Guy Adam Virage PSG

Guy Adam

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En 1970, Guy Adam voit naître le club et il ne le quittera plus jusqu’à son départ, brutal, au début des années 2000. Supporter entièrement dévoué à la cause du PSG, il est recruté par Francis Borelli au début de sa présidence, et Michel Denisot en fait son coordinateur sportif. 33 années d’une vie dédiée au Paris Saint-Germain
Guy Adam se souvient et raconte.


Mon 1er contact avec le PSG ? J’ai répondu, comme beaucoup de gens, à l’appel de Pierre Bellemare, Guy Crescent…, pour faire revivre le football à Paris. Je me rappelle, c’était un dimanche matin et sur Europe 1 (février 1970), ils encourageaient les gens à venir souscrire, avec aussi des artistes comme Annie Cordy, Enrico Macias qui se mobilisaient à différents endroits de Paris…

J’avais 23 ans et avec des amis, nous sommes devenus souscripteurs, on disait aussi « membre associé ». Je ne me souviens plus exactement du montant de la cotisation mais à partir de là, les choses se sont enclenchées rapidement. Les associés, les dirigeants, on voulait tous relancer le football à Paris.

Avant, j’allais voir jouer le Stade Français, où jouait mon idole : René Gallina. C’est le 1er gardien qui jouait tout en noir. J’étais gardien de but et par rapport à tout ça, c’était ma 1ère idole. Dans les années 1970, je jouais avec les amateurs du PSG, j’étais 3ème ou 4ème gardien.

Je travaillais à Saint-Germain, le camp des Loges n’était pas loin donc j’y allais souvent, en tant que supporter. Il y avait une relation exceptionnelle entre les joueurs, les dirigeants, les supporters. Tout le monde se connaissait, se parlait… La 1ère année, le PSG jouait en D2 avec des jeunes, des amateurs qui avaient un travail à côté et aussi des internationaux comme Jean Djorkaeff, qui était le capitaine de l’équipe de France.

Ma 1ère grande émotion, c’est la montée en D1 face à Valenciennes (4-2, 1974). J’en ai un souvenir très précis. J’étais avec mon papa, qui est décédé 2 ans plus tard. Je l’avais emmené avec moi, c’était son 1er match au Parc des Princes. Un match à rebondissements, vraiment exceptionnel. J’étais supporter, en tribunes et c’était une joie incroyable de vivre cela.

Avec le club des supporters, on commence à créer des gadgets PSG, on organise des déplacements de supporters. En 1974, on a créé le Club des Amis du PSG (1er groupe de supporters du PSG, ndlr). On avait en charge une grande partie commerciale du club, on tenait la boutique PSG avenue Franklin Roosevelt, dans les locaux de RTL. On vendait des gadgets, on avait aussi un bureau pour la vente de billets, d’abonnements, on organisait nos réunions de supporters.

Guy Adam Virage PSG
Avec le boxeur Jean-Claude Bouttier lors d’une réception au siège des Amis du PSG (c) Collection personnelle

Et donc avec les Amis du PSG, on avait lancé l’opération « jeunes supporters du PSG » : 10 francs, 10 matches gratuits (2 matches super gala, dont Marseille, Saint-Etienne, 2 matches galas, 6 matches normaux) et 1 cadeau de bienvenue : 1 gros pin’s avec la photo d’un joueur. On avait acheté une machine pour les fabriquer. J’avais aussi voulu lancer la cocarde PSG, comme cela se faisait beaucoup dans le rugby en Angleterre. Mais ça n’a pas du tout marché (sourires).

Ce club des jeunes supporters (pour les moins de 16 ans, sur présentation de la carte scolaire), ça nous tenait à cœur. C’est Christian Dumont (Ndlr : l’un des membres fondateurs de l’association) qui a eu l’idée. Ce qu’on voulait, c’est faire revenir les jeunes au Parc, travailler pour les futures générations. Les jeunes supporters de cette époque sont les supporters d’aujourd’hui.

Je vis désormais à Uzés dans le Gard. Il n’y a pas longtemps, je vais voir un match de foot dans la région, quelqu’un vient vers moi, et me dit : « Bonjour Monsieur, je vous présente mon fils, il a été ‘jeune supporter’ au PSG ». J’avais devant moi, un grand gaillard, 1m90, père de 2 enfants, toujours supporter du PSG. Cela m’a mis un sacré coup de vieux (sourires), mais ça fait plaisir, très plaisir.

Depuis quelque temps, on voit réapparaitre au Parc des Princes tribune Auteuil, un drapeau avec un logo qui me tient à cœur. Il représente le logo du PSG qui semble éclore du stade. A l’époque où l’on parlait d’une 2ème équipe à Paris, j’avais proposé au Président Borelli ce logo, en expliquant qu’il représentait l’association inséparable du PSG avec le Pars des Princes.

