Mathieu Faure

par

Il est l’une des meilleures gâchettes de la presse hexagonale
quand il s’agit de parler football. Journaliste chez So Foot puis Nice Matin,
il couvre l’AS Monaco depuis plusieurs années.
Et pourtant, ce natif de Bondy n’a jamais eu cesse de déclarer sa flamme pour le PSG. Que ce soit sur papier ou sur twitter, où il excelle dans l’exercice difficile de la phrase courte mais choc. Ancien membre actif du groupe ultra « AUTHENTIKS »,
il revient pour nous sur son histoire d’amour avec le club de la capitale.

Tu viens d’où Mathieu ?

Je suis né à Bondy dans le merveilleux département de la Seine Saint Denis. Mon père travaillait à l’hôpital Jean Verdier de Bondy donc je suis né à la maison. J’ai toujours vécu à Montreuil, pas loin de la Porte de Bagnolet dans une cité qui s’appelle La Noue. Je suis parti finir mes études à Nice en 2007 quand j’avais 25 ans et j’ai été embauché par le canard dans lequel je bossais à la sortie de mes études, Nice-Matin, et j’y suis toujours aujourd’hui.

Qui t’a inoculé le virus du football au départ ?

Je n’ai pas de souvenir particulier. Mes parents ne sont pas du tout foot. Comme beaucoup j’allais dormir le mardi et mercredi chez mes grands-parents qui étaient aussi à Montreuil. Mon grand-père était d’origine italienne et il aimait bien le foot. Il n’avait pas Canal+ mais le mardi tu avais les matchs de Coupe de l’UEFA qui passaient sur TF1. J’étais tombé sur le fameux REAL-PSG, pas celui mythique du match retour. Mais celui qu’on perd 3-1 à l’aller. J’ai dans les 11 ans. J’aimais bien le foot, je faisais des albums Panini, je matais « Olive et Tom » etc… Mais c’est mon premier vrai souvenir du PSG. J’ai vu perdre cette équipe mais je trouvais qu’ils étaient beaux et cools et mon grand-père disait une chose assez simple qui était : « On habite Paris, on supporte Paris, on ne va pas chercher ailleurs ». 1 an plus tard mes parents m’ont offert le maillot Commodore du PSG, que j’ai toujours chez moi d’ailleurs. C’est l’année où ils sont champions et je me souviens que j’ai emmené ce maillot au collège. Ça ne se faisait pas trop à l’époque, je l’ai donc mis sous mes deux t-shirts, je ne voulais pas le sortir, sauf le midi quand on se tapait des foot.

De son côté, ma mère bossait à l’époque pour le ministère de la « Jeunesse et Sport » à Bobigny et la tribune G du Parc était la tribune du Conseil Général et elle avait des places gratuites de temps en temps. Du coup un an plus tard ils m’ont fait une surprise en m’emmenant au Parc pour le fameux PSG-Monaco où Laurent Fournier fait un sombrero sur Lilan Thuram avant de marquer. C’est mon premier match au Parc (Ndlr : 9 septembre 1995). J’ai 13 ans et j’ai trouvé ça superbe. Petit à petit je suis devenu fidèle au PSG. J’étais abonné à Onze Mondial, j’avais les fameux posters de début de saison avec la photo de l’équipe dans ma chambre, des posters de Bernard Lama et de David Ginola. J’achetais les cassettes VHS Euro PSG que je saignais à mort. Je crois que celle de 1994-1995 je la connais par coeur. Tu me mets le mute je fais le son tout seul. Sauf que je m’arrêtais toujours au match de Milan. Avant le premier but de Boban du match aller. J’ai du la voir 200 fois.

Résumé du but de Laurent Fournier lors de PSG-Monaco, cliquez ICI

Penses-tu faire partie de la première génération de supporters de banlieue ou parisiens pour laquelle le PSG s’est imposé comme une évidence ?

J’avais des potes qui aimaient le PSG au collège ou dans mon quartier mais il n’y avait pas cet engouement comme aujourd’hui. Tu n’avais pas internet ni les réseaux sociaux, c’était moins médiatisé. Mais quand je suis venu régulièrement au Parc après la coupe du Monde 1998, c’est le moment où les tribune ont vraiment pris de l’importance. Tu venais plus au Parc pour l’ambiance que pour le foot en soit. Tu avais aussi plein de revues comme Sup Mag ou Le 12ème homme par la suite qui mettaient en avant les tribunes. Le PSG n’allait pas bien du tout. Je suis arrivé au pire moment entre 1998 et 2010. On ne gagnait quasiment rien mais il y avait un murmure qui disait qu’il fallait aller au Parc car il y avait un truc qui s’y passait. Il fallait être dans un groupe Ultra. Je l’ai surtout senti quand j’étais au Lycée ou à la Fac. Quand tu arrivais dans les amphis, tu voyais des mecs avec un peu de matos, on se regardait, on se comprenait. A la pause on se parlait, on portait des écharpes de groupes ultras italiens, genre la Fossei Dei Grifoni, etc. On se reconnaissait entre nous. C’était un mouvement un peu underground.

