Souvenirs

Le miracle du Ray

Il y a des matchs qui restent, plus que d’autres
et on ne sait pas trop pourquoi.

Ce sont des madeleines de Proust auxquelles on s’attache comme un vieux 45 tours de Break Machine dont la pochette prend la poussière depuis des années en attendant la rédemption.

Sans remonter aussi loin, il y a ce match joué le 10 avril 2004 au Stade du Ray face à l’OGC Nice.
Cette saison le PSG est de retour aux affaires après des années de cache misère. Coach Vahid est aux commandes d’une équipe de revanchards prêts à crever ensemble sur le terrain.
Alonzo, Mendy, Dehu, Pierre-Fanfan, Fiorèse, Sorin, Ljuboja et bien-sur Pauleta pour sa première saison au club…

Paris joue le titre avec un esprit
de Bosniaque enragé

(c) Christian Gavelle
(c) Christian Gavelle

Sur le papier c’est pas si dégueu. Mais c’est moins sexy que les stars de l’AS Monaco et de l’Olympique Lyonnais qui caracolent au sommet du championnat. Mais Paris joue le titre avec un esprit de Bosniaque enragé. Paris veut se qualifier pour la Champions League, car ça fait trop longtemps que le club et ses supporters sont en manque et ont des spasmes en regardant l’équipe d’Aulas enfiler les titres et les belles prestations en C1.

Ce match, je n’y étais pas, je l’ai vécu par procuration. Je l’ai imaginé sans les images. Je l’ai sublimé en écoutant la radio sur les routes alsaciennes (ça c’est une autre histoire).

Victoire impérative donc, ce soir là, pour les parisiens si ils veulent recoller au peloton de tête.
Je me souviens que je ne le sentais pas ce match, (comme tous les matchs d’ailleurs). Et vite mes craintes se sont confirmées. Dès la 16ème minute on se prend un pion de Lilian Laslandes. Lilian Laslandes putain, et son physique peroxydé de livreur de fruits et légumes. Sur la quasi seule occasion du Gym…

J’enrage dans la bagnole, je peste. Ça pue encore plus quand à la 54ème minute Jérôme Alonzo ceinture à l’extérieur de la surface un inconnu portant le nom de Christophe Meslin qui part seul au but. Jérôme, ce héros, ce visionnaire, s’est dit qu’il valait mieux se prendre un rouge qu’un but. A ce moment là je l’ai admiré pour sa folie. Je l’imagine avec ses gros sourcils et sa tête de mec honnête s’excuser auprès de l’arbitre. Perdu pour perdu il sera de toute façon l’homme du match pour moi.

Entre temps, il y a eu les coups du sort en faveur de Paname. José Cobos, le capitaine niçois, ancien parisien, sort K.O. dès la 3ème minute suite à un choc avec l’un de ses coéquipiers. C’est au tour d’Olivier Echouafni de se blesser et d’être remplacé par la légende Sammy Traoré. Sans parler de Marco Simone, alors niçois, qui a refusé de cirer le banc ce soir-là.

Juanpi, le couteau suisse albiceleste

Bref on est quand même à 11 contre 10, chez une équipe qui mène, qui nous déteste comme à peu près tout le monde, et il ne reste que 10 minutes.
C’est sans compter sur l’incroyable rage de vaincre de cette légion parisienne qui, même si elle ne produit pas un jeu flamboyant, compte des bonhommes à chaque poste, surtout derrière.

(c) Christian Gavelle
(c) Christian Gavelle

A la 80ème minute Fabrice Fiorèse, tire un corner qui finit sur la tête du Capitaine Pierre-Fanfan qui nous fait une Thiago Silva du pauvre en lobant Gregorini. 1-1. Je jubile. Mais le kif n’est pas terminé. C’est encore les défenseurs qui montrent l’exemple à 3 minutes de la fin. Fred Dehu tire un coup franc que reprend l’incroyable Juan Pablo Sorin. Juanpi, le couteau suisse albiceleste, alors défenseur latéral gauche, a décidé de monter dans la surface pour placer une tête plongeante improbable. Victoire 2-1. Folie totale.

