Interview : Robin Leproux

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Resté deux ans à la tête du PSG, il est le président du fameux plan qui porte encore son nom. Retour sur une blessure qui ne s’est jamais refermée et sur un amour toujours vivace du football.

Avant de commencer l’interview Robin Leproux a tenu à nous faire lui même une introduction sur son parcours personnel.

– – – – [ Interview ] – – – –

(c) Julien Rideau
(c) Julien Rideau

Robin Leproux : Je viens d’un milieu très modeste. Mon grand père paternel était chauffeur de taxi à Paris, mes grands parents maternels étaient cafetiers à Blois. Mon père a commencé sa carrière comme ouvrier chez Simca. D’ailleurs, jusqu’au jour où il est décédé, il savait à peine écrire. Ensuite il a été barman puis avec ma mère il ont géré le Golf Drouot (célèbre club de rock parisien) pendant 27 ans mais ils n’ont jamais été propriétaires du lieu, ils ont toujours été employés.

J’ai donc toujours vécu dans un milieu populaire parisien, à la cité des 3 Bornes dans le 11ème à Paris, à l’époque où ce n’était pas du tout bobo, et ensuite Porte d’Asnières. Attention il n’y avait pas du tout de misère, je n’ai jamais manqué de rien et je passais mon temps à jouer au foot. J’ai pris ma première licence à 11 ans et j’ai lâché ma dernière licence l’année dernière. 45 ans de licence !

On m’a souvent dit que je ne connaissais rien au foot, surtout quand je suis arrivé au PSG, sauf que je j’y jouais depuis 45 ans ! Et vu mon attache parisienne, mon club ça a toujours été le PSG. Je regardais le Red Star que j’aimais bien, mais c’était surtout le PSG. Quand j’habitais Porte d’Asnières, je descendais à la gare de Pont Cardinet prendre le petit train jusqu’à à la gare d’Auteuil pour aller aux matchs au Parc.

Je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche

Mon parcours c’est celui de quelqu’un qui est passionné par le foot, par le fait de jouer au foot et qui a du arrêter car ça a cassé de partout. A 40 ans, quand j’ai pris la présidence de RTL, je venais de me faire les croisés et je suis arrivé avec des béquilles. Il fallait que j’arrête car ça devenait pathétique. Mais j’étais un footballeur convenable…

Virage : A quel poste ?

Robin Leproux : Défenseur de devoir… Vous voyez ce que je veux dire ? J’avais d’ailleurs une relation très forte avec Antoine Kombouaré et Alain Roche, je leur disais qu’on ne jouait pas au même niveau, mais au même poste.

Virage : Vous avez joué dans quels clubs ?

Robin Leproux : Quasiment tous les clubs de la région parisienne. En Nationale Une, La Salésienne de Paris, Clichy, Levallois…

Virage : Aucune fidélité au maillot !

Robin Leproux : (rires) A la fin à Rueil. Bref, j’ai continué le foot. Normalement, les gens s’arrêtent quand ils fondent une famille, etc… mais tous les dimanches matin j’y étais. Enfin, tout ça pour dire que je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche et que mon attachement à Paris et au club est naturel.

Virage : Pourtant nous n’avons pas de souvenir de ce genre de critiques à votre égard ?

Robin Leproux : C’était surtout quand j’ai pris mes fonctions au club. Quand on n’a pas de parcours dans le foot professionnel, les gens, voire certains journalistes, ont tendance à se dire « il vient un peu de nulle part, donc il a été parachuté… » mais les journalistes ne sont pas sensés savoir que j’ai 45 ans de football amateur derrière moi.

Virage : Comment êtes-vous arrivés au club ?

