Sur un air de Simba

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Il nous a donné rendez-vous dans un petit bar PMU près de Cambronne.
Il arrive en costume, salue tout le monde, balance une vanne au patron, commande un café et nous aborde chaleureusement. Il est comme chez lui.
On s’installe au fond dans un petit endroit tranquille, difficile d’imaginer qu’on a une légende du PSG en face de nous. Et pourtant.

Tu es né à Dakar en 1961. Avant la création du PSG et tu as commencé ta carrière en 1975. Tu connaissais le club à ce moment là ?

Non. Quand j’étais au Sénégal le PSG n’était pas dans ma tête, j’étais trop jeune. Et puis ce n’était pas l’époque où l’on avait les informations d’aujourd’hui. Là bas il n’y avait qu’une seule chaîne et le foot ce n’était qu’un jour par semaine.

Comment commences-tu à jouer au foot ?

Comme pour tous les africains on commence dans la rue. On pousse tout ce qui peut rouler. Et puis après j’ai commencé à m’intéresser au foot avec Hafia, une équipe guinéenne, qui était la meilleure équipe d’Afrique. Ils ont gagné 3 fois de suite l’équivalent de la ligue des champions africaine. Il y avait des grands joueurs. J’ai donc pris ma première licence en Guinée.

Mais tu vivais en Guinée à ce moment là ?

Oui en fait mes parents sont guinéens. Je suis né à Dakar mais on est retourné vivre en Guinée. Je suis revenu à Dakar en 1974 à l’âge de 13 ans pour y rester 7 ans. C’est là que j’ai commencé à côtoyer un autre championnat plus étoffé. J’ai fait quelques années à l’ASC Jeanne D’arc qui était un bon club et où ils avaient repéré mon niveau qui était un peu au dessus. Et puis en 1981 je suis arrivé en France.

Comment atterris-tu dans les Yvelines en 1981 ?

Je suis arrivé en France à Plaisir en février pour rejoindre mon père qui était déjà installé ici. Je suis venu pour faire mon service militaire car j’avais la double nationalité grâce à mon père qu’il l’a obtenue en étant ancien combattant pour la France. Avant le service j’ai joué en jeune à Plaisir. En octobre je suis parti faire mon service à Montlhéry dans le régiment de marche du Tchad. Je crois que ça n’existe plus depuis… C’est marrant car à l’armée je suis tombé sur un capitaine qui était fou de ballon. Donc on jouait beaucoup. Et quand je suis sorti de l’armée en 1982 j’ai fait un essai à Saint-Ouen au Red Star. Ça n’a pas été concluant. J’ai ensuite été à Versailles car un copain de quartier connaissait l’entraîneur de l’équipe. Le frère de cet entraineur était à Houdan qui était en première division de district. Et ils m’ont proposé d’aller jouer là bas. J’ai dit OK.

Il n’y avait pas de plan de carrière en fait ?

Non aucun, j’étais complètement amateur dans ma tête. Ça se faisait comme ça. Au premier entrainement, je prends le ballon, je pars tout seul au but et je marque. Là ils m’ont gardé. On est monté deux fois de suite en championnat, j’ai fini meilleur buteur. Je suis parti à Versailles où l’on est aussi monté deux fois de suite jusqu’en Division 3, mais là je n’ai pas commencé le championnat car le PSG m’a sollicité. C’était en 1985.

Je suis arrivé Mezzo Piano

Qui est venu te chercher à Versailles pour signer à Paris ?

Cette phase est hyper importante car c’est dans ce genre de situation que ta carrière peut basculer. Quand je suis arrivé à Versailles, les clubs pro qui s’intéressaient à moi ne savaient pas si j’étais français. Et puis j’avais déjà un certain âge. Avec Versailles on a affronté l’équipe de la Celle Saint-Cloud dans laquelle jouait Marc Colas. Il a arrêté sa carrière de joueur l’année d’après pour entrainer les cadets nationaux du PSG. En 1986 le PSG venait d’être champion et Marc a conseillé à Gerard Houiller, alors entraîneur du PSG, de me recruter. Gerard a dit à Marc de se renseigner en priorité sur ma nationalité à cause des quotas. Du coup Marc a contacté un de mes potes qui était un peu dans le système. Il lui a dit « Dis à Amara d’appeler Gérard Houiller, ils sont intéressés pour le recruter ». Mon pote me donne le numéro de Gérard Houiller et je le mets dans ma poche. Pendant 3 jours je ne l’ai pas appelé. Et ce n’était même pas pour le snober. Je n’y pensais même pas ! Au bout des 3 jours Marc a appelé mon pote en lui disant « Amara n’a toujours pas appelé, qu’est-ce qui se passe ? » Mon pote m’a rappelé furax « Si tu n’appelles pas le PSG tout de suite je viens te chercher pour te forcer à le faire ». Il connaissait l’importance de cet appel. J’ai donc appelé et on m’a donné rendez-vous au Camp des Loges.