Ça coïncide aussi avec l’explosion du rap français, d’une culture banlieue ?

Oui, il y a des groupes qui étaient proches de ça comme les Tigris Mystic avec leur « Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction » qui vient de la Scred Connexion. Venant de Montreuil j’étais beaucoup plus marqué Auteuil, ambiance Hip Hop, NTM tout ça. C’était mon univers. C’était logique que ça m’attire. Et puis c’était un peu la première fois que venir de Banlieue n’était pas considéré comme quelque-chose de péjoratif. Tu rentrais dans Paris, tu amenais un truc un peu sauvage, d’un peu différent au Parc. C’était en opposition à ce qui se passait à Boulogne également. Venant de banlieue, ça me semblait être une suite logique d’aller à Auteuil.

ITW Mathieu Faure Virage PSG
David El Magnifico (c) Panoramic

Il y a des joueurs qui t’ont marqué au début ?

Oui, Lama et Ginola. Lama car quand tu es petit tu veux toujours avoir l’attirail du gardien de but comme dans Olive et Tom, après tu mets la casquette, le jogging, tu te la racontes. Ginola il était en poster dans ma chambre, je lui faisais un bisou avant de m’endormir… ce poster Onze Mondial où il fait son amorti poitrine… Je suis capable de l’encadrer et de le mettre dans mon salon si je le retrouve. C’était le mec beau, quand tu allais au Parc tu ne voyais que lui…

France-Bulgarie 1993, comment as-tu vécu le traitement médiatique à son encontre ?

Bizarrement je n’ai jamais été trop attaché à l’équipe de France. Je ne saurais te l’expliquer. Je m’en fous complet. Les 2 coupes du Monde, ça ne m’a rien fait. Je suis complètement détaché. Pendant les trêves internationales, quand le PSG ne joue pas, ma vie est d’une tristesse sans nom, je me désintéresse alors du football pendant cette parenthèse… Donc pour France-Bulgarie je n’ai pas eu de haine envers Ginola. Ginola c’était le mec de PSG-Real, PSG-Barça, PSG-Milan il est fabuleux. C’est le joueur du PSG des années 90. Tout le monde le détestait. Il représentait tellement ce que j’aimais au PSG : beau, fort, détesté partout. C’est ma première idole de foot, mon idole de jeunesse. Je l’ai rencontré il n’y a pas longtemps grâce au boulot et c’est le seul mec avec qui j’ai fait un selfie en 10 ans. C’était 2 ans après son malaise cardiaque, on a cru qu’il allait y rester… Ça m’a fait un truc, franchement. C’est comme perdre un tonton, alors qu’il est parti il y a 20 ans du Club. J’étais content de le toucher, oui de le toucher, c’est ma Madeleine de Proust, mon enfance. Pour tous les mecs de mon âge qui sont venus au Parc dans les années 90, c’est un mythe. C’est un marqueur pour moi.

Parlons de ton passé d’Ultra. Avais-tu connaissance de ce monde avant d’y entrer ?

Je m’y suis vraiment intéressé une fois que je suis rentré dedans. Au début tu vas au Parc pour le foot puis tu vois des mecs qui mettent de l’ambiance. Alors tu te rapproches d’eux, tu les observes. Et puis j’ai eu une chatte de cocu en fait. J’avais une meuf à l’époque depuis 3 ans. Elle m’a plaqué. J’étais dans le bad. Les WE pour moi avant c’était cinéma et galoche. Je me suis dit, « vas-y maintenant je vais aller au Parc ». Je suis arrivé un mois de janvier 2002 pour un PSG-Lorient complètement naze sur le papier. J’ai pris des places au hasard en tribune. Y a des mecs juste en bas qui mettent une bâche et qui donnent des drapeaux. Ils nous demandent si on est motivé pour les rejoindre. Je dis oui. J’étais avec un pote à moi et on y va. Et on se retrouve au premier rang à chanter juste devant la bâche des Authentiks. C’était la première fois qu’ils bachaient ! On gagne 5-0. C’est un super match. Je décide alors de m’abonner pour tout le reste de l’année.

