Interview : Julien Cazarre

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Le phénomène Julien Cazarre. Tour à tour membre du collectif Action Discrète sur Canal+, trublion sur RMC dans « L’After Foot » et « Luis Attaque », chroniqueur de haute volée sur M6 dans « 100% Foot », puis dans « J+1 » sur Canal+ Sport.

Il est l’homme qui a réussi à réconcilier humour et football. Nous l’avons rencontré en plein Euro pour parler sans concession de football, de Blaise Matuidi et de son amour du PSG en particulier.

 – – – – [ Interview ] – – – –

Virage : Question importante pour commencer. T’es plutôt Javier Pastore ou Branko Bošković ?

Julien Cazarre : Alors il y a deux salles, deux ambiances, on va pas se mentir. Branko Bošković fait partie de ces joueurs qui, pour un événement ont sauvé leur apparition au Paris-Saint-Germain. Comme Amara Diané a sauvé son apparition grâce à un doublé magnifique contre Sochaux.

Branko Bošković a mis un doublé contre l’OM au vélodrome en Coupe dont un lob sur Barthez improbable, sur une frappe à moitié ratée. Donc rien que pour ça je le mets presque au même niveau. Parce que Pastore, si on passait contre Chelsea il y a trois ans, il était au même niveau grâce à son but. Si demain Pastore met un but décisif je le mets au même niveau que Bošković, il y a encore de la pression !

Virage : Zlatan…

Julien Cazarre : (il nous coupe) Oui ? Merci au revoir. Merci pour tout.

Virage : C’est un peu dommage qu’il se barre, parce que c’était un bon client en terme de médias et surtout qui va le remplacer à son poste de comique en chef ?

Julien Cazarre : Personne, je pense qu’il n’y a pas d’équivalent. Que même au-delà du niveau tu n’as pas un mec qui est équivalent à part Mourinho en entraineur qui peut te faire autant parler. Parce que même quand il est parti d’Italie, ils ne l’ont pas remplacé, en Espagne ils ne l’ont pas remplacé, parce que il n’y a pas d’équivalent.

On peut trouver plus fort au niveau foot mais au niveau « chauffadou », « boulard », le mec c’est un clown. Mais je pense qu’on était arrivé au bout du système. Je pense que c’est bien qu’il parte, on avait fait le tour. Et que ça marche aussi parce que c’était le meilleur. Et que quand tu montres des limites, ben pfff. C’est un peu comme Joey Barton, il était marrant quand il est arrivé à Marseille mais comme il était nul, au bout d’un moment, c’est bien de traiter les autres de travelos mais si tu ne mets pas un pied devant l’autre, en fait tu n’es pas crédible.

Virage : Tu es réputé pour tes interventions dans « J+1 » avec des accents de black, de rebeu, de caillera. Tu n’as jamais eu de problèmes avec la direction de ce point de vue là ?

Cazarre-2 Julien Cazarre : Au début oui avec l’ancienne direction qui disait « ah quand même… » et je répondais : « c’est marrant les seuls mecs que ça choque c’est jamais les noirs. C’est toujours des mecs comme toi avec un costume propre sur eux, qui viennent de Bretagne ou de Picardie ». Chaque fois que je croise un black, je n’en ai jamais un qui me dit « dis donc c’est abusé ». Rien, jamais. C’est parce qu’en fait toi tu penses que ces mecs là n’ont pas d’humour. Parce que si je fais un accent du sud-ouest ou italien, tu penses que ce mec a de l’humour pour le comprendre mais pas celui qui est d’origine africaine. Détrompe toi, il trouve ça aussi drôle que quand je fais l’accent du sud-ouest. Ça le fait marrer parce qu’il a de l’humour. Contrairement à ce qu’on peut penser.

Virage : Ça t’est arrivé de prévenir un des invités de l’émission que tu allais le vanner ?

Julien Cazarre : Jamais, jamais ! Par exemple, Kurzawa, j’ai été assez loin sur son père et sa mère, c’était assez trash. Il est à moitié polonais et à moitié antillais. Je lui ai demandé comment une polonaise et un antillais ont pu se rencontrer ? J’imaginais le truc : un soir de match, elle est complètement bourrée parce qu’elle est polonaise. Elle est à la vodka, elle finit à 3 grammes. Elle est récupérée par des brancardiers pour aller à l’hôpital. Donc un brancardier antillais, une polonaise, une histoire d’amour, roule ma poule (Rires). Je lui ai dit « Est-ce que j’ai bon ? » Il me répond « Presque »(Rires) je peux te dire qu’en régie, ça coinçait un peu.