Comment se passe ton arrivée ?

C’était l’avant saison. J’ai déjà été impressionné par les voitures des joueurs sur le parking ! Et il y avait au moins 6 joueurs de l’effectif qui revenaient du Mondial 86 au Mexique ! Bats, Rocheteau, Xuereb, Sušić… ! Je suis arrivé Mezzo Piano. On m’a proposé de rester une saison pour me tester. Et si j’étais bon on me faisait un contrat. Moi je voulais jouer, c’est tout ce qui m’intéressait. Je suis resté un an en réserve, coaché par Erick Mombaerts, un entraineur très doué. Cette saison là on a cartonné. On avait une équipe de folie. Barrabé, Vasseur… Des fois les pros venaient aussi jouer avec nous. Et cette saison l’équipe première peinait en championnat.

Pourtant l’effectif est pléthorique avec Bats, Pilorget, et surtout Halilhodžić, Xuereb, Rocheteau, Sušić et Bocande. Ça faisait du monde devant !

Et il y avait aussi les frères Sandjak qui jouaient avec moi en réserve et qui parfois étaient appelés en première ! Donc à la fin de cette saison, il restait peu de matchs à disputer et Gérard Houiller décide de me lancer. C’était pour un PSG-Bordeaux (ndlr : 4 avril 1987). Gérard me dit la veille du match « Tu es dans le groupe ». Alors là je n’ai pas dormi de la nuit. En plus c’était la grosse équipe de Bordeaux avec Battiston, Giresse, Tigana, Thouvenel et José Touré. Je suis bien-sur remplaçant mais un quart-d’heure avant la fin Gérard décide de me faire rentrer à la place de Liazid Sandjak. Personne ne me connaissait. Premier ballon que je touche, je rentre dans la surface en dribblant et j’ai failli marqué. Et là tout le monde a vu que j’avais le niveau. Ça m’a permis de signer mon contrat pour 3 ans. Mon premier contrat pro avec Borelli. Francis il est arrivé en me disant « Mon fils ! Tu n’as pas de voiture, je vais t’en acheter une ! » c’était énorme.

Il te mettait le ballon où il voulait

Tu gardes un bon souvenir de ce PSG made in Borelli ?

Tu ne peux pas oublier, aucun de ceux qui ont vécu cette époque n’ont oublié. Humainement c’était fabuleux. Déjà dans le vestiaire ça chambrait…

Pas Safet quand même ?

Détrompe-toi. Il ne parlait pas beaucoup mais ce n’était pas le dernier non plus. Et puis c’était quelqu’un de vachement calé. Tout était analysé, pour moi c’était le top. Pied gauche, pied droit, il te mettait le ballon où il voulait. Le coup d’oeil ! Je n’ai pas vu plus fort.

Ton premier match titulaire c’est quand ?

Contre Marseille au Parc (ndlr : 8 novembre 1987). Je marque du pied gauche contre Joseph-Antoine Bell !

Pourquoi tu pars à Cannes en 1990, tu étais apprécié pourtant ?

Oui surtout quand j’ai marqué ma première bicyclette contre Mulhouse au Parc en 1990 (ndlr : 7 avril 1990). J’étais remplaçant, je rentre et au bout de 13’’ je mets ma fameuse bicyclette. C’était sous les ordres de Tomislav Ivić. Ivić est remplacé en fin de saison par Henri Michel. Le PSG lance sa campagne de pub avant le début de saison avec une photo de moi en train de faire une bicyclette et le slogan « PSG fais nous rêver ». Le championnat commence mais je ne suis pas titulaire. Mais l’équipe gagne ses matchs. Du coup on me dit qu’on n’a pas besoin de moi. C’était dur. Borelli qui aimait le beau jeu ne voulait pas me vendre car j’étais un de ses chouchous. Il décide donc de me prêter. Et Erick Mombaerts était parti entre temps à Cannes. Il y avait aussi Luis Fernandez à Cannes. Ils m’ont demandé de venir. « Tu verras le climat est bien, c’est top ». Mais moi je n’avais jamais bougé de Paris, je n’avais pas envie de partir, il y avait tous les supporters qui m’appréciaient… Finalement je suis parti. En me disant que ce serait peut être une chance.

