Souvenirs

Pochettino Virage PSG

Carnaval Munichois

Accrochée au mur cette peinture nous montre un stade vide, la nuit.
Des hommes en tenue de sport marchent vers la gauche du tableau.
L’éclairage artificiel y fait pétiller une myriade de flocons de neige, figés dans les airs. Au premier plan, de dos, un joueur s’apprête à frapper le ballon.
Vous l’aurez tous reconnue : aujourd’hui dans notre rétrospective des plus grands chefs d’œuvre du musée du PSG, nous avons choisi de revenir
sur la célèbre toile du Maître argentin, Maurice Lapoche (Mauricio Pochettino), intitulée « Un Carnaval à Munich ».

Mauricio Pochettino (1972 – …)
Un Carnaval à Munich, mars 2021
Peinture à l’huile sur toile, 1,25m x 2,42m
Musée du PSG, Paris

 


Représenté au premier plan, il a la posture élancée du danseur de Samba, un bras en l’air, une jambe tendue, merveille d’équilibre et de légèreté. Numéro 10 dans le dos, Neymar (joueur controversé du début du XXIe siècle) incarne ici ce que le football promet de plus beau, une éducation brésilienne à un jeu décomplexé et provocateur, et un poste de meneur de jeu, chef d’orchestre capable d’animer de géniales symphonies. Immortalisé au moment où son pied va rencontrer la balle, Neymar est placé en contre-pied des autres personnages de l’œuvre.

Peintre du mouvement et des contrastes, dans son Carnaval à Munich Pochettino joue sur les oppositions : les couleurs, les trajectoires, les destinées… Reprenons la composition du tableau : le maître argentin a représenté les deux équipes mélangées, mais se dirigeant de la droite vers la gauche de la toile. Flous, perdus dans le lointain, malgré leurs maillots les joueurs se confondent dans la neige. Le pas est lourd, lent, le mouvement uniforme. On sent toute la charge des affrontements précédents, les corps marqués duel après duel par le froid terrible. Ce mouvement d’ensemble des deux équipes déclenche chez le spectateur une certitude : Neymar va dégager vers son gardien de but. Vers cette force invisible placée hors cadre symbolisant tout à la fois la sécurité, et l’assurance.

Pourtant, et c’est là tout le génie de l’artiste, à y regarder de plus près, loin devant Neymar un personnage fait contrepoint. Peint derrière la mêlée, en retrait de cette foule, lui seul fait face au n°10 : c’est son compatriote Marquinhos. Celui qui passe devant la toile sans y prêter attention ne le verra pas, et pourtant, une fois repéré il n’y a plus que lui : le n°5 parisien va changer la face de la rencontre. D’infimes détails détachent le défenseur brésilien de la mêlée des autres personnages : ses attributs, sa posture et sa gestuelle. Un brassard, qui le désigne comme capitaine. Si son pas l’amène lui aussi vers le même sens que la foule, son torse en revanche se tourne déjà vers la droite, dans une ébauche de demi-tour. Et surtout, son bras très légèrement décollé du corps, qui semble pointer vers le but adverse, comme dans un rêve.

Ode au mouvement, mais aussi et surtout au regard, le Carnaval de Munich pose la question du génie dans le sport : qui a vu quoi ? Pourquoi Marquinhos est-il en retrait du groupe ? Comment Neymar pouvait-il le distinguer d’aussi loin, malgré la neige, malgré les autres joueurs ? À quel moment l’un décide-t-il de faire l’appel, et l’autre d’offrir la passe ? Rien n’est évident dans cette peinture du maître Argentin qui, toute sa carrière durant, se refusera à donner les clefs de ses œuvres. En laissant le mouvement du bras de Marquinhos à l’état d’esquisse, il laisse libres toutes les interprétations : Neymar a-t-il vu que son coéquipier demandait discrètement la balle ? L’a-t-il deviné ? L’a-t-il anticipé ? Parce qu’il a choisi de composer cette scène au ras du sol, Pochettino nous met au plus près de son meneur de jeu, il nous place dans la peau de celui qui, déjà, réalisera l’action. Le ballon roule encore, le pied gauche le frappe déjà, le n°10 regarde l’impact, le défenseur fait un geste, ne se retourne pas tout à fait… Le lien entre les deux hommes a déjà passé, par le regard ou l’esprit peu importe, ils se sont compris et vont agir. C’est fini. Le lien entre les deux homme naît sous nos yeux, Maurice Lapoche nous offre l’étincelle, le moment zéro de la passe, l’action débute. C’est maintenant. Le lien entre les deux hommes n’est pas encore réalisé, car seule la balle, témoin passé d’un joueur à l’autre pourra donner corps à cette connexion. Rien n’est encore fait. Moment hors du temps, moment de tous les temps à la fois, le génie créatif s’exprime au travers des deux Brésiliens.

La suite est bien connue : Marquinhos marquera le but du deux à zéro avant de devoir quitter le terrain, bouleversant la donne quelque jours avant le mythique match retour au Parc des Princes, match épique dont le résultat fait bien sûr parti de l’Histoire maintenant. Inutile de vous en rappeler le score ici…

L’œuvre de Pochettino pose donc pour l’éternité la question du doute entre action préparée à l’entraînement et géniale improvisation : il illustre la balance entre travail technique et don divin, entre artisan et artiste. Jusqu’à nous amener à nous demander dans quelle mesure le peintre lui-même n’est pas dépassé par ses propres personnages, si vivants, qu’une fois jetés sur la toile verte ils lui auraient échappé, tissant entre eux deux ce lien qu’aucun créateur, fut-il génial, n’aurait pu anticiper. Un chef d’œuvre.


Arno P-E

Souvenirs d’un non supporter

Je suis né en 1974. Je suis un vieux assez récent. Je n’ai rien vu venir.
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé, disait Groucho Marx. Ce n’est pas le sujet, je sais, le sujet c’est le foot, mais quand le temps vous maltraite, les souvenirs vous sauvent, et il se trouve que des souvenirs sur le football, j’en ai. Peu, car je l’ai toujours regardé de loin, mais marquants,
parce que le foot c’est quand-même le foot.

Mon premier souvenir est une orange. Naranjito, la mascotte de la coupe du monde 1982 en Espagne. Il m’a tout de suite été sympathique. Je l’aimais bien. Je n’ai rien vu de ce « mundial », mon premier, sauf le match. Ma mère avait invité un jeune pompier à la maison pour le regarder. Je ne sais pas d’où sortait ce type, mais il avait l’air content d’être là. A 8 ans, je savais ce que draguer voulait dire, mais je crois vraiment que ce soir-là, ni le pompier ni ma mère n’étaient dans la séduction. L’idée de ma mère était plutôt de ne pas me laisser regarder seul le match avec elle : j’aurais tout de suite vu qu’elle se fichait du foot. Enfin, peut-être que je me trompe, je ne veux pas savoir.

Sur le moment je n’ai rien compris. Je pensais qu’on avait gagné. Ce n’est qu’après que j’ai compris le drame. Une sorte d’accablement est tombé sur le pays. Je me souviens d’une phrase de Schumacher (les journalistes français prononçaient Schumaker, comme Georges Marchais disait Mittrand pour Mitterrand) : « Si Patrick a perdu des dents par ma faute, je veux bien lui offrir un dentier ». Depuis cette phrase, j’aime bien appeler les Allemands les schleus. Quand l’Italie a tapé les schleus en finale, naturellement j’ai savouré.

A la rentrée des classes, j’ai demandé à ma mère le maillot de la Juve. Floqué Paolo Rossi, notre vengeur. Il était très épais, ce maillot, presque en laine, j’étouffais dedans, mais la fierté est plus forte que la gêne. Je le portais à l’école, le torse bombé. Un samedi midi, mon père m’a emmené déjeuner dans une pizzeria rue Vavin, à Paris. Elle existe encore. Le serveur, un italien, a vu le maillot : « Ah, Platini ! ». Non, Rossi, ai-je répondu. Le serveur avait les larmes aux yeux. J’ai eu droit à un jus d’orange apéro gratuit.

Paolo Rossi 1982 © Icon Sport

Les années passent. J’oublie le foot. Pas dans la vraie vie : j’y joue beaucoup sur la dalle en bas de chez moi, mais je ne le regarde pas, ni à la télé, ni au stade. C’est bizarre. Je ne l’explique pas. Je jette quand-même un oeil au Heysel, pour Michel. Arrive Mexico. Tout de suite, j’adore le ballon, un Adidas avec des motifs astèques. Je vibre au quart. Michel, diminué, me déçoit, mais c’est Michel, alors je fais semblant d’être impressionné. On gagne, j’explose. Quelques jours plus tard, c’est la revanche de 1982. Je le sens pas. J’avais raison. Pour cette coupe du monde, Paolo laissera le rôle du vengeur à Diego.

1986, toujours. Ou avant. Ou après. Je mélange les périodes, les noms et les visages. Le moustacheux Chalana à Bordeaux. Un schleu très fort dont j’ai oublié le nom, aussi à Bordeaux. Toujours à Bordeaux, un type très jeune qui marque un but par match. Burruchaga à Nantes. Maradona en Buitoni. Bossis au Racing ? Boniek (il court le 100 mètres en 10 secondes, dira un jour Thierry Roland à son sujet). Didier Roustan maquillé en lion dans un reportage sur Fernandez (à moins que ce soit Fernandez sous le pinceau : oui, c’est évident maintenant que je l’écris, c’est lui, c’est Luis).