Virage : Et tu n’as pas eu de problème avec la SPA pour les coccinelles ?

Julien Cazarre : Au contraire, je pense que j’ai fait beaucoup pour la cause des coccinelles. Si demain il y a un stade qui doit se construire à un endroit où il y a des coccinelles, j’ai fait beaucoup pour que ce stade ne soit pas construit.

Un mec qui aime la pétanque déjà à son âge, c’est qu’il est bon esprit.

Virage : On comprend que quand tu écris tes textes tu es plutôt libre, pas de consigne particulière.

Julien Cazarre : Zéro ! Le problème c’est qu’à chaque fois qu’ils m’ont donné des consignes, j’ai fait pire. Donc ils se disent « c’est soit on le vire, soit on le garde » donc ils me laissent faire. Pour l’instant, j’ai énormément de chatte, personne ne me dit rien. Et aussi parce que je suis dans des émissions qui sont à des horaires où il n’y a pas d’enjeux. Déjà l’année prochaine, comme on change d’horaire et de chaîne, peut-être que ça va moins bien passer. Mais c’est pas grave, ça va passer quand même.

Virage : Puisqu’on parle d’émission, tu ne crois pas qu’Action Discrète pourrait être présentée par Thiago Motta ?

Julien Cazarre : Si il pourrait ! Par rapport à son masque tu veux dire ou son attitude ?

Virage : Motta pas Silva !

Julien Cazarre : Ah oui, parce que c’est une crapule, une petite s***** ?

Virage : Oui, c’est toujours discret avec lui.

Julien Cazarre : Oui oui ! Busquets pourrait être dedans aussi ! Je trouve qu’on sous-estime beaucoup Busquets. J’ai vu le premier match de l’Espagne lors de l’Euro. Mais c’est une p*** ! Et comme il a l’air de regarder toujours ailleurs (il fait mine regarder ailleurs) « Attends, excuse moi c’est là-bas que je regardais » ! Tu te dis mais c’est extraordinaire ! Et Motta c’est vrai qu’il est pas mal mais il est moins discret que Busquets. Il perd de la discrétion, il vieillit.

Virage : Est-ce qu’il y a des joueurs avec qui tu t’entends bien en particulier ? Des gens avec qui il y a un deuxième degré dans l’émission ?

Julien Cazarre : C’est compliqué parce que ceux qu’on a choisi d’inviter dans J +1 sont tous dans l’esprit. C’est pas forcément des vedettes. J’ai trouvé que Bauthéac était un mec plutôt rigolo. Un mec qui aime la pétanque déjà à son âge, c’est qu’il est bon esprit. C’est pas un délire de footballeurs. Dès que c’est un mec qui sort un peu du Gangsta Rap Canada Dry c’est cool… parce que ces mecs là, qui jouent les cailleras sont souvent partis dans des centres de formation à 12 ans, donc ils n’ont même pas eu le temps de devenir des cailleras, c’est un peu une posture. C’est complètement mytho, il n’y en a aucun qui peut se revendiquer de ça. Mais bon, ils aiment bien ce côté rap, wesh, ils en font des tonnes, mais quand ils sont chez eux avec maman, t’inquiète pas que c’est fini. Honnêtement, j’ai plutôt des bons contacts avec les footballeurs, après c’est pas mes amis.

Virage : Est-ce que c’est pas compliqué de choper des gars pour le lundi soir en direct sur Canal+ Sport ? 

Julien Cazarre : C’est compliqué mais comme on ne vise pas forcément les vedettes, ça va. Parce que les vedettes ce n’est pas forcément les meilleurs clients. Ils vont faire attention à ce qu’ils vont dire. C’était plus compliqué au début quand l’émission n’était pas connue, pas forcément aimée du monde du foot. Tandis que maintenant les mecs veulent venir. Même si il y en a à qui on dit « fais attention tu vas te faire tailler en pièces », ils savent que c’est bienveillant, que même quand on taille c’est bienveillant. On est des beaufs comme eux, on n’est pas différent, on ne se prend pas pour des intellos.

S’il me donne le même chèque qu’à Laurent Blanc, je pars, je rends mon badge.

Virage : Est-ce qu’un jour on a un espoir d’avoir Fabrice Pancrate en intervenant dans J +1 à la place par exemple de Eric Carrière ?

