La république de Neimar

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C’est un si grand foutoir, que de vouloir y mettre un quelconque ordre tiendrait du désordre mental. Mais commençons tout de même par Neymar, l’homme-miroir, qui montre à Paris, qui se croyait encore magique, ce qu’il est devenu : un petit club.


Oui, nous sommes redevenus un petit club, résultat de la fornication contre-nature et contre rémunération d’une ville lumière et d’un football éteint. Un clair-obscur difforme comme la flamme dans nos yeux quand nous pensons ligue des champions. Pour les espingouins, c’est la cueillette des champignons, pour nous c’est au mieux une illusion. L’argent est la fortune des pauvres, en football et ailleurs. Le pouvoir, en revanche, ne s’achète qu’avec le coeur, ce coeur qu’on met à l’ouvrage, à surmonter chaque barrage, comme l’a fait Liverpool au creux du mois d’août. Et c’est bien un doute qui m’assaille, quand je pense à Paris soulevant cette coupe atemporelle, dont nous n’avons que les grandes oreilles, celles d’Angel, celles qu’on nous fait avec les doigts sur la photo de classe. Mais il n’est plus question de copains à Paris.
Quoiqu’il prétende toujours se séparer bons amis – Ancelotti et maintenant Emery – Paris n’a en réalité que des ennemis.

À l’époque où le budget Brésil du club plafonnait à quatre millions d’euros, nous apprenions déjà dans la presse et dans la bouche des pas-très-avertis que nous étions un club de riches. Ainsi les qataris ne nous ont-ils rien appris : nous menions bien avant eux une vie d’aristocrate flétri, dont la noblesse attirait toutes les jalousies, et qui laissait fièrement courir le bruit que l’économie de marché ne lui avait pas tout pris.

Pendre au cou la médaille qu’ils méritent

Nous étions nobles alors, nous sommes riches maintenant.
Pauvre richesse, la même que City et Chelsea, une richesse de chéquier plutôt qu’une place de choix sur l’échiquier de l’UEFA. Même Manu, roi des parvenus et qu’on accuse d’être celui des riches, a serré, ému, chaque main des génies en herbier, leur confiant à demi-mot qu’il était convaincu que Paris pouvait être vaincu. Et son OM*, pendant ce temps, de se vanter d’être en passe de dépasser le PSG comme l’imbécile de fin de peloton qui se flatte de surpasser le premier dont le pneu a simplement crevé.

Oui, comme chaque vainqueur de chaque tour de France, Paris est dopé. Mais ce n’est raisonnablement pas à Marseille de donner des leçons de propreté à l’heure où l’UEFA pratique les offres promotionnelles : une coupe d’Europe achetée en 1993, une coupe d’Europe offerte en 2018. La coupe d’Europe remportée trois fois d’affilée par un type que Paris vient de virer, d’ailleurs. Mais laissons à chacun le soin de parvenir sur ce point à ses propres conclusions.
Pour ma part, je suis heureux, sincèrement heureux, tout à fait ravi, absolument enchanté même, de voir Marseille en finale d’Europa League, attendant impatiemment de leur voir pendre au cou la médaille qu’ils méritent.
Et, justement, parlons argent.

Il n’a pas idée d’où il a mis les pieds

Le fils à Véro disait vouloir devenir le Gerrard parisien, pour l’instant il n’est au mieux qu’Adrien, petit parigot qui réclame du rabiot. Flouze, louches, galette, passement de jambes, picaillon, talonnade, thune, aile de pigeon, blé, contrôle poitrine, oseille, frappe en lulu, pognon, double-contact, radis, bel enroulé, fric, farandole de feintes et frusques chics hors terrain, et enfin et surtout instagram. Le vestiaire en bruisse, c’est notre drame, de la vie de football ils ne retiennent que le charme alors qu’on voudrait bien revoir des brésiliens autrement qu’en larmes.