Robin Leproux : C’est un hasard de chez hasard, car je ne connaissais pas Sebastien Bazin (alors à la tête de Colony Capital, un fond propriétaire du PSG). Il y avait des problèmes avec Charles Villeneuve. Un jour, pendant un match du dimanche, il y a un gars qui me dit qu’il a rendez-vous avec un administrateur d’une des boites de Bazin et qu’il cherche un patron pour le PSG parce que Charles ne peut pas rester président… Et là, je suis comme un fou !
Donc j’ai fini par passer des entretiens avec plusieurs administrateurs et actionnaires. Je connaissais aussi Emmanuel Chain (animateur et producteur TV) qui connaissait bien Bazin. Emmanuel Chain a dit à Bazin que j’étais pro, carré, que je réussissais un truc quand on me confiait une mission managériale. Ca s’est passé comme ça.

Je te propose ma démission avant d’engager le club dans des trucs très lourds

Virage : Quelle est la fonction réelle d’un président de club de foot ?

(c) Julien Rideau
(c) Julien Rideau

Robin Leproux : Il y a différents cas de figure, certains sont actionnaires, d’autres propriétaires ou de passage. Le club n’avait plus d’argent quand je suis arrivé. J’en avais parfaitement conscience. J’ai donc dit à Sébastien Bazin « Ecoute, j’ai fait ma pelote par mes jobs d’avant, mes filles sont élevées, tu vas me payer via ma boite 10.000€ HT (environ 7.000€ net) et j’aurai une petite prime si on se qualifie pour la coupe d’Europe, et c’est tout. Le jour où tu vendras le club, il y a de grande chance que je me fasse virer. A ce moment là, si tu as des sous, tu me paieras une soulte, pour qu’on ne se foute pas de moi ».

Virage : C’était contractuel ?

Robin Leproux : Oui, ça l’était. Je ne savais pas à qui ils allaient le revendre, ni à combien, ce n’était pas mon affaire. Je n’étais pas actionnaire.

Virage : Mais vous saviez que votre mandat allait être très court ?

Robin Leproux : Oui, car je n’étais pas naïf. Puisqu’il n’y avait pas d’argent et que ce n’était pas le métier de Colony Capital à l’époque de perdre de l’argent, il n’y avait pas de vocation à rester éternellement.
Pour revenir sur cette question importante du rôle d’un président, là il s’agissait d’un rôle de président mandataire social, donc quelqu’un qui a un pouvoir au sens de la loi, qui est responsable et donc qui décide. Je devais donc décider d’une stratégie élaborée avec l’actionnaire. L’actionnaire peut décider de vous virer immédiatement mais tant que j’étais en fonction je décidais des choses, des transferts, de la communication, de tout.

Virage : C’était donc vous le boss ?

Robin Leproux : A 100% oui. C’est pour ça que je vais devoir tout assumer sur les sujets sur lesquels vous allez m’interpeller. Notamment sur les événements liés aux tribunes. J’ai d’ailleurs proposé à l’époque ma démission à Sébastien Bazin. Je lui ai dit « Ecoute, ce qui est arrivé est trop grave, j’ai envie de faire une série de choses, mais je te donne ma démission si tu l’acceptes, tu mettras qui tu voudras, tu feras ce que tu voudras mais je te propose ma démission avant d’engager le club dans des trucs très lourds sur lesquels tu ne serais pas d’accord ». Il a refusé ma démission et je suis allé donner ma conférence de presse historique, qui doit être encore sur YouTube…

Virage : Et pour les transferts c’était pareil ? Vous aviez votre mot à dire d’un point de vue sportif ?

Robin Leproux : C’est pareil, c’était moi qui signait.

Virage : Vous avez proposé des joueurs ? Vous aviez des idées ?

