Supras Virage PSG

La saga Supras #5

par et

Dernier épisode de la Saga Supras. Nos trois anciens présidents reviennent
sur le Plan Leproux, la fin du groupe et leur façon de vivre aujourd’hui
LA PASSION ULTRA. Jusqu’à la fin !

En 2010, vous arrêtez tous ?

Selim : Le mot d’ordre c’était boycott et puis on a surtout été dissous, avec des interdictions de stade à gogo avec pointage au commissariat, des perquisitions.

Bobine : Sans parler des coups de pression, menaces et compagnie hors stade.

Selim : Il faut être honnête, les menaces, voire les agressions physiques hors stade ont eu lieu des deux côtés.

Boat : On a longtemps discuté avec Boulogne mine de rien. Les leaders faisaient en sorte que ça ne dégénère pas.

Revenons sur 2010, il y a pas mal d’anciens Supras qui ont participé à la contestation.

Selim : Pas vraiment en réalité. C’est un peu une réécriture de l’histoire cette version. En avril 2010, nous sommes dissous, 80 % du noyau est IDS et le plan Leproux fuite dans les journaux en mai 2010. En plus du placement aléatoire pour nous interdire de nous réunir au Parc, le plan Leproux prévoit des mesures complètement délirantes pour aller en déplacement. C’était Larrue multiplié par 100 : obligation d’adhérer à la charte TousPSG, d’emprunter le bus affrété par le club en étant accompagné par des stewards, de donner l’identité de toutes les personnes montant dans le bus, de soumettre le matériel à l’approbation des autorités. C’est le retour des déplacements officiels PSG et la mise à mort du principe d’autonomie et d’indépendance des ultras. Bref, l’opposé total de l’identité et de la culture de groupe qu’on a forgées depuis 15 ans. Il est bien-sûr hors de question pour nous de céder au chantage.

Mais en septembre 2010, craignant qu’on parte dans un boycott qui ne se terminera jamais (et l’histoire ne leur a pas donné tort là-dessus), une des sections importantes du groupe, la K-Soce Team, décide de jouer le jeu du club et d’accepter le plan Leproux en partant en déplacement à Lens dans les fameux parcages de « lynx ». C’est la scission inévitable. Ça revenait à accepter tout ce que Larrue avait tenté de nous imposer quelques années auparavant. Mon hypothèse est qu’ils ont été manœuvrés par Jean-Philippe d’Hallivilée (responsable de la sécurité à cette époque) qui a dû leur faire miroiter une normalisation rapide de la situation s’ils acceptaient le plan Leproux et se désolidarisaient du mouvement de boycott unanime. En réalité, c’était un moyen de diviser le front uni contre la Direction et sa politique et cela n’a eu aucun résultat puisque la situation n’avait pas évolué d’un pouce cinq ans après. JPDH a été très habile et a brisé notre dynamique.

En dehors de cet épisode, il y a en effet eu un phénomène de contestation avec notamment l’épisode du sit-in contre Saint-Étienne dès le mois d’août 2010, puis des contre-parcages un peu plus tard. Mais les Supras ou ex-Supras n’étaient pas à la manœuvre. Pour plusieurs raisons : nous étions encore nombreux à être IDS, nous avions d’autres soucis sur le plan judiciaire qui nous mobilisaient beaucoup plus et surtout nous étions convaincus que le boycott pur et dur était le meilleur moyen d’arriver à nos fins. Finalement, l’histoire nous aura donné raison puisque c’est le PSG lui-même qui a fini par sonder des groupes prêts à revenir à partir de 2015 quand il a constaté que son décor en carton-pâte ne tenait plus la route. Les contre-parcages n’ont eu aucun effet dans ce retournement, c’est simplement le déficit d’image lié à l’absence totale d’ambiance au Parc qui a poussé le club à changer son fusil d’épaule. Le boycott était la clé depuis le début, il fallait être patient.

Il faut avouer que nous étions également épuisés, on sortait de plusieurs années de conflit avec le club, avec Boulogne, avec les autorités judiciaires, deux morts autour du Parc en une poignée d’années, l’environnement était hyper toxique, on n’avait pas l’énergie pour guider cette contestation. Donc ça a permis à de nouvelles générations qui n’avaient pas forcément fait partie des noyaux durs des anciens groupes de se prendre en main, de se constituer pour tenter de faire valoir leurs droits. Je crois que LPA a été un élément vraiment moteur de cette contestation et je ne connais pas beaucoup de Supras actifs à mon époque qui ont participé à cette aventure. Peut-être que certains à la marge se sont mis dans la roue, mais, ce n’est pas eux qui ont mené ce combat. Au même moment, comme par hasard, notre local crame. On n’avait plus de point de ralliement. En plus de ça la contestation commence à tourner au fiasco, les flics rasent tous les mecs à chaque action, leur collent des IDS en pagaille, c’était le carnage. Et pourtant il y avait des mecs acharnés… qui se sont battus. Mais nous, on ne pouvait plus.

