L’interview inversée

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Un supporter historique du Paris Saint-Germain (1 060 matches au Parc) interviewé par un ancien capitaine du club. Quoi de plus authentique ?
Nous avons laissé carte blanche à Eric Rabésandratana pour interviewer
Stéphane Bitton
sur l’histoire de sa vie : Paris.
Le rendez-vous fut donné au restaurant du 2ème étage de la la Maison de la Radio
.
Un grand merci à tous les deux.


Eric Rabésandratana : Stéphane, ta toute première fois au Parc, c’était quand ?
Stéphane Bitton : Un dimanche après-midi, en 1966, Stade Français – Boulogne en 2è division, 0-0. A l’époque, le PSG n’existait pas, j’allais voir le Stade Français. C’était dans l’ancien Parc, le vélodrome. Je sais exactement où j’étais assis.

Si je calcule bien, tu avais 6 ans ?
Oui 6 ans et je me souviens de tout. Je suis hypermnésique. J’ai un truc qui fait que je me rappelle de tout, tout le temps. Cela a ses avantages, ça peut aussi avoir ses inconvénients.
Bref, j’étais assis en dessous de l’actuelle tribune presse, aujourd’hui occupée par ce que j’appelle les comités d’entreprises, les gens qui ont une petite télé et des petits fours à la mi-temps.

Né à la clinique du Parc des Princes

Ce n’est pas ta tasse de thé, les petits fours, on dirait ?
Jamais au Parc. C’est une fierté. Je n’ai jamais assisté à un match de football de ma vie ailleurs qu’en tribune supporters, ou en tribune de presse. Pas de loge, pas de VIP, pas d’invitation. Les petits fours à la mi-temps, je ne connais pas. J’ai longtemps eu le sandwich jambon, après c’était la merguez en tribune H avec Dédé qui me faisait ma merguez.

Le Parc des Princes, il représente quoi pour toi ?
Tout. Le Parc des Princes, c’est toute ma vie. Je suis né à la clinique du Parc des Princes, un jour de match de l’équipe de France. C’était les éliminatoires de la Coupe du monde 1962, Finlande – France, le 25 septembre 1960. Ça commence là, et ça ne m’a plus jamais quitté. Ensuite, le Parc des Princes a fermé. Il a été reconstruit, et inauguré en 1972. C’était le nouveau Parc, magnifique, celui qu’on a actuellement.

1972, donc je suis né en même temps que le nouveau Parc…
Et ben voilà (sourires). Et le 4 juin 1972, c’est la 1ère finale de la Coupe de France (Marseille – Bastia) jouée dans le nouveau Parc des Princes avec Georges Pompidou qui est là. C’était l’époque de Skoblar, Magnusson… A partir de là, je tombe amoureux du Parc des Princes. Depuis, je n’ai plus jamais lâché.

The Good Fellows

C’est ce 4 juin 1972 qui a vraiment déclenché ton amour pour le Parc ?
Totalement. J’ai été impressionné par l’inauguration, l’atmosphère, le Parc. Cela fait 46 ans que j’y vais, et depuis ce jour-là, depuis 46 ans, j’ai toujours ce même sentiment, extraordinaire, que ce soit en tribune supporters, maintenant en tribune de presse : au moment où je pousse la porte du Parc, je ressens chaque fois le même moment de bonheur qui m’a habité toute la journée. C’est à dire que le matin quand je me réveille, que je sais que je vais aller au Parc des Princes le soir, c’est forcément une journée réussie.

C’est fou et beau à la fois. Je trouve ça incroyable.
Et ça me l’a toujours fait. Depuis 46 ans, j’ai des papillons dans le ventre à chaque fois. J’en suis à 1 060 matches au Parc des Princes. Voilà. Le Parc, c’est un peu comme si c’était ma vie. La 1ère autorisation de mes parents pour sortir seul, c’était pour aller au Parc des Princes.

Ah oui ? Tu avais quel âge ?
13 ans. C’était un samedi après-midi en 1973. Jusque là, je n’étais jamais sorti seul, à part pour aller à l’école. Ma 1ère sortie, mes parents m’autorisent à aller voir Paris FC – Chili au Parc. Le PFC était alors le club résident du Parc. Le PSG a fait quelques matches de Coupe de France au Parc en 1973-1974 face à Nancy, Metz, Reims, et bien sûr le match de la montée face à Valenciennes.

