ITW Fabrice de Cheverny Virage PSG

Fabrice de Cheverny

par et

On a rencontré FABRICE DE CHEVERNY, auteur de « CAR NOUS DEUX C’EST POUR LA VIE », un livre qui retrace de façon très documentée le retour des ultras au Parc.
On a évoqué sa passion pour le PSG et le monde ultra parisien.

Comment débute ta passion pour le PSG ?

Mon père était un grand passionné du PSG. Il ne m’a pas obligé à m’intéresser au club, il me laissait libre.Tout petit déjà je le voyais regarder les matchs, crier quand il y avait des buts ou des occasions… En 1996, j’étais encore très jeune mais cette chanson de Yannick Noah (Ndlr : Yeah Yeah Yeah) qui accompagnait le PSG lors de la Coupe d’Europe 1996 a éveillé ma curiosité. Mon père la chantonnait, je la fredonnais avec lui, non pas parce que j’étais fan du PSG mais plus parce que je la trouvais joyeuse et rythmée. Merci Yannick Noah.

Extrait vidéo de la chanson de Yannick Noah dans le vestiaire parisien, cliquez ICI

Peu après, l’attraction du PSG se faisait de plus en plus grande. D’une part parce que j’aimais le foot depuis la Coupe du Monde 1994, et d’autre part, parce que je commençais à suivre quelques matchs de Paris avec mon père. J’ai énormément suivi la Coupe du Monde 98. Et peu avant l’ouverture du mondial, on assistait aux adieux de Raì au PSG. J’ai suivi ça avec mon père et ça m’a ému. L’animation avec le drapeau brésilien géant en virage, Raì qui pleure dans son maillot puis qui s’agenouille… Certains ultras torses nus et en larme qui chantaient. Ça m’a vraiment marqué.  Mon père voulait vraiment que je regarde, car pour lui, la passion était aussi faite de larmes. Il me disait : « on ne regarde pas la grandeur d’un Club par rapport à son palmarès ou à son ancienneté, mais par rapport à l’amour que portent les joueurs pour le club et l’affection qu’a le public a envers les joueurs ». J’ai toujours gardé cette phrase en moi. Par exemple, je m’en suis rappelé très fort quand j’ai vu le manque de classe lors des adieux de Casillas au Real Madrid après 25 ans passés au club…
Pour tout résumer, le départ de Ra
ì, a été l’électrochoc et avec la coupe du Monde 98 la passion foot explose.

Pourquoi ton père supportait le PSG ?

 Je ne sais pas et je ne lui ai jamais posé la question. Comme club il ne regardait que ça. Il suivait aussi l’équipe de France mais appréciait particulièrement le Brésil car étant jeune il aimait beaucoup Pelé. Mon père a vu naître le PSG. Ce club était tellement attendu à Paris, un peu comme un couple qui désire un enfant depuis longtemps, forcément tu l’aimes deux fois plus… D’où sans doute son attachement pour le PSG, en tout cas je le vois comme ça.

Tu commences à aller au parc à partir de quand ?

Lors de la saison 2004-2005 je commence à aller régulièrement au Parc. Mon premier match était extraordinaire. C’était face à Porto en League des Champions. Les Portugais venaient de remporter la C1 avec Mourinho face au Monaco de Didier Deschamps. Bon, le club portugais qui se présentait à Paris s’était fait piller la moitié de l’équipe titulaire mais ils avaient quand même Victor Baia dans les cages, ni plus ni moins le meilleur gardien européen à l’époque. Sur ce match j’étais en latérale. En ce début de saison, le PSG c’était l’incertitude. On avait fait un début de championnat catastrophique et on s’était fait humilier au Parc face à Chelsea avec Drogba qui avait crié « Allez l’OM »…

J’avais suivi de près le mercato de Porto cet été-là et je voyais qu’ils étaient diminués. Mes amis ne croyaient pas trop en la victoire, ils voyaient plutôt un match nul. Moi j’y croyais. Et là, on les bat 2-0, avec la manière et le spectacle. Notamment avec le but monstrueux de Coridon. C’est parti d’un contre, avec le Parc qui grondait pour pousser l’équipe. Baia a tellement été surpris par ce coup du Scorpion. Et Juste après Pauleta marque et on blinde. Après ça je n’avais qu’une envie, c’était de retourner au Parc.
Mes potes m’appelaient le porte-bonheur car on a commencé à gagner quelques matchs, notamment celui face à Marseille, à 10 contre 11. Quel but incroyable de Pauleta (Ndlr : 07 Novembre 2004) et quelle victoire malgré le handicap du carton rouge d’Armand
dès la 20ème minute…

PSG PORTO Virage Paris
Le Scorpion et sa tribu (c) Panoramic

Tu étais placé où et avec qui au Parc ?