Je pense à mes potes niçois qui ont l’habitude de chambrer dur à chaque défaite parisienne.

Je me demande alors si Paris n’est pas en train de redevenir une grande équipe. Ça me fait la soirée. Entre une fameuse flammeküeche, la spécialité du coin, et de la bière locale, j’ai le coeur léger.

Finalement on finira la saison avec une magnifique 2ème place en championnat et une victoire en Coupe de France, une autre spécialité maison.

Oh! mon Tambour…

Les tambours furent un temps les guides de nos Virages. Aux baguettes, des ultras ou juste des passionnés, des filles et des garçons, mélomanes ou néophytes, amoureux de leurs couleurs, piliers incontestables de leur tribune.

Torses nus à l’occasion, points de repère pour tous, suiveurs de leur capo ou lanceurs de chants, ils étaient au premier rang ou bien tapis dans l’ombre. Maîtres du rythme, régulateurs de vitesse, les tambours savaient s’effacer pour laisser s’élever à cappella les voix du fidèle peuple Rouge et Bleu, après les avoir accompagnés vers cette note unique qui ferait trembler les travées de leur Parc.

Dans ce folklore du samedi soir, là où les écharpes se tendaient, les drapeaux s’agitaient, les pots fumaient et les fumigènes étincelaient, les tambours participaient à leur manière à colorer leur Virage et lui donner le ton de ce spectacle extraordinaire.

Des plans aux partitions incertaines
ont été dressés pour les éradiquer

A l’heure où les tifos se déployaient, alors que les cœurs s’agitaient, les joueurs devenaient les simples spectateurs du match des tribunes. Quatre-vingt-dix-minutes avaient passé, le score n’était qu’anecdotique, les mains étaient écorchées, les baguettes cassées, la peau du tambour déchirée, la peau de son batteur déchiquetée, des ampoules plein les doigts, ces sacrifices humains et matériels n’étaient pas vains tellement la cause était grande, celle du Paris SG, l’extase dépassant les souffrances, laissant place à l’envie et l’impatience, celles qui comblaient l’attente, vite panser les plaies avant le prochain match.

La musique est éternelle. Ses vibrations ne cesseront jamais de se propager. Pourtant, deux soirs tragiques ont eu raison de ces tambours magiques. Les ondes ont eu un choc. Certains fanatiques ont perdu ces soirs-là, leur sens de la raison. Des plans aux partitions incertaines ont été dressés pour les éradiquer.

Les tambours authentiques n’ont pas survécu, noyés dans la masse des inconsidérés. Ils ont aujourd’hui cessé de résonner. L’écho n’est plus. La ferveur a disparu. Hier, les tambours étaient d’or. Aujourd’hui le silence est d’argent. Il est surtout subi. D’aucuns penseraient que le son des tambours dépasseraient les bruits de la rue et les rumeurs assassines. Un tambour n’a jamais été complice de la folie des hommes. Au pire, il en a été le témoin, certes averti mais néanmoins médusé. Un tambour n’est pas fait pour rester muet, ses baguettes rangées aux vestiaires. Il devrait au contraire combler ce vide laissé par l’infamie. Son rôle est de redonner du sens à ce qui n’en a pas, et non pas de nous étourdir de son silence sournois.

La passion est certes une marchandise pour les impresarios, mais un tambour
reste une mentalité

Hier roi du Parc, le tambour ne l’est plus aujourd’hui dans le stade du Prince. Certes, des considérations marketing ont tenté de lui donner une seconde peau. Quelques pétrodollars ont suffi pour dresser ici et là des tambours de foire. Ne manque qu’une trompette pour que le numéro de clown soit parfaitement exécuté. Les intermittents à qui on a donné les baguettes ne réussissent pas à tenir la mesure. La passion est certes une marchandise pour les impresarios, mais un tambour reste une mentalité, et cela ne s’achète pas.