Julien Cazarre : Écoute on ne va pas lui en demander trop à notre Fabrice, moi je l’aime mon Fabrice. Je trouve qu’il a trouvé sa place, il a quand même sa tribune, alors que Zlatan n’a pas sa tribune au Parc, même si ça a été évoqué. Eh bien lui, Fabrice a une tribune à J +1 ! Il y a une tribune Fabrice Pancrate et une tribune coccinelle donc c’est quand même pas rien. Il a quand même été le premier à avoir le banc d’or, deux années d’affilée d’ailleurs. C’est quelqu’un d’important, il ne faut pas galvaudé Fabrice, il ne faut pas le mettre à un rôle de palette, il mérite mieux que ça. C’est une icône Fabrice Pancrate.

Virage : Tu nous confirmes donc que J+1 reprend à la rentrée ?

Julien Cazarre : Je te le confirme. Enfin, on a été confirmé comme Laurent Blanc a été confirmé après son 4ème titre, donc si tu veux (rires)… c’est pas le même patron mais … Quand on te re-signe pour 2 ans, je croyais que c’était une bonne nouvelle et ben pas sûr… Après je tiens à prévenir Vincent Bolloré, s’il me donne le même chèque qu’à Laurent Blanc, je pars, je rends mon badge, il n’y aucun problème.

Virage : Donc ce n’est pas Hanouna qui va te remplacer ?

Julien Cazarre :  Non malheureusement. De toute façon, on n’a pas les moyens d’avoir un plateau assez grand. Ca coûte trop cher les émissions d’Hanouna, nous on ne peut pas, trop de fluo, trop de lumière, trop de musique, trop d’intervenants, on n’a pas les moyens. Nous, c’est très confidentiel.

Virage : La légende dit que tu prépares tes textes à la dernière minute, juste avant l’émission, est-ce que c’est vrai ?

Julien Cazarre : Une partie, c’est vrai. Mais le medley de fin, pour le coup c’est vraiment à la dernière minute. Le montage final est fait 1 heure avant l’émission, donc je me le revois vite fait. Le texte n’est même pas préparé, je sais plus ou moins ce que je vais dire, c’est semi-improvisé. Parce que si je devais apprendre un texte, le taper, ce serait ingérable et il n’y aurait pas la même spontanéité. Il y a un côté imparfait mais ça garde de la spontanéité du coup. Par contre ce que je dis à l’invité, ça vient 10 minutes avant.

Virage : Le fait de connaître bien le foot, est-ce que ça aide pour faire des vannes. Du coup tu passes moins pour un clown ?

Julien Cazarre : Je pense que c’est ça qui fait la différence. Il y a des mecs qui sont 10 fois plus drôles que moi mais le foot est un milieu très particulier, c’est un milieu de connaisseurs, de fans. Si t’as pas les référents… Tu vois par exemple, aussi bonnes et drôles soient-elles, les vannes d’un Nicolas Canteloup, ça marchera moyen, parce qu’on le sent qu’il n’aime pas le foot. Et il va te sortir le truc qu’on a entendu 20 fois ou qui est évident. Sorti de Zahia et Ribéry… ça va pas aller loin.

Notamment pourquoi les Guignols étaient bons sur le foot pendant des années, c’est parce que c’était des vrais, vrais bœufs du foot. Il y a un des anciens auteurs de Guignols qui est mon voisin au Parc des Princes.

Un mec qui ne connaît pas le foot, s’il fait des vannes sur le foot, il va se ramasser et c’est pour ça qu’il n’y en a pas tant que ça. Honnêtement des mecs dans le milieu de l’humour qui sont à bloc foot, ça va être Lecaplain où tu sens que lui, il est vraiment à bloc et peut-être Malik Bentalha. Après les autres… peut-être Arnaud Tsamère mais sauf que ces mecs là, ils ont une vie très remplie dans leur one-man show donc ils n’ont pas le temps et puis finalement c’est facile, je n’ai pas de concurrent. Et le meilleur moyen d’être le meilleur, c’est d’être le seul.

C’est-à-dire tout ce qui n’est pas Paris, c’est ce qu’on appelle un petit club.

Virage : On l’a retiendra celle-là. Et du coup, chez Canal, il y a d’autres supporters du PSG à part toi, parce qu’il y a quand même une grosse réputation de supporters de l’OM là bas ?

Julien Cazarre : C’était avant ça, c’était les vieux, ils ont tous dégagé. Avant, il y avait beaucoup de supporters de Saint-Étienne… ils sont morts de vieillesse. Après il y a eu beaucoup de supporters de l’OM et le problème c’est qu’il y en a beaucoup qui sont partis… Qui est-ce qui reste ? Je peux pas trop balancer quand même…

Moi je suis pour l’outing sur ça, il y en a marre… attends dans les autres pays c’est pas un soucis… Je vais pas trahir un secret en disant que Karim Bennani, qui vient de Marseille … a plutôt tendance à supporter l’Olympique. Après les autres, il n’y en a pas tant que ça. Il y a beaucoup de supporter d’autres clubs

Virage : Stéphane Guy ?