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L’entente franco-allemande © Collection personnelle

Le boycott du Parc n’a en revanche pas signé la fin du lien qui nous unissait. Depuis 2003, nous entretenions une amitié avec la Wilde Horde, le groupe ultra historique du FC Cologne. Cette amitié a permis de faciliter la transition vers un fonctionnement de groupe déconnecté de la vie au Parc et de notre équipe puisqu’on avait quand même toujours cette possibilité de vivre avec eux notre idéal ultra. Ça a été une vraie bouffée d’oxygène. Et puis le FC Cologne est un club à l’opposé total du projet fric et communication du PSG version QSI. C’est un club ancré avec une tradition et une histoire superbes même si ils n’ont pas l’équipe qu’ils mériteraient d’avoir, comme nous à Paris pendant presque 15 ans. Cologne c’est l’une des plus grandes villes allemandes avec une vraie identité culturelle locale, un dialecte, le Kölsch, un folklore hyper riche et surtout toute une ville absolument dingue de son club. La Wilde Horde nous a soutenus dans les moments les plus difficiles, a toujours été présente à nos côtés. Ça fait 17 ans cette année que nous sommes amis, c’est chouette de rencontrer des jeunes de leur groupe qui étaient à peine nés quand cette amitié s’est nouée. On est vraiment dans la transmission d’une génération à l’autre, celle qu’on n’a pas pu faire à Paris.

Du coup vous allez voir des matchs là-bas ?

Selim : Bien sûr.  En 2017, ils ont joué l’Europa League, c’était leur première participation à une coupe d’Europe depuis un premier tour de C3 en 1992. C’était la folie. Ils ont une base de fans incroyable. A Arsenal, ils étaient 25 000 devant le stade alors que seulement 3 000 places leur étaient accordées. Le match a été retardé d’une heure car tout le monde voulait rentrer dans l’Emirates Stadium, avec ou sans place ! Ils ont enchaîné avec 5000 fans à Belgrade et 650 en Biélorussie à Borisov. On les a accompagnés évidemment. Ils déplacent des milliers de supporters partout, c’est impressionnant. La scène ultra en Allemagne est vraiment à un superbe niveau sur tous les plans, c’est une des plus intéressantes en Europe. Et puis sur le plan du rapport au club, ils ont la règle du 50 + 1 qui permet aux supporters de détenir 51 % des parts des clubs professionnels. Forcément, t’as un rapport beaucoup plus solide et sain avec ton club.

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Boat porte-drapeau © Collection personnelle

Boat : Il m’arrive même de monter au grillage avec eux !

Selim : Cette belle amitié nous permet de maintenir une continuité, un lien avec notre groupe. On est certes beaucoup moins nombreux qu’à l’époque, mais les camarades qui sont restés fidèles et qui partagent toujours notre idéal, pour certains cela fait 20 ans maintenant que je marche avec eux et je sais que dans 20 ans, on pourra toujours compter les uns sur les autres. On a construit une fraternité qui traverse le temps, les épreuves, et c’est ce qu’on a fait de meilleur.

S’il n’y avait pas eu le plan Leproux, vous pensez que vous seriez encore dans le bloc aujourd’hui ?

Selim : Qui sait ? Mais avec un autre rôle. On aurait été là pour faire passer les valeurs, assurer la transmission, l’héritage et accompagner les jeunes générations. Mais ce processus était déjà enclenché dès 2008, il y avait déjà un passage de témoin de la génération qui avait redressé le groupe entre 98 et 2001 grosso modo. Boat, Bobine ou moi, on ne gérait plus le groupe au quotidien entre 2008 et 2010. On restait en veille bien entendu et on était consultés, mais on avait remis les clés du camion en quelque sorte aux mecs qui étaient présents chaque semaine en déplacement, qui se mobilisaient sur le terrain, qui allaient au charbon. On ne voulait pas conserver un pouvoir illégitime et décider en lieu et place de ceux qui faisaient le groupe au quotidien. C’est une politique qu’on avait décidée en toute connaissance de cause et qui était cohérente avec nos valeurs : c’est ceux qui agissent qui doivent être en capacité de prendre des décisions.