Résumé du match PSG-Lorient de 2002, cliquez ICI

J’y retourne pour un PSG-Sedan, derrière la bâche, on était une dizaine au début. Les Stewarts du PSG enlèvent la bâche qui était au-dessus des panneaux publicitaires. Les Supras sont venus nous expliquer, nous aider, notamment Boat (Ndlr : Capo des Supras). Pendant ce temps, on fait les déplacements, on va à Guingamp, à Montpellier, on fait des cars communs avec les Supras et on commence à échanger. Ce sont mes premiers déplacements et j’accroche direct. Je suis quelqu’un de nature très curieuse, qui échange facilement donc c’était top. Et puis c’était les débuts d’internet. On a été un des premiers groupes à se structurer grâce aux forums sur internet. On n’avait pas de lieu pour se retrouver au départ. Il y avait des chats ultras sur IRC, Caramail… Tu avais plein de supports utiles. Comme on habitait pas aux mêmes endroits, on pouvait se retrouver sur les forums, c’était très organisé, un forum par cellule…. Au début des années 2000, tu avais accès facilement aux informations sur le mouvement ultra à Paris, en Italie ou en Angleterre à travers le site mouvement-ultra qui était une référence à l’époque. En 6 mois je me suis construit une culture ultra conséquente en lisant, en échangeant, en commandant les fanzines d’autres groupes, etc.. On avait pas tous internet à la maison, par exemple j’allais à la BNF où tu y avais accès pendant une heure gratos, j’en profitais. Internet était important, ce n’était pas le bordel d’aujourd’hui. Et on faisait des rencontres. J’ai correspondu avec des mecs de Bordeaux, de Strasbourg mais aussi en Italie. On pouvait retrouver ces potes d’internet ensuite dans le stade, tu échangeais du matos, des stickers, etc.

En fait tu es rentré aux Authentiks un peu par hasard ?

Oui. J’avais 19 ans et beaucoup de temps. En 6 mois je me suis retrouvé au cœur du groupe, avec un petit noyau. Si tu es investi aux débuts d’un groupe, tu te retrouves très vite avec des responsabilités. Après plusieurs déplacements, tu vois rapidement qui est fiable ou non. Comme le groupe a grandi très vite, et que ça me plaisait, ça s’est fait comme ça. Je suis venu aux réunions, c’est devenu ma préoccupation quotidienne très rapidement. Je ne vivais que pour ça, que par ça. C’est devenu une passion humaine et ça me fascinait. Dans le groupe, avec le temps, je suis devenu responsable du fanzine (Ganaderia), j’aimais déjà écrire sur les forums. Y avait ça au fond de moi.

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Une jeunesse rouge et bleu (c) Collection personnelle

Comment tes parents ont réagi à tout ça ?

Je suis fils unique, je n’étais pas un gamin turbulent, je ne fumais pas, je ne buvais pas, je ne suis pas tombé dans la délinquance, mon seul vice c’était le mouvement ultra. Au début je mentais un peu. Je faisais du Volley, donc je leur racontais que j’allais à un tournoi, qu’on jouait pendant deux jours au fin fond du 93, etc. En fait je ne voulais pas les inquiéter. Quand tu vois qu’à Marseille sur un dep’ tu peux avoir 57 blessés… J’avais 20 ans, j’étais responsable, mais bon, je ne voulais pas qu’ils se fassent du mouron car c’est compliqué d’expliquer cette passion. Je me suis quand même fait gauler pour un déplacement dans le Doubs à Sochaux en janvier pour la Coupe de France. Il y a une torche qui m’a explosé dans la main et j’ai terminé aux urgences. J’ai failli perdre ma main. Quand ma mère a vu que je n’étais pas rentré à minuit et demi elle a appelé mon entraineur de Volley qui lui a dit qu’il n’y avait pas de match ce WE là. Je suis rentré à 4 heures du mat’, je me suis pris une tarte dans la gueule. T’as beau avoir 20 piges, ça reste ta mère. C’était une italienne, mère de fils unique, à 4 heures du matin, son regard ça te fait passer la douleur de ta main pour un pipi de chat…

Par exemple, quand je suis à Marseille en 2009, et que ça part en couille Boulevard d’Athènes, elle a été inquiète, elle savait que j’y étais, ça passait sur les chaînes d’infos etc. Pareil à Nice en 2002, ou quand j’étais à Bastia en 2004. Mais ils me faisaient confiance car ils savaient que je n’étais pas le genre à faire n’importe quoi. Et puis il ya un truc rigolo c’est que ma grand-mère était couturière de profession. Au début, t’es dans la débrouille alors elle a fait la couture chez elle à Montreuil pour le groupe : des deux mats, des voiles pour les premiers tifos. On l’a invité au Parc pour PSG-Lyon en tribune G avec mon père pour la remercier. Dans ma famille, très vite, m’investir dans un groupe ultra ça a été plutôt vu comme « le petit, il fait un truc qui lui fait du bien, il ramène des potes à la maison, on lui fait confiance ». Ils s’y sont intéressés parce que j’étais dedans et parce qu’ils m’aimaient. Ils m’ont toujours fait confiance.