Julien Cazarre : Il supporte Alençon… je crois qu’il aimait bien le PSG avant le Qatar, je ne sais pas s’il était supporter mais il aimait bien. Après il y a beaucoup de mecs qui supportent des petits clubs, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas Paris, c’est ce qu’on appelle un petit club. Mais des supporters du PSG et de l’OM, il n’y en a pas tant que ça à Canal aujourd’hui.

Virage : Puisqu’on parle de journalistes engagés ou d’anciens sportifs devenus journalistes, Di Meco, ça se passe comment à RMC ?

Julien Cazarre : Très bien, excellemment, c’est même devenu un copain pour le coup. Tu vois je n’en ai pas beaucoup dans ce milieu, mais c’est un pote Di Meco. Le problème c’est que Di Meco, c’est chiant, tu le détestes, tu le détestes toute ta vie et puis tu le rencontres et tu te dis « merde j’aurais pas du le rencontrer » parce que quand tu le connais, tu ne peux pas le détester. Et pourtant c’est vraiment un Marseillais pur jus avec tout ce qu’il y a de détestable, mais non, j’y arrive pas.

Virage : Dugarry en vrai, il déteste vraiment le PSG ou c’est juste une façade.

Julien Cazarre : Et bien tu sais quoi, Dugarry, je ne le connais pas vraiment, je le connais comme ça, je l’ai vu quelques fois mais je ne le connais pas personnellement.

Virage : Et ça te dirait un jour d’avoir ton émission ? Ce serait quoi le concept ?

Julien Cazarre : Alors j’aurais bien répondu à la 2ème partie de ta question mais comme la 1ère partie c’est non, voilà. Je n’ai absolument pas envie d’avoir mon émission, ça ne m’intéresse pas du tout. Je passe, je m’en vais, ça me va très bien.

Virage : Et une web-série ?

Julien Cazarre : Oui, en fait je suis plus parti pour écrire. Alors je jouerai encore dans des trucs parce que ça me fait marrer mais plus au théâtre. Enfin je te dis ça mais là j’ai joué un petit rôle récurrent dans une série pour M6 qui s’appelle « Commissariat Central ». C’est un rôle un peu barré, c’est pour ça que ça m’a fait marrer de le faire. Je joue le rôle d’un préfet, un gros con. C’est marrant dès qu’il y a un rôle de gros con à jouer, on m’appelle, même pas eu de casting, je suis le seul rôle de la série qui a été pris sans casting. Donc ça me fait marrer mais c’est le premier truc que je sais faire, que j’aime faire. Le foot c’est un peu une parenthèse dans ce que j’ai fait.

J’ai fait 7 ans sans Parc des Princes pour elle, pour quel résultat ? Elle s’est barrée.

Virage : Comment ta vie a basculé, pourquoi es-tu devenu supporter du PSG ?

Julien Cazarre : Je t’explique. Je suis né à Paris, Je suis né rue des Princes, dans une maternité qui était en face du Parc des Princes. Le hasard total puisque ma mère n’aimait pas le foot, mon père n’aimait pas le foot, personne dans ma famille n’aimait le foot et ceux qui aimaient le sport aimaient le rugby. Tu sais des fois, c’est spontané, c’est à l’école, le côté rebelle à 2 balles. Je kiffais le foot et ma première histoire d’amour c’est pas le PSG, c’est l’équipe de France puisque on ne voyait pas le PSG à la TV. Je suis de 1974, moi c’est 1982, c’est 1986, c’est l’équipe de France et après avec Canal, le PSG. Mais le problème c’est que je ne pouvais pas aller au Parc avant d’avoir 17 ans parce que j’avais personne pour y aller, j’avais pas un père ou un oncle pour m’y amener donc c’est pour ça que mon 1er abonnement c’est 1991 et pas avant.

Virage : Et aujourd’hui tu vas encore souvent au Parc et dans quelle tribune ?

Julien Cazarre : Alors je vais non seulement souvent au Parc mais j’y vais tout le temps parce que j’y suis abonné. J’y étais abonné jusqu’en 2004/2005, et j’ai arrêté d’y aller  pour une nana, je te rassure elle est loin… J’ai fait 7 ans sans Parc des Princes pour elle, pour quel résultat ? Elle s’est barrée. Et là je me suis dit mauvaise idée, je me suis réabonné du coup. Et là je suis re-abonné là où tu vois bien, c’est-à-dire en tribune anciennement I Bleu Bas. J’ai même pas le nouveau nom d’ailleurs, je ne m’en rappelle plus.

