Interview : Benjamin Chulvanij

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Pour les impôts, il s’appelle Benjamin Chulvanij.
Mais ses amis, ses collègues, ses partenaires, voire ses ennemis, le surnomment Dama. Ce sobriquet vient de Dharmanoun, son nom thaïlandais, qui signifie constitution. Dama donc. Presque Lama. En 2017, il dirige le label Def Jam Recordings pour la France, entre autres choses… Ses fonctions au sein de la major Universal sont étendues et il ne compte pas ses heures. Pas un problème pour ce stakhanoviste qui n’a jamais caché ses sympathies libérales. Quand d’autres comptent leurs points retraite et rêvent d’une fin de vie en Charente Maritime, lui gère la carrière de dizaines d’artistes et navigue, jamais à vue, entre Paris, Los Angeles, Las Vegas, Bangkok et le Brésil, pays d’origine de sa charmante épouse.


Il est grand, a les traits asiatiques donc, une casquette souvent vissée sur son crâne, il est impitoyable pour ses détracteurs, irrésistible pour ceux qui l’apprécient, Dama aime le PSG, le Parc des Princes et les grands soirs.
Le football ? Pas son problème. Il laisse ça aux autres. Lui, son truc, c’est l’appartenance. Son truc, c’est Paname. Pour la vie.
Et quand Dama raconte sa passion pour un club qui lui ressemble, il ne mâche pas ses mots et honore la mauvaise foi avec une jubilation contagieuse. Un sourire en coin fédérateur.


Virage : Pourquoi es-tu supporter du PSG ?

Benjamin Chulvanij : Je suis né en 1970 comme ce grand club. Déjà ça c’est un beau truc. Je suis né dans le 15ème à Boucicaut et Paris est dans mon coeur depuis le début les mecs.

Virage : Premier match ?

Benjamin Chulvanij : C’était en 1982 pour un PSG- Auxerre. A l’époque mon grand père était arbitre de foot en régionale et il my a emmené. Ensuite j’y suis allé avec mes potes de collège en 1985, 86, 87. On allait en Virage Boulogne parce que c’est là que c’était le moins cher et puis ça chantait mais on était des gamins, on ne se posait pas la question de ce que représentait ce Virage.

Virage : Tu t’es vite intéressé au foot ?

Benjamin Chulvanij : Oui c’est culturel chez moi. Déjà avec mon grand père. On matait les matchs de l’équipe de France, j’allais voir jouer les mecs de St-Lubin-des-Joncherets où habitait ma grand-mère… Mon grand père était fan de Maxime Bossis. Mon oncle était gardien. J’ai joué au PF5, un club du 5ème. On avait le même maillot que Nice avant Nice.

Virage : Tu jouais à quel poste ?

Benjamin Chulvanij : Attaquant. J’étais nul mais je courais très vite. Tu me donnais la balle, je fonçais, j’arrivais devant les buts et je ne marquais jamais. Un jour j’ai mis un but mais sans le faire exprès. J’étais un Lucas quoi.

100% de tirs cadrés

Virage : Est-ce que tu étais aussi un Zlatan, un mec qui insulte quand on ne lui fait pas la passe ?

Benjamin Chulvanij : Non pas tout, j’étais un gentil garçon. Innocent. Comme le fait d’aller en tribune Boulogne sans savoir ce que c’était Boulogne. On était content d’aller au stade parce que ça gueulait mais après on a vite changé car on a compris qu’il y avait trop de bagarres. Là on a bougé en K Bleu Bas. En Boulogne, surtout en bas, c’était plus possible. Je me souviens d’une fois où les mecs insultaient Bernard Lama. Putain c’était notre gardien. Il pouvait être noir, jaune, violet, on s’en bat les couilles, c’était notre gardien !

Virage : Tu étais déjà abonné à l’époque ?