Parlons à présent du procès sur la reconnaissance des droits du slogan « Ici c’est Paris ».

Boat : L’intérêt du chant est lié à l’histoire qui a été mise en place par les tribunes. Au départ on a protégé ce chant, pas pour faire du business, mais parce qu’il devait être protégé pour éviter que des personnes mal intentionnées fassent du pognon dessus.

Bobine : Par l’intermédiaire d’un fusible, certains avaient déposé « Virage Auteuil » et d’autres slogans comme « Notre histoire deviendra légende ». Le début du business sur le dos des tribunes avait déjà démarré et allait s’accélérer. Une fois « Virage Auteuil » déposé, certains sont venus à notre table et nous ont réclamé 10% de tout ce qu’on faisait en plus de nous dire où vendre notre fanzine « Supras Paname » (ils voulaient nous interdire Auteuil rouge pour avantager certains). Début d’un racket que j’ai refusé. Nous nous sommes mis dans la foulée sur le dossier, nous avons protégé entre autres, le nom du groupe et le fameux « Ici c’est Paris ». Boat l’avait lancé et vu que certains slogans avaient été volés pour en faire des marques, nous n’avons pas hésité. Selim appuiera toute la procédure quelques années après. Et elle a duré un certain temps en plus d’être assez complexe.

Boat : On ne voulait pas qu’un opérateur privé s’approprie une culture qui appartient à toute la communauté parisienne. Parce qu’aujourd’hui « Ici c’est Paris », ça a dépassé le cadre du Parc des Princes. On le retrouve sur du Street-Art, dans des paroles de chansons, etc.

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Homme sandwich © Panoramic

Selim : On a fini par trouver un accord avec le PSG pour s’assurer que le slogan puisse continuer à être utilisé par la communauté des fans tout en actant qu’il s’agissait désormais d’un symbole important dans la stratégie de communication du  Club. Mais on s’est sentis bien seuls dans ce combat. Les groupes qui ont repeuplé le Virage Auteuil n’ont jamais accompagné le mouvement alors que la question de la marchandisation du patrimoine culturel des supporters aurait pu et dû être un enjeu important à défendre. Idem pour des médias spécialistes du PSG qui ont refusé de relayer des actualités sur ce sujet de peur de perdre leurs accréditations. . Ce serait plus facile pour moi de penser que c’est la toute-puissance du Club qui annihile tout esprit de contestation chez les supporters organisés par crainte de perdre des « avantages » durement acquis, mais je crois que l’explication est beaucoup plus terre à terre : personne n’en a plus rien à cirer de ces considérations. Les combats d’avant-garde, la réflexion sur la place des supporters et par extension de la culture des supporters dans un Club, tout cela a été balayé en 2010 avec la dissolution des groupes historiques et ne reviendra plus.

Je profite de cette interview pour rendre hommage à James Rophe de LPA qui a disparu il y a quelques semaines. Je l’ai rencontré dans le cadre de cette procédure. Il avait une conscience aiguë des problématiques soulevées par cette affaire et il a activé de nombreux leviers pour nous aider à trouver une issue favorable et qui permette de ne pas privatiser totalement le slogan. Il a d’ailleurs poussé le sujet au niveau de l’ANS afin que  les autres groupes français appréhendent les risques de déprédation de leurs créations culturelles. Il a été le seul à nous aider en coulisses et il mérite toute notre reconnaissance à ce titre. Qu’il repose en paix. Nous remercions également les supporters qui nous ont aidés grâce à leurs dons à faire face aux frais engagés dans ces procédures.

Quelle est l’origine de ce « Ici c’est Paris » à la base ?

Boat : C’est le PSG-Galatasaray de 2001. Quand c’est parti en couilles en tribune.

Selim : C’est paradoxal qu’un chant aussi spontané, lancé dans un contexte très belliqueux, soit finalement devenu un enjeu pour le marketing et la communication. Le club a d’ailleurs reconnu que « Ici c’est Paris » était une création des supporters. Au moins Michel Montana arrêtera de raconter des bobards et de se faire mousser en criant sur tous les toits qu’il est à l’origine du chant !

Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui une vie ultra est possible en France ?