Guy Adam Virage PSG
Avec les 2 Bianchi (Carlos et Armando, saison 1978-1979) lors des réunions de supporters des Amis du PSG (c) Collection personnelle

Quand Francis Borelli est devenu président (1978), j’ai commencé à travailler pour le club, dans ses bureaux rue Bergère. Je m’occupais des relations commerciales, des abonnements, de la location des places avec la Fédération. Et puis Serge Guyot, qui était le secrétaire sportif du PSG, est parti au Matra Racing. Il avait eu une belle proposition et alors je dis au Président : « Monsieur Borelli, moi, ça me plairait bien de passer au sportif ».

Il m’appelait « mon fils ». Il me dit : « Mon fils, je vais voir ». Il est allé demander à l’entraîneur, qui était Georges Peyroche, s’il voulait bien travailler avec moi. Peyroche lui dit : « Oui, il n’y a aucun problème ». Ca a commencé comme ça. J’ai quitté la rue Bergère pour venir travailler à Saint-Germain au camp des Loges. J’ai pris mes fonctions après le match à Sofia (Lokomotiv Sofia 1-0 PSG, 1982, 1er match du PSG en Coupe d’Europe).

J’ai énormément appris de Francis Borelli puis de Michel Denisot dans la gestion des hommes. Ces 2 présidents m’ont beaucoup apporté. Francis Borelli, c’était un très très grand passionné de football. Il venait jouer le dimanche avec les joueurs, au camp des Loges. C’était un président très proche, vraiment, de ses joueurs, et de son staff. Il était très humain. Il a repris le club après l’affaire de la double billetterie, ce qui n’était pas simple. Il a porté le club à bras-le-corps avec Charles Talar, Bernard Brochand… Ils l’ont remis sur les bons rails.

Monsieur Borelli m’a aussi permis de réaliser un rêve. Faire le Dakar, avec une voiture aux couleurs du PSG. J’ai 2 passions, le foot et le sport automobile. Tous les joueurs étaient parrains de la voiture, et Julie Pietri la marraine. Une Mitsubishi exceptionnelle, avec le logo du club (sourires), et de La Cinq (ancien sponsor du PSG).

Guy Adam Virage PSG
Avant le départ pour le Paris-Dakar 1989 avec Francis Borelli, Christian Perez, le copilote Bertrand (à gauche) et derrière le mécanicien avion. Au 1er plan Julie Pietri (c) Collection personnelle

En 1989, la trêve hivernale était très longue, ce qui m’a permis de partir. On était 24ème, 1ère Mitsubishi en classement privé, on a cassé à 2 jours de l’arrivée. On a fait venir des pièces, on les a changées, on est arrivés 1h après les délais… Il n’y avait pas de SMS mais je recevais des messages des joueurs et des salariés du siège du club.

En 1991, Canal arrive et je deviens coordinateur sportif : j’étais là pour faire en sorte que tout se passe au mieux pour les joueurs (organisation des stages, des déplacements…), j’ai même organisé des vacances pour certains. C’est un poste courant aujourd’hui. A l’époque, le PSG était le 1er club en France avec un coordinateur sportif.

C’est un métier où on ne compte pas ses heures. Pas de week-end en famille, pas mal de nuits courtes… Mais quand on aime, on ne compte pas (sourires). J’étais l’homme le plus heureux. Je me disais : « sois conscient de la chance que tu as, il y a des gens qui paieraient pour être à ta place ». J’ai côtoyé les plus grands joueurs, 15 entraîneurs, 5 présidents. J’ai dû faire plus de 1000 matches sur le banc de touche, en championnat, coupes de France et de la Ligue, matches amicaux, et environ 150 matches européens. Le PSG, c’est toute ma vie. Je l’ai vraiment en moi.

La période Canal c’est 5 demi-finales de Coupe d’Europe consécutives (1993, 1994, 1995, 1996, 1997). Enormément de joies, dont 2 souvenirs exceptionnels pour moi.

D’abord il y a PSG-Real (1993), Artur Jorge saute de joie et il me saute dans les bras. C’est un souvenir exceptionnel car ce n’était pas le style d’Artur Jorge, quelqu’un de très réservé, qui garde pour lui beaucoup de choses. Le match se termine, on sort du banc de touche et là, il me saute dans les bras. Je ne l’oublierai jamais.

Et la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe (PSG 1-0 Rapid Vienne, 8 mai 1996). A la fin du match, je craque. Je pars pleurer dans les coursives du stade. Si vous regardez bien, je ne suis sur aucune photo. Je suis submergé par l’émotion et je pleure (de joie) dans mon coin. Raì sort du vestiaire, il demande aux Tontons* : « Mais il est où Guy ? », « Il est là ». Raì vient me voir, il dit : « Guy, merci pour tout ce que tu as fait pour nous ». Ce souvenir, il me reste gravé à vie.