Avec des potes toujours en latérale. Il y avait de l’ambiance contrairement à aujourd’hui. A l’époque c’était vivant. Le plan Leproux n’a pas vidé que les ultras des virages, les latérales aussi ont été désertées par les vrais supporters.

Cet univers des Ultras dont tu parles dans ton livre, à partir de quand tu commences à t’y intéresser ?
Le premier véritable contact arrive avec la victoire en Coupe de France en 2006, face à l’OM. Avec mes amis on a rejoint les ultras sur les Champs-Élysées pour fêter la victoire. Les chants, les tambours et les fumis ce soir-là, c’était inoubliable. Même ma sœur a fait la fête avec nous, c’est dire. On a continué la soirée à la maison avec des amis jusqu’au petit matin. C’était juste dingue. Ensuite, en 2008 quand il y a l’union sacrée pour éviter la descente en Ligue 2. J’ai commencé à faire quelques déplacements. Je me suis retrouvé au plus près des ultras que je voyais au loin depuis les latérales. C’est là que j’ai ouvert les yeux sur le cœur de l’ambiance.

Tu as déjà été carté ?

Non. Je n’avais pas les épaules pour être ultra. Même si tu n’as pas besoin de faire un grand chelem (Ndlr : assister à tous les matchs du PSG de la saison, domicile extérieur), il faut être motivé… Ils ont un emploi, une famille, mais ils sont capables de peindre un tifo toute la nuit sans dormir et d’aller au travail le lendemain matin puis au match le soir-même. Respect ! Et oui, le stade ne se décore pas tout seul et ils sont bénévoles. J’étais à la fac à l’époque. Comme beaucoup d’étudiants parisiens, je travaillais le soir pour financer mes études. Certains, en plus d’être étudiants et d’avoir des petits boulots arrivaient quand même à aider à la préparation des tribunes avant les matchs et même effectuer plusieurs matchs et des dép’s. Chapeau ! Je m’apercevais qu’il y avait une forme d’entraide, une fraternité. Peu de moyen mais beaucoup de générosité. Ça vaut tous les enseignements. Côté football ce qui m’a marqué aussi en 2008 c’était ce but de Jérémy Clément au Parc face à Saint-Étienne. On a fêté ça comme si c’était une victoire en Champions League. La célébration de ce but a duré super longtemps. Je ne me souviens pas d’une célébration plus longue que celle-là.

Extrait but de Jeremy Clement en tribune, cliquez ICI

Puis arrive 2010.

Bien avant, il y a déjà eu la dissolution des Boys qui avait fait beaucoup de mal car ils étaient fédérateurs dans le Kop de Boulogne. Côté Auteuil, en 2010 arrive la dissolution des Authentiks et des Supras. Les Supras… On parle d’un très gros groupe. Bien sûr qu’il fallait solutionner la violence mais dissoudre l’ensemble des Supras c’était briser le Virage Auteuil. Au début de la saison 2010-2011, avec les dissolutions et le boycott, même en regardant les matchs à la télé tu comprends que c’est la fin. Le stade n’avait plus d’âme. Le Parc traversait une forme de Near Death Experience, quand l’âme quitte le corps. Les ultras boycottaient le Parc suivis par les supporters en latérale. Difficile de vivre les matchs sans vrais supporters. C’était d’autant plus injuste que pour la plupart ils n’étaient pas du tout violents. A ce moment-là, je fais comme bon nombre de supporters, je prends beaucoup de recul. Le PSG passe en arrière plan, ma passion est mise de côté au moins pendant trois ans.

Parlons du livre, c’est en fait un récit journalistique et chronologique du retour des Ultras au Parc ?