J’ai vu Pelé à moins de 50 cm de moi

Tu y étais ?
Oui. Ce fut énormément d’émotions. J’étais dans le quart de virage qui est entre Auteuil et aujourd’hui la tribune présidentielle. Ce qui a été longtemps la tribune F. Le petit quart de virage à gauche des journalistes.

Là où il y avait la tribune visiteurs ?
Oui c’était là. Donc j’étais là avec mes 2 meilleurs potes, qui sont toujours mes deux meilleurs potes. A l’époque, il n’y avait pas de placement, pas de places numérotées. Tu passais comme tu voulais. Tu achetais en Auteuil, tu passais sous la barrière à la mi-temps, tu te retrouvais en présidentielle.

C’est comme ça que j’ai vu Pelé à moins de 50 cm de moi. Imagine ce qu’était Pelé à l’époque (1976). Il vient avec le Cosmos New York, il fait un match, je le regarde comme si je voyais Dieu. J’ai vu tous les plus grands joueurs du monde au Parc des Princes. J’ai vu Pelé jouer, j’ai vu Maradona, Beckenbauer, Johan Cruyff. J’ai vu Messi, Cristiano Ronaldo pour les plus récents.

Chaque année, il y avait des matches amicaux organisées par l’UJSF (Union des Journalistes de Sport en France, ndlr), le tournoi de Paris, avec des belles affiches.

Qui dit mieux ?

Ça me fait penser en 1999, on avait un tournoi un peu comme ça au Parc, l’Opel Master Cup avec le Bayern et le Milan AC. Bon, revenons-en à toi : depuis 1972, combien as-tu raté de matches au Parc ?

Peu. J’ai rythmé toute ma vie en fonction du Paris Saint-Germain. Si tu fais le calcul, en gros tous les ans, depuis 1972, je n’ai jamais loupé plus de un, maximum deux matches au Parc. Si je rate physiquement un match, quoiqu’il arrive je le suis à la télé. Même si mon canapé ou au Parc, bien sûr, cela n’a rien à voir. Par exemple, j’ai vu le doigt d’honneur de Pantelic à Ricardo en direct du Parc (1997).

Depuis 15 ans, je n’ai pas le souvenir d’avoir raté un match, même de préparation. J’ai pris l’abonnement Eurosport pour voir Wasquehal-PSG en Coupe de France en 32è de finale. J’ai toujours tout décalé en fonction du PSG. J’ai une anecdote drôle à ce sujet : j’ai choisi mon week-end de mariage un week-end où le PSG était en déplacement.

Pour être sûr de ne pas partir au Parc juste après le “Oui“ ? (sourires)
Oui voilà, et c’était à Paris. Le week-end juste avant mon mariage, en août 1988, il y a PSG-Bordeaux, il fait un temps magnifique, et à 18h, il se met à pleuvoir, c’est le déluge. On s’assoit quand même dans le stade et là, le speaker annonce que le match est reporté. Et il est reporté quand ? Il est reporté quand je suis en voyage de noces. A l’époque, il n’y a pas Internet, pas de portable, rien. Il fallu que j’attende le Herald-Tribune, qui met 2 jours pour arriver à Bali, pour avoir le résultat du PSG (2-0 pour Paris).

Il faut savoir, tellement je suis fou du Parc des Princes, que j’avais pris aussi l’abonnement Matra Racing quand le Matra jouait au Parc. J’avais pris les 2 abonnements (sourires). Toutes les semaines, j’étais au Parc. Bon, j’étais plutôt pour les adversaires du Matra Racing mais je me disais, c’est l’occasion de voir encore plus de foot dans ce stade, avec les fameux derbies Matra-PSG.

Quand tu vois les joueurs qu’il y avait au Matra : Fransescoli, Littbarski, Guérin, Ginola, Olmeta, Bossis, Fernandez, Ben Mabrouk… ils avaient une équipe énorme. Le Parc, j’ai l’impression de le connaître par cœur.