Virage : Tribune Paris

CazarreJulien Cazarre :  J’étais pendant des années à Auteuil. Au départ quand j’ai commencé, il n’y avait personne, c’était les débuts, les débuts des Tigris Mystic, l’ambiance est venue petit à petit. PSG-Real a été un déclencheur pour moi, j’avais jamais vu une ambiance pareille dans un stade, surtout au Parc. Mais si j’étais là, c’est parce que je n’avais pas d’oseille, sinon je serais allé ailleurs. J’en avais rien à foutre de chanter, je ne chante pas au stade donc je ne vais pas gueuler sur le mec qui chante pas parce que… Tu sais il y a beaucoup de mecs qui gueulent sur le fait que ça ne chante pas mais ils ne chantent pas eux mêmes. Donc le seul mec qui peut gueuler c’est le mec qui chante parce que le mec qui ne chante pas, il vient au spectacle et il veut qu’on chante pour lui. Je ne suis pas mytho, je ne chante pas au stade, je suis complètement concentré, je me bouffe les ongles, je regarde le match. Au bout d’un moment, je commence à insulter parce que c’est la base, j’hurle mais c’est vraiment des éructations liées au match, voilà. Je reprends un peu les chants avec les autres par moment, par bribes, quand ça chauffe. Mais je suis pas là 90 min. dos au Parc en train de faire « oh, oooh » j’ai pas la force, ça m’intéresse pas. Donc ce que je veux c’est bien voir le match et tu ne vois bien le match quand t’es au milieu, pas quand t’es dans le virage. Le but de Kombouaré contre le Real, je l’ai entendu, je l’ai pas vu, j’étais trop loin, j’étais en face. Ils pouvaient pas marquer de ce côté ces cons, non, ils ont marqué côté Boulogne. Bon j’ai vu le but de Weah et le but de Zamorano qui a glacé le Parc à 3-1 mais sinon tu vois quedal.

Virage : Et ton numéro d’abonné qui te sert de leitmotiv dans l’émission, c’est ton vrai numéro d’abonné ?

Julien Cazarre : Non, malheureusement.

On voyait rien d’autre donc on criait Sandjak pendant tout le match.

Virage : Un mythe s’écroule.

Julien Cazarre :  Un mythe s’écroule, parce qu’ils m’ont demandé mon numéro d’abonné mais je ne le connaissais pas et il fallait qu’ils aient la réponse tout de suite. Donc j’ai donné ce numéro au hasard.

Virage : Du coup tes premier souvenirs au Parc, c’est quoi ?

Julien Cazarre : Hors PSG-Real ? Car PSG-Real est arrivé assez vite… Alors mes premiers souvenirs c’est qu’on était en bas, on voyait rien, la mi-temps où le PSG attaquait, on ne voyait rien donc il ne se passait rien et on voyait Sandjak qui s’échauffait et qui ne rentrait jamais. Il y avait aussi Cloarec et Pierre Reynaud. C’étaient les 3 mecs qui ne rentraient jamais mais qui s’échauffaient en face de nous, donc je me rappelle qu’on arrêtait pas de gueuler « Sandjak, Sandjak », parce qu’il était là mais… on aurait bien chanté autre chose. Mais on voyait rien d’autre donc on criait Sandjak !  pendant tout le match. Et la bicyclette d’Amara Simba, on nous l’a racontée parce qu’elle était de l’autre côté encore, contre Lille. Au Parc, on m’a raconté beaucoup de buts.

Virage : Et ton pire souvenir ?

Julien Cazarre : Il y en a un très mauvais avec l’équipe de France. France-Israël, et encore, je ne pensais pas que c’était décisif à ce moment là, c’était avant France-Bulgarie. Ce que j’ai très mal vécu avec le PSG, c’est l’OM de Ribéry qui vient nous mettre une branlée. Sammy Traoré qui se fait bouger, ah c’était dur, très dur.

Virage : Ravanelli, le penalty, t’y étais ?

Julien Cazarre : Oui j’y étais, c’est marrant parce que c’était du côté Auteuil et j’étais juste derrière pour une fois. Et franchement j’ai gueulé mais je pensais qu’il y avait penalty, donc c’est dur d’en vouloir à l’arbitre. Et Ravanelli te dit encore aujourd’hui que si on regarde bien, il se met un croc en jambe parce que l’autre lui touche le pied avant (rires), comme quand tu fais ça à ton pote en haut de l’escalier et que tu lui tapes la jambe pour qu’il tombe.. bon écoute Rabésandratana dit que non…`

Virage : Est-ce que tu joues au foot ?