Tu es resté combien de temps chez les ATKS ?

Jusqu’à la fin. Je me suis carté en 2002 et j’ai arrêté à la fin du groupe en 2010. C’était ma deuxième famille. J’aimais et j’aime toujours mon groupe. C’était une expérience extraordinaire. Je vois toujours des gens du groupe, je pars en vacances avec eux. Quand je repense à tout ce qu’on a fait ensemble, j’aime tout. Quand j’ai commencé on partait à deux bagnoles au Havre en déplacement. A la fin on était 80-90 à partir avec 450 cartés. La G, quand tu vois l’évolution entre 2002 et 2010… on a créé un truc unique au Parc.

Qu’est ce qui vous différenciait des autres groupes d’Auteuil ?

Déjà on a grandi très vite par rapport aux autres. On a beaucoup été aidé notamment par les Supras qui étaient un très bon modèle. Mais on s’est quand même construit petit à petit avec notre identité. On était structuré, on avait beaucoup de gens sains et stables. Quand tu prends le noyau de 2002, il a très peu changé jusqu’à 2010 même s’il y a beaucoup de bons jeunes qui sont arrivés. Quand tu venais chez nous tu y étais bien. Ce n’était pas un tremplin pour aller ailleurs. Et puis on était un peu atypique. A la fin notre logo c’était un mec de la croisière s’amuse, un blackos un peu funky. Au début c’est un taureau. Puis on a fait un deuxième taureau inspiré des Houston Texans, l’équipe de foot américain. Mais on a reçu un courrier de la NFL qui nous disait de changer notre logo sinon c’était le procès. On est alors parti sur autre chose et comme on aimait la musique Funk… Bref on ne se prenait pas la tête.

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Le fameux VAG (c) Panoramic

En 3 mots comment tu résumerais les ATKS ?

C’est difficile. Déjà on ne parlait pas trop de nous, là je te parle mais c’est ma simple histoire. Mais je dirais qu’on était atypique, à la fois sérieux, mais aussi jeunes et insouciants et on était des bosseurs. Car un groupe Ultra c’est beaucoup de boulot. Et tout le monde est bénévole, tu donnes de ton temps sans rien attendre en retour. On est là par amour mais il faut un truc structuré avec une hiérarchie pour savoir où tu vas. Bref c’était une famille. A mon mariage il y avait des mecs du stade, Phil Collins en fond musical, chez mes parents il y a encore des stickers ATKS, ça fait partie de mon identité, de ma famille. Mon groupe, parce que je dis « mon » groupe, fait partie de moi, de mon ADN. Pour les 15 ans du groupe, on avait fait un site internet un peu « vintage » où j’avais fait un petit papier pour nous décrire. C’est comme une déclaration d’amour à ce groupe unique.

La déclaration d'amour de Mathieu aux ATKS, cliquez ICI

Le Parc de l’époque, jamais égalé malgré les tensions ?

C’était énorme. Tu avais un virage Auteuil à l’apogée. Déjà il y a eu les 10 ans des Tigris. Entre 2003 et 2006 il y a eu plein de moments fabuleux. Plus il y a eu un petit passage à vide avec la disparition des Tigris. Mais les Supras ont repris le lead. Les 15 ans des Supras c’était énorme. La finale de la Coupe de France contre l’OM en 2006 c’était énorme. Quand les supporters adverses venaient au Parc, on leur envoyait des tartes vocales. J’ai jamais retrouvé ça ailleurs, même dans d’autres stades. J’ai vu de grosses ambiances mais le Parc c’était tous les week-ends. C’est vrai qu’il y avait un antagonisme latent entre les 2 tribunes. Auteuil rattrapait son retard sur Boulogne et il y a une passation de pouvoir qui ne se passait pas bien. T’avais une émulation. Il fallait marquer son territoire.

Ça ne te faisait pas chier ce rapport compliqué entre les 2 virages ?

Au début c’était excitant car c’était pacifique entre guillemets. Puis il y a eu les rixes entre Tigris et Boulogne. Avec le recul on aurait peut-être dû faire quelque chose mais tu sais, on était jeune, et c’est facile avec du recul. Puis il y a eu une accalmie pendant 3-4 ans. Un pacte de non-agression tacite. Puis en 2009-2010 ça repart et c’est le point de non retour. Quelques part à la fin tu es content que tout s’arrête car les déplacements ça devenait vraiment compliqué d’y aller. Tu savais que ça pouvait partir en couille à chaque instant. Ça n’avait plus de sens. Le football était devenu secondaire. On y allait car on était un groupe, il ne fallait pas qu’on se couche. Et à un moment, ça devenait même chaud à domicile. A la fin ça devient pesant. Tu n’es pas venu pour ça. Ça n’avait plus de sens…

En 2010 tu es déjà journaliste ?

