Oh! mon Paris-Saint-Germain

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Quelle est la définition d’un grand club ? Évaluons-nous la grandeur d’une institution au gré de son ancienneté, de sa longévité au plus haut niveau, de son palmarès, des différentes disciplines sportives dans lesquelles elle excelle, de ses objectifs à chaque début de saison, de son budget, de l’aura et la renommée des joueurs qui ont porté son maillot, de l’affluence dans son stade, du nombre de ses supporters dans son bassin d’agglomération et de sympathisants dans le monde, de la quantité de maillots qu’elle vend chaque saison, de sa couverture médiatique, de son influence auprès des instances, de la haine qu’elle génère auprès de tous ceux qui ne l’aiment pas, l’indifférence n’étant pas une alternative possible ?
L’explication se trouve à l’évidence être un mélange de tout cela.


Le Paris Saint-Germain est-il un grand club ? La réponse paraît si évidente qu’il ne semble même pas utile de l’étayer. Le Paris Saint-Germain est-il le plus grand club ? A l’échelle française, la réponse est bien sûr positive, et certainement discutable. Au-delà, la réponse est évidemment négative. Sur le plan national, il paraît indéniable que le club de la capitale est aujourd’hui le plus grand. Sur une échelle historique, les arguments contraires sont recevables : il n’a jamais remporté de C1, n’a joué que deux finales européennes et n’a remporté que sept titres de Champions de France. Avec seulement 48 ans d’existence, le palmarès du Paris St-Germain sur la scène nationale comme européenne est toutefois l’un des plus impressionnants. Surtout, malgré des cycles logiques faits de hauts et de bas, il est depuis 1970 en progression vers les sommets. Certains argueront que le club est bien plus vieux que cela, remontant sa création à celle du Stade Saint-Germanois en 1904, mais là est un autre débat, sur lequel je ne souhaite pas, volontairement, m’attarder. Le record de longévité en première division française, sans jamais être redescendu à l’échelon inférieur, est une statistique que je préfère mettre en avant.

Nous ne jouons pas la même partie

L’ambition de ses propriétaires est aujourd’hui de rivaliser avec les plus grands, de se rapprocher des tops clubs européens, donc mondiaux. L’exercice fut réussi, presque avec brio, dans les années 1990 sous l’ère Canal Plus. Seule une finale de Ligue des Champions, et le Graal de la victoire, manqua à l’équation. C’est justement le dessein actuel du club de dépasser ses aînés. Pour cela il a adopté les règles du football moderne, être à la pointe du marketing, pousser les logiques commerciales à l’extrême, ratisser aux quatre coins du monde des sympathisants prêts à débourser des centaines d’Euros, de Dollars ou de Yuans pour montrer leur attachement à leurs nouvelles idoles. Ephémère temporalité. On ne peut pas lui reprocher, l’ascension vers les sommets a ses impératifs auxquels on ne peut échapper. Surtout, cette logique d’expansion est dictée par des intérêts plus grands que ceux d’un petit club de football né d’un appel au peuple parisien sur les ondes radiophoniques en février 1970. L’enjeu n’est plus d’avoir un grand club de football à Paris, mais d’en faire aujourd’hui la plus grande marque sportive mondiale, reine de l’Entertainment planétaire, vitrine glamour d’un émirat du Moyen-Orient, tout petit de par sa superficie, colossale de par sa puissance.

Le raccourci suivant est facile, mais pas totalement infondé. « Le Gang des Chemises roses » a posé il y a 25 ans les premières pierres de ce « soft power » qatari. Leur histoire est commune, n’en déplaisent aux pourfendeurs du Qatari SG. Elle s’appelle le Paris Saint-Germain Football Club. Sa propre existence, peu importe les décennies, pourrait se résumer ainsi : le Paris SG est la parfaite vitrine de Paris, de ses paillettes, de ses lumières et de sa magie, du peuple parisien, dans toutes les strates qui le compose, et de la société parisienne dans tout ce qu’elle comporte comme sphères d’influence.
Le football est une activité physique transformée en industrie économique servant les intérêts des acteurs de l’échiquier géopolitique et des différentes forces qui s’y affrontent. Le jeu football n’est qu’un prétexte parmi d’autres dans ce bal des puissants. Partant de ce postulat, nous, pauvres supporters candides de la première heure, passionnés et romantiques, n’y avons plus notre place, à moins de fermer les yeux et de courber l’échine, de se soumettre sans broncher. La fuite ou la résignation sont nos seules alternatives. Nous ne jouons pas la même partie. D’ailleurs, nous ne jouons pas du tout.

