« El Goleador » Carlos Bianchi

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D’une efficacité redoutable, il fait partie des plus grands attaquants
qu’ait connus le PSG. Entre 1977 et 1979, l’international argentin a marqué 71 fois en 80 rencontres. Dont 37 buts en 38 matches la 1ère année. 5 fois meilleur buteur du championnat de France, Carlos Bianchi « El Goleador » a illuminé de sa classe son passage dans le club de la capitale.

Son palmarès d’entraîneur impressionne lui aussi :
4 Copa Libertadores, 3 Coupes Intercontinentales,
le PSG a déjà pensé lui confier son équipe.
Confidences d’une légende du football mondial.


Carlos Bianchi, votre 1er « contact » avec le PSG est unique : une victoire 6-1 avec le Stade de Reims (1974), et c’est vous qui marquez les 6 buts de votre équipe ?
Oui la première fois que je rencontre le Paris Saint-Germain, c’est au début de ma 2ème saison en France (J2 : Reims 6-1 PSG, 9 août 1974, ndlr). On gagne 6-1 et je marque les 6 buts.

Cela s’est joué à peu de choses. Nous étions menés 1-0, but de François M’Pelé (17’). J’égalise et juste avant la mi-temps je me souviens que Mustapha Dahleb déborde, centre pour François M’Pelé qui met le ballon sur la transversale. Dans l’action qui suit, je reçois un ballon dans la profondeur et j’inscris le but du 2-1. C’est pour moi le tournant du match. Si c’est Paris qui met le 2è but, ce n’est plus pareil. Il a fallu quelques secondes, une contre-attaque pour que le match bascule.

5 fois meilleur buteur de D1

En six saisons à Reims puis au PSG (1973-1979), vous êtes 5 fois meilleur buteur du championnat de France, un record*. Quel est votre secret ?
Mon secret, je vais vous dire c’est déjà mes coéquipiers qui me trouvaient toujours sur le terrain. S’il n’a pas autour de lui des partenaires qui l’aident, le buteur est quelqu’un de très seul. Aucun joueur ne peut jouer tout seul, sinon le football n’est pas un sport collectif. Et buteur, on l’est ou on ne l’est pas.

Moi, j’aimais marquer ! J’ai toujours été attiré par le but. L’année où je ne finis pas premier, je me suis blessé, fracture tibia-péroné. C’était au Parc, un match amical pour les journalistes (9 octobre 1974, Entente PSG-Reims – Barcelone, match de gala organisé par l’USJSF, ndlr). La frustration a été grande, d’autant que nous étions 1er du championnat avec Reims.

Une seule obsession, le ballon

Vous avez toujours joué avant centre ?
Oui ! Au PSG, j’étais un attaquant très en pointe, je restais dans les seize mètres, mais vous savez avant, en Argentine j’aimais partir de loin, j’étais plus une « demi-pointe ». Quand j’ai commencé ma carrière, on jouait plus en 4-2-4, l’attaquant décrochait un peu plus. Puis cela a évolué : 4-3-3, 4-4-2…

Aujourd’hui la période est meilleure pour les attaquants. A mon époque, quand tu étais sur la même ligne que les défenseurs, tu étais hors-jeu. On devait être presqu’un mètre derrière la défense (sourires). Le football était aussi plus « méchant », les attaquants prenaient des coups, les arbitres sifflaient moins. Quand tu te faisais tirer le maillot par le dernier défenseur, il n’y avait pas de carton. Les règles ont changé, elles protègent plus les attaquants. C’est mieux pour le nombre de buts, le spectacle. Que des 0-0, cela nuit au football. Il faut bien changer, sinon c’est la mort du football…

397 buts en 565 matches, qui dit mieux ?