Diego Buitoni & Michel Ariston © Icon Sport

90. Coupe du monde (finalement les seuls moments où je regarde le foot). Je me prends de passion pour le Cameroun. Je veux leur maillot, ne le trouve pas. En désespoir de cause, j’achète à Go Sport le polo de Yannick Noah, dont le père est camerounais. Là aussi, je le porte torse bombé, mais moins, j’ai grandi. C’est n’importe quoi, ce polo.
D’autres souvenirs : en 98, je vais avec mon ami Julien en scooter sur les Champs après la demi-finale, quelques jours après j’insulte une fille vers la 70ème minute de France-Brésil parce qu’elle dit : « on va perdre ». La conne. Elle ne connaissait rien au foot. Moi non plus, mais je croyais avoir la passion.

Depuis, mes amis Jérôme Reijasse et Grégory Protche m’ont emmené quelques fois au Parc. On y voit moins bien qu’à la télé, mais l’écho Auteuil-Boulogne me donnait à chaque fois la chair de poule, la vraie. A la sortie d’une victoire du PSG contre je ne sais plus qui (mais pas Marseille), des supporters se sont mis à crier : « Marseille on t’encule ». J’ai trouvé ça bête et beau. Une passion se savoure mieux avec des haines dedans.

On en est là. J’ai bientôt 47 ans. Mon fils bientôt 24. Fan de foot. Un vrai, pas comme moi (j’ai pourtant acheté l’année dernière, pendant le confinement, je ne sais pas pourquoi, le maillot de l’équipe de France et de Paris sur Wish : très bonnes imitations). Je lui dis que le PSG n’a pas encore l’esprit d’équipe suffisant pour en être une grande. Il voit bien que je n’y connais rien, que je dis n’importe quoi, mais il fait semblant d’être d’accord avec moi.
Il est gentil, mon fils.


Manolis Mavropoulos
No remontada Virage PSG

Oh! No Remontada

 Le supporter que je suis n’a jamais fait de thérapie. Non pas que cela m’effraie,
ou que je sois contre le principe, mais je n’en ai jamais ressenti l’envie.
Et pourtant, le Paris Saint-Germain n’a jamais ménagé les nerfs de ses fans,
ni leur esprit. Dites FC Barcelone à un parisien, il frémira obligatoirement.
Psycho Saint-Germain
.

La veille de la Remontada, je me baladais sereinement sur Las Ramblas, la fameuse promenade de la cité catalane, observant de nombreux supporters se pavoisant et affirmant avec fierté leurs couleurs rouge et bleu logotées Paris SG. J’étais moi-même très confiant, la victoire 4-0 à l’aller ponctuant une partition quasi-parfaite. Interviewé par Bruno Salomon, je lui fis part de mes certitudes, et d’un petit doute très enfoui, que l’on pourrait résumer ainsi : « Bruno, nous allons certainement perdre, le Barça va vouloir effacer le match aller. Nous encaisserons sûrement plusieurs buts, mais nous allons aussi marquer. Et nous ne pouvons pas perdre 6-1, pas après notre performance au Parc des Princes, donc nous nous qualifierons, il n’y a aucun doute possible… » Mes propos passèrent ainsi en boucle sur France Bleu et France Inter le jour même du match, jusqu’à l’heure du coup d’envoi. Cette veille de match, nous étions donc en terre déjà conquise. Nous profitâmes tranquillement de la douceur locale et des plaisirs barcelonais. Dégustations de tapas, tournées de cervezas, pintes de sangrias, nous passâmes des heures insouciantes en boîte de nuit sur le fronton de mer de la Barceloneta. Lorsqu’à une heure avancée, un puissant chant parisien tonna entre deux chansons, stupéfiant la clientèle espagnole peuplant par centaine la discothèque, nous pûmes affirmer avec ardeur « on est chez nous » !!

L’invasion de milliers de supporters parisiens était à la hauteur de l’événement. Le match s’annonçait comme un tournant dans l’histoire du club : se qualifier pour la cinquième fois d’affilée en quart de finale de Ligue des Champions en éliminant l’ogre barcelonais sur son propre terrain du Camp Nou. Chanter des « Barça Puta » en toute légèreté, ne pas réagir aux provocations de l’horripilante police catalane, narguer les socios blaugrana, et perchés tout en haut du stade, profiter du couché de soleil au dessus de la tribune, voilà quel était notre programme de la soirée. La réalité fut toute autre. Du parcage visiteur, la visibilité du terrain est toute relative, sans compter le plexiglas non nettoyé placé pour l’occasion juste devant nous, frontière visuelle et auditive avec le reste du stade. Nous occupâmes une tribune enclavée mais vivant en heureuse autarcie, du moins jusqu’au coup d’envoi. Pendant le match, nous n’avons pu que subir l’évolution du score, nous rendant compte de la fragilité de notre édifice, mais sans comprendre totalement toutes les mécaniques du soir et les trop nombreuses erreurs d’arbitrage. Je prendrai personnellement connaissance de la performance de Deniz Aytekin que le lendemain soir, me plongeant dans Twitter pour occuper mes 15 heures de trajet retour en car vers Paris.

Je n’oublierai jamais en revanche, à la 88ème minute, les chants de trop nombreux supporters parisiens, agitant les mains et chantant à plein poumon « bye bye Barcelona » aux fans catalans résignés par la médiocrité de leur équipe et commençant par poignées à quitter le stade. Ahuri par un tel comportement orgueilleux et inexpérimenté, je réprimandais des jeunes du Collectif Ultras Paris présents autour de moi en les avertissant : « le match n’est pas fini, attendez le coup de sifflet final ». Prendre trois buts en cinq minutes alors que le Barça n’a quasiment rien montré du match ? Les jeunes ultras du CUP me regardèrent mi-amusé mi-méprisant, je pouvais lire dans leurs yeux cette pensée ironique, « qu’est-ce qu’il raconte le vieux, pas de place ici pour les rabat-joie… ». Oui, 34 ans, pour un ultra, c’est vieux. Quelques secondes plus tard, Neymar tira un maître coup-franc dans la lucarne de Kevin Trapp. Les certitudes vacillent. Les doutes pointent. Six minutes de plus, et nous sommes terrassés. Plus rien n’existe, à part la honte, et l’incompréhension. Le stade exulte, les supporters barcelonais jubilent et nous invectivent sarcastiquement, mais rien ne peut plus nous toucher, nous sommes déjà des morts-vivants, pulvérisés, atomisés, exterminés. Black-out total. Autour de moi, les jeunes du CUP me regardent, le regard mauvais, comme si de mes paroles d’avertissement quelques minutes auparavant j’avais moi-même déclenché le cataclysme. Qui étais-je pour avoir osé ainsi les admonester tout en laissant croire que l’impossible n’était pas à négliger ?

J’aime à penser qu’ils ont ce soir-là accru leur amour du Paris Saint-Germain. L’ADN Rouge et Bleu pris en pleine face dans les hauteurs du Camp Nou. L’apprentissage par le plus déshonorant des scénarios. « Depuis de longues années, On marche à tes côtés, C’est du rouge et du bleu qui coule dans nos veines, Alors pour toujours, jusqu’au dernier jour, PSG, nous sommes tes soldats, ta fidèle armée. » Plus que de simples paroles, un véritable état d’esprit, une ligne de conduite qui s’acquiert, une expérience commune trans-générationelle. Le 8 mars 2017 n’est pas notre premier traumatisme, ni le dernier. Pour ma part, je pourrais citer Clermont en mars 1997, le fax de Laurent Fournier quelques mois plus tard, le Maccabi Haïfa l’année suivante, la finale contre Gueugnon en 2000, l’affligeante défaite à La Corogne le 7 mars 2001, l’humiliant match nul 0-0 contre les minots en mars 2006, et plus récemment, le 6 mars 2019, la désespérante élimination face à Manchester. Un constat apparaît comme un signal d’alarme : attention au mois de mars ! Le Paris SG est paraît-il souvent en crise courant novembre. Il semblerait que le mois de mars ne soit pas toujours plus reluisant.

La souffrance n’est-elle pas intrinsèque au supporterisme, qu’il soit de club ou d’équipe nationale ? Les défaites en sont une partie intégrante, et les désillusions un passage obligé. Le football est fait d’émotions, dont de multiples déceptions. Les victoires n’en sont que plus belles. Leur rareté en multiplie l’intensité. Face à tant d’affectivité, il semblerait primordial de consulter. Une séance chez le psy devrait être inclue dans notre abonnement. Aux désillusions sportives s’ajoutent les affres de l’extra-sportif. Pour survivre aux violences malsaines de et d’avant 2010, conclues par un plan Leproux liberticide, puis la reprise du club par l’État qatari, tout en gardant la foi et l’amour du Paris Saint-Germain, un brun de folie est nécessaire. Un ami, lui aussi sympathisant parisien, bien que beaucoup moins acharné que moi, m’a dit un jour : « être supporter du Paris Saint-Germain, comment ne pas finir schizophrène ? ».

Au contraire de ses supporters, la plupart des joueurs et de l’encadrement sportif n’étaient pas au club pour la Remontada. Certains étaient tout de même présents sur la pelouse, titulaires comme Marquinhos, Layvin Kurzawa, Marco Verratti et Julian Draxler, entré en jeu pour les dernières minutes comme Angel Di Maria, ou aussi Presnel Kimpembe, héroïque lors du match aller, mais resté bizarrement sur le banc pour l’intégralité du retour. Nul ne sait si ils ont consulté un coach mental ou un psychologue du sport, mais cela n’aurait sûrement pas été superflu. 