J’aime les joueurs qui mouillent le maillot

Si tu fais l’Escape Game, tu devrais t’en sortir…
(rires) Oui, et j’ai des souvenirs précis dans tous les coins du Parc. Par exemple, j’étais en I rouge pour le France-Bulgarie. En F pour la montée en D1. Mes abonnements, c’est très simple : à partir de 1974-1975 je suis abonné au PSG, jusqu’à mon entrée à l’Equipe, en 1998. Pendant 22 ans, je suis abonné en Auteuil Rouge, je vous ai d’ailleurs amené mes cartes. Et puis 4 ans en H rouge. Et au bout de ces 4 ans je suis rentré à l’Equipe, j’ai eu une carte de presse.

Qui sont les joueurs t’ont fait ou te font le plus vibrer aujourd’hui ?
Alors moi c’est très simple. J’ai aimé et j’aime les joueurs qui mouillent le maillot pour Paris. Pour moi ils seront toujours au dessus de tout. Au dessus du talent, au dessus des jongles, etc. J’ai toute une liste de mecs qui avaient le PSG en eux comme je l’ai moi, je me suis reconnu en eux.

Aujourd’hui, je ne peux quasiment plus parler avec des jeunes, des gens qui ne comprennent pas ça parce que si je dis aujourd’hui que j’en veux à Neymar de ne pas avoir l’amour de ce club-là, on va me dire : « mais tu n’as rien compris, il est doué, tu as besoin de lui ». Non, non… Il est doué, oui. Il est très très fort, oui. Il aime le PSG ? Non, désolé en tout cas il ne l’a pas encore montré. Qu’il le montre, mais il va falloir qu’il ait un autre comportement.

J’ai aimé les mecs qui ont mouillé leur maillot pour le PSG et il y en a plein, et Eric tu en fais partie. Daniel Bravo, Laurent Fournier, Safet Sušić, Dominique Rocheteau, Luis Fernandez, Dominique Bathenay, José Cobos… Il y en a plein. C’est des mecs qui donnaient tout à tous les matches. Parfois ils étaient moins bons, mais ils donnaient tout. On va me dire : « Steph, tu es un vieux con, le monde a changé, etc ». Je suis peut-être un vieux con mais au moins j’ai des valeurs. Je me retrouve dans les mecs qui ont les mêmes.

Aux abonnés présents

Qui, par exemple, dans l’équipe actuelle ?
Thiago Silva aujourd’hui a ces valeurs-là. Il n’a jamais bafoué le maillot. Il n’est peut-être pas le plus grand capitaine de l’histoire, il est peut-être passé des fois à côté mais il a beaucoup sauvé la baraque et il met ses tripes sur le terrain à chaque fois, et ça, ce n’est pas négligeable. Je ne parle pas de Cavani qui est évidemment l’exemple actuel le plus marquant. Mais voilà, il y a quelques mecs comme ça. Presnel Kimpembe donne l’impression de marcher sur ces traces-là. J’espère qu’on le gardera, j’espère qu’il aura la carrière qu’il mérite à Paris.

Tu as assisté à toutes les Premières fois du PSG : montée en D1, 1er match au Parc, 1er Trophée, 1er match en Coupe d’Europe ? C’était comment le 1er trophée au Parc ? As-tu pris part à l’envahissement de terrain ?
Non, mais c’était fou. (PSG – Saint-Etienne, finale de la Coupe de France, 15 mai 1982). J’étais en Auteuil Rouge, il doit rester, allez je dirais 30 secondes au chrono, j’attrape la main de mon meilleur pote Alex. Je lui dis : « p…. on a perdu ». Paris est mené 2-1, 2 buts de Platini. Il devait rester 30 secondes en prolongations. Mon pote me regarde et il me dit : « tant qu’il reste une seconde, ce n’est pas perdu ».

C’est bon ça (rires)…
Là, il finit à peine sa phrase, il y a Šurjak qui s’arrache, qui donne un coup de rein, centre et Rocheteau qui à bout portant, allume Castaneda. Là, la folie. Un bruit comme il n’y a plus jamais eu au Parc des Princes.