Robin Leproux : Je vais être très clair, Nenê c’était moi. Attention, Nenê ce n’était pas un coup de génie. Meilleur passeur et deuxième meilleur butteur du championnat et on avait été obligé de se séparer de Jerôme Rothen, donc on n’avait plus aucun gaucher. J’avais un entraineur très fort en terme de caractère (Antoine Kombouaré) et, quand je lui ai proposé, Nenê il n’était pas contre. Je ne me serais jamais permis d’imposer mes choix ou de faire des caprices sans en parler à l’entraineur.
De plus à l’époque on a eu un petit budget de recrutement, 8 millions d’euros ! Donc Nenê 5 millions, Bodmer 2,5 millions et Tiéné 0,5 million… Et ça n’a pas été facile de convaincre l’actionnaire de dépenser ces 8 millions, ils avaient tellement dépensé d’argent avant qu’ils n’avaient plus envie.

Ils ont l’adresse de la femme du contrôleur de gestion, la cousine du jardinier…

Virage : Vous venez de l’univers des media et des maisons de disques. Vous avez vu des similitudes entre gérer un label, un media et un club de foot ?

Robin Leproux : Ca sert énormément sur deux plans. Le premier c’est celui de la communication. le PSG c’est la seule entreprise de France où tous les matins dans un pays jacobin, centralisé, où vous avez deux pages dans le Parisien sur votre société. Il y a 7 journalistes du Parisien qui ne travaillent que sur le PSG ! Ils ont l’adresse de la femme du contrôleur de gestion, la cousine du jardinier… Je ne plaisante pas ! Ils font leur travail pour savoir ce qui se passe dans le club. Donc avoir l’expérience des conséquences du poids de ce que l’on dit est important.

Le second élément c’est de travailler avec des gens très exposés médiatiquement. Des gens avec de l’ego. Le foot professionnel c’est un sport d’équipe avec une addition d’egos. Il y des codes à bien comprendre. Par exemple vous ne pouvez pas stigmatiser un joueur. Si vous racontez dans la presse que vous n’êtes pas content de l’un ou de l’autre vous risquez de casser la relation que vous avez avec un joueur et plus que ça.

Virage : Comme le fait Aulas ?

Robin Leproux : Jean Michel, il a tout fait si j’ose dire. Quand je suis arrivé au PSG, au bout d’un mois, il me traitait de puceau…

Virage : Et quelle était votre relation avec les joueurs, est-ce que vous les fréquentiez au quotidien ? Est-ce que c’est comme un prof de collège, remplaçant 3 semaines, qu’on ne respecte pas ?

(c) Julien Rideau
(c) Julien Rideau

Robin Leproux : Pas du tout. Je les voyais très souvent. J’allais au moins deux fois par semaine au Camp des Loges et j’ai fait tous les matchs. Sauf un ou j’avais 41 de fièvre. Le match qui a lieu à Lyon où Edel renvoie sur Gomis (la fameuse boulette qui permet à l’OL d’égaliser à la 87ème), j’ai cru qu’avec la température j’avais une hallucination…

Donc j’étais à tous les matchs, les joueurs sentaient ma présence et j’ai toujours pensé qu’un club aussi exposé que Paris devait avoir un duo Entraineur-Président qui fonctionne. Vous êtes là en soutien de l’entraîneur et ça s’est très bien passé avec Antoine, très vite. Avec les joueurs, j’avais un rapport de proximité mais on n’était pas copain. Je les vouvoyais, je pouvais plaisanter mais je leur disais tout le temps qu’il n’y avait pas de pression, que la pression était pour nous. Vous ne pouvez pas, lorsque vous avez des messages très lourds à faire passer 2-3 fois dans la saison dans le vestiaire, vous permettre d’être proche à ce point. Je préparais mes discours, c’était de la scénographie, c’était écrit presqu’au mot près. J’ai beaucoup aimé tous mes joueurs, j’avais un bon groupe, des gars comme Claude Makelele c’est fantastique. J’ai eu de la chance.

Virage : De votre point de vue, est-ce que le PSG a été l’une de vos expériences professionnelles les plus difficiles ?