Dans l’ultime épisode de la série en vogue du moment, En Thérapie, le désormais célèbre Docteur Philippe Dayan, psychiatre lui-même névrosé, est ainsi averti par une de ses homologues : « Le pire n’est jamais sûr. En général ça veut dire que si on pense avoir touché le fond, on n’est jamais certain que ça ne peut pas encore empirer. ». Ces propos résonnent dans ma tête, comme un éternel recommencement. Le Paris Saint-Germain en est le spécialiste, pour le pire, mais aussi, il faut le dire, pour le meilleur. Rien n’est jamais sûr, ni l’impossible, ni l’inimaginable. La seule certitude, c’est que le fond, on l’a touché à plusieurs reprises. En général, pas longtemps après, on a atteint le meilleur, ou presque.

Nous voilà prévenu. Le 10 mars 2021, le moindre faux pas serait impardonnable. Malgré la leçon donnée au match aller, ce retour est tout sauf une banalité. Nous avons 100% de chance de se qualifier ? Cela me rappelle un double souvenir douloureux. Tous les ingrédients ou presque sont réunis pour n’avoir aucun doute sur l’issue de cette rencontre : nous jouerons à domicile, contre un adversaire que l’on dit moribond, à qui nous venons d’infliger une correction, nous avons l’expérience de la Remontada, il ne s’agit plus des mêmes équipes, Neymar est désormais de notre côté, l’arbitre ne pourra pas être pire qu’Aytekin et la VAR sera là pour l’appuyer. Aucun vent n’est contraire. Tout semble parfaitement orchestré. Un seul indice doit pourtant nous mettre la puce à l’oreille : nous sommes le Paris Saint-Germain, et tout, même l’impossible, est à envisager.

Nous avons, la saison dernière,  surmonté notre crise récurrente des huitièmes de finale, pour ce qui restera à jamais notre premier match de la période Covid, et dans un Parc des Princes à huis-clos. Comme je l’écrivais ici-même il y a tout juste un an, avant ce match retour contre le Borussia Dortmund*, « Jouez comme des guerriers, faîtes les trembler, soyez sans pitié !! ». La Remontada n’est pas effacée. Elle ne le sera d’ailleurs jamais. Mais pour atténuer l’affront, pour que désormais ils ne nous regardent plus jamais comme une équipe qu’ils peuvent démonter en cinq minutes d’arrêts de jeu, il nous faut les écraser à nouveau, et pour cela, quoi de mieux qu’une nouvelle déculottée, un rappel du passé, une victoire 4-0 nette et sans bavure. 

Ne pas réveiller les vieux démons. Ecrire, pour conjurer le sort, tel aurait pu me dire un psy face à mes doutes et mes névroses de passionné – supporter du PSG. 

Joueurs parisiens, ce 10 mars 2021, soyez grands, soyez forts, soyez sans pitié. Ne nous faites pas trembler.


Benjamin Navet

Ibra était grand,
mais Safet ne sera jamais petit

« Légende du Paris Saint-Germain, où il a joué entre 1982 et 1991, l’actuel entraîneur d’Evian Thonon Gaillard, Safet Sušić suit toujours l’actualité du club de la capitale. »,
lit-on sur un article publié sur Yahoo. On eût pu, à bon droit, traiter « Pape » – ainsi qu’on le surnommait en fin de carrière parisienne, l’époque où ce gredin sans redingote de Tapie, aussi génialement que diaboliquement inspiré, proposa à
notre numéro 10 pour toujours de rallier l’OM, façon Giresse.

Il m’arrive encore de me réveiller en sueur, torturé par cette image inacceptable : LUI entrant au stade Vélodrome sur fond de Jump -, on eût pu donc, à bon droit, traiter Pape de « Divinité du PSG », de « Prince du Parc ». Légende, ça fait ciné, je trouve, icône, ça dévalorise. Dieu, naturellement, ça fait religieux. Ce qui a plus de sens dans un stade. Question de ferveur, d’appartenance – lire à cet égard le Jérôme Reijasse de Parc.
Safet Sušić n’a pas « joué » au PSG. Il a été le PSG.

Ils sont une poignée qui à jamais peuvent prétendre avoir incarné individuellement ce qui fut longtemps – et heureusement – une équipe plus qu’un club.
La liste est à l’avenant, amendable et corrigeable, et respecte scrupuleusement le désordre chronologique du coeur : Mustapha Dahleb, Luis Fernandez, Francis Llacer et Bernard Mendy (si, si), Jérôme Leroy (malgré son passage à Marseille ? Oui, lui, oui), Bernard Lama (plus que Joël Bats, vous dire si on a le panthéisme pas forcément passéiste), Antoine Kombouaré (ne serait-ce que pour son golden goal contre le Real). Raí-Ginola-Weah (car il n’y a qu’associés que les canaliens s’envisagent), Ronaldinho (ce qu’il a enduré sous Luis en fait un Parisien éternel)… Et, ainsi que le hurlait feu Thierry Gilardi – immortalisé (son cri) par Fellowmenal sur Youtube, lequel est subtilement cité par Karim Boukercha, ancien abonné du PSG, dans son film Violence en réunion -, Pedro-Miguel Pauleeettttaaaaa ! Les autres ont « joué » au PSG. Rien à voir.

Cette mise au point faite, continuons la lecture de l’articulet (envoyé par Reijasse, passe décisive, donc) : « L’ex-sélectionneur de la Bosnie s’est même fendu d’une petite blague à l’égard de la star parisienne Zlatan Ibrahimović (34 ans, 5 matchs et 4 buts en L1 cette saison), devenu meilleur buteur de l’histoire du PSG avec 110 buts depuis son doublé face à l’OM (2-1), à l’occasion de la 9e journée de Ligue 1. »
Génial, l’auteur de cette note sur Maxifoot reprise par Yahoo, a trouvé pour qualifier Ibra le mot juste : la star parisienne.

Susic Virage PSG
Le PSG c’est le 10 © Icon Sport

Tout y est. Tout ce qu’il est.
Un club a des stars. Une équipe a des idoles.
Ceux qu’on aime au Parc son ceux qui y sont nés – oui, Pauleta est né à Paris, les Bordelais le savent bien. Pas ceux qui y ont posé un jour leurs valises de… star.

La seule potentielle idole du Parc (ndlr : à l’époque), chacun le sait, c’est l’intermittent Javier Pastore – fragile, présomptueux, insatisfait, toujours en quête d’une invisible pour les autres trajectoires inédite, d’une dernière seconde à étirer avant la passe – qui chez lui part de la cheville -, et, heureusement aussi, toujours capable de foirer par laxisme une remise inutilement ambitieuse dans l’axe de sa défense, de fermer les yeux comme un gosse au moment de faire une tête.
Les indispensables qualités et les plus merveilleux défauts.

Safet Sušić est avec Dalheb et Ronnie le plus grand dribbleur de l’histoire du PSG – Verratti, seul, pourrait transformer ce trio en carré. Ibra le vantard barbare sans club de cœur vient de se manger un de ses inoubliés rateaux-crochets derrière la jambe d’appui :
« Oui, Ibrahimovic est le plus grand joueur du PSG. La raison ? Il mesure 15 centimètres de plus que moi ! »
Ibra est grand, mais Safet Sušić ne sera jamais plus petit.

Article publié dans le GRI GRI INTERNATIONAL le 18 octobre 2015


À paraitre fin mars 2021, par le même auteur : « NUMÉROS 10 » (Solar)

Numéros 10 PSG Virage


Gregory Protche

Gonflez-nous d’orgueil !

Depuis 345 jours exactement, je n’attends qu’une seule chose :
me libérer de cette rage, cette haine, cette humiliation, ce traumatisme !
Jamais je n’oublierai, la cicatrice ne disparaitra pas mais mon honneur,
celui de mes frères et de mes élèves de CM2 de 2017 doit être lavé !
Les joueurs et le club ont une dette envers nous !
C’est pour ce soir … ne vous manquez pas, respectez-vous et respectez-nous !


Depuis ce soir de 1982 où mon oncle m’a fait cette surprise de me prendre par la main pour m’emmener pour la première fois au PARC des PRINCES, ma vie a changé ! En découvrant cette forteresse, ses murs, ses escaliers, sa pierre, ses odeurs et son jardin j’ai tout de suite su que je reviendrais, quand je ne savais pas mais le plus tôt possible serait le mieux ! Mon maillot RTL, mon écharpe : la première la BBRBB deux objets mythiques, indémodables, deux trésors pour la vie. Ça y est j’étais mordu, plus rien d’autre ne comptait, ces images, ces bruits de coups de pied dans le ballon, ces cris en tribune raisonnaient en permanence dans ma petite tête d’enfant. On aurait pu me proposer la Lune, tout ce qui comptait désormais c’était le PSG rien que le PSG ! Le PSG est en moi, il fait partie de moi, il m’accompagne depuis toujours, il m’a tantôt consolé, comblé de bonheur, enragé, dégoûté, mis hors de moi, rendu agressif, passionné, transporté, soigné…

Mais ce soir du 8 Mars 2017, ce soir-là, le PSG m’a abandonné et m’a humilié !
Je me suis senti tellement lâchement trahi… Toutes ces années à tout donner pour toi, tous ces déplacements, toutes ces soirées passées à te supporter envers et contre tout, tous ces moments à te soutenir contre tous, à te chanter, à te défendre, à t’être fidèle, à ne jamais te renier, à ne te critiquer qu’avec mes semblables et jamais devant l’ennemi, tous ces sacrifices pour toi à toujours te faire passer en priorité…
Et ce soir là, toi tu me lâchais comme ça, sans raison, sans explication, sans respect en me laissant seul avec ma peine et ma honte face au monde entier qui n’attendait que ça pour nous mettre toi et moi plus bas que terre !