Julien Cazarre : Oui je fais des urbans maintenant. Sur les grands terrains, ça me fait chier parce qu’en fait tu joues contre des mecs que tu connais pas. Et t’es pas à l’abri qu’un mec se croit en Ligue des Champions et te pète le genou. J’ai déjà perdu les deux, j’ai déjà eu les croisés à chaque genou. Donc l’urban c’est très mauvais pour les articulations mais je joue qu’avec des mecs que je connais. Je fais toutes les semaines un urban.

Virage : A quel poste ?

Julien Cazarre : Pour te donner une idée moi c’est un peu entre Matuidi et Matuidi. Avec la même élégance.

Virage : Ok, le contrôle de balle tout ça…

Julien Cazarre : Non, détrompe toi, Matuidi c’est un mec qui n’est pas élégant mais c’est pas un mec pas technique. Il fait des passes vers l’avant… Non, non, très mauvaise vision de Matuidi ! La technique, ce n’est pas que dribbler, ce n’est pas que Marco Verratti. La technique c’est savoir par exemple quand tu fais une passe entre les lignes qui va pile dans la course d’un mec, ce que fait hyper bien Matuidi, c’est de la technique. Quand t’es en retard sur le mec mais que tu es le premier à mettre le pied sur le ballon, comme un mec est le premier à taper en natation quand il casse en sprint, c’est de la technique. C’est la manière de gérer sa course. T’as l’impression que le mec est toujours en retard et il a toujours la balle à la fin. Il n’a pas une technique de dribbleur, une technique à la numéro 10, mais il a une vraie technique parce qu’il a une super vision du jeu et il a un sens de la passe extra. J’hallucine de la façon dont il casse les lignes avec ses passes. Il y a des supers dribbleurs qui ne font jamais ça.

Blaise, il a des défauts mais il amène quelque chose que les autres n’ont pas.

Virage : C’est pas vraiment ce qu’on lui demande non plus ?

Julien Cazarre : Ben si, tu te trompes. Le problème c’est que toi, comme tous les gens racistes (rires), le fait qu’il soit noir t’a induit en erreur. Tu te dis « encore un negro, il ne sait rien faire de ses 10 doigts de pied »Blaise, il a des défauts mais il amène quelque chose que les autres n’ont pas. Tous les ans quand on fait l’équipe, on se dit, « bon on va enlever Matuidi évidemment, on va mettre un autre mec » mais tous les ans il est là le mec.

Virage : Mais est-ce qu’on peut gagner la Ligue des Champions avec 3 milieux ?

Julien Cazarre : Ca veut rien dire ça. Je reste convaincu qu’on gagnera pas la Ligue des Champions avec les autres dans l’état actuel des choses. Dans les autres pays, si Matuidi était Sud Américain, on dirait qu’il a de la « grinta », qu’il est indispensable. On fait un blocage en France avec ce genre de joueur là.

Ceux qui ne l’aiment pas, je trouve qu’ils ne se rendent pas compte que t’as une équipe de danseuse au PSG et que quand il n’est pas là ou en méforme, on a l’impression d’être à la rue et de ne pas avoir le ballon. Contre City, « oh merde, qu’est-ce qui se passe on n’existe pas les mecs », ben il est pas là Matuidi. Tu prends la flotte, toutes les danseuses qui se la racontent avec le ballon, qu’est-ce qu’ils font ? Ben ils ne sont pas là, on ne les voit plus les mecs. Le Barça, avant de se passer d’un vrai n°6, ils ont du mettre 10 ans avant d’avoir une maturité technique telle, que même s’ils prenaient 2 buts, ils en mettaient 4.

Nous, on ne met pas 4 buts quand on prend 2 en coupe d’Europe. Je suis le 1er à dire que le jour où on pourra se passer de Matuidi, c’est qu’on sera tellement sûr de nous, qu’on pourra se dire « nous on peut s’en prendre des buts, on en mettra ».

Mais regarde contre City, t’en prends 1, t’es éliminé. L’année dernière contre Chelsea, match retour, ils ont eu une occas’, 1 but. A chaque fois que nos adversaires ont une occas’ ils marquent. Est-ce que tu peux te permettre de ne pas avoir un chien de la casse au milieu qui va faire le lien entre tout le monde ? Regarde Evra, on vient de s’apercevoir qu’il était nul en équipe de France. Non c’est juste que d’habitude, Matuidi le couvre. Ben là, Blaise n’est pas en forme. On imagine un PSG Play-Station et je comprends, mais aujourd’hui on n’a pas les moyens.