L’âme d’un tambour est dans le cœur de son batteur, lequel tire son fluide des chœurs qui l’accompagnent. Et vice et versa. Se pose alors la question de l’œuf et de la poule. Qui est le suiveur ? Le tambour, ou le supporter qui s’époumone pour soutenir son équipe, pour vivre sa passion, pour prouver à la face du monde qu’ici c’est Paris, que la légende continue, qu’elle n’a jamais été suédoise, qu’elle s’écrit au rythme des tambours, même si depuis trop longtemps ils se sont endormis. Peu importe la réponse. Par respect pour ses tambours passés par pertes et profits, leur public lui aussi s’est tu, n’appréciant guère leurs pâles copies. L’antre est devenue théâtre. Silence, le spectacle va débuter. Eteignez vos tambours. Sinon vous serez interdits.

Oh Mon Tambour, qu’aurais-je fais sans toi?
Oh Mon Tambour, je te dois mes mains cloqués et mes oreilles bourdonnantes à la fin de chaque soir de match.
Oh Mon Tambour, tu m’auras rendu fier.
Oh Mon Tambour, compagnon d’infortune.
Oh Mon Tambour, témoin de tant de passion, partenaire de tant d’émotions.
Oh Mon Tambour, ils t’ont achevé, me laissant seul, comme un orphelin.
Oh Mon Tambour, parti trop tôt, emportant avec toi une certaine idée du Paris SG et du Parc des Princes, une époque où les paillettes n’étaient pas seulement dans la corbeille, un temps où les papelitos étaient toujours faits main, une apogée où « Oh Ville Lumière » était un hymne populaire et non pas un karaoké…

Sache toutefois que pour nous tu es éternel. Personne, surtout pas ces profanes, ne pourra jamais bannir un tambour parisien.

Drum Bigger !

Se souvenir de la crise de novembre

 

C’est une chose que les nouveaux supporters du PSG ne peuvent pas connaître : la crise de l’automne-hiver, plus précisément la crise du mois de novembre. Un concept qui appartient au passé, une idée qui remonte au PSG ante-Qatar.

Un début de saison en trombe ou, disons, plutôt prometteur puis, immédiatement après, sans trop savoir pourquoi, la machine qui se dérègle, les mauvais résultats qui s’enchainent.

Dès novembre : la dégringolade, les matchs sans buts et sans spectacle, les défaites qui s’empilent et les entraineurs qui sautent. A la fin de l’automne, qu’il pleuve ou qu’il neige, la crise prenait des formes diverses, mais finissait toujours par arriver au Camp des Loges.

Au début, on la redoutait. Puis on s’y est fait. Parfois, elle s’installait. Avec les années, on s’en amusait presque. Les supporters faisaient le dos rond, continuaient de chanter, puis les résultats finissaient par revenir. Et tout rentrait dans l’ordre, la fameuse crise de novembre avait quelque chose de folklorique, quelque chose d’infiniment parisien.

Pas de caviar à tous les repas

Aujourd’hui, tout cela n’existe plus. Vous me direz : « il y a eu et il continuera d’y avoir des crises au PSG ». Certes ! Mais rien qui ne puissent ressembler à ce que l’on connaissait voilà dix, quinze ans. Est-ce le signe que le PSG progresse ? Certainement. A quoi le doit-on ? Pêle-mêle à la gestion aseptisée et lointaine de la direction, à l’arrivée de grands joueurs plusieurs fois titrés mais surtout aux gigantesques impératifs financiers.

Désormais, tout concourt à ce que Paris n’implose plus en vol, à ce que Laurent Blanc ne soit pas bêtement viré à la première contre-performance. Et du coté des supporters ? C’est simple, les tribunes n’imaginent même plus faire la loi, d’ailleurs le Parc des Princes n’est quasiment plus une enceinte démocratique où, par le cri, le supporter s’exprime.

Vous souvenez vous lorsque les virages hurlaient frénétiquement « Luis, Luis !» comme pour réclamer l’idole Fernandez en pompier lorsque rien n’allait et qu’il fallait un sauveur ? C’était beau et romantique à la fois, Le Parc dans ce qu’il avait de plus attachant. Tout cela c’était il y a mille ans. Lorsque le PSG était dépourvu de talents à tous les postes. Quand tout reposait sur un joueur, un crochet d’Okocha, un tacle de Heinze, un dribble de Ronaldinho, des dizaines de buts de Pedro Miguel Pauletaaaaaa… Mais jamais tout cela à la fois. Pas de caviar à tous les repas.