Comment votre arrivée à Paris s’est-elle passée ?
L’été 1977, je pars en vacances en famille dans le sud de la France. Là-bas, je rencontre Daniel Hechter (alors président du PSG, ndlr), on se parle il me dit qu’il souhaite me faire venir à Paris. J‘étais d’accord pour venir mais il me restait 2 ans de contrat avec Reims. Il est allé à Reims pour racheter mes deux années de contrat. Je n’avais pas d’impresario, Monsieur Hechter est rentré directement en contact avec moi. Nous avons discuté ensemble. Cela s’est fait assez vite.

A l’époque, c’était plus compliqué

1ère saison au PSG, vous marquez 37 buts en 38 matches : impressionnant !
Personnellement ma saison n’avait pas bien commencé. Au bout de quelques journées, Roger Milla était 1er au classement des buteurs avec 6 buts. Monsieur Borelli, qui ensuite a repris le club, me « nargue » : « Roger Milla, lui c’est un avant centre… » Je lui ai répondu : « Ecoutez on va faire un pari pour voir qui finit 1er à la fin de la saison. »

37 buts en 38 matches, est-ce votre record de réalisations en une saison ?
Oui. Même si en Argentine, j’ai marqué 36 buts en 36 matches, la saison 1970-1971 avec Velez.

« Put Our Hands Up In The Air » feat. François M’Pele, Jean Claude Lemoult, Dominique Bathenay et Jean Pietrre Adams

A Paris, vous êtes sacré meilleur buteur, meilleur joueur, soulier d’argent…
Oui cette année-là, je perds contre Johann Krankl, un buteur autrichien. (Rapid de Vienne). Son championnat se jouait avec 10 équipes, il jouait 2 matches aller-retour à chaque fois : 4 fois contre le dernier, 4 fois contre l’avant-dernier. C’est plus facile de marquer, non ? (sourires)

Aujourd’hui, le PSG finit 1er, gagne des titres, ils attaquent 40, 50 fois par match, c’est super pour les attaquants. A l’époque, c’était plus compliqué, nous avons fini 11ème, puis 13ème… J’aurais voulu gagner quelque chose avec Paris, les premiers titres sont arrivés en 1982, 1986, l’équipe était encore en construction, il y avait pourtant de grands joueurs.

Beaucoup de respect pour Mr Hechter

Qui par exemple ?
Par exemple Mustapha Dahleb (PSG, 1974,1984), un très très grand joueur, un des meilleurs joueurs que j’ai eus à mes côtés dans toute ma carrière. Je me souviens aussi un ailier droit, Philippe Redon (PSG, 1976-1978), n°7 qui me rendait beaucoup de services. Il y avait aussi François M’Pelé, François Brisson…

Carlos & Mustapha, les deux gâchettes façon Pulp Fiction

Daniel Hechter est également un Président que vous appréciez ?
Oui j’ai beaucoup de respect pour ce Monsieur. Un homme attachant. On a sous-estimé son importance dans la construction du club. Il mettait de l’argent de sa poche au PSG. Il n’a pas vécu grâce au club, c’est le club qui a vécu grâce à lui.

C’est aussi Monsieur Hechter qui a dessiné les maillots historiques de ce club. J’en ai gardé chez moi des maillots de l’époque, enfin pas beaucoup on ne pouvait pas garder nos maillots comme ça (sourires). Et il n’y avait pas de magasiniers comme aujourd’hui, on apportait nos maillots dans nos sacs. On les amenait pour jouer, on les ramenait le lendemain pour le laver et ainsi de suite.

Paris avait un côté folklorique

Vous êtes resté 2 saisons à Paris, c’est finalement assez peu ?
Il me restait 2 ans de contrat et c’est moi qui ai demandé à partir, j’ai dit à Monsieur Borelli que je ne trouvais pas les choses très professionnelles. Paris avait un côté folklorique. Cela manquait de rigueur à tous les niveaux. Je joue pour gagner, je n’aime pas le folklore dans le football. Je ne voulais pas continuer quand je voyais que les choses n’allaient pas dans le bon sens. Un exemple, Vasovic l’entraîneur du PSG : combien de fois il est venu à l’entraînement habillé en tenue ? 1 fois, je suis sûr, 2 fois, je ne suis même pas sûr (sourires). C’était son adjoint qui nous faisait travailler. Vasovic arrivait à 11h30, il disait « bonjour, au revoir. » Il y avait un côté amateur. Je ne voulais m’accrocher avec personne, j’ai préféré dire les choses et partir.

