Francis Borelli

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FRANCIS BORELLI, je l’ai toujours appelé Monsieur Borelli, c’était MON PRESIDENT,
le président du PARIS SAINT-GERMAIN. Aujourd’hui, je me permets de l’appeler Francis car j’ai UNE TENDRESSE INFINIE pour cet homme-là.
Par rapport à tout ce qu’il a fait pour le club et pour moi. Les 2 sont indissociables.

LUI rendre hommage, c’est quelque chose qui me tient à cœur. Francis Borelli est une personne importante dans ma vie professionnelle, dans ma vie d’homme aussi. Il m’a beaucoup apporté sur le plan humain. Il m’a ouvert les yeux sur pas mal de choses.
L’image forte, que les gens retiennent, c’est Francis qui embrasse la pelouse. Dominique Rocheteau égalise (dans les arrêtes de jeu) et là, il se passe quelque chose de magique. C’est sa pelouse qu’il embrasse, dans son stade. Et le public envahit le terrain.

15 mai 1982 : finale de la Coupe de France face à Saint-Etienne (Ndlr : 2-2, 6 tab 5). Ce match était hors-norme. Le plus fou que j’ai jamais joué. Après le penalty*, c’est l’explosion dans le stade. Francis Borelli est la 1ère personne à me sauter dans les bras. Il court vers moi, m’embrasse et me dit : « Merci ». Je lui dis : « Merci ». On s’est dit merci, juste ça. Ce sont des choses qui restent.

Ce 1er trophée, je crois que c’est sa plus grande émotion avec Paris.

Pour visionner le résumé du match ASSE vs. PSG de 1982 cliquez ICI

Cette image de Francis avec sa sacoche, qui ne le quittait jamais, son baisenville, elle est éternelle. Francis était quelqu’un de superstitieux, très très superstitieux. Qu’y avait-il dans sa sacoche ? On ne sait pas, peut-être des grigris. Sûrement. Il avait besoin de choses qui le rassurent.

Donc ça, c’est l’image que les gens retiennent. J’ai côtoyé Francis pendant plus de 10 ans. Il a été un grand président. La chose qui m’a le plus marqué, c’est l’homme. Un homme qui aimait le foot et un homme qui aimait ses joueurs. Ce côté humain, je ne l’ai pas découvert car je le savais mais il est véritablement apparu au grand jour quand j’ai eu mon accident de voiture**. C’était pendant les vacances d’hiver (18 décembre 1983), Francis Borelli était sur le point de partir au Brésil, il a annulé ses vacances. Il a fait venir un avion à Salon de Provence pour me rapatrier à Paris. Je suis resté 18 mois sans jouer.

Francis Borelli Virage PSG
(c) Panoramic

Dans ma chambre à l’hôpital, les médecins ont dit à mes parents que, peut-être, je ne remarcherai pas. Francis m’a toujours fait sentir que j’appartenais au PSG, à l’équipe. Chaque fois qu’il organisait quelque chose avec le club, il n’oubliait jamais de me faire venir. Comme pour me dire : « Tu es avec nous. On est avec toi ». Il a été d’une présence insoupçonnable. Pendant des semaines, des mois, son soutien a été infaillible. Il venait me voir à l’hôpital, il me téléphonait et puis je le voyais quand j’ai pu revenir au Parc.

Je me rappelle d’une discussion, en février 1985. Je n’avais pas encore rejoué. J’enchaînais les séances de kinés. Il me dit : « Jean-Marc, pour la saison prochaine, je pense que je vais prendre un défenseur central.» Ce qui pouvait se comprendre. Il me dit ça et là, je m’en rappellerai toujours, je l’ai regardé, je lui ai dit : « Président, si vous prenez quelqu’un, vous allez le payer à ne pas jouer car c’est moi qui vais jouer ». Il me regarde, il me dit : « Tu es sérieux ? » J’avais encore des séquelles. « Oui, Président, je suis sérieux ». Il n’a pris personne. Cette saison-là, on a été champion (1986). J’ai joué tous les matches. Il me connaissait, il savait que je n’avais pas dit cela en rigolant. Il m’a fait confiance.

Francis Borelli Virage PSG
(c) Panoramic

Francis, c’était avant tout un homme de cœur, un homme de parole même si parfois un peu bluffeur, voire très bluffeur quand il s’agissait de négocier les contrats (sourires). Cela faisait partie de sa personnalité. Il essayait toujours de négocier, à l’extrême. Il était capable de perdre un temps fou pour ce genre de choses.