Robin Leproux : Oui. Avec RTL. Quand je suis arrivé à la radio elle avait perdu 40% de son audience en 6 mois, dans un pays développé ça n’existe pas… Le PSG, ça a été plus dur surtout lorsqu’on a une part de responsabilité dans le décès de quelqu’un. Je dis « une part de responsabilité » car si j’avais demandé de jouer ce fameux match à huis clos (PSG-OM, le 28 février 2010), il serait peut être encore vivant (Yann Lorence, décédé suite à des incidents entre supporters de Boulogne et Auteuil ce soir là). Cette saison là on avait déjà joué 3 matchs à huis clos. Ca sentait mauvais, on en était arrivé à un tel point entre les tribunes…

Virage : Mais vous ne croyez pas que ce huis clos n’aurait pas empêché les protagonistes de se retrouver ailleurs pour se « fighter » ?

Robin Leproux : Non car ça n’aurait pas été facile de le faire de la même manière.

Je me souviens d’éditoriaux qui disaient qu’il fallait dissoudre le PSG

Virage : On imagine donc que les discussions sur la refonte de la philosophie des tribunes ont commencé à partir de cet événement tragique ? Ou est-ce qu’il y a déjà eu des réflexions avant ?

Robin Leproux : Très bonne question… Quand je suis arrivé au PSG, comme je l’ai dit, il n’y avait plus de sous, alors je me suis dit « il n’y a pas de raison, on est à Paris, il faut amener des marques qui investissent, qui soient partenaires ». Je suis donc allé voir les agences, les annonceurs, mais on m’a répondu « Robin, on t’aime beaucoup mais on n’engagera pas nos clients et nos marques avec un club raciste et violent ». Ça c’était avant le drame de Yann Lorence. Je me suis pris le truc dans la tronche. Déjà là on s’est dit qu’il fallait que les choses changent parce qu’on allait dans le mur progressivement.

A la mort de Yann Lorence, l’événement a été très largement commenté par la presse, les politiques. Je me souviens d’éditoriaux qui disaient qu’il fallait dissoudre le PSG, qu’il fallait empêcher le PSG de jouer les coupes nationales car les villes qui l’accueillaient était en état de siège, etc.. etc… On était obligé d’en tenir compte car ça remontait jusqu’à la place Beauvau ! On était dans une situation où notre club pouvait disparaître. Alors qu’est ce que l’on fait ?

Virage : Vous aviez été à l’hôpital voir Yann Lorence ?

Robin Leproux : Oui et j’ai été très choqué. J’y suis allé deux fois. Je n’ai pas trop envie d’en parler. J’y ai vu un homme en train de mourir entouré de sa famille… C’est là que ça a renforcé ma décision de responsabilité. J’ai d’ailleurs promis à son père de faire bouger les choses.

Virage : On se souvient quand même de gens qui se satisfaisaient de ce décès à cause des possibles orientations politiques de Lorence, etc…

Robin Leproux : Je me fichais des tendances politiques de chaque tribune. Le problème c’est que ces tribunes étaient en train de s’entretuer (ton ferme). Les défauts de chaque tribune sont une chose, mais on n’en n’était plus là, car le seul sujet c’était comment résoudre le problème après deux morts en trois ans ! On se devait de trouver une solution pour qu’il n’y ait plus d’autres morts et que le club ne disparaisse pas !

Virage : Vous vous êtes senti seul lorsqu’il a fallu prendre ces décisions ?

Robin Leproux : Oui

J’étais donc seul et c’était normal

Virage : Les pouvoirs publics n’avaient-ils pas moyen d’intervenir en amont et à la suite de ce drame ?

Robin Leproux : Sachez tout d’abord que lorsque j’ai présenté le plan que je voulais mettre en oeuvre, il y a eu une prise de conscience et une aide sincère, appliquée, volontaire des services de police et de la préfecture. C’est sûr.

Mais au moment où il y a le drame et on te dit « comment tu résous le problème ? », ce n’est pas à la police de régler le problème, la preuve, elle n’a pas réussi à le faire après vingt ans d’échauffourées.
La responsabilité de l’écriture de la partition que vous voulez voir exécuter par les gens de la société civile, de la police, des pouvoirs publics, c’est à vous de l’imaginer. J’étais donc seul et c’était normal.