Oui, c’est l’angle que j’ai choisi. Un travail d’investigation et un récit chronologique du combat des supporters. Le boulot a commencé en décembre 2018. Le match à Manchester l’année dernière m’a conforté dans mon projet. Il y avait une telle ambiance en parcage à Old Trafford, cela ressemblait vraiment à l’ambiance de l’ancien Parc. Tout le monde était motivé, synchro sur les chants et les claps. On a éteint Manchester à 3000. Peu après, j’en parle à Mika (Ndlr : Leader LPA, Ancien président du CUP). Je ne le connaissais pas au début. Celui que je suivais pendant la contestation c’était James. Je l’avais souvent écouté sur l’émission foot de France Bleu Paris avec Michel Kollar.

Mika était pratiquement partout. Tu ne pouvais pas le rater. C’est l’une des figures de la contestation avec Jérémy Laroche, qui lui, a pris du recul. Donc je lui parle du livre. Les ultras étaient revenus depuis plus de 2 ans et personne ne parlait vraiment de leur combat. C’était bizarre. Je voulais donc raconter l’histoire de cette lutte et Mika a été d’accord. A partir de là le travail s’est intensifié. Les archives présentes dans le livre m’ont été remises par les contestataires… C’est énorme tout ce qu’on a mis à ma disposition. Puis j’ai rencontré d’autres personnages clés de la contestation comme Romain Mabille et Maître Cyril Dubois qui était avec Maître Pierre Barthélémy les avocats des contestataires. J’ai été marqué par leur altruisme. Pendant toutes ces années de lutte, ils défendaient leurs clients bénévolement. De nos jours c’est extrêmement rare…

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Défilé de la contestation (c) Collection personnelle

Ça a été facile de discuter avec les ultras, qui sont de nature méfiante ?

Rien n’est facile. Il a fallu expliquer ma démarche. Le fait de parler avec eux était déjà une première avancée. Quand tu vois le traitement qui a été accordé aux événements lors de la fête du titre au Trocadero en 2013… On a mis la casse sur le dos des ultras, c’est normal qu’ils soient si méfiants… Pourtant ce ne sont pas eux qui en étaient responsables. J’y étais, je les ai vu les casseurs au fond de la place, comme à chaque manif tu en as.

On sent un parti pris côté supporters dans ta façon de relater les faits. Tu as essayé d’avoir aussi la direction du PSG, Robin Leproux ?

Oui mais je n’ai pas eu accès à eux. Pour le parti-pris, j’ai surtout retranscris des heures d’interviews. Je les ai travaillées tout en restant fidèle aux témoignages. Toi, en tant que supporter, tu as ressenti ce parti-pris, mais le lecteur qui ne connaît pas ce monde, doit aussi comprendre ce qui s’est passé du point de vue des ultras et de leurs avocats. Et puis le son de cloche d’en face, on l’a eu pendant des années et à foison.

Ce qui est également intéressant dans ce livre, quand on s’intéresse à l’histoire et à la façon dont des ultras ont pu revenir au Parc, c’est qu’il est chronologique, avec des données historiques, documentées et argumentées. Le livre parle bien sûr des ultras parisiens mais aussi des ultras en général, par exemple tu parles de la marche à Montpellier pour Casti. Quels retours as-tu eu du monde ultra parisien, et même du monde ultra en général  ?

Les ultras ou les supporters qui l’ont lu et que j’ai rencontrés lors des séances dédicaces ont aimé le bouquin. Dont un très touchant qui m’a dit  :  » Tu sais, j’ai participé à la contestation, et tu m’as appris des choses que je ne connaissais même pas  ! Le livre m’a permis de remettre des liens à des trous que j’avais, dont certains volontaires car les leaders ne pouvaient pas tout dire. Ce qui a pu se dire avec Nasser, pourquoi c’était si compliqué, pourquoi cela s’est débloqué d’un coup, etc… » Et puis beaucoup plus surprenant encore, une mère de famille qui me dit : « J’ai lu votre livre. Je comprends seulement maintenant le comportement de mon fils. On pensait qu’il avait un problème à l’époque. On en comprenait pas pourquoi il partait parfois plusieurs jours en province ou à l’étranger avec ce qu’on croyait être des voyous. Maintenant on comprend tout. Il s’est battu pour les droits des supporters parisiens… »

Il y a un passage vraiment hallucinant où l’on apprend que Nasser pendant longtemps n’était pas au courant de la situation des ultras.