C’est ça qui est marquant quand tu es joueur aussi, sur les buts il y a ce truc sonore qui se passe, c’est une clameur incroyable. Un « ouaaah » poussé par 50 000 personnes en même temps et qui dure, je ne sais pas, peut-être 30 secondes.
Oui et quand tu as fini ton 1er « ouaaah », tu en remets un 2ème. Donc le truc dure 1 minute, selon ta respiration, mais c’est une minute de folie totale. L’opposé exactement du silence du but de Kostadinov, France-Bulgarie 1993…

Il fallait qu’on se parle il fallait que ça sorte

Tu y étais ?
J’étais en Auteuil Rouge. Après le 2ème but de Kostadinov (90’), tu entendais le mec qui était à 60 m de toi, dans la tribune opposée, tellement c’était le silence. On se regardait tous. On ne savait pas quoi faire. Tu ne connais pas tes voisins, mais là il fallait qu’on se parle il fallait que ça sorte, ce n’était pas possible.

Tu parlais du 1er trophée du club. On a tous cette image de Francis Borelli qui embrasse la pelouse…
Oui d’abord il y a l’envahissement du terrain. A l’époque, il devait y avoir à peu près 4 policiers sur toute la pelouse, 1 à chaque coin. Mais cela se passe très bien, zéro violence. Donc 3000 mecs sur la pelouse et là : moment d’anthologie. Le speaker prend le micro : « Messieurs, nous ne pourrons pas tirer les penalties tant que vous serez sur le terrain ». Il va falloir une bonne ½ heure pour que les 3 000 mecs retournent dans leur tribune. Incidents : 0, arrestations : 0, blessés : 0, c’est extraordinaire. Et totalement in-envisageable aujourd’hui.

Séance de penalties : bien sûr quand on voit Christian Lopez s’élancer, on sait que c’est le plus mauvais tireur de pénos de toute l’histoire du football français (sourires). Il foire, évidemment, Jean-Marc Pilorget va marquer le 6ème et là tout le monde connaît l’image, Francis Borelli, avec sa sacoche, qui embrasse la pelouse. C’est surtout le 1er trophée du PSG. Pour un mec comme moi, qui les suivait depuis 12 ans. C’était magique.

Autre petite fierté : je n’ai raté aucune finale du PSG de toute l’histoire. Toutes les finales de Coupe de France, gagnées ou perdues, toutes les finales de Coupe de la Ligue, les 2 finales de Coupe d’Europe, j’y étais. Très honnêtement, je n’avais pas très envie d’aller voir les Herbiers au Stade de France, il fallait vraiment que je veuille perpétuer cette tradition. Le PSG ne m’épargne pas non plus, ils sont au Stade de France tous les ans. Depuis 1972, j’ai vu près de 40 finales de Coupes.

Avec son écharpe de la saison 80-81

Et la finale de la Ligue des Champions, tu y seras ?
Je l’espère. J’ai attendu 48 ans, je peux attendre encore 2-3 ans… 5 ans… Mais je crois qu’il faut leur enlever cette pression-là. J’ai donc décidé qu’à partir de la saison prochaine, je ne dirai plus que l’objectif, c’est la C1. Je pense qu’à un moment, cela se fera assez naturellement, ce sera un alignement des planètes. Paris va être mûr dans son histoire pour gagner cette Coupe, et Paris la gagnera un jour.

As-tu eu parfois eu des regrets d’avoir cette passion dévorante pour le PSG ?
Zéro regret, jamais, c’est ma vie, et je l’aime comme ça. Les déceptions il y en a, mais j’ai compris comment fonctionnait le foot. Il y a des moments pas sympathiques, mais il y a tellement de moments géniaux. En fait, on a été bien éduqués, nous supporters du PSG, car on a pris à peu près des raclées pendant 20 ans. Quand Paris finissait 12ème, on disait que c’était une année pas mal. Quand le PSG s’est sauvé à Sochaux, j’étais prêt à faire quasiment tous les déplacements en L2, en espérant que ça dure le moins longtemps possible. Ligue 2, National, CFA, je serai partout. J’aime Paris, voilà, c’est tout.

Aujourd’hui, on ne s’en rend peut-être pas assez compte, mais c’est vraiment une époque bénie.