Oui ça fait un an que je suis à Nice-Matin. Je me souviens qu’en 2009 je suis allé à Marseille pour OM-PSG. Celui où ça part en couille. J’ai même écrit sur ce match. C’est une des rares fois où j’ai cru qu’il allait se passer quelque-chose de très grave. Le match avait été annulé à cause de la grippe A. On était à la gare Saint Charles et il y a un mec qui s’est fait renverser, là tu ne sais comment tu rentres ni quel est son état de santé. Sur le moment je ne sais pas trop ce que je fais. Il y a eu quelques déplacements où tu sais que tu es à la limite…. A Nice par exemple, où on était dans le bus des Lutece Falco. On n’était pas nombreux. On arrive au niveau de la Rotonde de la BSN (Brigade Sud Nice) et puis machinalement tu lances un « Nissa Merda ». C’est comme si un bus des CU84 arrive devant Auteuil et balance « Paris on t’encule »… On s’est fait massacrer le bus. La Finale de la Coupe de France 2006 aussi. On avait fait un grand cortège pour aller au Stade France. Ce jour là j’ai la bâche à domicile du groupe sur le dos et à un moment donné je me retrouve tout seul avec ma meuf et je perds tous les mecs de mon groupe. Et je vois des gens qui traversent le cortège en courant. Je suis en parano totale, je ne sais pas si c’était des indeps, des marseillais… et là j’ai un moment de stress énorme. En 2010, chaque match était comme ça, sur le qui-vive en permanence.

Comment rentres-tu à So Foot ?

J’ai toujours aimé So Foot car c’était l’une des rares publications qui parlaient des supporters. Il y avait Nicolas Hourcade, avec qui je me suis lié d’amitié par la suite. Comme je voulais travailler dans le monde du journalisme, c’était normal que je veuille travailler avec eux. En 2008 je fais un mémoire sur les supporters dans le cadre de mes études. Je rencontre Nicolas à Lyon. Je lui demande des contacts chez So Foot, j’envoie plusieurs mails et ma porte d’entrée ce sont les supporters. Je leur ai proposé un Top 10 des rivalités dans le foot anglais pour le site internet qui n’avait pas beaucoup de papiers à l’époque. ils m’ont dit de l’envoyer. Ça leur plait et ils le publient. Du coup je deviens le mec qui s’intéresse aux tribunes et qui leur fait des petits papiers là-dessus. Puis toujours dans le cadre des mes études j’ai dû faire un stage au sein du magazine, rue du commandeur dans le 14ème. Je commence comme ça. Aujourd’hui je suis toujours pigiste pour eux et j’ai enchainé sur Nice-Matin où je suis embauché en 2009 et, parfois, je collabore sur des papiers sur les tribunes. C’est vrai qu’il y a peu de journalistes qui ont eu une vie en tribune.

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PSG-OM 2019 (c) Panoramic

Ça t’a aidé ce passé d’ultra dans ta carrière ?

Oui forcément car tu as un regard que les autres n’ont pas. Quand je vais au stade, j’ai la prétention de comprendre ce qui se passe sur le terrain mais aussi dans les tribunes. Et pour certains confrères ce n’est pas du tout le cas. Par exemple, lors du dernier PSG-OM, quand sort la bâche marseillaise du CU84 dans le Virage Auteuil, certains ont dit qu’ils avaient volé une bâche dans la journée, etc.. Non c’est une bâche qui a été volée dans les années 90 ! Ils n’ont pas tous les codes.

Tu crois que le sujet Ultra devrait être mieux traité dans les media ?

Oui mais il faudrait déjà que les ultras acceptent de parler. Et de tout. Tu ne peux parler que des interdictions de déplacement, de la répression policière, de la lutte contre les fumigènes, bref, de tout ce qui te donne le bon rôle. Il faut aussi parler de la violence, car certains groupes viennent chercher. Je sais que ça fait partie du système, le côté un peu machiste, le Trash-talking, la guerre des territoires, le chambrage, l’intimidation. Il faut accepter de parler de tout. Et certains mecs sont borderline, limite hors la loi, c’est le jeu mais tu ne peux pas aborder le mouvement ultra avec des filtres, il faut tout raconter ou ne rien écrire. C’est un milieu underground qui a souvent suivi le « pour vivre heureux, vivons cachés ». Mais à l’époque des réseaux sociaux, de la sur-médiatisation, est-ce encore possible ?

Quand tu arrives à Nice Matin et que tu commences à suivre l’AS Monaco tu as caché ton passé d’ultra ?