Benjamin Chulvanij : Non car ma mère bossait à la mairie de Paris. Donc elle avait des places à 10 francs, tu vois. Je prenais les places et je les revendais à mes 2 potes. On allait au Parc tous les 3, on achetait des bières, on se bourrait la gueule, on tapait sur les panneaux ! Ouais, on pouvait boire au Parc à cette époque ! C’était ça pour moi le foot. Un exutoire.

Je n’aime pas le foot les mecs,
je n’aime que le Paris-Saint-Germain

Virage : Tu t’abonnes à partir de quand ?

Benjamin Chulvanij : Dans le milieu des années 90. Je m’abonne avec des potes du taf et j’ai pris aussi un abonnement pour mon fils. C’était important que mon fils puisse avoir l’héritage PSG. Même si à la fin il ne voulait plus y aller car il y avait trop de bagarres. Il flippait. C’est d’ailleurs pour ça que je comprends ce qu’a fait Leproux. Le plan Leproux a été nécessaire. En plus, Leproux c’est un pote, c’est un mec brillant. Bref, quand on perdait des matchs, et on en perdait à l’époque des Madar ou Rabésandratana, je voyais des expressions de panique sur le visage de mon fils. Il me suppliait « Papa on s’en va, papa on s’en va ! ». Pour moi ce n’était pas ça le foot. Le foot à la base c’était un truc familial, un héritage, et puis après c’était le kif d’aller au match entre potes, le petit bédo avant le match, la bière à la mi-temps, le débrief au bar des Deux Stades, on prenait des branlées mais on était contents. De toute façon, moi, je n’aime pas le foot les mecs, je n’aime que le Paris Saint-Germain.

Virage : A ce point-là ?

Benjamin Chulvanij : Je vais te dire, quand Zlatan est arrivé à Paris je savais à peine qui c’était. Je le connaissais de nom mais je ne connaissais pas la légende du mec. J’en ai rien à foutre des autres équipes. Quand il y a Real-Barcelone, je ne regarde même pas le match… Je ne regarde que les matchs de Paris.

Virage : Pareil pour l’équipe de France ?

Benjamin Chulvanij : Je regarde les matchs de l’équipe de France car je suis français.

Virage : Quel joueur t’a marqué à Paris ?

Benjamin Chulvanij : Safet Sušić. C’était mon joueur. Puis ensuite il y a eu George Weah, Raí et Pauleta que j’ai adoré… Luis Fernandez aussi que j’aime à un point ! Je lui ai tout pardonné. Il est même venu nous voir jouer avec mon équipe au PF5. Et puis il y a ceux que j’ai détestés, parce qu’en tant que parisien on a besoin de bien bien détester par moment. Anelka par exemple, Ronaldinho parce qu’il ne foutait rien à part contre Marseille. Qu’est ce que j’ai pu insulter certains joueurs. Mais ça les motive !

Virage : Un avis sur l’ambiance au Parc ?

Benjamin Chulvanij : Aujourd’hui je ne suis plus abonné. Je suis invité dans les loges du groupe pour lequel je travaille. Mais y a plus rien comme ambiance. Ça ne se répond plus entre virages, il est mort le Parc. A l’époque on gueulait comme des porcs. On sortait du stade, on n’avait plus de voix. Et puis le mélange en tribunes. Je me souviens de 2 beaufs à moustache qui étaient abonnés à côté de nous. Yves et Daniel. A une époque je faisais partie du jury de Pop Stars (en 2007). J’avais fait la couv’ de Télé 7 Jours. Les mecs me reconnaissent… Pour eux j’étais une star mais quand il y avait un but on se sautait dans les bras, on s’embrassait. On a été abonné 8 ans aux mêmes places ! On a vécu des moments fabuleux ensemble mais une fois sortis du stade on ne se parlait plus « Allez salut. Rendez-vous au prochain match ». Alors aujourd’hui avec l’ambiance qu’il y a, je suis content d’être en Présidentielle, au moins j’ai mon ralenti, ma petite Badoit et je peux bouffer des blinis. Mais je ne vais qu’aux gros matchs. Je me suis demandé si j’allais me réabonner, mais pour quoi faire, je suis pas là un weekend sur deux… Et puis j’ai assez payé, maintenant y a les Qataris et puis avec ce qu’ils nous font subir…

Seul Lacrim Paie

Virage : En tant que manager dans le sens américain du terme, que penses-tu de l’équipe dirigeante en place ? Est-ce qu’ils font ce qu’il faut ?

