Nous sommes le surlendemain du but de Ousmane Dembélé contre Lille.
Le deuxième. Le premier n’est qu’une merveille. Je veux dire à la portée de Neves, Achraf, Fabian Ruiz, Vitinha, Doué, Kvara, Ramos, et même, va savoir, un soir,
par hasard, de Bradley. Mais le deuxième…

Un séisme visuel. Un geste excaliburien. Un tag d’Azyle sur le flanc vierge du Concorde d’Orly. Un mouvement quali’ et graphique. Un but qui fait taire et fera parler. Une prise de pouvoir. Le début d’une ère. Les années Dembélé…
À l’énoncé de ce nom, ce but. L’image première pour des bataillons de châsses émerveillés. L’action bleue comme une note et absolue comme une oreille. Joueur d’exception…
De toutes les expressions laudatives que j’ai lues, entendues, écrites ou corrigées, celle-ci me semble la plus appropriée.
Ousmane Dembélé est un joueur d’exception. Et le tout dans les mois qui suivent une saison collective atomique et la réception de la plus haute des distinctions individuelles… sans vacances ni prépa… alors qu’il se blesse… met du temps à revenir… semble chafouin de si tardivement entrer en jeu ou de si tôt en sortir… alors qu’on l’annonce (fakenewsement, a priori) réclamant des lingots pour aller avec son ballon… Ousmane Dembélé répond par le but de la 63e minute.
C’est un but à signes
D’abord, pour moi, c’est un but à signes. Invité avec ma moitié à un dîner, accepté par négligence de vérification de la date, je n’ai vu ni le but ni le match en direct. Et, je le confesse, n’ai même pas cherché à me préserver du résultat en prévision d’un replay. Ça, et je sais ne pas être le seul à le ressentir, c’est l’effet 31 mai. À force de répéter que depuis la victoire en LDC on en a plus rien à foutre de rien… Fatigue et usure – surtout quand on a l’âge du club, ma bonne dame.
Nous, les supporters, on n’a pas eu non plus de vacances et de préparation foncière. Relâchement. D’autant moins coupable qu’infiniment grisant et inédit. C’est puissant d’être champions d’Europe, des continents, du monde, de l’univers ! N’empêche que me rendant pour dîner donc chez le « Président » Bibi Seck, montreuillois, designer et peintre de son état, en attendant ma moitié, aux abords de la mairie, vers 19 h, sur X je surfe, comme disaient les jeunes quand nous étions tous jeunes. Et tombe sur un post de Grégory Schneider de Libération : en gros il est temps de vendre Ousmane, qui a atteint son prime, et de faire progresser Barcola, qui représente l’avenir.
Je reconnais à cet homonyme de prénom le courage d’avoir à plusieurs reprises dénoncé la « victoire » de l’OM en 1993.
Il m’a néanmoins semblé important de le reprendre sèchement de volée : si Schneider indique un chemin, allez dans la direction opposée.
Repas exquis, conversation cool et haut de gamme par les temps qu’on vit. Aux pauses clopes, sur le balcon, quelques coups d’œil sur le Xiaomi. En furtif, d’inquiétude zéro motif. On dirait même qu’Ousmane-Ballon d’or a fait des siennes. Première pensée pour « Greg » Schneider. Minuit et mèche. Maison. Replay… Pas la peine, y’a la redif en live, commencée depuis 14 minutes. On mène déjà 1 – 0. Et manifestement Ousmane est le coupable. Deuxième pensée pour Grégory S.
On a beau polémiquer depuis des années, avec lui et des centaines d’autres, sur papier, en radio, en livre, sur les réseaux, au boulot et au bistrot, l’idée de se ridiculiser en étant invalidé par les faits, ça gratte. Je voudrais vraiment pas que Schneider ait raison. J’entends ensuite pendant près d’une heure, régulièrement répété par les deux commentateurs, que les Lillois mériteraient mieux, au regard, si je comprends bien d’une séquence de 13 minutes en début de partie, conclue par…le but d’Ousmane. Mouais.
À partir de la 14e minute, en tout cas, ils n’ont pas produit grand-chose, si ce n’est l’impression de courir après le ballon plus que derrière le score. Et puis ce fut la 63e minute.
Un de ces buts comme seuls en marquent les Princes
Le coup de hanche de Nuno. La passe en or du doué Désiré. Le ballet peut commencer. Caresse de l’intérieur du gauche, pour amadouer la balla. Une feinte de corps vers l’avant, puis un pas de retrait. Deux centraux dans la sauce. Un troisième revient. Petit râteau du gauche pour le flouer. Et, presque comme dans un double-contact, le pied droit d’Ousmane pose la sphère à l’endroit d’où, louchée par son pied gauche, elle va s’envoler, suivant une trajectoire gaussienne, pour retomber à équidistance de la main du portier lillois et de la barre transversale.
Au lieu, comme tout le monde, de dédier une minute d’un match à la mémoire d’un mort ou d’une tragédie, je propose qu’au Parc à la 63e minute des matchs on célèbre ce but et chante son auteur et son génie. Le Parc chantant « Et Ousmane-Ballon d’or ». L’allure que ça aurait. Ça c’est du rituel d’appartenance. La première fois que tu viens au Parc, ton (beau)père, ton oncle, ton grand frère, ton cousin, t’explique pourquoi à cet instant précis les supporters en liesse et tous en chœur communient.
Un de ces buts comme seuls en marquent les Princes. Évidemment pas une question d’adresse ou de technique, mais de création, de vista et d’insolence…
Mustapha Dahleb, Javier Pastore, Neymar Jr., Ronaldinho, Angel Di Maria… C’est dorénavant auprès de ceux-là qu’évolue Ousmane Dembélé dans mon musée PSG.
Quelqu’un écrira un livre motivé par ce but. Louons le réalisateur assez futé pour cadrer, quelques instants après, un autre de nos divins lobeurs : Pedro Miguel Pauleta.
Et si c’était « ça » devenir un grand club. Qu’est-ce que c’est bon !
C’est le Ballon d’or qui a de la chance d’avoir été attribué à Ousmane Dembélé. Neymar demeurera mon dernier grand amour. Mais mon neymarisme se combine admirablement à mon nouveau statut officiel d’Ousmanien pratiquant.
Au coup de sifflet final, j’ai pensé aux supporters de PSG de mon âge ou plus jeunes qui ont des vies pénibles, des boulots pas souhaitables et des familles douloureuses. Ceux que j’ai en tête, le but d’Ousmane à la 63e minute hier soir a du leur faire beaucoup de bien. Oublier tellement de soucis durant quelques gracieux instants. Moi, à la 77e re-vision, il m’a mis les larmes aux yeux comme les visages de Presnel et de Marqui à Munich.
L’ultime signe. On a un 10. La preuve : il fait des dingueries de 10.