Guy Adam Virage PSG
Avec Artur Jorge lors de Creteil – Libourne Saint-Seurin le 20 octobre 2006 (c) Panoramic

PSG-Steaua Bucarest (1997), je l’ai très très mal vécu. L’histoire du fax autour de la suspension de Laurent Fournier**, ça a été très violent. Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais j’ai tout pris sur le dos, tout seul. Je l’ai vécu comme une injustice. Pour le match retour, pour la 1ère fois depuis très longtemps, je n’étais pas au stade, je n’étais pas sur le banc.

J’étais chez moi. Après le match, les joueurs ont dit : « On a joué pour Guy », ça fait quelque chose, mais après ce que j’avais pris sur la tête, ça ne m’a même pas réconforté. Au final, il n’y a pas eu de conséquence sportive (le PSG l’emporte 5-0) mais sur ma vie, oui. Ma femme aussi en a beaucoup souffert.

On ne peut pas oublier… Michel Denisot a été très important dans ce moment. Cela reste en interne, entre nous, mais il a toujours été là. Je veux le remercier pour ça. 

La saison 1998-1999, Charles Bietry est devenu président. Le 1er match de préparation, à Châteauroux, il vient me voir et me dit : « Ce soir, je veux que tu sois sur le banc, tu reprends toutes tes fonctions. Je veux réparer une injustice ». Ça m’a touché.

Je vis aujourd’hui dans le sud, il y a beaucoup de supporters de Marseille ici mais on résiste (sourires). Je regarde tous les matches du PSG avec mon épouse. Quand je l’ai rencontrée, ma compagne ne connaissait rien au football, et aujourd’hui, elle est presque plus fan que moi. Depuis que j’ai quitté le club (2003), je suis revenu 3 fois au Parc. 2 fois comme dirigeant (Libourne-Saint-Seurin) pour le tirage de la Coupe de France, une fois après le retour de Leonardo (directeur sportif). Il nous a invités, ma femme et moi pour PSG-Toulouse.

Johan Cruyff Guy Adam Virage PSG
Avec Johan Cruyff en 1975 lors du tournoi de Paris au Parc (c) Collection personnelle

Au Parc, j’ai vécu des moments exceptionnels, vraiment exceptionnels. Depuis l’inauguration (1972), j’ai fait plus de 1 000 matches dans ce stade. La page est maintenant tournée.

Cela a mis du temps, car mon départ du PSG a été brutal. Je ne veux pas trop m’étendre mais, quand vous lisez dans la presse : « On veut se séparer des dinosaures du camp des Loges » (c’est-à-dire moi, et aussi le kiné, le médecin), que quelque mois après on vous met dans les plus grandes difficultés.

Au début de la saison 2002-2003, pour la soirée « VIP » de présentation de l’équipe. On présente tout le monde, les joueurs, le staff sauf une personne, moi. Ça fait mal au cœur. J’ai fini par faire une dépression. Mon épouse est tombée malade aussi. Le médecin nous a dit « si vous ne partez pas… » On a décidé de déménager en province.

Quand vous avez passé 33 ans dans un club, que vous avez participé à sa création et que, quand vous partez, il n’y a pas un geste, pas un regard. Et bien, ça fait très mal croyez-moi.

Aujourd’hui, je ne veux garder que le positif et il y en a beaucoup. Chez moi j’ai encore des maillots. J’avais dessiné un maillot avec lequel on a joué (voir photo). J’aimais bien le logo « Paris 1992 » pour la candidature aux JO, ça m’avait donné une idée : s’inspirer de leur Tour Eiffel, Rouge et Bleu, qui, en diagonale, venait occuper la partie gauche du maillot.

Susic Bravo Virage PSG
Safet et Daniel avec le maillot 1990-1991 (c) Christian Gavelle / PSG

Je le propose à Francis Borelli qui en parle à Jacques Chirac, qui est d’accord. Le logo, bien sûr, appartenait à son créateur. Il s’en est rendu compte et a dit à Monsieur Chirac : « Ou vous me l’achetez, ou vous arrêtez de jouer avec ce maillot ». On a joué une saison avec, la dernière de Safet Sušić.

Ce club, je l’aimerai toute ma vie, et je salue tous les supporters du PSG.


*Surnom donné aux intendants du PSG par David Ginola

**Tour préliminaire de la Ligue des Champions, le PSG s’impose 3-2 à l’aller, mais perd 3-0 sur tapis vert pour avoir aligné un joueur suspendu, Laurent Fournier. En cause, un fax de l’UEFA égaré. Au match retour au Parc, le PSG s’impose 5-0 et se qualifie pour le tour principal, au terme d’une soirée légendaire.


Emilie Pilet

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