Deux étoiles plein les yeux

par

« With but two strokes of his sword, he had consigned to Hell all those spectres that refused to yield their crowns. » Cette phrase admirable de William S.
résume presque à elle seule le destin du PSG.

il est minuit et 19 minutes. Mes larmes de joie ont séché. Dehors, au loin, des détonations. La jeunesse montreuilloise qui fête l’impossible en illuminant la nuit. Je plane. Je me pince. Ai-je rêvé ? Gabriel a-t-il vraiment raté son tir au but ? Doué chiale-t-il de bonheur comme un gosse à genoux sur cette pelouse hongroise ? Ou suis-je en train de m’inventer une vie pour oublier l’autre, la vraie, celle qui m’écrase depuis quelques temps ?

La gueule déconfite de Nasri et les tsunamis de seum sur les réseaux de ceux qui pensent être nos meilleurs ennemis alors que cette deuxième étoile confirme qu’ils sont, au mieux, des antiquaires en dépôt de bilan et à cours de vannes, m’indiquent que ce match a bien eu lieu et que Paris conjugue désormais éternité et légende au présent. Il n’y a pas de mots. Ce texte n’a aucune chance. Il nous faut un néologisme. Il nous faut inventer pour se faire à l’idée que ce back to back existe.

Quelle purge d’abord. Et ce but rapide du boche d’Arsenal. On s’est remis au handball jusqu’à la mi-temps. Impuissance molle. En face, Arteta et son anti poésie. Et des Gunners qui jouent lourdement la montre. Pas un joueur parisien au rendez-vous. Atroce, frustrant, presque incompréhensible. Il y a quelques jours, je disais à mon ami P., qui a vu la finale dans un pub à…Londres, que le pire scénario serait qu’Arsenal ouvre le score. Arsenal ouvre le score. Peut-être cette chaleur écrasante, cette joie indélébile du 31 mai 2025, j’ai abdiqué. Accepté que l’ultra pragmatisme allait terrasser Kvara et le football.

Et puis, une nouvelle fois, Paris réagit, sans céder jamais à la panique. Ousmane égalise. Il y a 20 ans, il y a même 5 ans, la petite voix dans ma tête de supporter parisien abonné aux coups du sort m’aurait soufflé : « ne te réjouis pas trop vite, nos joueurs peuvent encore tout gâcher ou l’Uefa nous la mettre bien profond ». Mais non en fait. Plus de cimetierre indien. Plus de souffrances ubuesques. Jean C., autre ami, est d’accord avec moi : les hommes en noir savent quelle équipe ils arbitrent désormais. Aux autres le rôle de dindon de la farce, de cocu.

La fin, je l’ai traversée évidemment en apnée. Hitchcock + Espérance de vie – 10 ans. Gabriel rate. Jules s’allonge au sol, les deux mains sur le visage. Je le relève et l’enlace, longtemps. On se serre, violemment, on expulse les dernières bribes de peur. Stéphane R et son fils M. sont venus à Montreuil voir le spectacle. Deux porte-bonheur certifiés. Victoire. Je baptise Stéphane Lucky et M. Charms. On s’embrasse. Putain de deuxième étoile mon frère ! Oui, il va nous falloir inventer un mot ou deux pour raconter cette odysée continentale.

Je lis un supporter parisien. Il dit que cette journée aurait été parfaite si Moïse avait ouvert la mer ocre de Roland… un jeune tennisman prometteur qui perd au 3e tour Porte d’Auteuil, je l’ai vécu mille fois. Cette nouvelle étoile est parfaite, elle n’a besoin de rien d’autre, d’aucun exploit parasite. C’est au delà du rêve de gosse réalisé. En face de moi, cette photo noir et blanc saisissante de Merry Moraux. Des ultras parisiens en tribunes à Sochaux un jour de 2008, avec dans le regard, ce qu’il faut d’intensité et de doute. Et dans ma télé, nos couleurs qui explosent la rétine quand Marqui offre la Coupe aux Cieux. Diané. Budapest. Une vie.

PSG4LIFE

© PSG

Jérôme Reijasse

Laisser un commentaire

Découvrez les articles de