Paris ne brûle pas, non, il joue à peine

Aujourd’hui, ce ne sont plus trois défaites d’affilée qui précipitent Paris dans le mur, simplement des prestations en demi-teinte qui lassent les amoureux de football. Un bloc trop statique, des attaquants qui ne se démarquent pas, des milieux peu inventifs, des défenseurs peureux. En dépit de tout cela, du manque d’envie et de plaisir pris sur le terrain, il arrive néanmoins que le PSG gagne, qu’il franchisse la phase des poules de la Ligue des Champions et fasse son bonhomme de chemin dans nos coupes nationales.

Pas de quoi s’inquiéter. Paris ne brûle pas, non, il joue à peine. Il joue minimum syndical, juste ce qu’il faut pour s’imposer. Une mi-temps sur deux le plus souvent. Qu’il est loin le temps où l’on célébrait Vahid parce qu’il « bougeait » ses joueurs et gagnait, toujours 1-0, au terme de purges sans nom, à l’arrachée, presque toujours sans la manière mais avec le cœur et les jambes.

En 2016, puisque notre club est devenu un gigantesque instrument de divertissement, il est impératif que le PSG s’impose. La victoire donc. Et avec la manière surtout ! Au stade comme devant leurs télés, les amateurs de foot réclament un spectacle de qualité. Notre PSG est devenu l’égal du Bayern et du Barça. Il affronte Chelsea en Ligue des Champions. A grands coups de pétrodollars il entre enfin dans le club fermé des institutions qui ne se contentent que d’excellence sportive. Loin, si loin, la crise de novembre et sa médiocre banalité…

Virage : /vi.ʁaʒ/

Le virage, c’est l’incertitude, le doute.

Qu’y a-t-il au bout, comment l’appréhender? Un frisson, la respiration qui se suspend le temps de découvrir ce qu’il cache en fin de courbe.

La trajectoire parfaite de Bernard Mendy qui après avoir enfumé Roberto Carlos dans son couloir, sert Wiltord sur un plateau en Equipe de France. Et on s’est tous demandés où il cachait ce talent le reste du temps.

Le virage, c’est également le changement, l’espoir, la révélation.

La sortie d’un tunnel, quand l’oeil se réadapte à la clarté du jour et aperçoit les premières montagnes…
Le refus de la fatalité du duo magique Léonardo et Raï, qui en 90 minutes renversait des scores et mystifiait un Parc des Princes en fusion.

Mais trêve de considérations philosophico-routières.

Bande d’énergumènes…

Le virage, c’est enfin, et surtout, la ferveur.

Au Parc des Princes, c’est la place du peuple supporter, le ticket le plus abordable pour qui veut découvrir l’ambiance du stade à l’écart des tribunes présidentielles, où l’on s’assoit pour consommer un match de football en parlant d’autre chose.

Et à Paris, les virages ont des noms. Célèbres et vénérés pour ceux qui les fréquentent, terrifiants pour ceux qui les observent à distance, ou par le prisme des media.

Auteuil et Boulogne : deux noms scandés d’une tribune à l’autre, épicentres des chants à la gloire du Paris Saint-Germain, faiseurs de rois et fossoyeurs d’entraîneurs, virages de tous les excès…

Mai 1982, le PSG affronte au Parc des Princes le Saint-Etienne de Platini en finale de la Coupe de France, et le tirage les désigne visiteurs dans leur propre stade… le jeune virage Boulogne est déserté pour laisser la place aux Stéphanois, et c’est Auteuil qui accueille pour l’occasion les plus véhéments des supporters parisiens. C’est d’ailleurs de cette tribune que descendront les « bandes d’énergumènes », selon les mots de Thierry Roland ce soir là, qui envahiront plusieurs fois le terrain durant cette finale à rallonge qui verra Paris gagner sa première Coupe et Francis Borelli embrasser la pelouse.

