Interview : Rudy Haddad

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10 ans au Paris Saint-Germain et une trajectoire qui ne laisse pas indifférent. Convoité, très jeune, par plusieurs grands clubs, Rudy Haddad s’était engagé à 12 ans avec Paris. Une signature marquée par une médiatisation hors norme
pour un si jeune footballeur. L’enfant de Belleville devenait l’enfant prodige du PSG. Comment l’a-t-il vécu ? Confidences.


Virage : Rudy, comment votre histoire avec le PSG a-t-elle commencé ?
J’avais 10-11 ans, je jouais aux Lilas, j’avais plusieurs propositions en France, Monaco, Lens, Lille, aussi des clubs étrangers. Suite à cela, Jean-Pierre Dogliani (ancien attaquant, puis recruteur au PSG, ndlr) a pris contact avec ma famille. Il n’est malheureusement plus de ce monde mais je le considérais comme un père. Un lien de confiance s’est rapidement instauré entre lui et moi. Et puis je crois que cela rassurait ma mère que je signe au PSG, je restais pas trop loin de la maison.

Déjà à l’aise avec les virgules – Danone Cup

Virage : Que représentait Paris ?
Je suis né à Paris, j’ai grandi à Belleville. Pour moi Paris, c’est la plus belle ville du monde. Je m’en rends encore plus compte aujourd’hui, que j’ai pas mal voyagé. J’aimais le PSG, j’étais fan de David Ginola. Aux Lilas, je m’entraînais avec le maillot du PSG. Mon grand frère aussi aimait beaucoup le PSG.

Virage : Au final, c’était comme une évidence pour vous de venir au PSG ?
Oui et non, en dehors du fait que j’aimais le PSG, mon but avant tout était d’aller dans un club qui me permette de grandir dans de bonnes conditions, et d’atteindre mon objectif, devenir footballeur professionnel. Même si à 11 ans, on n’est sûr de rien. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir… J’ai intégré le centre de préformation en 1997, tout en restant habiter chez moi à Belleville.

Avec l’arrière garde en 1997 lors de sa signature

L’année suivante, je suis pris à l’INF Clairefontaine : 3 années formidables, avec des joueurs comme Jimmy Briand, Maurice-Belay… J’étais interne là-bas et revenais jouer le week-end avec le PSG. La 3ème année, tous les stagiaires restaient jouer avec l’INF. Nous avons été champions de France U15, en finale face à Saint-Etienne. C’est un super souvenir. A la fin de Clairefontaine, mon contrat se terminait avec Paris. J’ai re-signé 5 ans, un contrat Espoirs. Au bout de 3 ans (2004), j’ai signé professionnel.

Des années Clairefontaine avec Titi à son but avec les espoirs (tournoi de Toulon 2005).

Virage : Votre 1ère signature avait été très médiatisée, faisant notamment la Une du Parisien. Comment l’aviez-vous vécu du haut de vos 12 ans ?
Sur le coup, je n’ai pas trop compris. Jean-Pierre Dogliani avait dit à ma mère qu’ils voulaient mettre en avant la formation du PSG. A cette époque, on reprochait un peu à Paris de ne pas savoir garder ses jeunes. Nicolas Anelka était parti à Arsenal, David Trezeguet avait aussi signé à Monaco. Ils ont peut-être voulu marquer le coup par rapport à ça. Karim Nedjari (alors journaliste au Parisien, ndlr) était venu, ils ont fait une double page sur moi.

Virage : A partir de là, qu’est-ce qui a changé ?
J’étais probablement plus attendu. Les gens attendaient que je mette but sur but. Cette attente, je l’ai ressentie. Mais pas comme une pression. Je ne me suis pas senti perturbé, dans le sens où ça ne m’a pas pesé. J’ai grandi avec mon grand frère, entouré de personnes plus âgées. Je crois que cela m’a servi. Si je me prenais pour un autre, on me remettait tout de suite à ma place : un jeune footballeur qui avait encore tout à prouver.
Cette “pub“ autour de moi ne m’a pas fait changer, mais le regard des gens, oui un peu. Je ressentais un décalage.