Sauf que pour toi, la vie semblait continuer, pour moi tout s’est arrêté !
Alors oui il fallait avancer, continuer, faire semblant, travailler, sourire, répondre aux gens qui me parlaient, supporter cette tornade médiatique, ce lynchage public, ces railleries, ces insultes sans pouvoir répondre. Ce soir du 8 Mars 2017, j’ai su que cette blessure était pour toujours et que jamais elle ne disparaîtrait. Sans doute elle se refermerait-elle peut-être un jour mais la cicatrice resterait immense et indélébile. La REMON… à cause de toi, ce mot que jamais je n’avais entendu est entré dans ma vie et dans le langage courant et bientôt dans notre dictionnaire ! Insupportable, dès que je l’entends, le cauchemar revient, les images, la détresse, toi mon PSG sans réaction, sans combat, sans hargne, sans rien, une victime, tout ce que je déteste !

Ce soir là , je suis en classe de neige avec mes élèves, à Barcelonette, le temps est magnifique, les enfants sont tellement heureux de découvrir la neige, le chalet, le ski, les veillées… Moi je suis arrivé avec mes écharpes, mon drapeau, mes maillots que je porte sur les pistes là-bas dans les alpes du sud où tous les mecs sont verts de me voir arborer chez eux mes maillots après avoir défoncé le BarKKKa quelques semaines plus tôt aux yeux de l’Europe ! Je suis blindé, ma chambre est un mini PARC il ne manque que la pelouse, j’ai chauffé tous les petits mecs footeux de ma classe, ils sont bouillants, ils ont eux aussi sur mes conseils pédagogiques amené dans leur valise leur maillot, un t-shirt ou une écharpe, on est prêt !

4-0, on leur avait mis 4-0 au BarKKKA ! Mon pote animateur rigole quand je m’énerve contre un type de là-bas qui me chambre gratuitement devant les enfants en disant : « ils vont perdre Paris !!!» Le plaisir de faire chier !!! Paysan !!! Mon pote me dit : «  après tout on sait jamais pourquoi tu t’énerves ? Parce que c’est impossible, oui on peut perdre mais on se qualifiera, c’est impossible de ne pas le faire, c’est jamais arrivé… ».

Et je me souviens alors de notre discussion à mes frères et moi, à la sortie de ce 4-0, devant Auteuil, comme après chaque match, un petit débrief au calme avant de rentrer chacun chez soi jusqu’au prochain match ! Et là devant Auteuil, Gautier ( JO), Seb, JIP, Steph et même le NINO on se regarde et pas un n’a souri, au contraire tous nous nous sommes regardés en disant, putain c’est pas fini, on n’a pas le droit ! On connait trop notre club, 4-0 quand même, on les a pliés ces bâtards !!! C’est étrange alors que tout le monde hurlait, chantait, chambrait, que les chants à la gloire des catalans fusaient, nous au milieu de ce vacarme, on sentait un truc…

Bref, ce 8 Mars 2017, toute la journée est longue, bien trop longue, mes petits footeux ne me lâchent pas, depuis le petit déjeuner, sur les pistes, au temps calme, au goûter, avant la douche , après la douche, toute la journée on ne pense qu’à ça, on est fiers, on chante, on aurait pu défier la Terre entière. Moi je suis content, triste de ne pas être au stade en déplacement, mais tous ces petits me donnent une compensation quelque part et puis j’ai promis que ce soir tout le monde regarderait le match, on va s’aménager la tribune tranquille, notre virage à nous et on va pousser…

Le dîner est avalé, ça chante de partout, moi je dois gérer l’excitation que, je dois l’avouer, j’ai bien provoquée ! En plus je suis avec les potos au portable dès que je peux, ça n’arrête pas ! Et puis… Et puis … ce premier but annonciateur d’un tremblement de terre !
Dès ce but, j’ai su. J’essayais de faire bonne figure, mais j’ai su et là les enfants eux aussi ont compris qu’il y avait un problème ! Ils étaient gentils, ils se sont tout de suite calmés, ils ne cessaient de me parler, d’essayer de me tirer du positif : maitre on va égaliser, Cavani va marquer, toute façon on a gagné 4-0 hein maitre ? Et moi, je vois la catastrophe arriver, on ne fait rien, on subit, mais d’une façon lamentable, pitoyable, comme à chaque fois que le PSG fait un match de merde, un vrai, dès le premier quart d’heure on le voit, on le sait, les vrais me comprennent ! Et quand je me rends compte qu’en plus l’arbitrage est scandaleux et complètement contre nous je deviens muet, crispé presque prêt à invoquer tous les dieux possibles !

Les vagues déferlent, les buts aussi, les erreurs d’arbitrage, n’en parlons pas, même les petits sont choqués : « maitre c’est du vol, c’est quoi cet arbitre ? Je suis obligé d’intervenir sur c’est de la merde cet arbitre ! ». Mais ils ont raison Aytekin nous vole comme jamais ! La dernière fois que j’ai ressenti cette haine arbitrale c’était sur le pénalty de Ravanelli et sur le pénalty non sifflé sur WEAH contre la Juventus en demi au Parc ! Mais là c’est pas supportable, ça peut plus continuer… Je ne peux plus me tenir il faut que je me lâche, alors je décide de coucher les enfants, je sais j’avais promis, je sais j’ai honte de faire ça, moi élève je ne l’aurais pas accepté, mais là je dois hurler, insulter, taper un truc bref les élèves doivent aller au lit ! J’invoque les médailles de ski à passer et que dès qu’il y a un but je viendrai les prévenir dans les chambres.

Et puis … il arriva ce qu’il devait arriver ! J’avoue que sur le but de Cavani je me suis dit : putain enfin ça y est c’est fini, j’ai vraiment cru que c’était bon ! Et ce dernier coup franc, je suis caché contre un mur avec la porte refermée vers moi, je n’ose pas regarder parce que là je sais que depuis le 4-1 et le 5-1 ça pue l’élimination alors qu’à 3-1 … Et j’ai beau crier nooooooooooon j’entends les commentaires, c’est pas possible… Impossible !
Je me précipite sur le lit superposé de cette chambre, il prend cher ! Désolé ! Ma main aussi d’ailleurs ! Nuit blanche jusqu’au lendemain matin allongé sur mon lit, avec cette boule dans la gorge, cette haine, ces images qui passent et repassent, cette injustice mais aussi ces attitudes de joueurs qui n’ont pas honoré nos couleurs, pas un pour rattraper l’autre, mes élèves auraient fait mieux c’est certain !

J’échange des messages avec JO, on est les mêmes, on en a vécu des galères avec notre club, des frustrations, des défaites mais jamais on a lâché en tribune, jamais ! Mais là c’est différent, le club nous a lâchés, lui et puis on sait qu’on s’est fait volé, mais c’est le sentiment d’abandon des joueurs qui domine. Ça n’est jamais arrivé, ça ne devait pas arriver, c’était impossible ! Pourquoi nous ?

Le lendemain matin, j’étais prostré, incapable de bouger, de parler.
Depuis 5h du matin j’étais assis dans le noir, sur ce lit superposé du bas, le crâne explosé par une migraine et cette haine en moi qui ne cessait de me torturer encore et encore !
Je devais en plus affronter le regard des enfants qui m’attendaient, des adultes que j’avais démontés toute la semaine, des médias qui avaient déjà dès le coup de sifflet final commencé à vomir sur nous ! Ça y est les premiers garçons se levaient, ça chuchotait dans les couloirs et j’entendais leurs petits pas aller et venir près de ma porte de chambre, ouverte car ils avaient le droit d’y entrer la nuit s’ils avaient un problème.
J’entendais des : « il est où le maitre ? C’est vrai que Paris a perdu ? Bah demande au maitre… ».

L’angoisse de devoir leur raconter ce cauchemar et puis les enfants ça veut tout savoir, tout comprendre, ça pose des questions auxquelles je n’aurai pas la patience ni l’envie de répondre. Mais ils n’y étaient pour rien, moi si, je les avais tellement bien motivés, j’avais raconté de belles histoires sur notre club, j’aime leur expliquer que le PSG c’est une histoire pas une marque et grâce à cela les aider à s’identifier à ces trois lettres magiques d’autant qu’ils vont à l’école du Parc des Princes chaque matin ils entrent face à la tribune Paris comment peut-on ne pas aimer le PSG dans ces conditions. Moi petit j’aurais payé pour être dans cette école face à ma « maison de campagne » comme je l’appelle maintenant, ce PARC, mon PARC !

