, et même à Paris, au PSG on aime les couleurs du Brésil. Ensuite, j’ai pris une photo de Neymar en noir et blanc que j’ai voulu retranscrire en couleur. J’ai peint son visage avec une technique qui s’appelle le dripping (projection de peinture sur une toile posée à plat). J’ai intégré le drapeau dans la couleur de sa peau.
Pour le fond, j’ai pris les couleurs du Paris Saint-Germain. Il venait de signer à Paris. J’ai d’ailleurs appelé la toile « Welcome Neymar Jr ».

Et ensuite, je suis rentré davantage dans les détails, comme ses tatouages. Les écritures, sur son torse, c’est son vrai tatouage. A sa droite, c’est le portrait de sa maman que j’ai essayé de reproduire au plus ressemblant. Les mamans, c’est très important.
J’ai peint à la bombe, et les détails, à l’aérographe, à main levée.

Vous êtes né en 1970 comme le PSG. Parlez-nous un peu de vous ?
Je suis né en Guadeloupe, je suis arrivé à l’âge de 5 ans à Paris, dans le 18ème avec ma mère, mes frères et soeurs. Je n’ai pas connu mon père. A côté de chez moi, il y avait un squat : « Chicago ». Tous les meilleurs danseurs de Paris venaient là-bas. J’ai appris à danser avec eux. J’avais 8 ans. 

A 12 ans, j’ai eu une révélation quand j’ai vu le clip de Grandmaster Flash « The Message ». J’ai compris que la rue avait une culture puissante qui est le hip-hop. C’est devenu une passion, je me suis mis à la danse (Electric Boogie, Break Dance). Au début des années 1980, il y avait les danseurs de Mickael Jackson au Trocadéro, ceux qui ont fait le clip « Beat It ». On était là avec eux, ils nous apprenaient des pas. Ils nous ont beaucoup transmis.

(c) SEKA Photography

Comment en êtes vous venu au graffiti ?
J’étais corps et âmes dans la culture hip-hop…
J’ai signé mes premiers tags en 1984, à 14 ans. Paco Rabanne avait ouvert une salle à Paris. J’allais danser là-bas. Et un jour, j’ai vu un graff de Bando. Ça a été un déclic. Ça m’a donné envie de peindre, ainsi que le livre « Subway Art » (Martha Cooper – Henry Chalfant) qui est devenu un best seller. Il a véhiculé le graffiti dans le monde entier.

Au début, c’était beaucoup de métros, de terrains vagues, fresques : il y avait énormément de concurrence. La philosophie du hip-hop, c’est d’être le meilleur dans ce que tu fais, cela fait évoluer le style, ça t’oblige à travailler trois fois plus. 

En 1990, j’ai créé le collectif BASALT (Expression Murale). C’est une association avec comme but : transmettre et initier les plus jeunes aux fondations et à l’art du graffiti dans les quartiers les plus défavorisés. C’est important pour nous de faire perdurer cette culture. Elle est, à nos yeux, la plus complète et la plus importante de ce siècle. Elle a fait sortir énormément de jeunes du ghetto, comme Jean-Michel Basquiat, Rihanna, Jay-Z pour ne citer qu’eux.

Vous avez aussi donné des cours de graff à la Fac !
Oui, c’était à l’Université Paris VIII Saint-Denis avec une Professeur des Beaux-Arts. Une UV (Unité de Valeur) avait été créée sur « L’art de la rue ». Une petite révolution à l’époque. J’ai aussi créé ma marque « Banga Style », spécialisée dans la personnalisation de vêtements. Nous avions plusieurs boutiques à Paris, et avons fait beaucoup de t-shirts.
Aujourd’hui, j’ai ma galerie ici aux Puces de Clignancourt (Street Dream Gallery). C’est un rêve qui est devenu réalité.

(c) Emilie Pilet

Liens :
Site officiel de Banga : Cliquez ici
Collectif Basalt : Cliquez ici


Emilie Pilet
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