Auteuil deviendra au début des années 90, avec l’arrivée (et le soutien) de Canal Plus aux commandes du PSG, le pendant de Boulogne, aussi bien géographiquement dans le stade, que (socio-) politiquement. La réputation sulfureuse de Boulogne, qui s’est structurée sur le modèle des kops anglais, les incidents répétés impliquant ses membres en déplacement, certains d’entre eux appartenant à des mouvances radicales (jeunesses nationalistes, skinhead,…) rend nécessaire l’émergence d’un second pôle de supporters dans le stade.

Une scission s’opère entre les différents groupes de Boulogne, et certains d’entre eux migrent et contribuent à faire émerger le virage Auteuil, qui se rapprochera par la suite des canons de beauté des « curva » italiennes, célébrant à l’échelle européenne la gloire de ses équipes avec les plus beaux tifos, avec toutefois une politisation bien moindre de ses membres.

Car qui va seul au parc ?

A cette époque, le virage est l’agrégat de tous les profils, du simple spectateur passionné à l’ultra tournant le dos au terrain pour donner le ton des chants, et tous les yeux se braquent sur ces tribunes qui s’embrasent littéralement les soirs de matches.

Mes premières fois au Parc, je les ai vécues à l’aile de la tribune Auteuil, en tribune G, dans le virage du Virage, dans ces années là.

Les profs de sport de mon lycée récupéraient des places pour certains matches à domicile, et personne n’avait l’air d’en vouloir…

Avec quelques potes, nous avons ainsi pu goûter à la fureur et la fusion, la fumée et les flammes… Les premières minutes de match qui passaient à la trappe le temps que les feux de Bengale se dissipent, le tout Paris et le tout Banlieue qui se retrouvait dans une même enceinte pour pousser derrière son équipe, les chants personnalisés pour les joueurs hors normes (« Capitaine Raï, tu n’es pas de notre galaxie ») et l’hymne écossais qui résonnait dans tout le stade (« Oh Ville lumière »).

Le plaisir de prendre place dans le virage devient rapidement une habitude addictive. Un lieu de rendez-vous entre amis (car qui va seul au Parc?), celui qui se peuple le plus tôt chaque jour de match et adresse ses revendications à la direction du club, un exutoire bienvenu, mais surtout une boîte à souvenirs, les meilleurs comme les plus cruels.

Oui j’ai vu un soir Didier Drogba nous jeter à la figure son amour pour l’un de ses anciens clubs, comme j’ai assisté à des démissions collectives de joueurs pour faire sauter un entraîneur – coucou Vahid.

Mais par dessus tout, j’ai hurlé sur des buts du jeune Anelka contre Lens, de mémoire mon premier match au Parc, d’Okocha contre Bordeaux, mais aussi d’El Karkouri ou de Ljuboja… j’ai scandé les noms de Raï, Ronaldinho, Dely Valdes, Pauleta et du meilleur d’entre tous, Jerome Leroy. Je me suis senti invincible en prenant place derrière la cage de Bernard Lama, mais je me suis également demandé ce que je faisais là par -2 degrés un soir d’hiver à regarder un non-match concocté par Guy Lacombe, ou si Alioune Touré marquerait un jour un but…

J’ai passé d’incroyables soirées en tribunes, à entendre parfois l’hymne de la Ligue des Champions, à attraper des extinctions de voix qui me faisaient passer pour un con le lendemain au boulot, et à m’imaginer plus tard avec mon fils lui faisant découvrir le Parc de ma jeunesse. Puisse cette même ambiance être encore dans mon stade chéri le jour où il y mettra les pieds pour la première fois…

Si la ligne droite est le plus court trajet entre deux points, le Virage est le chemin tortueux qui nous fait passer par toutes les émotions….

Ma première fois au Parc

Le 6 mars 1997, le Paris Saint Germain accueille l’AEK Athènes en quart-de-final aller de la Coupe des Coupes. La venue d’un club grec à Paris m’offre l’occasion de découvrir le Parc des Princes et de sceller, à huit ans, mon amour du PSG.

Il y a des moments qui marquent une vie, qui font naitre des émotions. Des souvenirs qui comptent, et qui restent à jamais gravés dans la mémoire. Ma première fois au Parc des Princes est de ceux-là. La saison 96/97 marque véritablement le début de ma passion foot et de mon engouement pour le PSG.

