Insulte-moi si tu peux

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Il y a un peu moins d’une semaine, l’équipe de Virage était l’invitée spéciale de l’émission 100% PSG sur l’antenne de France Bleu Paris. Romain faisait partie des participants. En bon habitué des Podcasts du Virage qu’il anime pour nous,
il était à l’aise au micro. Trop peut être ? Voici son Mea Culpa.


L’autre jour le boss Xavier Chevalier nous a emmenés faire la réclame de Virage à la radio et accessoirement parler du Paris Saint Germain. Toujours marrant d’aller chez les pros, moi qui suis plus habitué aux micros sortis au bistrot ou dans le salon, quand ce n’est pas sur la table de la cuisine. Non, là c’est le grand barnum Radio France, quelqu’un pour t’accueillir, un technicien pour le son, une journaliste qui a préparé.
Et tous ces gens sont payés. Ça aussi ça change du podcast.

On était bien avec le boss et Benjamin Navet, entre un flash info trafic et un morceau de Christophe Willem, quand j’ai commis l’irréparable. J’ai mal fini ma phrase. Je voulais dire qu’on pouvait très bien animer une tribune sans insulte raciste ni homophobe – puisque c’était le sujet débattu. Mais j’ai dit sans insulte tout court.

Irréparable : qui ne peut pas être réparé. C’est gravé sur la bande magnétique ou plutôt dans le fichier mp3. Ce mec parle pour Virage et dit qu’il imagine sans problème un stade sans insulte. J’ai honte.

Car l’insulte est une donnée essentielle de l’expérience du stade, fondamentale. et mon propos est justement que perdre le « droit » de traiter les adversaires de pédés n’est pas une perte de liberté d’expression.

Pour alimenter cette réflexion, j’ai une pensée pour celles dont l’honneur est souillé chaque semaine sur et autour de tous les stades du monde entier. Elles sont copieusement insultées, conspuées, affublées de tous les noms et de tous les vices. Les Mères. Les nôtres, les leurs.

Célébrées par d’authentiques barbares, laissant éclater la fureur accumulée toute la semaine. A travailler ou peut-être à ne rien foutre ce qui peut s’avérer tout aussi harassant. La fameuse catharsis sur laquelle communient le prolo, le chômeur et le cadre, le pédé, le Noir, la gouine, le lascar, la bourgeoise et sa belle-soeur. Tou.te.s des sales gosses l’espace de 95 minutes. Elevé.e.s à la Cazarre*: « Fiston, au stade tu peux dire ce que tu veux, insulter qui tu veux mais à l’extérieur tu dis bonjour à la dame ».

Sauf erreur Fils de P…! J’ai N… ta Mère! sont d’amicales paroles qu’il est toujours permis de prononcer sans risquer l’interruption de rencontre.
Sauf erreur, on peut toujours se traiter de Bâtard ! (encore un hommage indirect à ta mère, tiens), on peut débattre du caractère homophobe ou non d’Enculé ! Mais je propose une jurisprudence favorable.
Un ministre décidera-t-il un jour d’interdire de traiter l’adversaire de Paysan ? La base de l’artillerie parisienne à l’égard de la France d’ailleurs. Et ce n’est même pas un gros mot.

On ne fait plus de cri de singe (qui fait des cris de singes ?).
On ne dit plus pédé.
Ok.

Et les banderoles, sont-elles interdites ? Les opposants au contraire les utilisent pour courageusement provoquer la ligue, obliger l’arbitre à chercher le message caché, à traquer l’outrance. Mais cette affaire en a-t-elle généré une seule inspirée et drôle ? Reprendre des paroles de chansons niaises, ça fait un message ? L’art de la banderole n’est pas partagé par tous. Paris est de ces clubs qui ont une histoire de tribune, une vraie, où la banderole est maniée avec virtuosité. Pas nécessairement à base de pénétration anale. Rappelez-vous la fameuse « Une crêperie pour Le Guen » chère à notre auteur Jérome Reijasse, et reprise quelque part – et non sans humour – en « Un Big Mac pour Gignac ».

La classe ce n’est pas les injures racistes ou homophobes. Mais l’insulte bien sentie, subtile et indirecte ou franche et brutale, la vanne vicieuse qui sous-entend, fait mal, fait rire, déstabilise.

Alors laisse-moi pleurer les larmes de mon corps en revivant ces quelques secondes où ma voix m’a trahi, mon esprit s’est embrouillé et mes lèvres ont terminé trop vite la phrase. Surtout ne me parle pas de Freud, lui et moi on est fâchés. Irréparable. Je n’irai plus chez France Bleu. Il est resté très poli mais j’ai bien senti qu’avec le boss ce ne serait plus jamais comme avant. Dans ses yeux j’ai senti le reproche.

Rentre chez-toi, paysan !
Et marche à l’ombre !

* Dans l’épisode #1 du Podcast du Virage


Romain Corler

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