Donc assis sur mon lit, le jour s’est levé, je ne suis plus dans le noir mais rien n’a changé ! J’ai demandé à mon ami animateur de ma classe de s’occuper des enfants au petit déjeuner que j’allais le rejoindre. C’est à ce moment que j’ai senti une petite main se poser sur mon épaule, je me suis retourné et j’ai tout de suite reconnu Maël, mon meilleur joueur de foot de la classe. Maël, c’est un élève compliqué, parfois difficile, tête dure, pas un forcené du travail scolaire, mais tellement attachant. C’est le portrait robot de l’élève que j’adore, celui qui est dès septembre un vrai défi pour le maitre. Du haut de ses 10 ans et avec sa grosse voix, il m’a dit :

« Maitre, on en aura d’autres des défaites, il faut aller manger maintenant !
– C’est bon Maël, pas aujourd’hui, va manger avec les autres.
– Maitre viens manger, viens avec moi. »

J’ai alors suivi sans rien dire mon petit Maël jusqu’à sa table, là il m’a installé et servi un bol de « miel pops » ! C’était la première fois que je mangeais des « miel pops » et la première fois qu’un enfant de 10 ans m’avait pris sous son aile et consolé à cause du foot !

Alors aujourd’hui, nous sommes 4 ans plus tard, Marquinhos nous a dit hier que la « remon… » était passée, oubliée, mais non Marqui, rien n’est passé, rien n’est oublié, 4 ans que nous attendons ce moment, 4 ans que nous subissons les conséquences de cette funeste soirée du 8 mars. 4 ans que tous les médias sans aucune objectivité crachent sur le club, sur l’entraineur, sur Thiago Silva, sur Verratti, sur l’état d’esprit de cette équipe, sur tout et n’importe quoi pourvu que cela puisse créer des polémiques et faire le buzz ! 4 ans que personne n’a prononcé le mot de « vol », 4 ans que cet escroc d’Aytekin n’a jamais communiqué sur cette soirée, que cet arbitre collabo a disparu des radars et que l’UEFA cette grande maison qui aurait pu être domiciliée rue Lauriston, a interdit à Aytekin de parler à ce sujet !

OUI nous avons subi un VOL en bande organisée ! Mais nous ne sommes qu’un petit club, sans histoire, sans collectif, sans talent, sans rien mais un club de peureux qui ne mérite aucun respect ! Par contre ces mêmes médias ne peuvent pas une journée se passer de parler de nous pour leurs débats moisis et malhonnêtes ou pour remplir les pages de leur torchon racoleur ! Et comble aujourd’hui comme d’un fait exprès, le COVID est là, allié du Barkkka nous empêchant de faire ce déplacement et d’aller retourner leur stade champêtre aux ambiances de kermesse d’école primaire !!!

A cela s’est ajouté la blessure de Neymar ! Ah Neymar ce grand provocateur à l’hygiène de vie inappropriée, qui crache sur le PSG parce qu’il fête son anniversaire et joue aux jeux vidéos ! Celui qui humilie ses adversaires sans aucun respect parce qu’il ose utiliser le dribble ! C’est vrai quand on y pense, un footballeur qui dribble un autre joueur sans lui demander la permission… Et puis sa coiffure, et puis sa soeur, sa grand-mère et la mienne ! On ne pourra compter que sur nous-mêmes, la mentalité française ne sera une fois encore pas de notre côté.

Le plus difficile à accepter est de ne pas pouvoir être présents, nous le « peuple Parisien ».
Pas de stade, pas de tribune, pas de virage, pas de déplacement… Compte tenu de la rage extrême qui est en nous depuis 4 ans, je peux vous assurer que le déplacement au « kermesse stadium » aurait été mémorable, peu importe le score, cette ville aurait tremblé comme tant d’autres ont tremblé sur notre passage et ça les médias ne peuvent pas nous l’enlever.

Alors, tout repose sur vous, les joueurs et en même temps ce n’est qu’un juste retour des choses quelque part, vous avez une dette envers nous.
C’est le moment, une chance incroyable vous est donnée de reconquérir ce que vous avez lâchement abandonné il y 4 ans : votre honneur, notre honneur !

« Si vous voulez gagner, jouez comme des guerriers, faites les trembler, soyez sans pitié ! ».

Alors : GONFLEZ-NOUS D’ORGUEIL !!!


Aymeric Le Meignen
Diego & Gaby Virage PSG

Diego & Gaby

À évènement exceptionnel, mesure exceptionnelle.
« Même s’il n’a jamais joué à Paris, Diego est parti et vous pouvez écrire un papier sur lui si vous voulez ».
De prime abord je ne me suis pas senti concerné par les paroles de Xavier notre rédacteur en chef à la popularité maradonesque. Les principales raisons étant que d’autres auteurs de Virage sont bien plus affectés et bien plus talentueux que moi pour rendre hommage au Dieu argentin.
Et puis je dois bien vous l’avouer, Diego ça n’a jamais été ma came.


Joueur extraordinaire oui, légende oui. Mais pour moi si je devais choisir dans mon équipe entre Maradona et Platini, je choisirais toujours Platini. Entre un soliste, et un distributeur de caviars je choisirais toujours le deuxième. Je n’ai jamais vu jouer Pelé et Cruyff, mais pour moi ils seront toujours devant également. Le jour de la si mal nommée main de Dieu, j’en ai voulu à Diego. Non pas parce que je préférais les anglais aux argentins, mais parce qu’il avait triché. Et qu’en plus il l’avait nié. Si ce jour-là il avait été voir l’arbitre pour lui dire « oui j’ai mis la main ». Là oui je l’aurais trouvé grand. Alors on me parle de son deuxième but magnifique cinq minutes plus tard. Magnifique oui. But du siècle non. Il ne faut pas oublier que les anglais sont encore sous l’injustice et l’énervement du premier but. Le deuxième existerait-il sans la tricherie du premier ? Ce jour-là le football est perdant. Pourtant Maradona entre parait-il dans la légende du football. Il y rentre de force et par effraction. Moche.

Diego & Gaby Virage PSG
Le gosse et son précieux © Icon Sport

Attention, je ne suis pas en train de vous chanter le stupide et énervant refrain du footballeur qui doit être exemplaire dans sa vie privée, non, Diego a payé assez cher ses écarts, et c’est même cela qui me le rendait plutôt sympathique, Maradona était peut-être un Dieu mais Diego lui était bien humain. Tellement. Il a fait beaucoup d’erreurs, mais au fond de lui il est toujours resté El pibé de oro, ce gamin miséreux et pourtant en or. Bref, vous l’aurez compris je ne fais pas partie de l’Église Maradonienne, ce mouvement religieux voué au culte de Diego, et je ne comprends pas trop pourquoi les médias français en font autant. Evidement en Argentine je trouve cela normal, connaissant leur passion pour le foot et leur amour pour Diego. Autant en France… Si Diego avait été français on l’aurait surement critiqué pour sa main, l’accusant de tricheur, on aurait proposé de laisser notre place au tour suivant et on aurait présenté nos excuses aux britanniques… Thierry Henry si tu nous lis… On l’aurait aussi critiqué pour toujours se rouler par terre, on aurait dit qu’il faisait de la provocation sur chacun de ses dribbles géniaux…. Neymar si tu nous lis… Que pense Thierry Laurey du boucher de Bilbao ? Que Maradona l’a bien cherché ce jour-là ?

Bref, si j’ai décidé de prendre la plume pour nager à contre-courant de tout ce que je lis et entend depuis son décès, ce n’est pas pour me faire des centaines d’ennemis (bon des dizaines ce serait déjà bien…), mais parce que quand je pense Maradona et PSG, je pense Gaby. Je vous arrête tout de suite, je ne pense pas au traître, je pense au premier Gaby argentin à toucher le cœur des supporters parisien. Eté 1987, après la magnifique saison 1986 qui a vu le PSG gagner son premier titre de champion, le PSG fera une saison 1987 très décevante. La saison à venir sera pire, puisque l’on jouera le maintien. Mais ça Gabriel Calderón ne le sait pas encore, et moi non plus. A l’époque je ne le connais pas. Je vois juste qu’il arrive du Betis de Séville et qu’il a gagné la Coupe du Monde junior en 1979 avec un certain Diego Armando Maradona. Plutôt encourageant.

Comme chaque début de saison on espère voir Paris jouer les premiers rôles, comme souvent on sera déçu… Valse des entraineurs, Paris jouera le maintien. Gaby surnagera dans cette saison calamiteuse de par sa régularité et de par sa technique et son touché tout en finesse. Antépénultième journée du championnat. Le PSG est 18ème et va jouer son maintien au stade vélodrome ou l’attend un OM qui joue sa place en coupe d’Europe. A l’époque pas de diffusion télé. Oreille collée sur la radio j’entends le festival de Magic Sušić qui ouvre rapidement le score. Papin égalise, l’OM pousse, je souffre, la défaite pourrait nous envoyer en division 2…Nous sommes dans les dernières minutes… Cri dans le poste, buuuuut au vélodrome !!! Centre de Sušić but de la tête de Calderón ! Paris obtient une victoire décisive pour le maintien. Tapie est fou de rage. Ce sera le début de la rivalité orchestrée par le président marseillais. Si certains veulent une statue pour Diané, il en faudra d’abord une pour Gaby…

Diego & Gaby Virage PSG
Gaby de Paris © Icon Sport

La saison suivante Le PSG jouera le titre avec un jeu défensif, une défense de fer et déjà 4 fantastiques devant ! J’ai nommé La révélation, le feu follet gaucher Christian Pérez, Le buteur Mr Xu, L’éternel papé Safet et notre artiste argentin, oh Gaby, après deux saisons de galères que j’ai aimé cette équipe ! Malheureusement, les magouilles de Tapie voleront le titre à Paris et cette fois c’est une frappe de Sauzée à la dernière minute qui donnera quasiment le titre à l’OM à la 35 ème journée. La saison suivante Le renard Zlatko Vujović vient remplacer Daniel Xuereb à la pointe du quatuor, soutenu par le petit prince du Ray qui sort enfin d’une grosse saison à Nice, Daniel Bravo. Saison mitigée au final. Mais surtout saison de Coupe du Monde, sans la France qui s’est perdue à Chypre et qui sera battue en éliminatoire par la Yougoslavie de notre numéro 10 parisien. Pour ce tournoi je supporterais donc la Yougoslavie de Sušić et Vujović ainsi que l’argentine de Gaby et… Diego.