L’un des plus grands clubs du monde ? 

Permettez-moi d’ajouter ma petite touche personnelle à ce débat passionnant en recentrant le propos. Que doivent faire nos amis qataris, puisqu’il s’agit bien de nos amis, pour faire de leur belle vitrine l’un des plus grands clubs du monde ? Ne disons pas le plus grand, restons modeste et crédible. Quelle est l’ultime composante qui fera basculer le grand en grandiose ? Nul n’est besoin de chercher la réponse bien loin. De nombreuses voix s’élèvent parmi les observateurs les plus avertis pour la murmurer aux décideurs parisiens. Eux-mêmes l’ont décelé en implantant les prémices, mais leur gestion hâtive et maladroite n’a pas encore fait balancer le navire du bon côté. Les derniers trop nombreux exemples en date, que nous ne citerons pas, sont plantés là comme des mines en pleins déserts. On se demande comment elles sont arrivées. On aimerait les éviter. Mais on ne peut plus en faire abstraction. Toutefois des chemins parallèles sont toujours envisageables, il suffit d’emprunter la bonne carte afin de revenir sur le bon itinéraire.

L’amoncellement de compétences, sur un terrain comme en dehors, ne suffit pas à gravir tous les sommets. L’exercice en serait trop facile. Quel est ce composant miracle, base de tous les succès, mais que n’arrive pas véritablement à cerner même les plus habiles dirigeants de notre club ? L’ingrédient seul ne suffirait pas, mais bien dosé il sera certainement celui qui fera la différence. La solution apparait presque comme une évidence. Cette force qui permet de voir loin tout en regardant tout près. Les amoureux du Paris Saint-Germain, ceux de 1970, de 1980, de 1990, de 2000 et leur petits frères de 2010, ceux-là doivent être et seront la clé de la réussite.

Think global, Act local

Certains appellent cela la fibre populaire, d’autres l’exposent en parisianisme. Tous s’accordent à dire que cela ne s’achète pas. Au mieux il est possible de la propulser, puis de l’entretenir. Faut-il encore y accorder un minimum de considération, pas en vaines promesses de communication, mais en actes délibérés et avérés. De vagues souvenirs universitaires me reviennent en tête. L’énoncé est limpide : « Think global, Act local ». Le local comme base de l’essor mondial. La base, c’est celle que l’on solidifie avant de poser ses autres cartes. Sans fondation, le château ne peut pas tenir bien longtemps. L’édifice qatari est tout l’inverse. Il consolide les ramifications mais peine à reconstruire les bases qu’il avait lui-même commencées par détruire, prolongeant l’œuvre de son prédécesseur. Les premiers échafaudages ont été implantés, le bâtiment commence à prendre forme, mais attention aux premières fissures démontrant la fragilité de l’ensemble. Le travail de consolidation est à poursuivre. Les fondations doivent être entières.

Seul le peuple Rouge et Bleu réuni, unifié et solidaire apportera cette touche finale que recherche les Qataris depuis leur reprise du club. Ces bâtisseurs de l’ombre ne le feront pas pour l’Emir, le but recherché n’a pas besoin d’être commun. Ils le feront pour eux, pour se sentir exister et ne plus être les spectateurs d’une mascarade diplomatico-capitaliste. Ils le feront par envie, par passion et par amour. Ils le feront parce que le Paris Saint-Germain est pour eux plus qu’un assemblage de stars du ballon rond. Ils le feront parce que le Paris Saint-Germain est tout. Ils le feront parce que le Paris Saint-Germain, c’est eux, aussi, un peu. Ils le feront parce que les dirigeants auront compris que pour être le plus grand, il faut « être », tout simplement.

« Think global – Act Paris Saint-Germain 1970 ».


Benjamin Navet
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