La bigoudée brésilienne de service, qui balaye devant les loges présidentielles avec la grâce d’une danseuse étoile, ne se gêne d’ailleurs pas pour montrer la voie : Paris ne lui dit rien. Comme la grande cheminée – car fumier, fumiste, fumeux, comme vous voudrez – suédoise, il n’a pas idée d’où il a mis les pieds. J’ai d’ailleurs été fier de l’entendre siffler un soir de quadruplé. Rien n’excuse qu’on choisisse les statistiques à l’esprit d’équipe. Et s’il était question de statistiques pour Edi, l’entendre dire « biéne sour, yaime marqua dé boutes, méééé l’immeportante, c’é l’ékip… » nous ferait rire comme nous font toujours sourire ses retours défensifs si sincèrement agressifs.

Marre d’y entendre prier en brésilien

Mais je patauge dans mes propres digressions. Il faut bien sûr laisser une chance à Neymar, et ce même s’il s’est blessé – opportunément, diront les mauvaises langues dont j’aimerais pouvoir dire que je ne fais pas partie – avant le match retour, même s’il a disparu trois mois, même s’il est meilleur au poker qu’à être solidaire de ses partenaires. Le solitaire, il y joue avec brio, pour le collectif, c’est un peu plus poussif. Devons-nous rappeler que le solo n’est vraiment beau qu’au milieu du concert ? Il y a du monde autour, Rrrabiotte n’a pas tort.

Mais revenons à nos moutons qui, comme la touffe de Junior, frisent parfois le ridicule et qui broutent d’ailleurs comme lui le gazon, se couchant toujours plus volontiers face aux puissants ; mais sur ce point passons rapidement car il serait malhonnête de dire que nous avons perdu quand c’est Madrid qui a gagné pour les raisons que Liverpool nous a rappelées plus haut.

Parlons donc plutôt de ce qui point à l’horizon: une génération entière de gamins, habitués des équipes all-star sur playstation et que l’expédient pognon n’effraie pas. Eux n’ont pas peur, veulent s’imposer, et le N’Kunkuklan s’apprête, j’espère, à mettre le feu au milieu de terrain façon feu de joie Mississippien, car comme nous, il en a marre d’y entendre prier en brésilien. Pas besoin de prières, on a notre propre richesse minière ; les qataris ont les millions, on a le filon.

Les coeurs y battent pour Paris

Et voilà peut-être où je voulais en venir – car on ne va pas se mentir, je suis aussi clair que l’urine d’un maillot jaune, c’est à dire pas très – il faut creuser ! Creuser profondément ! Creuser dans notre propre sol et extraire de cette terre sacrée – je m’emballe, comme toujours – nos propres pépites.
Putain ! Unaï a raison ! Sa feinte-faux-foulard – futile devant Ramos – n’enlève rien au plaisir de voir Kyky grandir chez nous, bien au chaud dans son Parc tout acquis. Parce qu’ici, les ballons d’or se déterrent à la Goutte d’Or. Oui ! Mamadou nous manque ! Blaisou itou ! Oui ! Mais Kim est là qui cartonne et qui jouera bientôt sa première coupe du monde comme titulaire – si, si, j’insiste – pour la famille PSG, fière de son gamin à touffe, notre Carragher à nous, notre capitaine de coeur.

C’est donc vers notre bon vieux terroir que nous nous devons et que vous vous devez, vous PSG, de tourner la tête, car il en sort tout l’or du monde. Osez lancer des carrières parisiennes en creusant ces mines franciliennes qui débordent depuis des années sur les ligues européennes – googlez vous-mêmes – au lieu de chercher vos cadors dans les boites de nuit élyséennes.
Notre sous-sol est une putain de mine d’or et les coeurs y battent pour Paris, alors puisez-y ce qui manque à chacun de vos chers printemps européens : ce choeur parisianniste qui saura enfin encadrer vos précieux solistes.

Un peu de chauvinisme dans ce monde de tolérance, bordel !

*Je laisse à la discrétion de chacun la prononciation de ce mot vilain.


Noé Pellissier
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