As-tu transmis ta passion Rouge et Bleu à tes enfants ?
Oui bien sûr. J’ai 2 fils et une fille : les 3 sont supporters du Paris Saint-Germain.

Et tes parents, sont-ils supporters ?
Ma mère suit tous les matches. Mon père est décédé il y a 5 ans. C’est bien sûr lui qui m’a donné l’amour du foot. Il a été un fou furieux du Racing, il était à la 1ère finale de Coupe d’Europe en 1956 au Parc des Princes Reims-Real, donc les Bitton sont présents depuis que le Parc est en état de tenir debout (sourires). Mon père ne manquait pas un seul match, c’était un fou furieux de foot.

J’organise ma vie en fonction du Parc

Une semaine avant son décès, il était au Parc des Princes avec mon fils et moi. Moi en tribune de presse, lui dans la tribune en face, pour le 1er titre du PSG version qatari, donc en 2013. On fête le titre le samedi au Parc et le samedi suivant, il s’est éteint. J’étais content qu’il ait pu vivre ça. Lui qui avait déjà été du titre de 1986, 1994, il était aux anges. « Après ça, on peut mourir tranquille », comme disait Thierry Roland. C’était un peu ça.

3 générations au Parc, sincèrement, c’est beau.
J’ai aimé les matches où on était 3 générations, j’en ai fait plein comme ça. Avec mon père, moi, et puis mes fils. Ma fille aussi. J’espère l’avoir avec moi la saison prochaine car normalement elle aura sa 1ère carte de presse. Elle a validé son Bachelor, elle entre à Paris Match, donc d’ici 3 mois, elle pourrait avoir sa carte. Encore un grand moment. Si on m’avait dit un jour que je viendrais avec ma fille en tribune de presse au Parc des Princes… C’est magnifique.

En fait le Parc, c’est un peu ta maison ?
Comme je te l’ai dit, j’ai toujours organisé ma vie par rapport au Parc des Princes. C’est à dire que je n’ai jamais déménagé plus loin que, en gros, 20 minutes du Parc. Quand j’ai quitté chez mes parents, je suis allé dans le 15ème, j’ai pris exprès un appart à la Motte-Picquet parce que c’était direct jusqu’à Porte d’Auteuil, et quand je suis allé à Levallois, j’ai pris Porte d’Asnières, en voiture je mets 15 minutes maximum.

Pour apporter une touche un peu glamour, j’ai emmené beaucoup de mes petites copines au Parc (sourires). Attention, ce n’est pas au Parc des Princes que je draguais, mais une fois qu’on était ensemble, j’étais en confiance pour transmettre ma passion et dire : « Viens avec moi, tu vas voir c’est génial ». Je ne donnerai pas la liste précise de celles qui sont venues (sourires). Mais oui. Ça leur plaisait bien. C’était toujours leur première au Parc des Princes.

Salle des trophées.

Aujourd’hui en tribune de presse, vis-tu les matches différemment ?
Non. Mais j’ai dû m’adapter. Le 1er match que j’ai suivi en tribune de presse, j’étais assis à côté avec mon rédacteur en chef, au 1er but du Paris Saint-Germain je me suis levé, j’ai hurlé. Il m’a mis la main sur l’épaule, et m’a dit : « Ça, c’est terminé. Ici, tu n’es plus supporter ». On était en 1998, ça faisait 28 ans que je me levais sur les buts du PSG, il m’a fallu un peu de temps pour enlever ce réflexe.

Je me suis surpris une vingtaine de fois en envoyant un gros coup de poing sur le pupitre, particulièrement quand Paris met des buts contre Marseille. J’accompagne mon coup de poing de quelques insultes, ce sont des insultes de footeux quoi, que j’ai Patrice Carmouze à côté de moi, grand supporter du PSG, ou un confrère de l’Equipe. Par contre quand je suis chez moi, je me lève, je hurle, je peux tout renverser.

Tu as eu plusieurs vies, un peu comme un footballeur. Tu étais prothésiste dentaire et à 38 ans, tu es devenu journaliste sportif, par passion ?
Oui tout à fait. L’histoire est sympa, si tu veux je la raconte.