De Belleville à Saint-Germain

Virage : C’est à dire ?
Par exemple, les gens me voyaient comme un “surdoué“, mais la réalité, c’est qu’en catégories de jeunes, je n’étais pas convoqué en équipe de France. Donc je savais que je ne faisais pas partie des meilleurs. J’avais des facilités, oui, mais je savais que j’avais un retard au niveau physique. Je savais très bien où j’en étais. Il y a tellement d’étapes à franchir, d’aléas… J’’y ai toujours cru. C’est une phrase un peu bateau mais quand tu travailles, que tu fais les efforts, à un moment, cela paie. Il faut juste savoir être patient.

Virage : L’avez-vous toujours été ?
Quand j’étais en CFA, j’avais envie d’aller plus vite que la musique, j’avais envie d’aller avec les pros. Alors que je n’étais pas prêt. On passe par des moments de doutes. Jouer en CFA, c’est se confronter à des hommes. C’est un pallier à franchir. C’est là que la famille, les éducateurs jouent un rôle important, c’est l’éloge de la patience (sourires).

Tournoi de Toulon, avec un futur milieu prometteur (N°13)

Virage : Votre tout 1er match avec le PSG ?
En Ligue 1, c’était au Parc face à Bordeaux (0-0). J’attendais ce moment depuis longtemps. Je me souviens à la fin du match, mon frère me demande ce que j’ai ressenti ? En fait, je n’ai rien su lui dire (sourires). J’étais tellement concentré sur ce que je devais faire, je n’ai pas savouré. Pareil après, j’ai tout de suite pensé au prochain match. Peu après, j’ai été appelé en équipe de France Espoirs, on avait gagné le tournoi de Toulon. Un super souvenir aussi.

Sinon, mon tout 1er match au Parc, j’avais 11 ans, lors de la Danone Cup. C’était un tournoi sur une journée. J’étais encore aux Lilas, le PSG m’avait proposé d’y participer. Je marque un but face à la Juve, un but face à Arsenal. De là, les clubs ont commencé à appeler directement chez moi.

Avec l’aigle

Virage : Quelles sont les personnes au club qui vous ont marqué ?
Je pourrais en citer énormément, tant je me suis bien senti à Paris. Jean-Pierre Dogliani bien sûr. Mourad Mouhoubi, mon 1er éducateur au PSG, en moins de 13. Il a toujours été là pour moi. François Gil aussi, un super éducateur, Antoine Kombouaré qui m’a fait débuter avec la réserve, et que j’ai ensuite retrouvé à Valenciennes. Laurent Fournier aussi qui m’a donné ma chance avec les pros, et m’avait fait venir à Auxerre.

Virage : Le moment le plus compliqué de votre décennie Rouge et Bleu ?
Quand j’ai quitté le club (2007). J’avais 22 ans, j’avais passé la moitié de ma vie au PSG. Ça fait bizarre de partir. J’ai tout aimé de ma formation au PSG, vraiment tout. Je n’ai que de bons souvenirs, c’était comme une famille. C’est souvent quand on part que l’on réalise à quel point on y était attaché.

À la gauche du Gaúcho

D’ailleurs, c’est mon seul regret avec le PSG : quand je suis revenu de prêt de Valenciennes (L1, 29 matches), Antoine Kombouaré (alors entraîneur du VAFC, ndlr) voulait me garder, moi j’ai voulu revenir à Paris. Durant les 2 stages de préparation, j’ai compris que Paul Le Guen ne compterait pas sur moi. Là, je me suis précipité pour partir, presque sur un coup de tête. J’aurais peut-être dû patienter, essayer de gagner ma place.

Virage : Retournez-vous parfois au Parc ?
Oui de temps en temps, la dernière fois c’était pour PSG-Nice. Cela me fait énormément plaisir de voir où en est le club aujourd’hui. Paris mérite d’avoir une grande équipe. L’idéal ce serait le spectacle, les résultats d’aujourd’hui avec l’ambiance de notre époque, les deux virages qui se répondaient…

Virage : Y avez-vous emmené vos enfants ?
L’aîné a 5 ans, il est un peu petit mais il joue du foot, il a déjà son maillot du PSG (sourires)

Photos : Collection personnelle Rudy Haddad
Photo illustration : (c) Panoramic


Emilie Pilet

 

 

 

 

 

 

 

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