Virage : D’où le plan Leproux. (1)

(c) Julien Rideau
(c) Julien Rideau

Robin Leproux : Oui et je l’assume pleinement, je suis obligé de l’assumer. On me dit souvent que je suis tout le temps en train de me justifier. Et bien oui absolument. J’étais président de ce club. Et il faut aussi dire la vérité, je les ai faite les réunions avec les associations de supporters, avec tous les groupes Ultra d’Auteuil, de Boulogne. Ils ne voulaient pas venir ensemble d’ailleurs.
Je leur ai demandé ce qu’on pouvait faire, mais la seule réponse que j’ai eu c’est qu’il fallait faire de plus petits groupes en tribune. En gros on ne m’a pas proposé de réelles idées. J’avais même nommé des médiateurs très proches au club. Alain Cayzac d’un côté, Franck Borotra de l’autre, ont dialogué avec ces groupes pour me donner un feedback et pour trouver des solutions ensemble. Mais je n’ai pas eu d’autres propositions que réduire la taille des groupes…

(1) Pour « pacifier et restaurer l’image du club » Robin Leproux a présenté en juillet 2011, une série de mesures pour endiguer la violence des supporters du PSG. il a décidé de supprimer les abonnements en tribune Auteuil, Boulogne et G pour 6 mois. Il a aussi attribué de façon aléatoire des places dans la partie basse de ces tribunes. Les places, derrière les buts, sont devenues gratuites pour enfants, et à tarif réduit pour les femmes. Dans la partie médiane de ces tribunes, il y avait la volonté de créer une « tribune famille » et une autre « invitation PSG » pour « permettre aux familles d’assister aux matchs dans un environnement apaisé ».

Virage : Mais du coup c’est l’intégralité des deux virages qui a été punie.

Robin Leproux : Au départ l’idée de l’abonnement aléatoire en virage n’a été imposée que pour six mois. C’était pour que les gens se mélangent. Alors oui un abonné d’Auteuil pouvait se retrouver en tribune Boulogne, mais il n’aurait pas été le seul d’Auteuil, les ultras m’ont bien sur fait part de ce risque. Mais comment gérer au cas par cas ? Je savais que mon plan n’était pas parfait, je savais que j’allais emmerder douze mille personnes à cause de six-cents autres personnes, mais encore une fois, je n’avais pas d’autres solutions.

Virage : Pour revenir sur les pouvoirs publics, comment expliquer qu’il n’y ait pas eu de policiers présents lors du drame, un soir de PSG-OM ?! Tout le monde connaissait les rivalités entre tribunes, les groupes violents, pourquoi rien n’a été fait pendant des années. Pourquoi ne pas virer ces six-cents individus du Parc ?

Robin Leproux : Je ne pouvais pas me substituer aux forces d’ordre, car ça n’était pas de ma responsabilité de président du club. Bien sur j’étais aux courant des problèmes. Pendant des années ça n’a pas été bien géré et il n’y a pas eu d’idée des pouvoirs publics. Mais ce n’était pas à moi de gérer le maintien de l’ordre policier.
En résumé le club organise sa vente de billets dans le Parc. C’est tout ce qu’il peut faire pratiquement. Tout le reste c’est la force publique. Le club ne pouvait pas décider d’expulser certains supporters du stade. Le club ne pouvait prendre des décisions que sur ce qu’il maitrisait en direct, donc le placement en tribune.

Virage : Mais aujourd’hui on constate que le club prend des initiatives contraires avec par exemple des interdictions de stade pour les matchs à l’extérieur. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Robin Leproux : Je ne peux pas vous répondre là dessus car je ne suis plus en charge aujourd’hui et je n’y ai pas réfléchi. A l’époque j’étais dans un logique de stopper les violences et de sauver le club. Je ne savais pas quelles seraient les suites données au plan quatre ou cinq ans plus tard. Aujourd’hui j’ai juste la chance de pouvoir aller à tous les matchs au parc et de voir une équipe avec des joueurs fabuleux au PSG et je suis comme un bambin en tribune.