Virage : On a pourtant les moyens de faire ce que faisait le Real avec Di Maria. A 3 mecs…

Julien Cazarre : Ils ne jouent pas au même poste. Parce que eux quand ils ont Di Maria, ils ont Xabi Alonso. Toi t’as pas Xabi Alonso, t’as Marco Verratti qui prend énormément de risque. Tu vois ce que je veux dire. L’année où ils enlèvent Makelele. Ils se sont dit que Makelele, « à part ratisser le ballon et le donner à Zidane… ». Ils te l’enlèvent, ils mettent Beckham à la place… terminé. 8 ans d’affilé sans passer les 8ème de finale, 8 ans d’affilé ! Nous on nous fait chier parce qu’on a fini 3 ans en quart. 8 ans d’affilé sans passer les 8ème de finale quand ils ont perdu Makelele ! Donc quand tu le perds, il faut être sûr que derrière les mecs assurent.

Je trouve qu’aujourd’hui des mecs comme Pastore, ils ont tous les mêmes défauts. Ils sont géniaux mais ils perdent beaucoup la balle, alors tu te dis oui mais ils peuvent faire un geste génial. Mais t’imagines dans un match si tout le monde fait ça ? La Belgique, c’est pareil. Des individualités mais pas d’équipe. Quand tu regardes l’Italie, rigoureux, et hop tu mets tout le monde à l’amende. Mais si un jour on me dit qu’on est sur Toni Kroos, là je dis oui. A la place de Verratti. Mais si t’as Verratti, tu ne peux pas te passer de Matuidi parce qu’il fait un boulot que l’autre ne fait pas. Pour finir, ça me fait penser à Milan, ils avaient des supers virtuoses mais ils avaient Gattuso et c’était bien qu’il soit là des fois. Ça permet aux autres de pouvoir être géniaux et de ne pas se prendre la tête.

Virage : Pour en revenir à ta grande carrière de footballeur, tu penses que comme tous les autres tu finiras au Variété Club de France ?

Julien Cazarre : Sûrement pas, je déteste ce genre de truc. Ca me gonfle. « On n’a un point commun, on est connu », c’est quoi ce délire ? C’est quoi le concept, ah on est connu. C’est comme les Enfoirés mais ça rapporte rien aux pauvres (rires), il y a tous les défauts mais pas les qualités.

Je n’ai aucun souci sur le côté « c’était mieux avant », t’aimes le PSG ou t’aimes pas le PSG, tu choisis pas.

Virage : Est-ce qu’aujourd’hui tu préfères le PSG QSI ou le PSG Colony ?

Julien-CazarreJulien Cazarre : Déjà c’est pas pareil. Le pire pour moi c’est Colony, c’est-à-dire que Colony Capital, si t’es un vrai supporter du PSG, ça doit être la pire époque, parce que c’est le cynisme. C’est-à-dire que c’est pas beaucoup plus classe que le Qatar, mais c’est quand même des fonds de pension, donc c’est ce qui gangrène l’économie mondiale. Les qataris vendent du gaz. Alors on aime ou on n’aime pas mais là on parle de mecs qui font partie du concept qui gangrène l’économie mondiale. Ils viennent, ils en ont rien à foutre, juste pour faire de l’immobilier, ils restent 4 ans, ils investissent que dalle et ils se barrent en ayant fait plus ou moins une plus-value sur la vente. Si c’est pas ça les pires années. Je préfère le PSG Qatari, les mecs arrivent, ont un vrai projet pour le club. Et puis je n’ai aucun soucis sur le côté « c’était mieux avant », t’aimes le PSG ou t’aimes pas le PSG, tu choisis pas.

Je ne sais pas comment tu arrives, tout d’un coup, en fonction du président, à dire « je ne suis plus supporter », ça me fascine. C’est con mais je considère qu’un club c’est un peu comme la famille. Quand t’es amoureux de ton club, ben c’est comme ta mère. Si elle se remarie avec un con c’est pas pour ça que t’aimes plus ta mère. T’aimes pas ton beau-père, ben c’est pas grave t’aimes pas ton beau-père mais c’est ta mère. Ben moi le PSG c’est pareil.

Ils ont sûrement plein de défaut les Qataris mais ils sont arrivés, ils n’ont pas changé le nom du stade. Tout les autres qui donnent des leçons ont changé le nom des stades, même le Vélodrome. Le Parc des Princes, ça s’appelle pas le Parc du Prince Al-Thani, bon. Les couloirs du club, c’est les mêmes. Ils ont fait venir Leonardo. Ils ont changé le sigle mais Canal quand ils sont arrivés, ils ont enlevé la Tour Eiffel. Ils ont mis P, S et G en décalé, c’est quand même bien pire. Je trouve que le procès qui est fait aux Qataris est injuste… Ou alors, on ne tourne pas autour du pot et on le dit carrément « on ne veut pas du Qatar, on ne veut pas des Arabes qui ont du pétrole parce que ceci, cela », voilà.

