Dernier tango à Paris

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Mais bien sûr que le PSG mérite un grand stade !
Mais bien sûr que le Parc est trop petit avec ses 45 000 places…
mais bien sûr (autres arguments dont évolution obligatoire, thunes, thunes, thunes, tous les grands clubs ont leur stade à eux, Nasser est un génie et autres).

Bon, maintenant que l’annonce est tombée tel le couperet de la guillotine (hommage à Robert Badinter), réfléchissons à tête reposée (dans le panier, aha) et envisageons ce que sera ce grand stade que beaucoup de supporteurs parisiens, souvent jeunes, appellent de leurs vœux les plus chers sans réfléchir plus que le fanzouze moyen de Cyril Hanouna, soit pas plus loin que la visière de sa casquette. Mais griffée, la casquette.

Alors disons un grand stade de 70 000 personnes, ultra-moderne en banlieue parisienne, plein de zolies couleurs et d’effets spéciaux dignes de Rencontre du 3e type. Tu le vois ? Oh, qu’il est beau. Un mélange parfait d’Allianz Arena, Emirates, Wembley (le nouveau, pas celui avec les poteaux chiants) et le Khalifa Stadium.

Cher supporteur qui achète tes maillots Third et Fourth sans sourciller depuis 10 ans (ce Tie and Dye avec vomi curaçao fraise tagada, je ne m’en remets toujours pas), voyons ce que sera la réalité de ce magnifique stade flambant neuf. Pour toi. Oui, pour toi, habitué à venir au Parc en bus ou en métro jusqu’aux Porte d’Auteuil ou de Saint-Cloud et qui mettra déjà deux ou trois plus de temps à rejoindre l’antre magnifique de ton club de cœur. En RER. S’il marche ce jour là.

© Pierre-Arnaud Gillet

Car dans Paris intra-muros, on oublie, à moins de raser cette horreur meringuée de Sacré-Cœur à Montmartre (remarque, c’est une idée pour honorer les Communards, vrais Parisiens parmi les vrais). Ou autre idée : rénover le stade parisien originel, les Arènes de Lutèce en plein Ve arrondissement. Mais pas de chance, les 15944 places initiales ne vont pas te suffire non plus. Le Champ de Mars, les Tuileries, le Luxembourg ou le parvis de Notre-Dame ? On ne va pas se cacher que ça va être compliqué.

Donc seule option restante, loin. Hors de Paris. Là-bas. Valérie Pécresse est sur le coup, elle a enfilé sa veste jaune Century 21, on est sauvés.

Déjà, convenons que ce sera un paradoxe pour un club appelé Paris-Saint-Germain de ne plus jouer à Paris ni de s’entraîner dans la ville des rois. Coucou Poissy, salut Karl Olive. Mais poursuivons. Te voici enfin devant ce Grand stade de toute beauté qui brille de mille feux et qui a coûté une blinde. Une grosse blindasse même, quand tu connais le coût moyen des nouveaux stades sortis de terre ces dernières années. Ce stade, il va donc falloir le payer. Ton abonnement chéri, il va faire fois deux, fois trois, fois quatre. Et le prix des places va devenir stratosphérique. Et ça va pas s’arranger avec le temps. Rien que l’entretien, ça va coûter un bras.

© Pierre-Arnaud Gillet

De fait, ce stade avec plus de capacité aura bien sûr beaucoup plus d’abonnés. Mais forcément, des abonnés de moins en moins populaires. Et plein de loges partout qui prendront un paquet de ces 70 000 places. Et comme à l’Emirates, à côté de toi, tu verras fleurir un tout nouveau public, un public de touristes qui arrivera par cars entiers pour les matchs. Un match qu’ils regarderont à peine, trop occupés à faire des reels et des selfies sur Instagram. Ouais, il sera super Instagrammable et TikTokable de ouf ton stade, frère.

L’ambiance avec tout ce nouveau public qui ne connaît rien de ton club, à part ses joueurs vedettes du moment, ça va vraiment être sympa. Et puis qu’est-ce qu’on en a à foutre dans le foot d’un public fidèle, connaisseur, prêt à soutenir son équipe coûte que coûte ? À quoi ça sert une acoustique exceptionnelle qui pèse sur l’équipe adverse comme un 12e homme ? Franchement, quel intérêt dans le foot moderne d’avoir des kops et des tribunes ?

Mais c’est bien, à la place des fumigènes et des chants, tu auras un très beau spectacle laser avant et après le match et peut-être même le retour des Pom Pom Girls avec le Challenge Tourtel à la mi-temps que tu ne regardera pas, trop occupé à essayer de choper une bière Kärcher à 15 euros le gobelet car avec Kärcher, on ré-cu-père et c’est important de récupérer pour crier en deuxième mi-temps. Mais pas trop fort, la sécurité veille. Et pas debout, sinon, tu sors.

Voilà, il va être comme ça, ton nouveau stade de 70 000 places. Il sera à Papouète-les-Oies, tu mettras des plombes à y aller, si toutefois, tu as encore de quoi te payer un abonnement. Mais c’est toi qui vois, l’évolution est inéluctable, Anne Hidalgo, elle est trop méchante, elle prend en otage Nasser à ne pas vouloir vendre le Parc et quand même, ils vont pas faire des travaux s’ils ne sont pas propriétaires, c’est le Qatar mais ils ne vont pas non plus jeter l’argent par les fenêtres et blablablablabla. C’est vrai qu’avec un fonds souverain de 320 milliards, faut faire gaffe quand même. Des fois qu’ils tombent à découvert à cause des méchants de la Ville de Paris.

© Pierre-Arnaud Gillet

Allez, tu m’en veux pas mais moi, je préfère rester au Parc dans ma tête, quoi qu’il se passe. Et même à celui qui sentait la pisse, la merguez et les marrons, celui qui n’avait que des amateurs de foot, celui dont les tourniquets restaient ouverts à la mi-temps, celui avec des sièges jaunes, rouges et bleus, celui avec les pubs pourries pour le fromage des Vignottes, celui qui est doux, onctueux, crémeux, savoureux car il est enrichi à la crème fraîche. Mais qu’est ce que c’est ? Bien sûr, le fromage des Vignottes ! Sur tous vos plateaux de fromages, exigez La Vignotte. La Vignotte, une spécialité de la fromagerie des Vignottes à Pansay Haute Marne ! Et je te laisse ton Grand stade de 70 000 places, dont 30 000 touristes et 20 000 invités que tu auras mis une heure et demie à rejoindre.

Fut un temps, les tribunes à l’unisson clamaient : « Le Parc est à nous. Saint-Denis, on s’en fout ». Saint-Denis, Saint-Cloud, Saint-Nasser, priez pour nous, pauvres amoureux éperdus du Paris-Saint-Germain et du Parc des Princes que nous sommes. Fut un temps, Francis Borelli résumait « Qu’importe, on pourra même me traiter de fou. Il n’y a que ces couleurs parisiennes qui illuminent mon cœur. » Depuis que le rouge tourne au lie-de-vin, le cœur n’y est plus. Et c’est lui désormais qu’on attaque, qu’on poignarde. Si le cœur vibrant du PSG s’arrête de battre, on peut imaginer ce que l’on peut y gagner mais on ne se rend pas compte de tout ce qu’on perdra. Simplement, l’âme de ce club unique.


Safet Sous X

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