Exactement. Et sincèrement ce n’est pas si hallucinant. J’ai posé et reposé cette question à des gens du club et c’est vrai que ce n’est pas si étonnant. Les Qataris sont étrangers et viennent d’arriver en France. La DNLH et la préfecture de Police leur expliquent que les ultras sont dangereux et qu’ils se sont entretués. Pourquoi vont-ils contester cela à peine arrivés dans un pays qui n’est pas le leur ?

D’accord mais la contestation était visible, le silence du Parc comparé aux contre-parcages par exemple.

Nasser s’en est rendu compte par lui-même, grâce aux contre-parcages, qui lui ont ouvert les yeux. Il a demandé à ses collaborateurs, non pas parce qu’il était naïf, mais c’était sûrement pour connaître leurs réactions  : « Qui sont ces gens qui chantent avec passion du début jusqu’à la fin du match, et qui portent le maillot du PSG  ? ». On lui répond  : « Ah non, ce sont des voyous, des racistes, ce sont ceux qui se sont fait écarter du stade et qui s’entretuaient en 2010. »

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Contre Parcage à Caen (c) Collection personnelle

Tu ne penses pas qu’il y aurait pu avoir des voix alternatives qui auraient pu expliquer la situation à Nasser ou à son entourage proche  ?

Des gens biens comme cela il y en a eu oui et j’en connais. Il y a eu un travail de fait sur la chronologie véritable des évènements. Il y a des choses que je ne peux pas dire mais je vais essayer de les dire différemment. Il y a eu des personnes bien intentionnées qui ont interféré pour que certaines choses arrivent aux oreilles de Nasser. Dans un combat, il y a des gens bien, qui font le choix d’aider le bon parti.

Les personnes qui œuvraient dans l’autre sens, c’est-à-dire qui étaient contre un retour des ultras, quels étaient leurs intérêts ?

Il y a deux choses à mon avis. La première c’est qu’en tant que directeur de la sécurité c’est toujours plus facile quand il ne se passe rien, vous avez forcément moins de travail, moins d’effectifs à gérer, ça c’est une réalité. La deuxième raison, c’est qu’avec ou sans ultras, le Parc était désormais plein. Les prix augmentaient tous les ans. On est rentré dans l’ère du foot business. Sur ce point, la France devait suivre les pas de l’Angleterre, tout simplement. C’était dans la logique des choses. Des tribunes plus aseptisées, sans ultra, un public plus consommateur avec moins de supporters. Personne pour protester contre l’augmentation du prix des places, pas de contre pouvoir, liberté totale vis-à-vis des tarifs en billetterie. Paris devait être le précurseur de tout cela pour la France.

Cela a-t-il vraiment changé depuis le retour du CUP  ?

Oui, cela a changé. Depuis le retour des ultras, les prix sont plafonnés en virage, les abonnements sont revenus. Si on prend le top dix des clubs européens ce n’est pas le PSG le plus cher en virage c’est même l’un des moins chers. En Auteuil Bleu l’abonnement est à 416 l’année, c’est l’équivalent d’un club de milieu de tableau en Angleterre. Nous parlons quand même de la ville de Paris, une des villes les plus chères d’Europe. En latérales et en loges, le Parc des Princes est l’un des stades les plus chers. On trouve donc les deux extrêmes niveaux tarif. Aujourd’hui, le club ne peut pas augmenter les abonnements du jour au lendemain, en disant je mets les abonnements à 600 en virage. Cela passe désormais par le dialogue. C’est bien la preuve que cela a changé.

A ton avis, est-ce pour ces raisons que le PSG ne veut pas avoir d’ultras côté Boulogne  ? Même si les « Block Parisii », « Résistance Parisienne » ou les « Paname  Rebirth » semblent faire bouger les lignes depuis quelques mois, penses-tu que l’on reverra un jour des ultras à Boulogne ?