Borelli était fou !

Finalement ça s’est avéré un bon choix ?

Et comment ! Les deux premiers mois ont été difficiles car j’avais encore la tête à Paris. Et puis on était 18ème alors que le PSG était 3ème. Puis on est parti sur une série de 13 matchs sans défaite. Le PSG est venu jouer à Cannes (ndlr : 13 avril 1991) durant cette série. Ce qui est marrant c’est qu’à l’époque le journal But interviewerait 2 joueurs la veille du match, un de chaque équipe. Ils m’avaient choisi pour Cannes. J’avais annoncé que j’allais marqué une bicyclette contre le PSG. Et je l’ai marquée, contre Joël Bats ! Borelli était fou ! Henri Michel a pris pour tout le monde. Et je suis revenu en 1991 à Paris.

Cette année 1991 correspond à tes premières sélections en équipe de France. C’était un accomplissement pour toi ce maillot bleu ?

Sincèrement je ne me suis pas posé la question. Car ça allait très très vite. Et j’avais déjà un certain âge (30 ans). Mais Michel Platini (ndlr : entraineur de l’équipe de France de 1988 à 1992) savait ce que je pouvais apporter. J’ai commencé en A prime. Mais je suis appelé pour Pologne-France (ndlr : 14 aout 1991 – Score : 1-5) car Cantona est suspendu. Et je marque le 3ème but. C’est comme ça que je commence ma carrière en bleu.

Revenons au PSG. Tu n’auras pas officiellement remporté de titre avec ce club mais tu auras marqué les esprits avec ta spéciale. Avoue, c’est quoi ta marque de vélo préférée ?

Si je devais coller un nom sur mon vélo ce serait AUTEUIL-BOULOGNE car chacun a eu sa bicyclette ! Ah Ah, je viens de la trouver celle-là…

Les grands gardiens français en ont pris un

C’était déjà une de tes spécialités avant celle de Mulhouse ?

Non, c’était juste de l’instinct, surtout cette première face à Mulhouse, sur un terrain gelé. Le centre arrive un peu « neigeux » et je viens en fait pour mettre la tête mais la balle arrive dans l’autre sens. Donc j’ai improvisé. Et j’ai senti que les gens s’identifiaient à ce geste spectaculaire.
Certains disaient que je ne l’avais pas fait exprès mais je savais que cette souplesse, je l’avais en moi.

Tu as conscience d’avoir marqué les esprits avec ce geste ?

Oui d’autant que ça correspond aussi à l’époque. Car Jean-Michel Larqué et Thierry Roland venaient juste de lancer le Top But. Et j’ai été le premier à être classé N°1 de ce top. La fois d’après il fallait faire mieux. Et ça valait pour moi aussi. Donc je gardais ça dans un coin de ma tête. SI j’avais l’opportunité de reproduire ce geste… Mais tu ne peux pas le faire n’importe quand. J’ai quand même réussi à en mettre deux dans le même match contre Bordeaux quand je jouais à Monaco. C’est Gaëtan Huard qui était dans les buts de Bordeaux quand même… Tous les grands gardiens français en ont pris un : Bats, Lama, Huard, Perez… C’est devenu une spécialité maison.

Sans tomber dans le piège

D’ailleurs on en voit moins aujourd’hui, selon toi pourquoi ?

On est sur un jeu plus physique, plus rapide alors que nous, on était plus technique.

Tu as participé au fameux 4-1 face au Real en 1993. Tu gardes un souvenir en particulier de ce match de fou ?

C’était magique. En plus l’entraineur (ndlr : Artur Jorge) ne m’était pas vraiment favorable mais il m’a mis titulaire car on avait perdu 3-1 là bas. Donc pour gagner il a mis l’équipe qu’il fallait. Du coup je me retrouve titulaire en attaque avec Weah et Ginola. 3 attaquants avec derrière Valdo en 10, Paul Le Guen et Vincent Guerin au milieu. Et en défense Colleter, Sassus, Antoine Kombouaré et Ricardo. Je revenais de blessure mais je courrais comme un dingue. J’avais même fait venir au Parc le chirurgien qui m’avait opéré car ça faisait 7 mois jour pour jour que je m’étais blessé. Sur le but d’Antoine je ne peux même pas te l’expliquer. Et en face il y avait Butragueño, Zamorano, Míchel…

Tu penses que le PSG peux les battre cette saison ?