L’acquisition de mon premier maillot -logo Opel en relief-, la feinte de corps de Jérôme Leroy face à Vaduz, la défaite 6-1 contre la Juventus de Zidane. 6-1. Je savais pas qu’on pouvait perdre 6-1 au foot. Par les émotions qu’elle provoque, la coupe d’Europe attire immédiatement mon attention. La remontée face à une équipe en jaune, venue d’une lointaine contrée (Non je ne connaissais pas le Galatasaray et la Turquie me semblait être le bout du monde) m’enthousiasme, et lorsque mon père m’annonce qu’il m’emmène au stade pour les quarts-de-finale de la Coupe des Coupes, je ne peux cacher mon excitation.

Je suis tour à tour Raï, Leonardo et Bernard Lama dans ma chambre, faisant hurler ma mère autant que les lattes de mon lit.

L’occasion rêvée

aekMon paternel étant Grec, tomber sur un club du pays offre l’occasion rêvée pour découvrir le Parc des Princes. Face à « ce club de puissants », il est d’autant plus heureux de pouvoir supporter une équipe hellène en plein Paris. Une manière de s’affirmer contre sa ville d’adoption. Le sentiment de supporter l’équipe qui, sur le moment, représente la minorité. Sa minorité. « Tu seras pour l’AEK évidemment ».

J’ose pas trop répondre parce que non, désolé papa, c’est le PSG qui me fait rêver. Ce maillot rouge et bleu, ce numéro 10 brésilien, ce gardien trop stylé dans sa tunique verte. Moi, c’est le PSG que je vais supporter. Et heureusement, Ricardo -son pote argentin- nous accompagne et sera mon allié.

Le jour du match arrive enfin. On traverse tout Paris depuis Ménilmontant pour atteindre la Porte de Saint-Cloud. Ligne 2 puis 9. En entier. Au fur et à mesure que les stations défilent, les personnes portant maillots, écharpes et bonnets aux couleurs du PSG se multiplient.

L’excitation monte d’un cran à la sortie du métro où je découvre un monde fou, partout. A hauteur du rond-point, dans les rues adjacentes, à l’intérieur du Mc Do… Le lieu est envahi par des fans de foot, des supporters du PSG.

Je serre bien fort la main de mon père pour ne pas me perdre dans ce qui représente à mes yeux une marée humaine. Vacciné par une manif’ contre Chirac, la foule ne m’inquiète pas tant que ça à l’inverse des policiers postés sur leurs immenses chevaux. Comme si mes playmobils s’étaient transformés en êtres vivants.

On se dirige vers le stade, le temps de s’adonner à quelques pronostics. « Victoire 1-0 de l’AEK, lance mon père, avec un but de Nikolaïdis ». L’ex-futur joueur du PSG est alors meilleur buteur de son club, et la plus grande promesse du football grec. « Et avec Atmatsidis dans les cages, on prend pas de but ».

Atmatsidis. Ce gardien exécrable dans les airs qui prétendait poursuivre sa carrière en Angleterre. Le Gianluca Pagliuca du pauvre. « Depuis quand les Grecs savent jouer au foot ? lui rétorque Ricardo. 3-0 pour Paris, facile » chambre-t-il en me lançant clin d’oeil.

Le Prince du Parc

Les odeurs de merguez embaument mes narines, les vendeurs d’écharpes suscitent mon désir. Soudain, le voilà. Tel un vaisseau spatial atterri là par erreur, il se dresse face à moi. Beau, grand, majestueux. Le Parc des Princes. Son nom suffit à évoquer la magie de cette enceinte atypique, et je vais prendre place à l’intérieur. Le temps d’un soir, moi, Alexandros Kottis, huit ans, je serai Prince.

On contourne une partie du stade et ses épines dorsales pour trouver la tribune Paris. Je suis tout fier de présenter mon billet au guichetier, et de pénétrer porte H. Les puissantes lumières, les immenses fanions Nike qui descendent du toit… Tout semble gigantesque. A peine 22 000 spectateurs selon les feuilles de match, des tribunes dégarnies, mais l’acoustique rend l’enceinte extrêmement impressionnante et mon regard ne cesse de courir d’un bout à l’autre du stade. De la pelouse aux gradins, des supporters parisiens aux fans athéniens.