Je suis obligé de vivre avec. C’est un poids

Virage : Vous imaginez ce que donnerait l’ambiance au Parc avec l’équipe actuelle et les virages d’antan ? C’est un immense gâchis non?

Robin Leproux : Oui mais j’avais pourtant dit aux ultras non violents qu’il ne fallait pas bouder le stade, car la nature a horreur du vide. Mais lorsque j’ai rétabli les abonnements dès janvier, beaucoup ne sont pas revenus. Ils m’en voulaient tellement, ils étaient tellement dans leur logique de revenir dans LEUR tribune que le stade s’est rempli sans eux et sans cette ferveur. J’en suis le premier déçu.
Je rappelle que ce n’était pas une annulation des abonnements, mais une suspension pour six mois. J’ai toujours respecté les ultras. Ce n’est pas un plan qui a été mis en place sans dialogue. Je n’ai jamais menti. J’ai dit ce que j’allais faire, les abonnements ont été remis en place en janvier mais ça tout le monde l’a oublié.

Virage : Y a-t-il eu une pression de l’actionnaire pour nettoyer avant la vente ?

Robin Leproux : Je n’aurais jamais accepté ce poste si ça avait été le cas. Ce n’est pas dans ma philosophie. Sébastien Bazin ma recruté car il savait que j’étais un développeur. J’ai amorcé le développement de M6, j’ai sorti RTL de l’ornière, j’étais là pour faire grandir le PSG. Sur la partie vente du PSG je vais vous répondre très vite. J’étais patron du club, j’étais virable à n’importe quel moment mais je n’étais pas le propriétaire. J’étais au courant des discussions avec le Qatar mais je n’étais absolument pas partie prenante. Ca ne me regardait pas. La preuve, j’ai été viré un mois après l’arrivée des qataris. Ce qui est normal.

Virage : Aucune pression de la part de Nicolas Sarkozy ?

Robin Leproux : Absolument pas !

Virage : Est-ce ça vous a gêné, ou est-ce que ça vous gêne encore que votre nom soit associé à ce plan ?

Robin Leproux : Je suis obligé de vivre avec. C’est un poids. Il faut que je m’en explique jusqu’à la fin de mes jours d’autant que les infos sont souvent erronées. Je ne suis pas venu au PSG pour laisser un plan de sécurité derrière moi.

Virage : Est-ce que vous aurez un soulagement le jour ou chaque abonné pourra choisir sa place, ce qui commence à être le cas pour cette nouvelle saison ?

Robin Leproux : Oui, lorsque les gens n’auront plus aucune arrière pensée en s’abonnant où ils voudront, on pourra se dire qu’on a réussi.

Mais il y a une chose dont on n’a pas parlé. Vous l’avez compris, j’ai une conscience sociale très forte. On me faisait le procès d’intention de dire que je faisais ce plan pour augmenter le prix des places. Le plan avait des conséquences économiques importantes à l’époque. Le stade était vide puisqu’il y avait un refus de revenir de la part des douze-milles abonnés. J’ai donc proposé à Sébastien Bazin qu’on fasse demi-tarif pour les femmes, gratuit pour les enfants de moins de 16 ans, qu’on fasse des tribunes familles, etc… Parce que je voulais qu’on attire une population qui puisse venir au stade sans violence, qui pouvait venir voir un PSG-OM en famille pour 24 euros, et c’était important de le faire en même temps.

Et j’ai réussi à obtenir l’accord de mon actionnaire. C’était la contre-partie au fait d’emmerder les douze-milles autres personnes, et que ceux qui voulaient revenir quand même n’auraient pas l’impression de se faire racketter.