Les deux pays s’affronteront en quart de finale et c’est l’Albiceleste qui passera aux tirs aux buts. Au tour précédent c’est le Brésil de Ricardo et Valdo qui a subi la « classique » passe de Diego, but de Caniggia. Puis ce fut la terrible demi-finale contre l’Italie à Naples, puis cette finale contre la RFA, surement la finale la plus moche de l’histoire, les larmes de Diego. Quelque part, c’était déjà la fin pour Diego. Son retour à la coupe du monde 1994 ne sera malheureusement qu’un leurre. Gaby lui quittera Paris, qui vivra sa dernière saison sous l’ère Borelli, la Yougoslavie va rentrer dans la guerre et disparaitre. Les années qui suivront on continuera de suivre les frasques de Diego, qu’elles soient amusantes ou consternantes. Oui Diego fera toujours partie de nos vies au cours de ces années, que ce soit pour une déclaration fracassante, ou après un nouveau come-back amaigrissant, un séjour à l’Hopital ou encore via ce petit restaurant argentin ou trône son portrait encadrée dans cette alcôve aux rideaux pourpres, tel un trésor inestimable. Ce portrait de Diego levant la coupe du monde à bout de bras sous le soleil de Mexico. Surement un des plus beaux clichés de l’histoire des coupes du monde. Ce tournoi ou il a véritablement emmené son équipe au sacre, non pas tout seul comme je peux l’entendre (Burruchaga ou Valdano pour ne citer qu’eux, étaient loin d’être des clowns), mais bien en tant que guide et capitaine.

Les choses étant bien faîtes, pendant que j’écrivais ces quelques lignes, le site du PSG publie une Interview de Gaby qui nous parle de son ami Diego. Je lui laisse donc le mot de la fin :

« Il a rendu des millions de gens heureux grâce à son talent. Diego nous a quitté mais Maradona est immortel. »

Diego & Gaby Virage PSG
Gaby & Diego avec l’Albiceleste en 1982 © Icon Sport

J.J. Buteau

Diego Maradona Virage PSG

Diego

Diego est mort, quel Diego s’est demandé Angel Di Maria tant ta mort n’est pas concevable. Diego est mort, on dirait le titre d’un mauvais roman policier.
Diego Armando Maradona est mort, annonce la presse argentine, voilà ce qui est apparu sur mon téléphone, tel un crochet à la mâchoire,
j’ai eu quelques secondes d’absence pour me demander moi aussi
si on parlait bien de toi, eh oui, tu es bien parti.

J’avais onze ans en 1986 lorsque tu as éclaboussé la coupe du Monde au Mexique de ton talent hors norme, tu fais partie des joueurs qui ont ancré le football à ma vie, comme Michel ou Luis, tu m’as émerveillé, ce sport si facile à pratiquer, dans mon école, dans ma cité à Aulnay-Sous-Bois, quand nous passions notre vie les genoux râpés à force de gamelles, de coups de pieds, de passes ratées, en sueur, les tempes tambourinant, toi tu volais, tu flottais dans l’air, tout était facile, chacun des contacts entre toi et le ballon portait le sceau de la beauté, parfois même de la poésie, c’était moins le cas des contacts entre toi et certains défenseurs qui venaient déchirer ces instants souvent dans une extrême brutalité, c’était un ascenseur émotionnel classique quand on te regardait, même si tu n’as jamais porté les couleurs de mon club.

Tu avais une dégaine de gamin, et ton plaisir semblait pareil au notre, c’est peut-être pour ça que tous les enfants du monde se sont identifiés à toi, par hasard et par la grâce de Dieu, je suis gaucher, alors quand il fallait être toi j’étais plus légitime, qu’est-ce que j’ai pu être toi à la récré, trop jeune pour être Pelé et trop vieux pour être Ronaldinho. C’est étrange parce que souvent la mort de quelqu’un, la mort d’une idole, nous oblige à affronter la nôtre, la peur qu’elle provoque parfois chez ceux qui n’ont pas saisi la chance d’être en vie, et depuis ce 25 novembre, je ne me suis plongé que dans les moments heureux, les moments de grâce que tu nous as fait vivre, je me fous des erreurs que tu as pu commettre dans ta vie d’homme, il y a dans notre championnat un entraineur qui s’appelle Christian Gourcuff, et bien pour lui tu étais un bon joueur mais tu étais très loin d’être un homme exemplaire, si ça t’intéresse : tu étais l’absolu contraire de son fils. Quand tu es enfant, tu te fous de la vie d’un joueur, et quand tu es un homme il est toujours délicat d’en juger un autre.

Tu as grandi à Vila Fiorito, un bidonville de Buenos Aires, et le football t’a arraché à ta condition sociale, et comme tout ce qui est arraché, ça ne se fait pas dans la douceur. Peu importe, dès ton plus jeune âge tu as mis tes parents à l’abri, le reste tu peux le laisser à tous les Gourcuff du Monde. Quand je suis rentré à la maison mercredi soir, mon fils de 17 ans m’a immédiatement parlé de toi, un peu triste, peut-être un peu triste pour moi aussi. Mon père n’aimait pas le foot, il n’aimait pas grand-chose d’ailleurs, ce n’est pas lui qui m’a transmis l’amour de ce sport, je crois que j’y suis venu seul, tu faisais partie des compagnons que j’avais choisi pour m’accompagner dans mes moments de solitude, tu faisais partie de ma garde rapprochée, aujourd’hui tu laisses un vide, bien sûr tu n’étais plus un joueur depuis un moment déjà, mais te voir communier avec tous ces gens, toutes ces tribunes, voir tout cet amour que tu recevais, ça redonnait à chaque fois vie à l’enfant qu’on a en nous, qui croule parfois sous la triste réalité.

J’ai transmis mon amour du football à mon fils, alors forcément il parlera de toi au sien, alors peut-être il lui parlera de moi aussi. Je suis heureux de t’avoir connu Diego, heureux de m’être senti moins seul avec toi, moins petit. Les supporters de Boca te pleurent, ceux de Naples, ceux de River, ceux de Paris, ceux de Marseille, cette unanimité t’est singulière, hormis chez les Gourcuff, mais bon, qu’est-ce qu’on en a à foutre des Gourcuff ? Tu n’as jamais menti, parfois triché, tu étais un homme, un peu plus génial que les autres, ceux qui n’aiment pas le football ne retiendront que tes excès, ceux qui l’aiment te disent merci.

Merci pour toutes ces émotions, c’était fabuleux à vivre. Ton empreinte est si puissante, sur nos cœurs, nos mémoires, et sur le football, que tu renaitras dans chaque dribble, chaque chevauchée, chaque but exceptionnel ou geste hors du commun, et pour peu que le buteur soit gaucher ou Argentin, on te citera, on te comparera, sans pourtant ne jamais t’égaler. Tu vas créer une absence que seul un de tes buts pourrait consoler, mais cela n’arrivera plus, il va nous falloir grandir en faisant honneur à la vie et en devenant autant que possible nous aussi des hommes un peu plus géniaux que les autres.

On est parfois maladroit quand on est triste, mais je crois que je t’ai dit l’essentiel.

Gracias por todo.

Diego Maradona Virage PSG
Adios la Mano de Dios © Icon Sport

Arnaud Samson

Parc tribune K Bleu Bas Virage

Parc, tribune K – Bleu Bas

5 ans ! Virage a 5 ans ! Incroyable ! Lorsque son créateur m’annonça cette nouvelle, entre deux chopines, j’en fut tout bouleversé. Aussitôt remontent en moi
que de souvenirs incroyables, toutes ces années de bonheurs passées à exprimer notre amour, notre désarroi, notre révolte, nos espoirs de supporters
C’est alors qu’il me rappela de manière impitoyable, de sa voix suave
et non moins virile, que je n’étais là que depuis deux ans…


Aaaargh (dis-je) Maître que vous êtes dur (bon et juste mais dur). C’est alors qu’avec la même puissance qu’à du ressentir Moïse recevant les tables de la Loi au Mont Sinaï, au comptoir du Balto, il me révéla que « Virage » avait déjà 355 articles à son actif ! C’est lequel ton préféré ?  Me demanda-t-il. Je restais là de marbre, pétrifié tel l’élève Chaprot à qui la Maîtresse demande de réciter la table de sept. Je ne sus pas quoi répondre et prétextant une soudaine gastro, je m’éclipsais et m’enfuyais par la fenêtre des WC, comme dans tous bons films de gangsters. De retour dans mon humble demeure, je me jetai immédiatement sur mon ordinateur, avec la gourmandise d’un gaulois légèrement enveloppé sur un innocent sanglier rôti, pour y dévorer les 355 articles déjà parus sur le site !

