Oh! Thomas… Pourquoi ça ?

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La blague belge n’aurait du être qu’une broutille. D’une erreur insignifiante, elle devient l’affaire de cette fin de saison, celle montée en épingle dans une actualité vide. Elle est en fait bien plus que ça. Elle est l’illustration parfaite du Paris Saint-Germain d’aujourd’hui, celui où la communication prévaut sur la passion, celui qui veut construire un grand club mais en a oublié son histoire, ne se souciant que de battre des records comme pour mieux effacer son passé.
« Ensemble, on va le faire! »
. D’accord, mais qui est « ensemble »?


Thomas Meunier est le joueur que tous les supporters aimeraient avoir dans leur équipe. Employé modèle, il a toujours le bon mot, la bonne analyse après un match, il accepte son poste de doublure sans broncher ni diviser le vestiaire, il assume ses prestations et n’hésite pas à annoncer en interview que l’équipe a mal joué. Pas de langue de bois, pas d’esbroufe, un profil de footballeur comme on en aimerait plus dans son équipe. La bonne surprise, le bon gars, de bonnes statistiques, une figure qu’on voudrait voir plus souvent sur le terrain, l’avenir de notre flanc droit pour remplacer à terme papi Dani.

Et là, c’est le drame. Un moment d’égarement. Une maladresse. Un tweet presque passé inaperçu mais aux effets ravageurs. Les réseaux sociaux ne sont-ils pas le fléau principal du football moderne ? En attendant la réponse de Serge Aurier, nous allons nous recentrer sur un sujet plus important : un joueur de football peut-il être un amateur de football ? Ma réponse est oui. Un joueur du Paris Saint-Germain peut-il impunément manquer de respect à ses supporters et indirectement à son propre club ? Ma réponse est non. Oui, Thomas Meunier, tu as le droit d’apprécier ce tifo des supporters marseillais et la ferveur des travées de l’Orange Vélodrome en ce soir de demi finale européenne. Le tweeter était malhabile et tu as de suite compris ton erreur en le retirant. Ton refus de t’excuser, ce qui est ton droit, à réveiller les rivalités et les haines les plus vivaces, tu en as payé le prix sur les réseaux et lors de ton entrée sur le terrain contre Guingamp. Sujet clos, pouvions nous croire, mais au Paris SG lorsqu’une brindille étincelle elle se transforme vite en brasier incontrôlable.

Comme-ci tout cela n’existait pas

Ton interview après Amiens – PSG est une bûche qui aurait du rester à la remise. Serais-tu en train de préparer ta sortie ? Si c’est le cas, la porte est ouverte. Si ce n’est pas le cas, la porte peut aussi s’ouvrir, n’hésite pas. Cette question ne m’intéresse déjà plus. Les joueurs passent et les déceptions font partie de notre vie de supporters. J’y perçois une autre vérité dérangeante qui m’interpelle beaucoup plus. Tu es tout seul dans ton navire, lequel est en train de couler. Aucun soutien public du club. Aucune prise de position de tes dirigeants. Comme-ci tout cela n’existait pas. L’origine de ce malentendu n’est pourtant pas à chercher plus loin. Le Paris Saint-Germain ne sait pas comment se comporter avec ses supporters, pas seulement ceux qui chantent dans le Virage, mais aussi tous les autres, ces dizaines de milliers d’âmes pour qui le PSG est tout depuis 48 ans et qui essaient de se persuader que ce Paris SG post 2010 est toujours le même.

La ridicule communication autour du retour contre le Real Madrid, « Ensemble on va le faire », en est la preuve. Bien-sûr que nous le ferons ensemble, mais ce n’est pas un appel au peuple qu’il faut faire. Le peuple sait répondre de lui-même quand il le faut, sans qu’on lui demande. Faut-il juste lui en laisser la possibilité. Les supporters du Paris Saint-Germain ont prouvé depuis sa création qu’ils en étaient une composante indispensable et un soutien infaillible dans les plus belles victoires et les pires difficultés. Certes ce soutien a été cassé un soir de 2010, mais ce ne sont pas les supporters qui ont quitté leur Parc. Ils en ont été chassés. Sortir les rames marketing pour les faire revenir est inutile. C’est au Paris Saint-Germain de respecter son histoire. C’est au Paris Saint-Germain d’inculquer à ses composantes la connaissance de ses origines et de sa légende. Le Paris Saint-Germain n’a pas besoin d’aller chercher l’adhésion de ses supporters. Il doit juste les respecter, et ensemble on le fera, sans autre discours de pacotille.

Il ne faut pas avoir la mémoire sélective

Chaque nouveau joueur, chaque nouveau salarié, jusqu’au plus haut de l’institution, chaque apprenti au centre de formation devrait avoir des cours de « Paris Saint-Germain Football Club » lors de son arrivée au club ! En connaitre la création, son parcours, ses plus grands matchs, ses années aux sommets, ses galères en fond de classement, ses plus illustres joueurs, et aussi l’histoire de ses tribunes, de ses supporters, leurs plus beaux tifos, leurs pires cauchemars. Comment porter un maillot et en défendre les couleurs lorsqu’on croit que Zlatan est le meilleur joueur à avoir foulé la pelouse du Camp des Loges , que la Remontada est l’unique catastrophe sportive, que la victoire au bout de la prolongation à Chelsea est la plus forte émotion, que les plus grands rivaux sont le Real ou le Barça et que les membres du Collectif Ultras Paris sont les seuls supporters du club ?

Le Paris SG d’aujourd’hui ne cesse de battre des records, ne pouvant se contenter de simples victoires dont la facilité apparente laisse un arrière goût un peu fade. Surpasser les traces du passé ne doit pour autant pas les effacer, mais les renforcer. Etre un grand club est dans l’air du temps, mais la grandeur n’est possible qu’en se basant sur ses fondements. Ecrire un avenir pimpant doit être un éloge aux quarante premières années du club. Pour réussir, il ne faut pas avoir la mémoire sélective.

Thomas Meunier, tu ne dois rien à personne ? En es-tu bien sûr ? Je crois au contraire que tu dois beaucoup au Paris Saint-Germain, à son histoire et à tous ses supporters. Dommage que le Paris Saint-Germain lui-même ne t’accompagne pas dans cette démarche…

Ensemble, on peut le faire.


Benjamin Navet
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