JUST DO IT.

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JUST FONTAINE l’a fait. 15 ans après ses exploits suédois sous le maillot de l’équipe de France, c’est comme entraîneur du PSG qu’il aborde une nouvelle étape de sa carrière au début des années 70. Sans savoir qu’elle fera de lui le seul homme à avoir fait monter le club parisien en 1ère division. Il fallait bien raconter cette histoire. Son histoire. Écrite en lettres capitales. C’est depuis Toulouse, où l’ancien avant-centre de 83 ans coule aujourd’hui une retraite heureuse, que VIRAGE a rencontré l’homme qui n’a pas de prénom. Et pourtant, un sacré palmarès.



« Je suis sorti major de ma promotion, avec 14 de moyenne, il faut le dire ça  ! » Tel un adolescent qui vient tout juste d’obtenir son bac, cherchant la reconnaissance dans les yeux de ses parents, Just Fontaine se souvient de son diplôme d’entraîneur. 50 ans déjà. « C’est arrivé comme ça, par la force des choses » lâche l’ancien attaquant de Reims qui a dû stopper sa carrière de joueur à seulement 29 ans, victime d’une double blessure tibia-péroné. « La seconde fois, c’était un 1er janvier, le Boxing Day avant l’heure. Je peux vous dire que je m’en souviens très bien. » Avant de raccrocher les crampons, le boulot de Justo, c’était de marquer. Comme personne. Le fusil qui décore le mur de son salon, soigneusement meublé, rappelle aux visiteurs quel chasseur -de buts- il était. Une récompense reçue en 1958 pour ses 13 réalisations avec l’équipe de France lors de la coupe du Monde en Suède. Record à battre.


Justo, le chasseur français

Just Fontaine entraîneur ? Un saut dans l’inconnu. Qui commence par un imbroglio. A l’époque, début des années 60, impossible d’entraîner chez les pros avant d’avoir 35 ans. Les règlements sont formels. Justo doit prendre son mal en patience. Il entre pourtant par la grande porte en 1967 : l’équipe de France. Un bref passage en tant que sélectionneur. Deux matchs amicaux et puis s’en va. « Je n’étais pas payé donc c’était facile de me virer ». Les bleus à l’âme, Justo se refait une santé en CFA, sur le banc du club de Luchon. Puis avec la section jeune de Toulouse.

Le PSG, un club « Pop »

Le temps passe. Les cheveux poussent. Nous sommes en 1973. La proposition du PSG arrive enfin. Mais quel PSG ? La scission avec le Paris FC a laissé des traces, et les banlieusards -amateurs- de Saint-Germain sont rétrogradés en National. Une montée en D2 plus tard (après le désistement de Quevilly), Daniel Hechter et « le gang des chemises roses » débarquent dans la capitale. Justo répond présent. « J’ai dit oui tout de suite » se souvient Fontaine. « Ça ne sert à rien d’entraîner si c’est pour refuser le PSG. »


Le fameux triptyque Vicot, Hechter, Fontaine

Le changement de vie est soudain. Presque brutal. Au revoir Toulouse, bonjour Paris. « A l’époque, le PSG était déjà un club pop » confie Arlette, l’énergique et élégante femme de « Monsieur Fontaine » comme elle l’appelle affectueusement. Elle accompagne son mari depuis plus de 50 ans. « Il fallait le suivre, alors j’ai suivi » reconnaît-elle d’une voix posée en rangeant le courrier qui s’accumule sur le joli meuble du salon, entre les trophées de concours de pétanque et les photos-souvenirs en noir et blanc. Jean-Paul Belmondo, Enrico Macias, Henri Salvador… Les titulaires indiscutables d’une vie parisienne passée.

Mesdames Hechter et Fontaine, égéries 70’s

La première saison de Fontaine au PSG se déroule sans accroc. Sa cohabitation sur le banc avec Robert Vicot, en poste depuis un an, également. « Il entraînait seulement un ou deux jours par semaine quand j’étais à Toulouse avec ma femme. Mais dès le mardi, je montais à Paris et c’était moi le chef. Je faisais l’équipe. Les joueurs me respectaient. Il y avait un vrai lien entre nous » confie Just Fontaine. Sa philosophie de jeu ? L’attaque, forcément. « On jouait la ligne, peu importe si l’on prenait des buts, et on en a pris ! Il fallait en marquer plus que l’adversaire pour gagner. C’est simple parfois, le football » ironise celui qui avance comme trophée sa victoire « 5-3 contre Toulouse », sa ville de cœur, dès la 2e journée de championnat.

Bilan à la fin de la saison 73-74 : une réussite. Le PSG termine 2ème derrière le Red Star. La 1ère division lui tend les bras. Mais il faut encore passer par les barrages. Une double confrontation face à l’US Valenciennes. Le match aller dans le Nord se solde par une défaite 2-1 des Parisiens « avec un penalty généreux accordé à Wilczek » ne décolère pas Justo. Pourtant, rien n’est joué. Mardi 4 juin 1974, 20h30. 19 511 supporters remplissent le Parc des Princes pour encourager les Planchard, Leonetti, M’Pelé et Dogliani et leur maillot bleu et rouge flanqué du logo Canada Dry. Ce match retour a le goût d’une finale pour Just Fontaine. « L’ambiance était incroyable, électrique, un bruit assourdissant. » Les Parisiens lancent les hostilités. « On marque rapidement grâce à M’Pelé mais Valenciennes égalise ». Le plus dur reste à faire.