C’est alors que quatre jours de lecture intense plus tard, ayant à peine pris le temps de me nourrir, je m’aperçus qu’il m’était impossible de dégager un texte d’un autre tellement ils étaient tous admirables. De plus je risquais de froisser tous les autres auteurs que je n’aurai pas choisi. Fichtre. Je pensais alors que la solution serait de choisir un de mes propres texte ! Ne risquant pas de m’en vouloir à moi-même, surtout que ce n’est pas mon genre. Je choisis alors mon hommage au Magnifique David Ginola, puis le téléphone se mit à chanter « Who said I would » de Phil Collins. Je décroche, « Allo, bonjour c’est Luis Fernandez », Luis tenait à me remercier pour ce que j’avais écrit sur lui, tout en me précisant bien qu’il n’avait jamais trahit le club de son cœur et ses supporters ! Luis attaque, ne lâche rien, Justice est rendue, Luis tel qu’en lui-même. Il a pris le temps de récupérer mon numéro et de m’appeler. Merci à lui. La grande classe.

Luis Fernandez Virage PSG
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Le doute s’empara alors de moi… Luis ? David ? Luis ? David ? David Luis ? euh non… En pleine hésitation je décidais de profiter de cette période estivale pour faire du rangement dans ce qui était à l’origine une bibliothèque, mais qui ressemble plus aujourd’hui à une énorme masse informe de livres accumulés depuis des années. A ce niveau-là pour retrouver un livre, on ne parle plus de classement mais de spéléologie. Après plusieurs jours je parvins à un endroit que je n’avais plus visité depuis au moins dix ans… Mon trésor exhumé : Un livre sur les 40 ans du PSG ! Et un autre « PARC Tribune K – bleu bas » signé Jérôme Reijasse. Livre acheté et lu en 2009 lors de sa sortie. Depuis par l’intermédiaire de Virage j’ai rencontré son auteur que les habitués du Podcast du Virage connaissent bien, et cela me donna envie de me replonger dedans. Du coup, c’est de ce livre que j’ai choisi de vous parler.

L’histoire ? Un amoureux du PSG qui vous raconte sa saison 2008. C’était hier, il y a une éternité… Un temps que les moins de 20 ans… Bref, Lyon vole vers son septième titre consécutif, MBappé est encore pré-pubère, le maire de Levallois subit un redressement fiscal mais a un bon avocat, le ch’timi devient tendance, mais surtout Paris joue sa survie en ligue 1. Que l’on ait vécu ou pas cette époque, la lecture de ce livre devrait être obligatoire pour tous supporters. Il est le témoignage de son temps. Ce temps où supporter le PSG était un sacerdoce frôlant le sadomasochisme. Ce temps ou tous supporters du PSG étaient affiliés par la majorité bien-pensante, mais inculte de ce pays, à un méchant raciste décérébré. Se rappeler des nombreuses défaites, et qu’une victoire en championnat contre Lens ou Auxerre pouvait nous faire exulter après des semaines de crise, se souvenir du but contre son camp de Bourillon à Lorient pour une nouvelle défaite, se remémorer les frappes ratées d’Armand, Les slaloms inoffensifs d’un Diané, les boulettes d’un Camara ou d’un Landreau, les centres de Mendy pour ses potes en tribune…

L’identification avec l’auteur est immédiate, oui une défaite de l’om nous fera toujours plaisir, oui se rendre au parc reste un rituel, peu importe ce qu’il peut parfois nous en couter, surtout cette saison-là. Oui une défaite ou une victoire du PSG peut joueur sur notre moral, et cela malgré l’incompréhension de notre entourage non initié au culte rouge et bleu. Les souvenirs remontent. Mes certitudes de maintien qui commencent à se transformer en peur un soir de 34 ème journée et de déroute 3 – 0 à Caen… l’ascenseur émotionnel contre Nice au Parc pour une nouvelle défaite frustrante et irréelle, mais tellement PSG. Le déplacement tendu que j’ai fait à Toulouse pour revenir avec un point arraché, l’orgasmique reprise de Clément face aux verts, la libération à Sochaux et ce but au ralenti de Diané, comme si nous basculions dans une nouvelle dimension spatio-temporelle… Cette annus horribilis c’est aussi la mort qui frappe au coin du Mac’Do porte de Saint-Cloud, la banderole la plus célèbre de France, puis ce déferlement de haine médiatique contre nous, la bêtise des politiques et de la France profonde, ou plutôt profondément débile et haineuse.

Parc tribune K Bleu Bas Virage
Les héros du maintien © Panoramic

Il y a tout cela et bien d’autres choses dans ce livre, il y est aussi question de rage, de désespoir, de sodomie, de dépression, de passion, de souffrance, de paysans, de larmes, de chants, de joints, d’espoir, de l’abyssale bêtise humaine et même de Céline, le tout jeté sur le papier avec amour et une ferveur sans filtre, par la plume acerbe mais si souvent juste, et voire visionnaire sur certains points, de Jérôme. D’ailleurs, comme repris dans ce livre la célèbre devise des supporters du club anglais de Millwall « Nobody likes us and we don’t care » est toujours d’actualité quand j’ai entendu la facile et pathétique campagne de presse anti-CUP après le match contre Beveren… Je me dis que finalement rien n’a changé…

Si ce n’est qu’aujourd’hui le titre est banalisé, et que seule la Ligue des Champions semble être importante… oui on est toujours passionné et nous vivons toujours au rythme du PSG, et lorsque j’entends des critiques sur l’équipe actuelle, j’ai envie de dire, souvenons-nous de ce que nous étions il y a 12 ans… Un bête immonde à abattre pour toute la France provinciale ou par la soi-disant élite intellectuelle qui n’en a que le nom, quant au niveau européen nous n’étions rien. Ou si peu… éliminés dès l’automne de l’Europa League sur une défaite 2-4 par Tel-Aviv… N’en déplaise aux plus susceptibles, c’est bien cela que voulait dire Zlatan et en aucun cas cracher sur l’histoire du PSG comme les médias l’ont si facilement insinué. Zlatan au PSG … Il y a 12 ans on m’aurait traité de fou… Bref, je m’égare, pour conclure, après la lecture des 355 merveilleux articles du site Virage, je ne peux donc que vous conseiller très vivement la lecture de ce bonbon rouge et bleu acidulé à la mort aux rats qu’est « PARC Tribune K – bleu bas ».

Vive le PSG ! Vive le Parc ! Vive Virage !


« PARC, tribune K – Bleu bas ». Disponible en cliquant ICI

Parc tribune K Bleu Bas


J.J. Buteau

La (pan)demi finale virage PSG

La (Pan)demi-finale

C’est sympa quand même les appels en visio. Bon à vrai dire je ne comprends pas bien ce que Xavier, notre rédac’ chef aimé de tous, a bien voulu vouloir me faire comprendre en me disant : « mais mon pauvre bougre, j’ai l’impression que le confinement ne te réussit pas ». Le quoi ? « Ne le prends pas mal mais tu devrais, je pense, consulter d’urgence ! Tu me fais peur…» 

Mais enfin ! Je ne me suis jamais senti aussi bien ! Après ce printemps de folie que nous venons de vivre ! et au lendemain de notre qualification pour notre première finale de Ligue des champions ! Quel match ! Quel suspens !
On a fini par les avoir ces Colchoneros ! Mais que ce fut dur hein ?
« …… »


Je vois que t’en es encore bouche bée, bon maintenant surtout ne pas avoir de blessés, il faut envoyer la réserve et les remplaçants à Toulouse ce week-end, comme ils sont déjà condamnés à la Ligue 2 depuis longtemps, ils n’ont plus rien à jouer.Par contre je pense que le match contre Rennes au Parc le week-end suivant, il faudra mettre la grosse équipe.  Ce sera l’ultime répétition avant la finale et le dernier match au Parc de la saison. Tant pis si cela permet à l’om de conserver son avance sur les bretons. « Je crois que tu devrais quand même te reposer un peu » me dit Xavier d’un air grave. Qu’il est bon notre rédac’ chef, mais depuis notre qualification face à Dortmund je le trouve un peu bizarre… Pourtant quel match c’était ! Les larmes de Neymar, la réconciliation de la star brésilienne avec le public ! La fête qui a suivi, j’invente tout ça peut-être ? Des fois j’ai l’impression, avec tout le respect dû à son rang, que Xavier me prend pour un fou. Et la fessée donnée à Marseille au Vélodrome le dimanche suivant ? Je l’invente aussi peut-être ? Le hat-tick de Neymar, le doublé de M’Bappé. « Ecoute…euh comment te dire… je ne me souviens pas de ça, parce que…. » Oh ! mon Dieu ! D’un coup tout s’éclaire ! Comment ai-je pu être aussi maladroit ! Xavier était malade. Frappé d’amnésie. Terrible maladie. Excuse-moi, je ne savais pas, lui dis-je. Attends je vais te raconter ce qui s’est passé, cela t’aidera peut-être à te rappeler, en tout cas cela ne peut pas faire de mal.