Non pas du tout. En fait j’ai un compte Twitter depuis plus de 10 ans. Je ne me suis jamais caché. Et au journal on ne me l’a jamais reproché. Il faut que tu trouves un ton où tu n’es pas dans l’insulte, et surtout pas l’insulte gratuite. Et puis je suis Monaco qui est un club particulier. Je ne pense pas que ça se passerait très très bien si c’était à l’OGC Nice… De toute façon j’ai la chance de pouvoir rester extrêmement objectif. Même quand il y a des PSG-Monaco. Bizarrement le club avec lequel je suis le plus critique, c’est mon propre club. Je suis super exigent avec lui car je l’aime fort, c’est mon gamin quoi. Aujourd’hui j’ai plus de 30.000 followers alors que je ne raconte rien d’extraordinaire. C’est assez rare comme positionnement pour un journaliste de Presse quotidienne régionale, je ne dirais pas que c’est un plus, mais ça permet, peut-être, de se démarquer.

Est-ce qu’écrire quotidiennement sur twitter est un exercice de style que tu t’imposes ?

Non car ce que j’écris, c’est assez proche de ce que je suis. Tu grandis un peu avec. Et puis c’est un outil formidable pour mon boulot. Ça m’a permis de faire des rencontres. D’être mis en relation avec le PSG parce que mon nom revenait souvent… Mais ma femme trouve que je suis dessus un peu trop. Et sur le style j’essaye d’avoir une ligne éditoriale assez proche de ce que je suis mais qui a évolué depuis mes débuts car on grandit tous, on murit. J’évolue aussi dans un milieu où le mot est important, où il y a beaucoup de vannes entre confrères. Il faut exister comme ça. Chez So Foot c’est comme ça. Si tu n’as pas de répondant, de bagout, tu ne tiens pas un mois… Tu as de grosses personnalités, de mecs très drôles. A Nice Matin c’est pareil, tu as des plumes, des grands reporters, le milieu du foot c’est particulier. Et puis j’aime bien donner mon point de vue pendant les matchs du PSG, échanger sur twitter. Comme je ne vais plus au stade, que je suis loin de Paris, que je suis souvent seul chez moi ou au boulot à kiffer le PSG, ça me permet de garder le contact avec une communauté de fans parisiens. Je suis dans mon salon 2.0, avec des potes, tu vibres.

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No Jeremy, No Party (c) Panoramic

Ma femme m’a filmé en 2013 lors du Lyon-PSG du titre. Je suis sur le canapé, j’ai ma capuche sur la tête, je sautille partout, je me ronge les ongles, j’hurle lorsque le match est fini, c’est mon premier titre car en 1994 je suis trop jeune pour apprécié. Là, je suis seul à Nice mais je kiffe. 1 mois après, je me marie et je remercie Jeremy Menez au micro pour son but à Lyon qui nous donne le titre ! De toute façon plus tu vis éloigné de Paris, plus tu te revendiques parisien. Quand je suis en vacances et qu’on me demande d’où on vient, je dis que je viens de Paris alors que j’habite Nice. Au bureau j’ai une figurine de Pastore sur mon ordinateur, le brassard de Makelele, des posters au mur, des stickers, je suis le titi parisien. Mon petit a des maillots de Paris aussi, c’est normal pour moi.

Tu aimerais transmettre cette passion à ton fils ?

Evidemment. Là, je l’ai emmené au Parc pour le PSG Experience. Je pourrai l’emmener au stade de Nice ou Monaco car j’ai cette facilité mais par principe le premier match qu’il ira voir en vrai ce sera au Parc des Princes. Qu’il aime ou non, ce n’est pas grave mais je vais tout faire pour lui transmettre ce que j’aime, car c’est un devoir de transmission. Si ça prend tant mieux, si ça ne prend pas il aimera autre chose.

Ultra et journaliste, tu vois quelques similitudes liées au voyage ?

Oui, c’est ça que j’aime dans mon boulot : les déplacements. Après je me déplace dans de meilleures conditions que lorsque j’étais ultra, quand on voyageait dans des cars où des mecs vomissaient à peine le bus sur le périph’. En plus Monaco joue l’Europe donc ça permet de voir des beaux stades au Portugal, en Turquie, en Belgique, en Allemagne. Depuis 2013 j’ai du faire 50 stades.

Tu te vois continuer longtemps ce métier ?

C’est dur car tu n’as pas de vie de famille. Je bosse tous les WE, je n’ai pas de jour commun avec ma femme, je bosse tard. Pendant l’Euro je suis parti un mois. Mon fils avait 1 an, il a fait ses premiers pas, je n’étais pas là. C’est compliqué. Là je suis encore jeune, j’ai encore envie de le faire, mais je commence déjà à me dire qu’il faudrait réfléchir à l’après, à faire autre chose au journal.