Pour les prolongations, il nous disait de passer dans ses bureaux, rue Bergère à Paris. Il prenait une feuille de papier, il la pliait en quatre. Dans un coin, il écrivait des noms de joueurs, avec leur salaire à côté. Il disait : « lui, tu as vu ce qu’il gagne, je ne peux pas te donner ça… Et lui tu as vu ? Là non plus je ne peux pas… » C’était théâtral. Mais au final, on y arrivait toujours. Je ne voulais pas me fâcher avec lui.

En 1986, face à l’offre du Matra pour Luis Fernandez : le président qu’il était n’a rien pu faire. Ce fut un crève-cœur pour lui, comme pour Luis. Après le titre (champion de France), on est allés dîner au Pavillon d’Armenonville. J’ai le souvenir de Luis qui me pleure sur l’épaule. Il me dit : « Je veux rester mais je ne peux pas. Je ne veux pas partir mais là je n’ai pas le choix. C’est trop important pour la suite, pour ma famille ». Financièrement, le PSG ne pouvait pas rivaliser.

Francis avait un rituel. On jouait le samedi soir, donc décrassage le dimanche matin. Il venait avec ses potes à l’entraînement. On faisait des 4-4 avec lui et ses amis, c’était marrant. Il y avait à peu près tout le comité directeur du PSG qui jouait. Pour lui, perdre son match le dimanche, c’était presque pire que si on perdait le samedi en championnat (sourires).

C’était un bon joueur et il avait une particularité, c’est le seul qui jouait les 2 mi-temps du même côté : devant la tribune officielle. Il ne jouait jamais de l’autre côté (sourires). Il jouait numéro 10. Je ne sais pas s’il avait une idole ? Ses idoles, c’était ses joueurs. Il aimait vraiment ses joueurs.

Il était tout le temps avec nous, avant le match, après le match. Parfois le coach nous parlait et puis Francis arrivait dans le vestiaire, il prenait la parole. Il pouvait nous dire des choses, pas complètement à l’opposé, mais qui allaient à l’encontre du coach (sourires). Il avait un côté ingérable. Mais tout ce qu’il disait, ça sortait du cœur.

Avant tout, c’est quelqu’un qui aimait les gens. Il aimait bien prendre les joueurs en aparté. Il savait trouver les mots, un peu comme un coach mental.

Je crois que j’aurais aimé être son coach. Il y aurait eu des moments d’engueulades, de stress, de conflits… Cela n’aurait pas été inintéressant. Ça m’aurait plu.

Un jour, il me dit : « Il y a des joueurs qui t’ont impressionné cette année qu’on pourrait peut-être récupérer ? » Je lui dis : « Il y en a un, je n’arrive jamais à défendre sur lui. Il me fait la misère à chaque fois, c’est Oumar Sene », Il était avant-centre à Laval. L’été suivant, il signait au PSG. Ça aussi, c’était Francis. Quant à Safet Sušić, quand il vient le chercher (1982), personne ne le connaît. Il jouait à Sarajevo. Il sentait bien les coups, il connaissait le foot.

Francis Borelli Virage PSG
« Magic » Sušić (c) Panoramic

Dernière chose marquante. Pas gaie, mais marquante. A ses obsèques. Son fils Michel m’a demandé de porter le cercueil. Il y avait aussi Luis (Fernandez), Charles Talar son complice de toujours. Le fait que son fils me le demande, c’est quelque chose qui m’a touché.

Quand il a quitté Paris (1991), cela a été un déchirement. Il aimait ce club passionnément. Le PSG, c’était sa famille. Il avait sa famille, qui d’ailleurs était très très importante pour lui, et qui l’a suivi dans toutes ses années PSG. Et Paris a été l’histoire de sa vie.

Une tribune du Parc porte son nom. Cela me paraît normal par rapport à ce qu’il a fait pour ce club. Il ne faut pas oublier le passé. Il fait partie de gens qui ont fait grandir le club. Même si la vie est différente aujourd’hui, il ne faut pas trop s’éloigner de sa mentalité à lui. Il ne faut pas perdre de vue ce qu’il a fait et comment il était.

Les 3 mots qui me viennent quand je pense à Monsieur Borelli : générosité, amour, et profondément humain.

Francis, merci pour tout.

*Jean-Marc Pilorget inscrit le 6è et dernier penalty, victorieux pour le Paris Saint-Germain, vainqueur de sa 1ère Coupe de France
**Victime d’un grave accident de voiture, Jean-Marc Pilorget rate l’EURO 84 et reste éloigné des terrains durant 18 mois


Jean-Marc Pilorget

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