Selim : Le mouvement en France me semble beaucoup moins prolifique qu’à la fin des années 1990-début 2000. A la décharge des groupes actuels, on évolue dans un contexte social tout à fait différent, qui réduit de plus en plus les espaces de liberté et d’expression populaire. On a alerté l’opinion quand on était encore actifs au Parc et l’histoire nous a donné raison : toute la mise en place de l’arsenal sécuritaire à partir de 2006 dans les stades préfigurait une utilisation extensive des interdictions de déplacement, de séjour dans un département, des interdictions administratives et pas seulement dans les manifestations sportives. On l’a vu avec les Gilets Jaunes bien-sûr et divers mouvements sociaux. Nous vivons une dérive gravement sécuritaire et ça ne risque pas de s’arranger. On verrouille également l’expression. Bien sûr l’expression critique vis-à-vis des actionnaires, on en a déjà parlé, mais l’expression populaire dans les stades d’une manière générale. Ça avait commencé avec la banderole « Bienvenue chez les Ch’tis ». Les Boys ont été dissous à cause de ça, c’est délirant. Moi, elle m’avait fait marrer évidemment, ça fait partie de notre folklore ultra de se balancer des horreurs bien senties par banderoles interposées. Et il était rare qu’on en parle le lendemain dans les journaux, le spectacle des tribunes restait dans les tribunes ou dans le cercle des initiés. En 2004, quand on accueille Fiorèse et Dehu au Parc avec une douzaine de banderoles plus infâmes les unes que les autres, c’est un véritable concours de mauvais goût que seuls les plus fins gourmets savent apprécier. 

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Boat, Pedro & Bobine © Collection personnelle

Maintenant, la moindre banderole un peu caustique fait les gros titres et est disséquée sur les chaînes d’information en continu dès le lendemain. T’as plus le droit d’appeler l’arbitre « enculé » alors que pour un ultra, c’est simplement son prénom en fait ! Ça devient la foutue Corée du Nord dès qu’un ministre fout les pieds dans un stade. La ministre des Sports qui se pointe comme une fleur à Bauer au milieu d’une des grèves les plus dures depuis 30 ans et qui s’étonne de se faire baptiser son carré Hermès à la binouse… Le processus de spectacularisation a vaincu. On aseptise totalement le produit football pour mieux le vendre à un plus grand nombre de consommateurs. Quand je suis allé à Boulogne pour PSG-Lille en novembre, j’étais assis à côté de deux Coréens pour qui le passage au Parc était manifestement une attraction vendue par le tour operator dans un pack avec la Tour Eiffel ou Disneyland. A droite, à gauche, partout j’ai vu des types faire des Snapchats, le Parc étant finalement devenu un décor tendance pour partager une vidéo hypée sur les réseaux sociaux.

Du coup je préfère vivre avec mes souvenirs, l’intensité des expériences que nous avons vécues, l’authenticité des espaces de liberté que nous avons constitués. Par contre, le boycott du Parc ne m’empêche pas de porter les valeurs ultras, de continuer à les faire vivre dans d’autres espaces. A mes gamins, j’essaye d’inculquer les valeurs et les codes qu’on m’a transmis à l’époque : loyauté, solidarité, humilité, créativité, authenticité, goût de la liberté. Toutes ces valeurs tu peux les transmettre hors du champ du supporterisme stricto sensu.

Boat : On continue à les vivre à chaque fois qu’on va à Cologne. J’ai un bon exemple avec Thomas, le chauffeur qui nous a accompagnés la dernière fois à Cologne. Il ne connaissait pas du tout le délire. Il a découvert un côté très fraternel, quelque chose qui va au-delà de l’amitié.

Bobine : J’ai un très beau souvenir à Cologne chez nos frères de tribunes. C’était un jeune de la Horde qui écoutait mes conseils dans une discussion improvisée comme si j’étais de l’ancienne garde. Je ne le connaissais pas, lui me connaissait de nom pourtant il buvait mes paroles. Il y a eu une réelle transmission alors qu’on n’avait pas le même âge et qu’on n’était pas du même endroit et tout ça en anglais. Et cette transmission ne portait pas sur la tribune, le foot ou le mouvement, mais sur des mises en garde de ce qui important, les études, que tu peux vivre ta passion, mais qu’il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier, la famille est primordiale…on le disait plus haut, des valeurs humaines, comme un père doit donner à son fils. Tu te sens d’un seul coup ni plus ni moins, utile à quelqu’un.

Vous ne voudriez pas faire pareil à Paris ?