C’est une très bonne question. Il faut saluer le travail des Block Parisii. Ils sont très jeunes et c’est un vrai groupe ultras, on ne peut pas les appeler autrement. Il existe donc de vrais ultras à Boulogne. De là à les autoriser dans toute la tribune Boulogne, le club ne le fera pas. Cela je pense pour deux raisons. La première, à cause d’un véritable traumatisme historique hérité des violences qui ont opposé une minorité de Boulogne à une minorité d’Auteuil. On ne parle pas de 6500 personnes qui se rentraient dedans, c’était entre 150 et 300 de chaque côté, et encore… Je ne pense pas que Boulogne renaîtra aussi vite. Pourtant, tu peux t’apercevoir que lors des gros matchs en Ligue des Champions ou de belles affiches de championnat, Boulogne commence véritablement à être synchro. Cela a évolué. Si tu regardes le dernier match contre le Real de Madrid, il y avait une très bonne ambiance. Lorsqu’ils font une « grecque », il n’y a pas que le « Block Parisii » qui la fait, même Boulogne bas suit. Ce n’est pas ce qui se faisait à l’époque encore, mais c’est beau.

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Cortège Paname Rebirth (c) Virage

La deuxième raison est-elle le prix des places  ?

Si on ouvre un deuxième virage aux ultras côté Boulogne, forcément le prix des places doit s’aligner sur celui d’Auteuil. Tu ne peux pas faire autrement. Cette pression qui existe sur la billetterie et le prix des places c’est le fair-play financier. Le vrai problème du PSG c’est le fair-play financier. Le club doit toujours trouver des ressources financières et la billetterie en est une.

Tu continues à aller au parc aujourd’hui, en virage, tu es placé où  ?

Auteuil bleu, juste au-dessus du bloc LPA.

Quel est ton sentiment sur l’évolution de la relation entre le club et ses supporters ? Il y a des sujets importants qui doivent encore être approfondis, comme le référent supporters.

Tu as raison de parler des référents. Paris ne compte que 2 référents supporters purs opérationnels qui se déplacent toute l’année aux quatre coins de la France et de l’Europe, et un troisième, Arnaud, qui gère plus de 110 groupes de supporters en province et à l’international. 3 personnes ce n’est pas suffisant pour tout ce beau monde. Je cite justement dans le livre qu’en Allemagne, ils ont entre 5 et 8 référents supporters par club. Cela ne concerne pas que le PSG mais 2 personnes pour 6500 supporters, c’est léger si tu comptes ceux qui sont à Boulogne. Tu ne peux pas avoir que 2 référents, c’est le PSG tout de même. Un club qui grandit chaque année comme le PSG doit avoir au moins 8 référents supporters.

Y a-t-il d’autres sujets où le club est encore largement perfectible en terme de relation avec ses supporters ?

Oui, concernant les déplacements par exemple. Est-ce que tu te rappelles du déplacement à Belgrade  ? Les supporters sont venus en avion, aéroport, bus, stade, match, stade, bus, aéroport, avion, Paris. C’est ce qui doit être, à mon sens, la norme quand il s’agit de matchs « à hauts risques ». Pour Galatasaray, le PSG se déplaçait à Istanbul  ; rivalité énorme après ce qui c’était passé en 2001. Le club aurait dû suivre le même modèle que pour le déplacement du match à Belgrade contre l’Etoile Rouge. Le déplacement à Belgrade n’était pas plus dangereux pour les Parisiens que celui de Galatasaray.

Ce n’est pas un peu triste quand même ce déplacement aller-retour ?

Oui, mais il y a certains matchs qui nécessitent cela. Après si tu veux faire du tourisme, demain tu vas à Istanbul et personne ne va t’embêter si tu portes une écharpe du PSG. Mais à chaque fois c’est contextuel. Dans la confrontation du match Galatasaray – PSG, le supporter parisien n’est pas le bienvenu. Par contre si tu y vas 3 mois après avec ton écharpe, personne ne te regarde. C’est toujours une histoire de contexte. Alors dans ce contexte particulier, c’est toujours triste de ne pas pouvoir visiter la ville, OK. Mais pour ce genre de match tu ne peux pas tout avoir.

Côté supporters, parlons du CUP qui réunit différents groupes avec des philosophies différentes.

Le CUP est le super groupe qui englobe tous les groupes ultras d’Auteuil. Le Collectif Ultra Paris a été créé non pas pour que chacun oublie son appartenance à son groupe d’origine mais pour servir d’interlocuteur unique et crédible vis à vis du club et des pouvoirs publics.

CUP Virage PSG
Le CUP dans ses oeuvres (c) Julien Scussel

Tout cela ne doit pas être évident à gérer pour les personnes qui s’en occupent.