Virage : Vous qui êtes un très bon communiquant, comment expliquez vous que l’annonce de ce plan se soit si mal passée ?

Robin Leproux : Parce que le plan était très brutal. Je comprends cette tristesse. Par exemple lors du dernier match de la saison, lorsque l’on perd face à Montpellier au Parc, je me suis permis de demander à la Police de ne pas évacuer suite à l’occupation des tribunes par les supporters mécontents. On n’allait pas rajouter une charge policière à cette situation. Les gens sont partis à trois heures du mat’ et il n’y a pas eu de problème. Tout le monde a été raisonnable.

On n’est pas habitué à avoir la responsabilité de la vie et de la mort de personnes

Virage : On sent quand même que vous avez été très affecté par ce plan, que ça vous touche encore.

(c) Julien Rideau
(c) Julien Rideau

Robin Leproux : J’ai été marqué personnellement. J’y ai beaucoup réfléchi. Je ne suis pas allé au PSG pour faire ce plan. J’ai été marqué par ce que j’ai vu, ce lynchage… On n’est pas des militaires. On n’est pas habitué à avoir la responsabilité de la vie et de la mort de personnes. Quand j’étais président de RTL, un de nos journalistes est mort dans une attaque de convoi en Afghanistan. En tant que président de la station j’avais le pouvoir de lui interdire de partir, mais les journalistes veulent toujours y aller. C’est pour ça que je me suis posé la question sur le supporter en me disant que si j’avais dit à la police que ce match était à haut risques, donc huis clos, il serait encore vivant.

Virage : Mais auriez vous vraiment pu changer la donne ? L’ultra-violence existe toujours dans le football moderne.

Robin Leproux : On essaye de placer des curseurs, de trouver des solutions. J’ai fait ce que j’ai pu, c’était choquant pour la communauté des passionnés du PSG, j’en conviens.

Virage : Vous n’avez jamais songé à écrire un livre à ce sujet ?

Robin Leproux : Mais plus personne ne lit de livres ! Je pense que c’est mieux aujourd’hui dans l’ère digitale que cette interview soit relayée sur le net pour relancer le débat. Et qui sait, au court d’une de ces discussions, on me dira peut être quelle était la solution à adopter.
Je n’ai donné aucune interview depuis que j’ai quitté le club. Ce n’est pas anecdotique de donner cette interview aujourd’hui à un site de fans incontestables du PSG. Si je fais un media plus traditionnel, on ne peut pas dialoguer aussi longtemps comme on le fait maintenant.

Virage : Il vous arrive d’être reconnu dans la rue et d’être ennuyé par des individus.

Robin Leproux : Très rarement. Je tombe parfois sur des ultras qui me disent que je les ai virés du Parc, mais on arrive toujours à débuter une discussion comme on en a une ici aujourd’hui.

On a tout eu ! La Grippe A ! La fracture ouverte de Greg Coupet !

Virage : Votre plus beau souvenir sportif ?

Robin Leproux : C’est la Coupe de France. Les deux saisons que je fais au club, on va en finale de la Coupe de France. Et puis l’année du Plan, il fallait qu’on gagne face à Monaco. Vous n’imaginez pas ce qu’on vivait avec Antoine Kombouaré.

Les deux seules années de ma vie où je n’ai pris aucun plaisir, uniquement de l’angoisse, ce sont mes années au PSG. A chaque match, je ne parlais que si on perdait. Sinon c’est Antoine qui parlait. J’ai un souvenir horrible d’une défaite face à Lorient où j’ai le président de la République à côté de moi (Nicolas Sarkozy), où on perd 3-0 à la mi-temps contre les Merlus. C’est le seul match où je suis descendu dans le vestiaire à la mi-temps. Non pas pour les engueuler mais pour leur tenir un discours complètement différent. Je leur ai dit « les mecs vous étiez les meilleurs dans la cour d’école, à l’école de foot, et là c’est n’importe quoi, vous n’allez pas en prendre six alors vous allez m’en mettre un ou deux et puis on verra… »

Virage : Ca a fini à combien ?