Boat : On ne connaît pas les gars, et je crois que ce serait compliqué. Et puis on avait notre espace de liberté à l’époque. Nous sommes des gens sensés, ou on l’est devenu, mais il ne fallait pas nous dire quelles frontières on ne devait pas dépasser. Quand j’ai entendu l’autre jour cette histoire sur le fait que le club a demandé publiquement aux ultras de ne pas siffler Neymar…Comme si la liberté d’expression s’arrêtait aux portes du stade. A l’époque on n’aurait jamais écouté ces recommandations. Et de toute façon on ne nous les aurait pas données publiquement. Encore une fois on est dans une société de moins en moins libre avec de plus en plus de contrôle social.

Selim : En premier lieu, sur la forme, quelle légitimité on aurait à le faire ? On ressemblerait à quoi si on avait laissé des mecs s’échiner pendant des années dans des contre-parcages, des manifs, des procédures pour casser des IAS pour finir par se pointer comme des fleurs et rafler la mise après la bataille menée par d’autres ? Nous n’avons jamais été des passagers clandestins. Et puis il y a surtout un problème de fond : non seulement la déconnexion totale avec l’époque, mais surtout le principe même d’avoir à la tête de ton club un Etat qui obtient les Mondiaux d’athlétisme ou la Coupe du Monde en activant des réseaux de corruption, c’est impensable. Tu peux pas gueuler pendant 15 ans contre les instances corrompues, la LFP ou la mafia de l’UEFA, et faire comme si de rien n’était quand un des principaux agents de ce système met la main sur ton club pour huiler les rouages de la machine et obtenir des contreparties politiques. Le bonbon que le Qatar offre à la France pour fermer les yeux, c’est une équipe avec des stars planétaires. Pour les mecs qui vont au stade aujourd’hui, le discours que je tiens est inaudible.

Tu penses que les Supras auraient été unis dans ce discours ?

Selim : A partir du moment où tu en fais une conviction de groupe, elle est partagée majoritairement. Si tu ne la partages pas ou plus au fil du temps, il faut quitter le groupe.

Boat : Quand tu gères un groupe, tu éduques une tribune. Une tribune ne naît pas en sachant faire des tifos. Tu vas lui apprendre et la faire grandir. Tu la sensibilises. L’impact d’un groupe sur une tribune, c’est énorme.

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Momo, un Supras comme un autre © Collection personnelle

On aimerait finir cette interview en parlant de Momo, le photographe mythique des Supras, emporté par la maladie en 2016. Que pouvez-vous nous dire sur lui en guise d’hommage.

(Long silence)

Boat : J’ai peur d’être très terre à terre en disant simplement que c’était un de nos potes. On a rendu un hommage équivalent à d’autres anciens Supras disparus. Après c’était quelqu’un de connu donc ça a concerné plus de monde. C’était un personnage important du groupe.

Bobine : Pas plus Momo que les autres. Malheureusement beaucoup sont partis. Momo était plus médiatique, c’est tout. On ne les oubliera jamais et ils nous accompagnent dans chacun de nos bus et chacune de nos fêtes.

Selim : Il a été important dans la notion « archives et mémoire » du groupe car il avait abattu un énorme travail de photographie, qui était sa passion. Il nous a permis de constituer un corpus de photos considérable. Il a laissé une trace physique dans l’histoire du groupe grâce à son travail. Mais il ne se mettait jamais en avant. Il était très discret et humble malgré son physique de géant. C’était un colosse admirable, il a lutté des années contre sa maladie en restant pudique jusqu’à la fin. Un exemple d’humilité. D’une manière générale, on continue d’entretenir des liens avec les familles, les mères, les pères, les enfants des copains qui nous ont quittés. On n’a pas été épargné malheureusement. Ils savent qu’ils peuvent compter sur nous et qu’on était vraiment une deuxième famille pour leurs proches, que leur souvenir continuera de vivre avec nous. Une pensée émue et fraternelle pour Elie, Poucky, Momo, Virginie, Alicia et Dominik de la Wilde Horde. Ils vivent avec nous, leurs familles savent qu’elles peuvent compter sur nous. Ça vaut tous les matchs au Parc qu’on manque aujourd’hui. C’est bien plus important.

Boat : Quelque part c’est un bon résumé du « Vivre ultra ». Tu ne nais pas ultra. Ça devient ta vie. Ça ne te lâche plus. Jusqu’à la fin.

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#LAFORCE © Panoramic

Benjamin Navet
Xavier Chevalier

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