Dans le livre Romain Mabille l’explique. Quand ils ont voulu créer le CUP, il n’y avait personne. « Qui veut être président  ? … personne… – Oui mais il faut qu’on avance ». Le fichier stade était là, la loi Larrivée était en discussion à l’Assemblé Nationale. Si le CUP n’était pas créé cela devenait très compliqué pour les contestataires. Tu as deux personnalités naturelles qui sont sorties du lot, Romain et Mika. Président et vice-président. Il fallait un interlocuteur crédible, avec du poids. Là c’est un groupe qui parle au nom de plusieurs groupes. Il faut saluer ce travail qui a été réalisé. Chapeau à eux. Personne ne voulait se présenter à l’époque et ce sont donc Mika et Romain qui ont pris les choses en main.

Comment vois-tu l’avenir du CUP et d’une façon générale du supportérisme à Paris  ? Déjà parlons du virage Auteuil, comment peut-il évoluer  ?

Le CUP continue son chemin. Quant au supportérisme, il est chaque année en expansion surtout à l’international. Pour une éventuelle évolution, je pense que cela va dépendre du fair-play financier, qui est une épée de Damoclès et dont le club sera sans doute débarrassé d’ici quelques années. Le PSG a toujours plus de pression qu’un autre club, il sera toujours plus observé que les autres. Donc quand ce poids du fair-play financier ne sera plus là, le PSG pourrait, pourquoi pas, étendre des prix populaires en 1/4 de virage ? Et c’est intéressant de se demander si dans les années à venir, un public un peu plus populaire ne pourrait pas grignoter l’un des ¼ de virage côté Auteuil. Souvenons-nous des Authenticks.

On a longtemps dit qu’agrandir le Parc n’était pas possible, pourtant il semblerait qu’une solution ait été finalement trouvée, as-tu des infos  ?

Oui, le Parc va être agrandi, l’objectif va être de passer de 47929 places à plus de 60000, ce qui ne serait déjà pas mal. Alors c’est drôle car en ce moment on parle beaucoup de Dortmund, et justement, en terme d’inclinaison et de gain de place le mur jaune est une référence. Tu perds moins de place en faisant une grande pente unique avec une forte inclinaison. Il faut savoir aussi que l’on a une particularité au Parc des Princes, c’est que derrière les buts tu as de la place pour mettre un avion. Si l’on parvient à faire un mur rouge et bleu, sur le modèle du mur jaune de Dortmund, qui démarre juste derrière les buts, cela permettra au PSG de gagner énormément de places.

Nous sommes d’accord pour dire qu’il n’y a plus de débat sur un déménagement au Stade De France  ?

Évidemment. Nasser a bien compris l’attachement des supporters au Parc. D’ailleurs le titre du livre c’est « Car nous deux c’est pour la vie » et en sous titre « Supporters, l’âme éternelle du PSG », et bien Nasser en fait partie. J’ai mis supporters et non ultras même si les ultras ont été en première ligne du combat. Nasser est un supporter du PSG avant tout. Il a été à la Préfecture de Police et au Ministère de l’Intérieur pour expliquer qu’il était temps que le plan Leproux s’arrête. La vraie problématique de ce plan, c’est qu’on appliquait des blacklists illégales et des mesures anti-hooligans pures à des ultras et des supporters. Un simple supporter peut être touché au même titre que les hooligans. Il n’y a eu aucune différence de faite, tout le monde était mis dans le même panier, c’est bien ça le problème. Qu’il y ait des mesures anti-hooligans pour éradiquer la violence, c’est très bien, je suis pour. Mais que l’on mette pas tout le monde dans le même panier…

ITW Fabrice de Cheverny Virage PSG
(c) Collection personnelle

Ce retour d’ultras au Parc, n’est-ce pas quelque part une victoire du peuple sur une vision plus cynique et pragmatique ? Finalement, n’est-ce pas une lueur d’espoir dans un monde qui se sécurise, qui s’inquiète de tout ?