Robin Leproux : 3-0, comme quoi ils écoutaient leur président… Mais on n’en a pas pris 6. Les gars ne savaient plus où ils habitaient. Et que voulez vous que l’entraîneur dise. Pourtant Antoine est un gars costaud. Et vous vous dites « qu’est ce que je vais dire à la presse après et au Président de la République » ?

Virage : D’autres souvenirs du genre ?

Robin Leproux : On a tout eu ! La Grippe A ! La fracture ouverte de Greg Coupet ! Là je sens que c’est grave alors je descends et je vois le Greg avec sa fracture, le doc arrive et lui réduit la fracture en direct. C’était le professeur Rolland dont c’est la spécialité. Il a attendu qu’un bloc se libère pour l’opérer à 2 heures du mat’ ! Greg est d’ailleurs revenu très vite car c’est un vrai athlète… Mais le plus beau souvenir ça reste la victoire face à Monaco en Coupe de France (2010). Là j’étais en lévitation car tout le stress est parti… Il fallait qu’on gagne pour se qualifier en coupe de l’UEFA. Je me souviens d’Antoine, la tête dans les mains, complètement vidé.

Virage : Y a-t-ils des joueurs qui vont ont marqué avant et pendant votre présidence ?

Robin Leproux : Quand j’étais gamin, Dahleb, Susic et puis ensuite Ronnie. Et parmi les joueurs avec qui j’ai travaillé il y avait Claude Makelele et Ludo Giuly. Claude était exemplaire.

Quand on a joué ce match de quart de finale de coupe à l’extérieur face à Auxerre, l’AJA était deuxième du championnat, et on jouait là bas soit disant à huit-clos. Il y avait une centaine de supporters auxerrois. On a passé le match à se faire insulter. J’étais tellement énervé que j’ai regardé tout le match dans leur « club-house » sinon ça allait mal se passer. Et on les bat aux pénos. Claude avait senti le match, il avait parlé dans le vestiaire…

Il y a eu aussi Nenê. C’était exactement le genre de joueur qu’on aime à Paris. Il aurait pu rester une saison de plus. Il a mis des buts magnifiques, c’est lui qui faisait le spectacle alors qu’on vivait des moments durs. Pour 5 briques ! Alors que Bordeaux avait mis 6 briques pour Ben Khalfallah…

Virage : Vous retournez souvent au Parc ?

Robin Leproux : Je vais à tous les matchs.

Virage : Quel rapport avec vous avec les qataris ? Ils vous demandent des conseils ?

Robin Leproux : Je n’en ai pas, je les connais mais ça s’arrête là. Je ne fais pas partie de l’équipe dirigeante du PSG, je n’y travaille pas et je ne fais partie d’aucun conseil. Peut être que dans dix ans je reviendrai au PSG et je ferai le boulot…

Virage : Votre départ du club s’est passé comment ?

Robin Leproux : Normalement. Je connais le monde des affaires : nouvel actionnaire, nouveaux managers, donc le président d’avant prend ses cliques et ses claques, ils n’avaient pas besoin de m’envoyer un bristol.

Virage : Vous auriez voulu rester ?

Robin Leproux : Je pense que ça n’était pas possible. En même temps c’était mieux comme ça car les qataris avaient les coudées franches avec ce qu’ils voulaient faire du club.

Virage : Avec le recul vous reprendriez ce poste de président du PSG ?

Robin Leproux : Difficile à dire avec le décès de Lorence. Et puis on dit souvent que la télé rend fou, mais le football c’est un cran au dessus. De plus c’est un monde très fermé, où tout le monde se protège. Toute la communauté, les entraîneurs, les joueurs, les dirigeants… Le foot devrait s’ouvrir un peu plus.

Virage : Et des envies de présider un autre club ?

Robin Leproux : Ma ville c’est Paris. C’est ça ma réponse.

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