Face à l’Olympique de Marseille de Marius Trésor

Après Paris, je ne suis resté qu’un an à Strasbourg (champion de France, ndlr), je ne m’entendais pas bien avec l’entraîneur (Gilbert Gress). Il ne voulait pas que je joue avant centre, alors que je venais d’être 5 fois meilleur buteur du championnat. Je suis retourné en Argentine dans mon club d’origine, Velez. En trois ans et demi, j’ai marqué presque 90 buts**.

4 Copa Libertadores,
3 Coupes Intercontinentales

Comme entraineur, vous avez remporté 4 Copa Libertadores***, 3 Coupes Intercontinentales avec Velez puis Boca Juniors, impressionnant !
La première fois en 1994, gagner la Copa Libertadores, puis devenir champion du monde des clubs avec mon club d’origine Velez, celui où je suis né comme footballeur, fut quelque chose de très spécial (AC Milan 0-2- Velez Sarsfield, 1er décembre 1994 à Tokyo, ndlr). Avec Boca Juniors, c’est aussi une aventure incroyable. Boca est un club très important.

La Bombonera, ça doit être quelque chose !
C’est difficile de décrire cela avec des mots. Il faut le vivre pour ressentir ce qu’on ressent quand on est dans ce stade. Dans le monde, il n’y a pas deux endroits de ce type. L’expérience est unique.

J’ai failli revenir à Paris

Votre nom est parfois revenu pour entrainer le PSG. Avez-vous, concrètement, été approché ?
Oui, la première fois en 1988. J’étais au Stade de Reims, Francis Borelli m’a proposé le poste, on s’était presque mis d’accord : « Carlos, ça te dit de venir entrainer Paris, » je lui ai dit : « oui. » Rien de signé mais une parole donnée. Le lendemain, j’ai découvert qu’ils avaient choisi Ivic. C’est comme ça…

Dernier match sous les couleurs parisiennes contre le Brésil en match amical le 14 juin 1979

Et la 2ème fois, c’était quand ?
En décembre 2000, au moment du départ de Philippe Bergeroo. Avec Boca Juniors, je venais de gagner la Coupe Intercontinentale (2-1 face au Real Madrid, ndlr), à Tokyo, et on m’a demandé de donner une réponse très, très rapide. Je ne pouvais pas laisser Boca Juniors.

Vous revenez de temps en temps à Paris. Qu’aimez-vous de la ville ?
Tout ! Sincèrement tout, ma femme et moi, on aime tout dans Paris : se promener, aller au cinéma, au restaurant, au théâtre. Même le climat ne nous décourage pas (sourires). Le climat, c’est dans la tête ! J’aime retourner au Parc aussi, la dernière fois c’était PSG-Saint-Etienne en août. Avec ma femme, nous sommes rentrés en Argentine en septembre et là nous sommes de retour à Paris. C’est une ville extraordinaire.

Cavani : le flair, la générosité, l’humilité

Viviez-vous déjà dans Paris, quand vous étiez joueur ?
Non. On déconseillait aux joueurs de vivre à Paris, cela mettait trop de temps pour aller au camp des Loges. La plupart, nous habitions à Bois d’Arcy, Plaisir dans les Yvelines. J’habitais à Plaisir.