Maître Cyril Dubois le citait dans la préface « Le foot a été créé par les pauvres et volé par les riches » donc oui le football est avant tout populaire. Et pour en revenir à ta question, le combat des ultras à Paris est un combat populaire qui a pesé dans le destin des ultras de France. C’est-à-dire que Paris n’est pas tombé grâce au combat des contestataires, cela a permis à d’autres clubs d’ouvrir les yeux sur l’importance des ultras et d’entamer un dialogue avec eux. En Europe, si tu prends le top 10 des grands clubs, aucun, à part le PSG, ne compte des ultras. Le PSG est le seul. Au Real et au Barça tu as des socios mais plus d’ultras. En Angleterre plus rien. Tu as des ultras à la Roma ou à Naples oui mais on n’est plus dans le top 10. Au Bayern c’est le nouveau brassage. Ultras et supporters mélangés. C’est un peu ce qu’on retrouve à l’extérieur au PSG. Aujourd’hui dans un dep’ du PSG, tout le monde est mélangé. Au Bayern c’est aussi comme ça.

Le modèle ultra en Allemagne ne serait-il pas le modèle à suivre  ?

Exactement. C’est ce que suit le CUP, avec des enfants et des femmes en virage, un vrai mélange. Tu peux mettre ta fille sur tes épaules avec les ultras à côté. Tu peux être avec tes enfants au milieu des ultras, on ne t’éjecte pas.

Dernière question, peux-tu nous raconter cette anecdote, qui est dans le livre, sur la rencontre entre le directeur de Nike et les ultras ?

Alors ça aussi, cela n’existe dans aucun club  ! Et le club précurseur de tout cela n’a même pas 50 ans  ! C’est-à-dire que tous les autres clubs centenaires n’ont jamais fait ça  ! Aucun club n’a permis aux représentant de ses supporters de proposer des maillots jusqu’à prendre rendez-vous avec le Directeur de Nike  ! Cela démontre que le PSG accorde une grande importance aux choix des supporters dans une discussion saine.

Est-ce un coup de com  ?

Non pas du tout. Les Ultras veulent le retour de nos couleurs historiques et le club n’est pas contre. Qui de mieux que les représentants des ultras pour expliquer à Nike quel type de maillots ils veulent exactement.

Le fait de voir nos deux maillots historiques (le Hechter et le blanc) revenir est très symbolique.

C’est extraordinaire, d’ailleurs le maillot blanc est un gros succès. Et sur la couverture de mon livre, tu peux voir le futur maillot des 50 ans, et le col c’est le maillot third blanc qui est déjà sorti. C’est dingue que ce soit l’un des clubs les plus jeunes d’Europe qui soit le précurseur de ce genre de chose. Les 2 maillots dédiés aux supporters c’est le third (le blanc) de cette saison et celui qui va arriver pour les 50 ans (Le Hechter). Le maillot Jordan c’est tout à fait autre chose. Il s’adresse plus à l’international.

Une dernière anecdote  ?

Toutes ne sont pas dans le livre pour différentes raisons, mais il y en a une que j’aime beaucoup, d’ailleurs c’est James qui me l’a racontée. Le Directeur Départemental de la Sécurité Publique à Troyes reçoit un coup de fil du commissaire Boutonnet (Ndlr : responsable de la lutte contre le hooliganisme – DNLH) un soir de match à Troyes. Boutonnet gueule tellement fort au téléphone que tout le monde entend  : « De quel droit vous faîtes entrer des personnes violentes  dans le stade ? ». Très zen, le directeur de la DDSP lui répond « Ils ne sont pas violents, au contraire ils sont très coopératifs. »  – « Il faut les virer  ! »« Ah bon  ? Mais je n’ai aucune raison de la faire. » A la fin du match, Mika se fait arrêter pour l’exemple, avec une IDS qui l’attend derrière et tout le tralala…. Et là, la personne de la DDSP explique à James, que s’ils l’ont arrêté sans preuve, leur ami ne risquait rien. Il va donc voir lui-même, et il arrive à ramener Mika. Et c’est là qu’intervient le respect, l’attachement aux valeurs républicaines de cette personne. Il a gagné le respect éternel des supporters ! Le préfet de l’Essonne, Bernard Schmeltz a aussi été extraordinaire tout comme Jean-Martial Ribes, actuel directeur de la communication du PSG, ou Michel Kollar l’historien du club. Il y a comme dans tout combat, des gens justes, des gens bien. Pour finir cette interview, je voudrais les saluer, je ne pourrais pas tous les citer mais ils se reconnaîtront.


« Car nous deux c’est pour la vie » disponible aux Editions Amphora

Car nous deux c'est pour la vie Virage PSG


J.J. Buteau
Xavier Chevalier

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