Dans la même galère

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Force est de constater que le sujet Ultras vs. Institution
est toujours aussi compliqué.

Les années passent, des groupes disparaissent,
d’autres apparaissent en Virage, les dirigeants changent,
mais la problématique reste la même.


Deux mondes s’affrontent. D’un côté les ultras qui défendent une certaines idée du supporterisme : total, passionné, fidèle, turbulent, libre et anti système. De l’autre les institutions au sens large, que ce soit les clubs, les medias, les politiques, l’opinion publique, qui prônent la mesure, le raisonnable, la sécurité, la fête familiale, et le droit de supporter sans chanter.

On est bien placé chez Virage pour apprécier le sujet.
Nous avons publié quelques articles qui évoquent l’ambiance en tribune.
Et souvent, les réactions ont été vives, nous obligeant une fois (et une fois seulement) à nous auto-censurer en supprimant un article pour éviter les débordements inutiles.
Difficile à accepter car Virage est une tribune libre et ça implique de facto la liberté de parole.
Mais on assume et on avance quoiqu’il arrive car ça prouve que nos écrits ont du sens et une utilité, celle d’ouvrir le débat. Un débat qui concerne tout le monde.

Alors pourquoi est-il aussi difficile d’en parler ? Pourquoi les personnes concernées ont autant de mal à communiquer entre elles.

L’ultra, c’est souvent le peuple

Premièrement parce qu’on touche au passionnel, à une sensibilité extrême sur le sujet, à une chapelle intouchable. Celle du KOP.
Les ultras parlent peu, voir pas du tout aux medias. Ne comptez pas trop sur eux pour s’exprimer individuellement. Ce n’est pas dans la mentalité du Mouv’. On fonctionne en groupe, en collectif. Seules les actions perdurent, pas les discours. Les paroles volent et les écrits restent… C’est leur choix et ça se respecte. C’est aussi une façon de se protéger. S’adresser à tout le monde par communiqué de presse ou via les banderoles déployées au Parc. Pour afficher leur mécontentement ou leurs encouragements. Mais pas pour justifier leurs actions. Car trop souvent leurs propos ont été mal perçus, leur mentalité mal acceptée. On les a comparé à des délinquants incontrôlables et sans morale. Du coup ils se méfient. On peut les comprendre. Mais ils s’enferment aussi dans un rôle de défenseur unique du code supporter. Qui fait d’eux les garants exclusifs de la tribune.

Indubitablement l’ambiance vient des groupes installés en virage, mais on ne peut pas négliger les autres abonnés du Parc, moins bruyants et pour beaucoup, tout aussi passionnés par le PSG.

Par ailleurs l’ultra est souvent anti-système. Il s’oppose aux contraintes qu’on veut lui imposer dans le stade. Les fumigènes en sont le parfait exemple. L’évolution du football n’est pas faite non plus pour le rassurer. L’argent, les médias omniprésents, la sécurité autour des joueurs qui les rend inaccessibles, le star-système… On est loin des valeurs populaires que le football est sensé défendre. Car l’ultra, c’est souvent le peuple. Qui paie son abonnement, son nouveau maillot en se saignant tous les mois, qui ne compte pas son temps ni son argent pour préparer les tifos, pour organiser ses déplacements… Et qui du coup a beaucoup de mal à accepter les critiques et les sanctions vu son implication personnelle. « We Are The People » scandent les supporters des Glasgow Rangers. Tout est là.

Tout ce qui sent le soufre attire le public

Daniel Riolo, journaliste de RMC, disait comprendre les supporters lillois qui ont envahi le terrain du stade Pierre Mauroy lors du match LOSC-Montpellier en mars 2018. On leur a promis tellement avec l’arrivée du nouvel actionnaire mais leur club risque aujourd’hui la relégation. Ils en ont juste assez qu’on les prenne pour des idiots.

Sauf que la loi c’est la loi. Le club et les pouvoir-publics sont là pour la faire respecter. Le stade n’est pas une zone de non droit. Et comme ils représentent le pouvoir, l’argent, l’institution en quelque sorte, ça a du mal à passer du côté du KOP. Surtout quand les sanctions tombent, parfois de façon arbitraire (2010, pierre angulaire du problème). Mais comment gérer des milliers de personnes en même temps quand il s’agit de sévir… Je ne crois pas qu’un seul gouvernement français n’ait réussi à gérer une crise populaire sans envoyer la troupe taper au hasard. Ou sans prendre des mesures drastiques et peu appréciées de tous.

Pareil pour les médias qui relaient les infos de façon de plus en plus effrénée, recherchant à tout prix le sensationnel. Les ultras sont du pain béni dans ce cas précis. Tout ce qui sent le soufre attire le public. Surtout quand il a une odeur de fumigène… ou de coupable idéal.

Les puissants contre la masse

Tribune populaire contre pouvoir et media. Un classique absolu. Mais qui en 2018 montre à quel point il y a un fossé qui s’agrandit entre une conception du football finalement assez classique et une autre plus intéressée que jamais, moderne diront certains. Et dans un monde où la communication a pris une place démesurée, on constate avec tristesse qu’on a toujours autant de mal à échanger entre ultras et institutions. Sans doute car il y a une méfiance naturelle qui s’est insidieusement installée entre deux parties que tout oppose sur le papier mais qui doivent tirer dans le même sens. Au final, malgré tous les efforts qui ont été fait, on se retrouve une fois encore dans une situation délicate. Chassé le naturel il revient au galop. A se demander si il existe des solutions car cette lutte est éternelle. Le football n’en est que le reflet. Les puissants contre la masse.

Chez Virage on ne fait pas partie des personnes défaitistes. On aimerait participer à ce débat progressiste, même si on doute qu’on nous en donne l’occasion.
Mais si on laisse faire ainsi, on se dirige possiblement vers une nouvelle impasse. Un nouveau dialogue peut s’installer, où chacun prend ses responsabilités. Alain Roche nous racontait qu’à l’époque où il était joueur des girondins, il avait assisté à des réunions de pré-saison ou les ultras annonçaient aux dirigeants pour quels matchs ils aillaient craquer des fumigènes, afin que tout le monde soit prévenu en amont. Et ces choix étaient validés tous ensemble. Ça parait illusoire aujourd’hui, mais pourquoi pas ?

Bien-sûr il est important qu’il y ait une forme de tolérance des autorités quant à la liberté d’expression en tribune, mais dans la mesure du raisonnable. Car il est impossible que le club sorte grandit de ces tensions persistantes. De même, les ultras doivent pouvoir accepter certains compromis. Oui c’est un « gros mot » mais à bien y réfléchir est-ce qu’on a envie de revivre l’ambiance mortuaire d’après 2010 ? Je ne crois pas, ça ne servirait les intérêts de personne. N’oublions pas que nous sommes tous sur le même bateau, battu par les flots, mais qui ne sombre pas.


Xavier Chevalier
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Une réflexion au sujet de « Dans la même galère »

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