Le parc c’est nous !

D’ailleurs ils sont nombreux les jaunes et noirs. D’où ils sortent tous ces Grecs ? J’ai du mal à comprendre que des personnes soient venus de Grèce, et il m’est difficile d’imaginer avoir autant de compatriotes à Paris… Ils sont 4 000 dans le kop qui leur est réservé, et font beaucoup de bruit. Mais pourquoi sont-ils parqués entre des grillages comme des animaux ?

A la sortie des joueurs, la tribune Auteuil se recouvre d’un gigantesque tifo bleu-blanc-rouge. « Le Parc c’est nous ». Et c’est beau. Pas d’écran pour filtrer les images, je vois la pelouse, les cages et les joueurs en vrai. Les notions de distance et de temps me semblent complètement différentes de l’ordinaire et je semble être en retard par rapport à ce qu’il se passe sur la pelouse, réagissant plus en fonction du public que du match.

L’intérêt est en tribunes

Dès la 2ème minute, Dely Valdes place une puissante tête sur un centre de Leonardo, mais Atmatsidis s’interpose d’un bel arrêt réflexe. Mon père a-t-il vraiment toujours raison ? Les joueurs de l’AEK se font sifflés à chaque fois qu’ils ont le ballon et ça me met mal à l’aise, comme si on insultait ma propre famille.

« Hé Ho! » Clap-Clap Clap Clap Clap «Hé Ho!» ; « laaaaalalalala Paaaaris SG ». Les chants sont pas si compliqués, mais j’ose pas encore donner de la voix, sans doute intimidé par cette foule qui se répond. « PPPPPPP » « AAAAAAA » « RRRRR » « IIIIIIIIIII » « SSSSSSSS » « PARIS! » clap-clap-clap « PARIS ! » clap-clap-clap. Comment est-ce qu’ils arrivent à se coordonner pour chanter tous ensemble ?

aek-raiMi-temps, 0 à 0, et des joueurs rentrent aux vestiaires sous les sifflets du Parc. Pas cool. Quinze minutes de pause, le temps pour moi de découvrir les toilettes dégueulasses, presque inondées.

Je passe la seconde mi-temps comme la première, omnubilé par ce qu’il se passe autour de moi. « Regarde le match » me lance mon père, alors que je n’arrive pas à décrocher mes yeux des tribunes. Des types tournent le dos à la pelouse pour haranguer la foule. Et eux, ils sont cons ou quoi à ne pas regarder le match ?

Trop d’émotions

70ème minute, Nikolaïdis devance Kennedy dans la surface mais se fait reprendre au dernier moment par un tacle de N’Gotty, et la défense parisienne peut se dégager. Mon père se lève, bras en l’air : « PENALTY!! C’était péno ça ! ». Faute ? Main ? Rien du tout ? On voit quand même mieux à la télé.

Le match n’est franchement pas terrible, peu d’occasions et pas de buts. Le temps passe et l’ambiance se fait plus hostile. Une bagarre éclate en tribunes. Et puis j’ai un peu froid. Je réalise que j’ai pas révisé mon contrôle du lendemain et je commence à stresser. Oui, le CE2 c’est sérieux. Les fautes se multiplient, « toujours à l’avantage du PSG évidemment » s’énerve mon père. Il est temps que ça se termine.

« Mais ils sont où ? Mais ils sont où ? Mais ils sont où les Parisiens ? » descendent des tribunes. Le coup de sifflet final de l’arbitre est suivi par ceux des supporters, déçus du résultat et de la mauvaise passe du PSG. Cyril Fouget (sic) il est nul de toute façon. La tribune grecque elle, ne s’arrête pas de chanter.

La victoire à Athènes deux semaines plus tard grâce au triplé de Patrice Loko, puis l’épique qualification face à Liverpool en demi-finale de la compétition donneront, après coup, une saveur particulière à cette soirée. Viendront ensuite mes premières larmes devant un match de football, la finale perdue contre le FC Barcelone et ce penalty transformé par Ronaldo. D’impérissables souvenirs.