Les mots justes

A la mi-temps, Fontaine trouve les mots justes. « Vous la voulez la 1ère division ? Ou vous préférez continuer à jouer sur un terrain devant quelques centaines d’heureux ? Alors gagnez-moi ce match ! » Voilà pour le discours donné à ses joueurs. Au retour des vestiaires, l’espoir est rapidement douché. Valenciennes marque une seconde fois. Just Fontaine se confie alors à Daniel Hechter, assis à ses côtés sur le banc : « Si on n’égalise pas dans 5 minutes, on est cuit. »


Photo de classe de la 3ème B. Collège Jean-Paul Belmondo. Année 73-74.

Croyez-le ou non, 5 minutes plus tard (l’histoire retiendra officiellement la 54e minute), Jean-Pierre Dogliani entretient la flamme d’un joli pointu, après avoir crocheté deux défenseurs. 2-2. La machine parisienne s’emballe. Marella puis Dogliani à nouveau… Dans une chorégraphie qui n’appartient qu’à lui, l’arbitre Robert Wurtz, le Nijinski du sifflet, agite les bras et indique la fin du match. 4-2, le score ne bougera plus. Le PSG est en 1ère division. Un séisme. La terre tremble sous les pas des dirigeants parisiens qui envahissent la pelouse du Parc.

Just Fontaine, lui, ne fera que quelques foulées avant de s’effondrer, bien avant le rond central, victime d’un malaise. « Un coup de chaud, ça arrive ». Chemise blanche grande ouverte sur sa poitrine, Justo retrouve ses esprits avant d’être porté en triomphe par ses joueurs. L’image est restée célèbre. « Le soir, on a fait la fête comme jamais. Je me souviens que la récompense suprême, c’était un bain bouillonnant dans les vestiaires.» Second coup de chaud. Nettement plus agréable cette fois. « Je suis le premier et le seul entraîneur jusqu’ici à avoir fait monter le PSG en 1ère division et ça, personne ne pourra me l’enlever. Comme mes 13 buts en Coupe du Monde.» Deux records pour un seul homme. « Paris en terre promise » titrera le journal L’Équipe dès le lendemain.


Bien avant le massage cardiaque de M.Pokora sur David Ginola

Il faut maintenant honorer cette promesse. La Division 1 est là. RTL arrive, les ambitions aussi, et les résultats doivent suivre. Si possible rapidement. Justo s’occupe -en partie- du recrutement « Mon plus beau coup ? Avoir fait venir Mustapha Dahleb. Les buteurs, ça me connaît. Il savait déjà marquer avant de signer au PSG (NDLR : Dahleb évoluait à Sedan). Mais je me souviens lui avoir fait une leçon sur les passes croisées. Il s’en servait à chaque fois. » Le buteur algérien termine l’année avec 13 buts au compteur. Un timide satisfecit dans une saison morose.

Cruyff, le coup d’un soir

Seulement 15ème du championnat au terme de l’exercice 74-75, le PSG doit se renforcer à l’intersaison. Quitte à tenter l’impossible, comme faire venir Franz Beckenbauer, alors meilleur défenseur (joueur ?) au monde. « Trop cher » répondra la direction de RTL à Daniel Hechter, qui avait pourtant fait le déplacement jusqu’en Allemagne pour convaincre le Kaiser. Justo est témoin de ce spectacle qui se trame en coulisse. Sans lui. Ironie de l’histoire, Fontaine rencontrera Beckenbauer deux décennies plus tard, quand ce dernier entraînait… l’OM. « J’avais trouvé une arme imparable pour briser la glace : du foie gras. Chaque fois qu’on se voyait, je lui apportais un bocal. Il adorait ça. Du coup, on s’est beaucoup vus et on est devenus amis ! »


Johan Cruyff (à droite), directeur du football au PSG. Bien avant Patrick Kluivert.

Avant de plancher sur la saison -compliquée- qui l’attend, l’été 75 confie un dernier devoir de vacances à Just Fontaine : entraîner Johan Cruyff. Rien que ça. Encore un (joli) coup d’Hechter, qui a convaincu la star du FC Barcelone de porter le maillot du PSG à l’occasion du tournoi amical de Paris. Deux matchs, pas plus. Une victoire 3-1 face au Sporting du Portugal, et une défaite en finale 1-0 face à Valence. « Je ne lui ai pas donné beaucoup de conseils » se rappelle Just Fontaine. « Il savait déjà un peu jouer au football (rires). Un vrai gentleman sur le terrain et en dehors.» La suite sera moins élégante.

Justo devant chez lui, à Toulouse.                 Au numéro 13, forcément.

La saison 75-76 sonne le glas de Just Fontaine sur le banc du PSG. Débarqué avant la fin de son contrat (il avait re-signé pour 3 ans après la montée), l’ancien canonnier paye les mauvais résultats du club de la capitale, qui n’a pas encore les moyens de rêver en grand. « On m’a beaucoup promis à l’époque… Si on m’avait donné l’argent du Qatar, j’aurais fait aussi bien que Laurent Blanc.» Motif du licenciement invoqué alors par le PSG : Just Fontaine joue aux cartes avec ses joueurs. L’intéressé confirme et détaille le mode d’emploi : « on se servait d’une valise comme d’une table pour jouer au tarot dans le train.» La justice ne lui en tiendra pas rigueur. 40 ans plus tard, Just Fontaine a conservé de son aventure parisienne un peu d’amertume, quelques regrets, mais surtout une sublime maison avec terrasse nichée en plein cœur de Toulouse. Un cadeau qu’il s’est offert avec les indemnités de licenciement gagnées lors du procès fait au PSG. « Préjudice moral ». La morale de l’histoire.

Les photos de l’interview réalisée à Toulouse sont signées Louis Crépeau (from Chateauroux).

Nous tenons à remercier chaleureusement Madame et Monsieur Fontaine pour leur accueil et pour nous avoir ouvert les portes du souvenir. 
Merci également à Sébastien Parraud pour la mise en relation.

 

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