Que pensez-vous de Edinson Cavani ?
C’est un très grand attaquant. Très bon buteur, avec beaucoup de sacrifices car il se donne pour l’équipe. Sa plus grande qualité ? Son flair. Il a beaucoup de flair, de générosité, d’humilité. Il fait les efforts pour l’équipe. Pendant ses deux premières années au PSG, il a joué à un poste qui n’était pas le sien, c’est très généreux. Il ne fait pas de cinéma, rien du tout. Lui, il fait son travail, il marque les buts, et basta.

Carlito’s Way ou comment Edinson s’est inspiré de Carlos

Et Zlatan Ibrahimovic ?
C’est un attaquant différent d’Edinson Cavani, disons très technique. Et bon. C’est un bon, Ibrahimovic.

Neymar, que vous inspire-t-il ?
Neymar fait aujourd’hui partie des 3 meilleurs joueurs du monde, avec Ronaldo et Messi. Il a toutes les qualités d’un grand joueur.

Peut-il être ballon d’or face à Messi et Ronaldo ?
Oui pourquoi pas, cela dépend de sa saison à lui et bien sûr de la saison du PSG. Je vois Paris en finale de la Ligue des Champions cette année. Après en finale, sur un match tout est possible, mais sur 2 matches aller-retour, je ne vois pas qui peut les battre, je les vois aller en finale.

Qui est le meilleur joueur du monde ?
Lionel Messi. Il n’est pas le meilleur joueur du monde. Il est le meilleur joueur de l’Histoire.

Carlos « El Científico del Fútbol » Bianchi

Carlos Bianchi
Né le 26 avril 1949 à Buenos Aires (Arg.)
Attaquant, 1m78
International argentin
Surnom : « El Goleador »

Joueur : Velez Sarsfield (1967-1973, Arg.), Stade de Reims (1973-77), Paris Saint-Germain (1977-79), Strasbourg (1979-80), Velez Sarsfield (1980-84, Arg.), Stade de Reims (1984-1985)

Palmarès Joueur :
Champion d’Argentine (1968)
2 fois Meilleur buteur du Championnat d’Argentine (1970, 1971)
5 fois meilleur buteur du Championnat de France (1974, 1976, 1977, 1978, 1979)
2 fois Soulier d’Argent européen (1976, 1978)
1 fois Soulier de Bronze européen (1974)
Elu “Meilleur joueur étranger de France » (1974)
Elu meilleur joueur du championnat de France (1978, 1979)
Co-recordman du titre de meilleur buteur du Championnat de France (cinq avec Delio Onnis et Jean-Pierre Papin)
397 buts en 565 matches

Entraîneur : Stade de Reims (1984-1988), Nice (1989-1990), Paris FC (1991-1992, directeur sportif), Velez Sarsfiled (1993-1996, Arg.), AS Rome (1996-1997), Boca Juniors (1998-2001, janv. 2003 – juil. 2004, Arg.), Atletico Madrid (juin 2005 – janv. 2006, Esp.), Boca Juniors (déc. 2012 – 2014)

Palmarès Entraîneur :
4 fois vainqueur de la Copa Libertadores (1994, 2000, 2001, 2003)
3 fois vainqueur de la Coupe intercontinentale (1994 vs Milan AC, 2000 vs Real Madrid, 2003 vs Milan AC), finaliste en 2001
Vainqueur de la Coupe Interamérica (Amsud-CONCACAF)
7 fois Champion d’Argentine (1993, 1995, 1996, 1998, 1999, 2000, 2003)
5 fois élu « Entraîneur de l’année en Amérique du Sud“ (1994, 1998, 2000, 2001, 2003)

*Avec Delio Onnis et Jean-Pierre Papin, Carlos Bianchi est co-recordman de titres de meilleur buteur dans le championnat de France
**Avec 206 buts, Carlos Bianchi est le meilleur buteur de l’histoire du Velez Sarsfield (Arg.)
*** Nouveau record pour Carlos Bianchi, seul entraineur à avoir gagné 4 Copas Libertadores (1994 avec Velez, 2000, 2001, 2003 avec Boca Juniors)

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