Virage : Autre polémique, la banderole au Stade de France contre Lens, ça t’inspire quoi ?

Julien Cazarre : Sur les ch’tis moi ça m’a fait rire. Après ça dépend, si les mecs qui les font, sont des mecs potentiellement violents et que derrière, il y a un truc… mais sinon par exemple la banderole sur les ch’tis j’ai trouvé ça drôle, et beaucoup de gens ont trouvé ça drôle. Et puis comme on sortait de « Bienvenue chez les Ch’tis » avec Dany Boon, ce con là qui est venu nous faire des leçons de morale et qui connaît rien au foot, il ne connait même pas le milieu des ultras… Le maire de Lens a été reçu par le Président de la République quand même, t’imagines où on va.. Donc moi ça m’a fait marrer. J’aime le PSG même si demain c’est détenu par des fonds nazis (rires).

Virage : Puisqu’on parle politique, à ton avis il existe des joueurs de gauche ?

Julien Cazarre : Le principe d’un joueur de foot de gauche, c’est impossible. C’est des mecs qui n’ont pas le temps d’être de gauche, ils n’ont pas le temps de se faire une opinion de rébellion qu’ils paient déjà l’ISF. Donc pendant que toi t’es au lycée et que t’as envie de faire Nuit Debout, lui il veut juste payer moins d’impôt au même âge. Donc un footballeur de gauche c’est rare et c’est admirable parce qu’il n’y a aucune raison.

Virage : Vikash Dhorasoo il est de gauche non ?

Julien Cazarre : Pour le connaître si ça c’est la gauche, on est tranquille les gars. On va pas être emmerdés. Le grand soir, ce sera pour le lendemain et pas trop tôt si possible ! Mais même lui, il en rigole un peu, il sait très bien que c’est ultra bobo son délire. Cette obsession du mec gaucho, ultra qui veut absolument rendre le foot intéllo, là où il n’y a pas besoin. Et surtout il faudrait rendre le foot au peuple ? Mais il n’appartient pas à quelqu’un d’autre a priori. Quand tu vas dans un stade de foot, c’est quand même plutôt le peuple, c’est pas encore l’intelligentsia en masse.

Virage : Un prono pour l’Euro ?

Julien Cazarre : J’ai beaucoup de mal… Je suis assez agréablement surpris de ne pas m’être trompé sur la Belgique, j’étais persuadé qu’elle était ultra surcôtée. Quoiqu’ils fassent, je pense qu’elle est surcôtée parce qu’ils ont de très bons joueurs mais ils ne savent pas jouer ensemble. Pour moi Wilmots est limité. Ils pourront toujours gagner des matchs parce qu’ils ont des mecs tellement dingues à part Hazard qui est une arnaque. Je trouve que ce n’est pas une vraie équipe. Sinon j’aime bien la Croatie, je trouve ça pas mal, et on ne se méfie pas trop d’eux. Évidemment tu as l’Espagne, l’Allemagne où ça se ballade, ça ira évidemment pas loin du bout. Et les Anglais qui ne sont pas forcément ridicules parce qu’ils ont une belle dynamique (sic). A condition qu’ils ne misent pas trop sur Sterling qui pour moi est un genre de Coman mais en pas intelligent, en bête.

Virage : Et un pronostique pour demain soir (L’interview a lieu le jour de France-Albanie) ?

Julien Cazarre : Je serai à Marseille, au Vélodrome, j’serai pas chez moi à la différence de Blaise Matuidi (rires). Je pense qu’il n’y a plus la crispation du 1er match, donc 3 points. L’Albanie, ils sont cuits parce qu’ils ont beaucoup donné. Et il n’y a pas Cana donc à un moment donné si tu ne gagnes pas facilement. Mets des plots sinon, mets des plots (rires). Je vois une victoire par au moins 2 buts d’écart sinon (bien vu)… En plus il n’y aura pas Pogba, et c’est terrible à dire parce que c’est un joueur génial. Mais quand t’es à son poste, c’est pas comme si tu étais attaquant. Il y a des postes où tu ne peux pas te permettre de perdre autant de balles quand t’es au cœur du jeu, même si tu fais un geste de temps en temps. Non mais trop de coiffure, trop de pompe…

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