Les temps forts de… Jean-Luc Sassus

Agent de joueurs, père de 3 enfants (2 garçons, une fille), installé dans la région toulousaine, Jean-Luc Sassus, aujourd’hui malheureusement disparu, était revenu avec nous sur les matchs qui l’avaient marqués lors de ses deux saisons parisiennes (1992-1994).

Victoire à Saint-Etienne (2-1, 1ere journée, saison 1992-1993)

« C’était lors de la saison 1992-1993, je venais d’arriver de Cannes. Je me souviens qu’on venait d’interdire la passe en retrait au gardien. Mais visiblement Bernard (ndlr : Lama) avait oublié. Il reçoit un ballon en retrait et s’en saisit. Coup-franc donc dans la surface de réparation, mais nous avions fait un mur énorme sur la ligne de but. Nous avions gagné 2-1, j’avais marqué de la tête, avant de me jeter dans les bras de Vincent Guérin. Cette victoire symbolise mon arrivée réussie à Paris. Dès le mois d’octobre, je me suis retrouvé en équipe de France, tout s’est parfaitement enchaîné ».

Match nul contre Arsenal (1-1), demi-finale aller de la Coupe des Coupes lors de la saison 1993-1994

« C’était au Parc des Princes. Je crois qu’il s’agit de mon meilleur match sur le plan défensif à Paris. Je peux vous dire que j’avais eu une bonne note le lendemain dans la presse, même si un journaliste de l’Equipe m’avait reproché d’avoir oublié Ian Wright au marquage sur un corner. Mais il s’était trompé car j’avais la charge d’un joueur plus grand. Malheureusement, je me souviens que nous étions un peu trop fatigués par le championnat pour faire la différence face aux Gunners. Au retour, Arthur Jorge avait dû faire un choix car on ne pouvait avoir que 3 joueurs extra-communautaires. Il avait donc laissé George Weah dans les tribunes à Highbury au profit de Rai. Sans avant-centre, nous avons perdu 1-0. Avec Mister George, je suis persuadé que nous aurions été en finale ».

Succès sur la pelouse du PAOK Salonique (0-2) en Coupe de l’UEFA, 32e de finale retour, saison 1993-1994

« Lors de ce match retour, on mène 2-0 grâce à Weah sur un exploit personnel, qui fêtait son anniversaire ce soir là, et moi qui marque le deuxième but de la tête sur un centre de Vincent (ndlr : Guérin). Je me souviens d’une ambiance super chaude avec des pièces lancées par les spectateurs sur la pelouse. On recevait toutes sortes d’objets. Mais quand le PAOK s’est retrouvé mené, « mon » ailier, s’est aussi fait bombarder. On sentait les tribunes vraiment bouillantes. D’ailleurs le match n’a jamais repris car la sécurité des joueurs n’était pas assurée. Sur le terrain aussi, il y avait des duels costauds (rires). Nous avions déjà gagné 2-0 à l’aller. Dans l’avion du retour, je me souviens d’une grosse fiesta ».

Naples – PSG (0-2), 16es de finale de la Coupe de l’UEFA saison 1992-1993

« C’est l’un des premiers matchs de l’ère Canal Plus en Coupe d’Europe, et donc forcément un test important. Car nous voulions voir ce qu’on valait contre une bonne équipe européenne.
Je me souviens du doublé de Weah, qui reprend de l’intérieur du pied un coup-franc de Valdo, puis marque à nouveau de la tête sur corner. Naples avait une grosse équipe avec Zola, le brésilien Careca, le suédois Thern, l’uruguayen Fonseca. Mais nous les avions bien maîtrisés. Grâce à un 0-0 au retour, au Parc des Princes, nous avions passé ce tour. Une étape importante ».

La saison 1993-1994 dans son ensemble en Championnat de France

« Sur cette saison, je n’arrive pas vraiment à ressortir un match en particulier car elle fut très aboutie. Nous avions tellement envie d’avoir ce titre puisque celui de 1993 avait été retiré à l’OM mais ne nous a jamais été attribué, ce que j’ai du mal à comprendre. Nous avions