Tu as dis dans une interview que tu aimais Javier Pastore pour son inconstance et sa capacité à te faire lever de ton siège sur une action. Le PSG c’est pareil non ?

Oui. En fait les trucs parfaits ça me fait chier. Je me lasse très vite. J’aime le fait d’être surpris. Le mec peut être nul tout le match et te sortir une action qui débloque le match. Le PSG c’est ça. T’as beau avoir des millions, tu te tapes une crises tous les ans.

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En 2020, il resigne avec le maillot historique (c) Panoramic

Du coup, ton avis sur Kylian ?

J’adore Kylian mais je n’ai pas la passion Mbappe. C’est un joueur incroyable, ça va être un monstre. Je l’ai vu jouer à 15-16 ans à Monaco, tu savais déjà… C’est un bon gamin. En plus il vient de Bondy, donc j’ai un petit lien affectif avec lui. Mais c’est un joueur trop parfait. Il ne me laisse pas indifférent mais ce n’est pas le genre de joueur que j’aime d’amour.

Un joueur aujourd’hui à Paris pourrait te refaire sortir de ton fauteuil ?

Ils me font tous un peu kiffer car ils sont tous très forts. J’aime bien Verratti car il a cette inconstance, il est très fort mais il a cette vie d’étudiant Erasmus. J’aime bien la personnalité d’Icardi. Mais je me rends compte qu’aujourd’hui je ne suis attaché à aucun des joueurs de l’équipe actuelle. Mais j’aime cette équipe. N’importe lequel de ces joueurs peut se barrer de Paris, je m’en fous.

Quel joueur aimerais-tu voir porter notre liquette dans les années à venir.

Pastore, il faut le faire revenir, ah ah ah… Non, je suis dans une époque où il y a peu de joueurs qui me font bander. J’ai juste envie que ça marche pour cette équipe. Par contre j’étais très content du retour de Leonardo. Je ne suis jamais très fan des mecs qui reviennent avec leur ex, mais tu avais besoin de lui à ce moment-là. Car en mars-avril je ne savais pas où on allait, j’étais très inquiet. On était capable de repartir avec exactement la même chose et de se replanter. On avait besoin d’un gros changement. Et le gros changement c’est lui. Il n’aurait jamais du partir en fait. C’est le mec arrogant, classe. Il a un peu de Francis Borelli en lui. Nasser il est trop propre. Il fallait un petit voyou, il fallait un Jean-Paul Belmondo…

Tu arrives toujours à apprécier un match du PSG, à t’enflammer malgré ton métier et ton passé d’ultra ?

Tout le temps. C’est parfois même pire qu’avant. J’ai des stress pour rien. En plus je suis un éternel pessimiste. J’ai toujours l’impression qu’on va se faire tamponner à chaque match. Qu’on reçoive Reims ou n’importe qui, ça me fait toujours kiffer. Le lendemain je suis toujours content d‘acheter les journaux quand ça marche bien. Mais j’évacue vite les déceptions, comme la remontada. Tu dors une nuit dessus et ça repart. Je prends ça avec dérision et puis j’ai un petit garçon, j’ai perdu ma maman assez tôt dans des circonstances assez compliquées, alors tu relativises aussi très vite. En revanche, j’appuie sur les trucs qui ne vont pas même dans les bons matchs. Comme la deuxième mi-temps contre l’OM. Le devoir d’exigence il doit être là. Tu dois appuyer pendant 90 min. Malgré tout, j’ai l’impression qu’on n’arrivera jamais à gagner la Ligue des Champions car je suis un pessimiste et que c’est le PSG. Tous les ans on dit que ça se passe bien puis au mois de mars c’est de la merde. Pour l’instant le schéma est le même que d’habitude. On a un bel effectif, on a du banc, on est les champions du monde des phases de poule mais dès que ça devient chaud, on s’écroule… On a éliminé personne depuis 3 ans et demi ! Qu’on élimine une équipe, même nulle, je m’en fous, mais qu’on passe au moins un tour. Ouais, j’en suis là…

Quand tu retournes au Parc, as-tu ce double sentiment de plaisir et d’amertume comme beaucoup d’anciens ultras ?

J’ai mis longtemps à revenir au Parc. C’était un PSG-Rennes en 2012. Nenê met un triplé. J’étais placé en latérale. Je ne suis jamais retourné en tribune G, et je n’y retournerai jamais. Pour ce premier match c’était dur. J’avais l’impression de retourner dans ma chambre chez mes parents et qu’ils avaient tout changé, comme si quelqu’un d’autre y habitait. J’avais des repères et en même temps j’étais perdu. C’était très particulier. Puis j’y suis retourné plusieurs fois pour le boulot. Mais ce n’est pas pareil quand c’est pour le taf parce que tu es dans un moule différent. J’y suis retourné 2-3 fois pour mon plaisir, le 7-1 contre le Celtic, le 7-1 contre Monaco, le dernier PSG-OM. Pour le Celtic j’étais avec des potes, je sautais, je chantais un peu. Mais je ne passerai plus 90 min. à chanter debout comme avant. C’est fini. Je suis plus en mode daron qui profite. Et puis le fait de bosser sur le foot toutes les semaines dans des ambiances différentes, tu prends du recul, de la distance avec le terrain. Mais chez moi je suis beaucoup plus excité.