Benjamin Chulvanij : Ben ouais. Les mecs ont investi sur la formation. C’est ce qu’il nous manquait vraiment. Le bassin parisien, c’est le plus gros vivier d’Europe. Pas normal que des Ben Arfa, à 19 ans, ne jouent pas au PSG. Et puis ils ont tenu le truc au Parc des Princes alors que certains voulaient nous envoyer au Stade De France…

Virage : Mais tu n’as pas l’impression qu’il y a un problème de management dans ce club ? Notamment au poste de manager sportif ?

Benjamin Chulvanij : Déjà il manque un gros joueur pour tenir le vestiaire. Surtout depuis le départ de Zlatan. Jamais ça ne se serait passé comme ça à Barcelone avec Zlatan les mecs. Et il manque un Leonardo. D’ailleurs c’est ce que dit Tapie dans sa dernière interview. Et il manque un Sarko… Moi, Sarko président du PSG, ce serait mon plus grand kif ! Tu sais que c’est un vrai supporter ? Je le vois à tous les matchs, c’est un vrai gars ! Et il saurait parler aux joueurs. Lui président, à la mi-temps à Barcelone, il serait descendu dans le vestiaire. Je te le dis, il nous faut Leonardo et Sarko président !

Je leur ai envoyé la pub de Préparation H

Virage : En tant que libéral pur et dur, toi qui a déclaré un jour « je suis le Alain Madelin du rap », toi qui serais capable de signer Annie Cordy si tu avais la garantie qu’elle te rapporte 600.000 albums, tu penses que le foot c’est pareil, le résultat avant tout ?

Benjamin Chulvanij : Ouais. Regarde aujourd’hui tout le monde dit que l’équipe joue mieux sans Zlatan. Et pour quel résultat au final ? Zlatan c’était la haine, la colère ! Y a plus personne qui est en colère aujourd’hui. C’est Thiago Silva, cette petite pleureuse brésilienne ? Et puis c’est qui notre star aujourd’hui ? Pour l’image et le business ?

Virage : Du coup, si tu étais Leonardo, tu ferais venir qui la saison prochaine ?

Benjamin Chulvanij : Suarez ou Diego Costa. Il vaut mieux les avoir avec toi que contre toi, comme Zlatan. Un peu comme Thiago Motta. Il nous faut des méchants. On a qui comme méchant ? Un enculé sur le terrain mais sympa dans la vie. On a qui ? Et puis il nous faut aussi M’Bappe. Il faut faire partir Maxwell et trouver un nouveau latéral gauche. Et il faut faire partir Aurier. Meunier est génial mais le club n’arrive plus à gérer le cas Aurier. Le coup des chaussettes, on peut me raconter tout ce qu’on veut, le mec a fait sa crise, c’est un scandale.

Virage : Et dans les cages ?

Benjamin Chulvanij : J’aime bien Kevin Trapp. Il est pas mauvais, en tout cas il est meilleur qu’Areola. Pourtant j’aimais bien Alphonse, parce que ça manque de français dans cette équipe. OK, y a Rabiot, il est vraiment bon… Je lui donne un pont d’or à Rabiot pour qu’il reste. Je vais voir sa maman casse-couilles et je lui demande ce qu’elle veut. Tiens, prends.

Virage : Et Nkunku alors ?