Oui avec plaisir.
Tout a commencé, en fait je devais avoir 7-8 ans et je disais à mes parents que je voulais être journaliste à l’Equipe. Je vais à l’école, je poursuis mes études, je suis un piètre élève, un piètre étudiant. Je me retrouve en Terminale, dans un lycée privé, rue du Faubourg Montmarte, en face de l’Equipe. Donc quand je me mets à rêvasser, je regarde par la fenêtre cette plaque de L’Equipe, en argent sur fond rouge et je me dis : « c’est là que j’aimerais aller ».

Les hasards de la vie font que je suis en Terminale, je sors avec une fille dont la sœur sort avec un journaliste de l’Equipe, et elle me dit : « Si tu veux, je te présente un journaliste de l’Equipe ». Donc on sort du lycée, on traverse la rue, on va à l’Equipe. Le journaliste, Gilbert Chaleil m’accueille très gentiment, il me dit : « Passe ton bac, fais une école et ensuite tu reviendras ». Finalement, je suis un tout autre parcours. Et le petit clin d’œil du destin fait que 20 ans plus tard, quand je me retrouverai à l’Equipe, le 1er bureau dans lequel on m’amènera, c’est celui de Gilbert Chaleil.

On était dans la cage de Joël Bats

Entre temps donc, que s’est-il passé ?
J’ai suivi un autre parcours : prothésiste dentaire, pendant 18 ans, j’avais un laboratoire, des salariés. A un moment, je me dis, c’est bien mais j’ai quand même envie de côtoyer ce monde du foot. Je ne pensais pas devenir journaliste, juste me rapprocher de ma passion.

Je suis d’abord allé frapper à la porte de Onze Mondial. Je ne connaissais personne. On me propose d’écrire des petits articles sur l’histoire du football, les grands joueurs, les grandes équipes. Je gagnais 200 Francs par mois. Mais j’étais heureux. J’ai fait des fiches de joueurs, écrit des livres sur l’histoire du foot avec Eugène Saccomano et puis pendant 15 ans, j’ai fait tous les albums Panini.

Et puis ensuite, l’Equipe ?
Oui en 2003 je suis nommé rédacteur en chef de lequipe.fr. Quand je suis arrivé, on m’a dit : « quel est ton match référence au PSG ? J’ai dit PSG-Nantes en 1981 », ils m’ont dit « Bienvenue, tu es un vrai ». Ça, c’est le match des vrais, il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas (sourires). A l’aller Paris s’incline 3-0, 4 jours plus tard, le Parc est plein à craquer. 22ème minute, le PSG a remonté 3 buts, le stade était en feu. Au final, Nantes gagne 5-2, Paris est éliminé mais c’était un match de folie. J’avais scotché ma place dans mon agenda.

Au final je suis resté 15 ans à l’Equipe. Une expérience, des rencontres extraordinaires. J’ai eu la chance d’avoir Bernard Lama comme consultant pour l’Euro 2004. J’ai vu tous les matches de l’Euro, dans mon bureau avec lui, tous les soirs. Mais quel bonheur ! C’est un mec dont j’avais hurlé le nom encore quelques mois avant. Une vraie belle personnalité, un mec attachant, qui a une vraie belle histoire. Un garçon cultivé aussi.

Le traitement du PSG par l’Equipe agace les supporters ? Quel est ton regard là-dessus ?
L’Equipe est accusée par les supporters du PSG d’être anti-Paris, pro-OM. Elle est accusée par les Marseillais d’être un journal parisien, accusé par les Lyonnais d’être le journal des Marseillais et des Parisiens. C’est l’histoire de ce journal. Bien sûr qu’il commet des erreurs, comme tout le monde, qui ne commet pas d’erreur ? Mais dans l’ensemble, franchement ? Moi qui suis un lecteur quotidien de plus de 50 ans, j’ai rarement été choqué par ce que j’ai pu y lire. Quand j’ouvre l’Equipe le matin, je n’ai pas l’impression d’ouvrir un journal anti-Paris.

Est-ce que l’on peut conclure sur une anecdote ?
J’aimais aussi aller au camp des Loges. On allait voir les entraînements avec mes deux potes. On était dans la cage de Joël Bats, assis au fond des filets. Et on suivait l’entraînement comme ça. Une autre époque…


Propos recueillis par Emilie Pilet

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