Aujourd’hui que manque-t-il au PSG pour passer les 1/8 et les 1/4 selon toi ?

Déjà beaucoup de chatte au tirage. Il faut franchir un tour et taper une équipe de merde. Casser le plafond de verre que nous avons au-dessus de nous. Avoir aussi de la chance d’avoir tous nos joueurs, pas de blessé et que ça tourne un peu. Des fois tu te dis que c’est l’année où tu t’y attends le moins que ça passe, comme l’année où Ibra est parti.

ITW Mathieu Faure Virage PSG
Un seul mâle vous manque et tout est dépeuplé (c) Panoramic

Tu trouves qu’il manque aujourd’hui dans le vestiaire ?

Ça manque de leaders. Y a pas de mâle alpha. C’est une équipe où il y a beaucoup de très bons suiveurs : Di Maria, Marquinhos, Verratti, Thiago Silva. Ce sont des supers joueurs quand tout va bien. Mais j’aimerais voir qui va prendre tout le monde par la main quand ça ira mal. Car à un moment donné ça va mal tourner. Le noyau de notre équipe, c’est le même qui échoue depuis 6-7 ans. Qui sera le taulier quand on sera mené 2-0 au retour et qu’il restera 10 min. à jouer et qu’il faudra faire l’exploit. Ce groupe là m’inquiète un peu sur ça. J’ai peu confiance en leur capacité à se révolter…

Tuchel-Léonardo, doublette Germano Aurvirede compatible ?

Tant que ça va oui, mais au premier couac, j’ai l’impression que Tuchel va dégager. Parce que Léonardo n’a pas choisi Tuchel, il a d’autres mecs en vue. Tuchel a déjà survécu à Manchester. Si il y en a un deuxième, c’est inconcevable de continuer avec lui. Après j’étais content qu’on le prolonge. Il a des responsabilités dans Manchester mais pas que. il voulait un groupe étoffé, il ne pouvait pas bosser avec Antero… Là il a du matos. Si il se viande il n’a plus d’excuse.

Malgré ton pessimisme naturel, au fond de toi la C1 tu y crois ?

En théorie, Paris peut gagner, oui. Au bout d’un moment c’est cyclique, sur le papier tu as des joueurs hors norme pour gagner la C1. Si tout s’aligne bien sur une campagne… Regarde l’Ajax ou Tottenham la saison dernière. En finale, même sur une demi-finale, sur un match tout est possible. Il nous manque beaucoup et pas beaucoup à la fois. Mais j’ai l’impression que Paris est un club qui n’a pas le karma pour ça. C’est un club hyper bordélique où ça ne se passe pas comme ailleurs. La remontada, Manchester, ton meilleur joueur qui se pète deux fois le métatarse… Depuis qu’il y a QSI, peut être qu’on a vendu notre âme, je sais pas, il faut qu’on le paye. Depuis 2011 on a éliminé que 3 équipes ! Chelsea, Lerverkusen et Valence. C’est quand même pas beaucoup. La remontage à la rigueur, mais Manchester ! On a perdu face à une équipe qui ne voulait même pas gagner. On a vraiment une équipe de faibles ! Forts contre les faibles, faibles contre les forts. Je n’ai plus confiance en eux en fait. Je les soutiendrai, mais je n’ai plus confiance. Qu’ils éliminent déjà une équipe en 8ème et après on verra.

Si un jour on va en finale tu fais le déplacement ?

Comme tout le monde, je nique mon PEL et j’y vais ! Ma femme le sait. « Chérie, si on va en finale, tu m’oublies. Les 10 ans du petit, nos 10 ans de mariage, tu fais comme tu veux mais rien à foutre je serai pas là ». Comme elle est parfaite, elle comprendra mais elle me dira très calmement « vous allez perdre car vous êtes mauvais ». Et si jamais on perd, elle m’enverra un petit texto le soir même « SHAY ». C’est de bonne guerre. Je pense que, souvent, le PSG est pesant pour elle mais elle a l’intelligence de comprendre ma passion. Quand j’ai emmené l’héritier au Parc, je lui ai envoyé une photo du petit et moi sur la pelouse, de lui dans le vestiaire, elle a eu la meilleure réaction « t’es heureux, hein ? ». Elle sait.


Xavier Chevalier

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