Benjamin Chulvanij : J’aime pas. Il n’est pas mauvais mais il n’a pas le niveau. Qu’ils l’envoient à Bastia s’aguerrir.

Virage : Parlons musique, parlons de ton label Def Jam. Tu as parmi tes artistes des vrais marseillais comme IAM ou Alonzo. Ça chambrait sévère après le match contre le Barça ?

Benjamin Chulvanij : Alors je vais te dire un truc. Akhenaton c’est l’artiste le plus intelligent et le plus brillant que je connaisse. Mais quand il parle de foot c’est le plus mongolien de supporter marseillais de base. C’est pour ça que je l’aime bien.

PSG-OM, le Classico aux Victoires

Virage : Après le 5-1 au Vélodrome, tu les as vannés ?

Benjamin Chulvanij : C’est même plus de la vanne à ce niveau ! Je leur ai envoyé la pub de Préparation H, ah ah ah… Mais j’ai aussi Kaaris qui est supporter parisien. Il est proche de Aurier par Sevran. Au match contre Nancy, Aurier portait d’ailleurs la casquette « Jeune Riche », la marque de Kaaris. Kool Shen est aussi un vrai vrai fan du PSG. C’est un putain de fan et, en plus, il a du ballon.

Virage : En tout cas, ils savent que tu es pro Paris.

Benjamin Chulvanij : Bien sûr. Quand j’ai signé Soprano, il était traumatisé quand il a vu ma bagnole. J’avais un gros 4×4 Touareg V10 et j’ai acheté des plaques d’immatriculation avec le drapeau de Paris. Ah ah… Et puis dans mon bureau, j’ai une reproduction collector de la Coupe des Vainqueurs de Coupe et une photo du Parc des Princes.

Leur vie c’est claquettes, branlette et FIFA !

Virage : Ça t’a aidé dans le showbiz d’être supporter du PSG ?

Benjamin Chulvanij : Ecoute, aujourd’hui, c’est plus le showbiz qui vient au PSG que l’inverse. Ça me fait plus rire qu’autre chose. Je les vois les mecs en tribune, les acteurs… En soi, j’ai rien contre eux, je préfère qu’ils supportent Paris que Marseille.

Virage : Pas de proximité avec les joueurs ? Ils fréquentent pas les mêmes clubs de poker que toi ?

Benjamin Chulvanij : Non, de toute façon ils sont nuls, comme tous les gens très riches.

Virage : Tu n’as jamais pensé à devenir agent de joueur ? Finalement on est pas loin de ton métier actuel ?

Benjamin Chulvanij : A un moment j’y ai pensé. Gérer le rap c’est pas loin de gérer des footballeurs. Sauf que dans le rap c’est plus des vrais délinquants. Les joueurs de foot ont grandi dans des centres de formation. Ils sont plus cadrés. Leur vie, c’est claquettes, branlette et FIFA ! Leur rêve c’est de jouer un jour avec leur propre personnage dans FIFA, tu vois ce que j’veux dire ! Mais c’est vrai que tu as les mêmes codes. Ils écoutent le même rap. Combien de fois j’ai vu des mecs de foot venir à des enregistrements de mecs de rap. Lassana Diarra, qui est du 19ème, est un proche de Lacrim par exemple.

Virage : Mais du coup tu n’as pas essayé de devenir agent ?

Benjamin Chulvanij : Si, j’ai voulu passer les diplômes. Mon ami Karim Aklil qui est agent de Mamadou Niang et avec qui j’ai organisé Urban Peace 1 m’avait dit « le foot a besoin de mecs comme toi ». Je suis capable de boire du rouge avec les dirigeants le midi, discuter avec des mecs du ghetto le soir, parler à la famille des joueurs, t’arranger le truc si tu as un frère en taule. C’est aussi ça être un agent. Mais bon, tu sais quoi, je gagne trop d’argent dans la musique pour faire un switch aussi gros.

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