Oui. Mais il y a certains endroits où il ne faut pas faire de faute et éviter les coup-francs. Et puis Zizou connait l’importance de ce match, ils jouent tout sur ce match. Mais il y a un vrai coup à jouer sans tomber dans le piège et ne pas finir à 10.

Et aller au bout ?

Si tu bats le Real, ça veut dire que tu vas au bout.

Suis-tu la progression de Kylian Mbappe ? Lui trouves-tu des similitudes avec ton jeu frais et spectaculaire ?

La grande similitude c’est la vitesse pour partir de loin. J’avais cette vitesse. Et surtout au Parc car à l’époque le terrain était immense, on avait l’impression que le ballon ne sortait jamais. Depuis le terrain a été raccourci. Mais ça favorisait le jeu en contre. J’avais ce jeu là. Mais Kylian a une aisance naturelle qui lui permet de prendre pas mal de décisions. Il peut se retourner très vite et il a la vision. Mais quand il va trouver le calme dans une certaine position il va ajouter un plus dans son jeu. Le problème en étant à droite c’est qu’il doit avoir un pied gauche magique, en plus du droit. Dans cette position ça te permet d’envelopper le ballon comme le faisait Thierry Henry sur le côté gauche.

Sur la fin de ta carrière tu fais 6 clubs anglais en 5 ans, c’est quoi ce parcours ? Tu t’étais mis au golf ?

Ah Ah. Je voulais faire un 18 trous et je me suis arrêté à 6. Non en fait je n’avais pas envie de raccrocher. Et puis l’Angleterre… Tu es dans un univers de foot où plus tu descends en niveau plus tu tombes sur des amoureux du football. Et pourtant je ne voulais pas y aller au départ, j’avais 36 ans en 1997. Mais à Leyton Orient, pour disputer le Play Off de montée en division supérieure, tu joues à Wembley ! Là tu te motives, c’est vraiment pro même à ce niveau. Je suis resté 2 ans à Leyton puis je suis allé Kingstonian qui était encore un niveau au dessous, niveau CFA en fait. Et on a été en finale de la Umbro Cup qui était le sponsor de l’équipe d’Angleterre. Et on a encore joué la finale Wembley ! Et le match était retransmis à la télé ! Imagine ça en France ! Du coup j’ai fait des piges car je ne voulais pas arrêter ma carrière.

C’est mon club de référence

Tu continues d’aider le PSG dans la recherche de talents en Afrique ? Tu es toujours ambassadeur du club là bas.

Non plus maintenant pourtant j’ai vécu de belles expériences notamment avec un tournoi organisé pour des U16 en Malaisie avec toutes les meilleures équipes de la région. Comme je parlais anglais ça aidait.

Le PSG reste ton club de coeur encore aujourd’hui ?

Ah oui. J’ai joué 7 ans au PSG. C’est mon club en France, c’est celui qui m’a mis en lumière avec ces retournés qui restent dans la tête des gens aujourd’hui. C’est mon club de référence même si j’ai vécu une super saison à Cannes avec un certain Zizou qui commençait avec nous.

Tu retournes souvent au Parc ?

Oui je suis invité. Et pourquoi pas un jour y travailler ?

Ça t’intéresserait ?

Oui ou au moins pour nous mettre en avant, pour qu’on se sente concernés en tant qu’anciens. Qu’on soit présenté aux joueurs actuels pour échanger.

Quelles sont tes activités aujourd’hui ?

J’ai passé les diplômes de coach. J’ai eu la chance de pouvoir entraîner l’équipe nationale de Guinée avec Luis Fernandez en entraineur principal et Kaba Diawara en coordinateur en 2015. Ça a été une superbe expérience. Je m’occupe aussi du club des petits anges à Paris dans le 7ème (ESPA) en tant que directeur sportif. Alphonse Areola et Christopher Nkunku en sont issus. Mais c’est un club amateur. Et puis j’ai aussi lancé un stage à mon nom au Saut du Loup entre Bordeaux et Toulouse. C’est pour des enfants allant de 6 à 14 ans et ça a lieu cet été.

L’interview se termine. On quitte Amara qui décide de rester pour se faire une petite grille PMU tranquille avec les habitués du quartier. Un homme simple.  


Toutes les infos sur le stage Amara Simba en cliquant ici


Xavier Chevalier
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