Après la qualification face à Dortmund, le tirage nous sort Lyon en quart de finale ! Première manche des trois confrontations face aux Gones, d’abord la finale de la Coupe de la Ligue. Victoire 3 – 1 sans problème. Superbe tête décroisée de Cavani. Neymar et Mbappé iront aussi de leur petit but. Aulas crie au scandale, l’arbitre selon lui a faussé le match en accordant à tort une touche à Meunier qui quatre minutes et vingt-six passes plus tard débouchera au deuxième but de Paris. « Au moins en coupe d’Europe nous aurons un arbitre impartial » osera même plein d’amertume le gâteux président de l’OL. Côté parisien on savoure cette neuvième Coupe de la Ligue. Paris aura donc gagné la première contre Bastia en 1995 et la dernière contre Lyon. Personne ne l’aura autant gagné que nous. Elle nous a souvent sauvé de saisons difficiles comme en 1998 face à Bordeaux (première finale au SDF et surement la plus belle finale) et en 2008 contre les chômeurs consang… ah non merde c’est vrai, contre les Lensois. Elle est nôtre et peut aujourd’hui disparaître.

La (pan)demi finale virage PSG
Le troisième par Kylian en Coupe de la Ligue (c) Panoramic

Alors Xavier ? Toujours rien ne te revient ?  Bon tant pis, je continue, match aller en quart de finale de Ligue des Champions. Je ne m’attarderai pas trop sur cette défaite. Paris passe complètement au travers, personne ne comprend la tactique de Tuchel. Cavani, MBappé, Neymar, Di Maria sur le banc en première mi-temps. Une attaque Choupo, Icardi, Sarabia soutenue en dix à l’ancienne par Draxler. Lyon de son côté aligne son équipe type. Rudi Garcia est un génie adoubé par la presse qui s’acharne avec joie sur notre club et son entraîneur. Le match est un cauchemar. Kurzawa provoque un pénalty et se fait expulser à la vingtième minute. Dix minutes plus tard c’est Navas qui voit rouge en fauchant Traoré dans la surface. Score final 3 – 0. Aulas se déchaîne « On voit tout de suite qu’avec un arbitre au niveau, les choses sont différentes. Attention nous ne sommes pas encore qualifiés, il faut rester prudent mais ce soir le football a gagné sur l’argent. Je m’excuse auprès de mon ami Nasser qui va devoir expliquer comment avec un tel budget, il ne peut faire mieux, j’ai une pensée pour lui ce soir. Il est vrai qu’en demi-finale, une revanche de 2010 face au Bayern de Münich me ferait assez plaisir. Vous avez raison, nous avons de très bons entraîneurs en France, le nôtre est habitué aux finales de coupe d’Europe. Certains préfèrent suivre des modes avec des portugais ou des allemands… »

Des tee-shirts, mugs, écharpes, chaussettes, préservatifs, drapeaux, en hommage à cette victoire fleurissent dans la boutique de l’OL. Une plaque commémorative est inaugurée deux jours plus tard sur la façade du Groupama Stadium. Pendant une semaine nous sommes la risée de la France entière, le succès à Angers le week-end suivant n’y change rien.  À Paris aucune déclaration à la presse. Juste un « je gombrends bas » de Nasser et un « ne vous inquiétez pas, il s’agit d’une saison de transition » non convaincant de Léonardo, malgré le clin d’œil et le pouce levé. Pour le retour au Parc le stade est divisé. Une partie est venue siffler son équipe, l’autre veut y croire. Cette fois, pas de surprise dans la composition. L’atmosphère est plus que tendue. Le parcage visiteur est plein. Paris entame très vite, très fort au bout de 20 minutes Neymar et Bernat ont déjà trompé Lopes. L’ensemble du Parc décide enfin de pousser son équipe, et de la tête Cavani inscrit le troisième but qui nous permet d’égaliser sur les deux matchs. Lyon n’a pas existé dans cette mi-temps. On jubile, lorsqu’une frappe dévissée de Tousart vient trouver la lucarne de Rico à la quarante-septième minute. Mi-temps. Le ciel s’est abattu sur Paris. Il va falloir en mettre deux de plus en deuxième mi-temps.

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Le sixième but d’Icardi (c) Panoramic

Lopes fait le match de sa vie, Di Maria trouve la barre, MBappé rate trois face à face mais réussit le quatrième à la soixante-quatorzième minute !!! Suivi cinq minutes plus tard d’un exploit personnel de Neymar ! 5-1 Paris est qualifié, le Parc en feu et fait une ovation à Cavani qui est remplacé par Icardi. Deux minutes plus tard, l’italien sur son premier ballon ajoute un sixième but !! Le Parc est en ébullition !! Paris est en demi. Il reste pourtant quinze minutes et quasiment sur l’engagement Aouar s’avance tranquillement et contre toute attente décoche une frappe qui surprend notre gardien espagnol mal placé et pas sur ses appuis. 6-2 Encore un but lyonnais et Paris est éliminé. Moment de flottement sur le Parc. D’un seul coup Paris ne joue plus. Et à la dernière minute Paredes pressé tente une invraisemblable passe en retrait interceptée par Cornet qui trompe Rico. 6-3 Lyon a souffert mais a su marquer dans les moments clés. Le monde s’écroule…

Xavier tu ne te souviens vraiment pas ? Ce corner à la dernière minute ? Le retourné de Neymar qui nous propulse en demi ? Je vois au regard ahuri et hébété de notre rédac’ chef vénéré que rien ne lui revient. Mais quand même Xavier ! Ce retourné de folie !! Le même que contre Strasbourg en championnat à la première journée ! Même endroit, côté Auteuil, même geste ! Et les mêmes qui l’insultaient à l’époque qui à ce moment-là sont en train de le vénérer, de l’acclamer, de le porter aux nus. 7-3 !!! Le malaise de Jean-Mimi ? La démission de Junhino ? Le tour d’honneur de Nasser torse-nu qui fait voler sa chemise au-dessus de sa tête ? Non ? Toujours rien ? Sur mon écran je vois ce regard perdu, hagard de Xavier dans lequel on lirait presque de la pitié si on ne savait pas pour sa maladie.

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L’égalisation de Mbappé à Madrid (c) Panoramic

Et les deux PSG-Saint-Etienne ? Oubliés aussi ? Même mon excellent papier sur Rocheteau, Bathenay et Matuidi ? Certes le match de championnat n’a rien eu de mémorable entre deux équipes bis et un triste 0-0. Mais la finale quand même ? L’émouvant hommage pour Robert Herbin ? Respecté de la part des deux publics emplis de respect et d’émotion. Bon sur le terrain pas grand-chose à retenir non plus c’est vrai, une victoire facile 3-0. Une treizième Coupe pour nous. Et trois jours plus tard l’Atletico Madrid de Simeone au Parc pour le match aller de demi-finale de Ligue des champions. Match tendu, tactique et encore un 0-0 certes. C’est vrai que si tu ne te rappelles pas du quart retour contre Lyon, la demi aller contre l’Atlético ne risque pas de t’aider à retrouver la mémoire. Par contre, le retour est encore tout frais ! Ah ce 1-1 en Espagne, ce match à l’arrache qui nous envoie en finale ! Mais bon sang c’était hier !! Ce débordement de Neymar, qui sert Cavani qui remet de la tête en retrait sur MBappé qui reprend en demi-volée !! BUUUUUT !! Ah put… Y pas à dire, y a que le foot pour nous faire vivre des émotions pareilles. Que serions-nous si un jour tout cela n’existait plus hein ? T’as raison ne dit rien, je préfère ne pas y penser…

Bon allez Xavier on se dit rendez-vous le 30 mai à Istanbul pour la finale contre les cousins de City hein ?… Franchement, le PSG du Qatar contre le Manchester City des Emirats Arabes Unis en finale de Ligue des champions en Turquie, ça ne s’invente pas !! Bon allez Xavier je te laisse, je dois appeler mon frère pour savoir s’il a pu prendre les places pour la finale. « Ah OK… Oui oui bien sur… Non mais vraiment, sérieusement tu devrais voir quelqu’un je pense…Salut ». Sacré Xavier, c’est lui qui est malade et il s’inquiète pour les autres, que le chef est bon.

« Allo frérot ? Champion mon frère ! Bon alors t’as pris les places pour Istanbul ? »
« Les quoi ? »
« Ben les places pour la finale ! »
« Quelle finale ? »

Non mais ce n’est pas vrai ? Cette quoi cette maladie ? Y a une épidémie ou quoi ?


J.J. Buteau

Je peux pas j'ai Parc Virage PSG

Je peux pas, j’ai Parc

Combien de fois n’ai-je prononcé ces quelques mots dans ma vie. Peu importe ce qu’on pouvait me proposer, cela claquait comme une immunité à toute autre activité, aussi jubilatoire pouvait-elle être. Très rares furent les exceptions depuis presque quatre décennies… Il y a bien eu, il y a dix ans l’injuste plan Leproux créant une entaille (qui deviendra une cicatrice à vie) à cette règle de vie.

Aujourd’hui nous sommes de nouveau privés de Parc, mais c’est différent, car cette fois, il n’y a plus de match, la santé avant tout. Un jour proche ou lointain, ce sera la reprise, à huis-clos dans un premier temps, forcément. Et surement pour un bon bout de temps. Ce sera dur, mais c’est le plus raisonnable pour freiner l’épidémie
de cette saloperie de virus.

« Je suis né la même année que PSG », ainsi titrait son livre l’ami Grégory Protche. Ce n’est pas mon cas, mais moi je suis né la même année que la montée du PSG. 1974. Année de la première soirée de folie au Parc avec ce match de barrage contre Valenciennes, le dernier but de Jean-Pierre Dogliani qui nous envoie dans l’ascenseur pour l’élite, pour ne plus jamais la quitter, le malaise de Justo porté en triomphe, le cigare d’Hechter, l’histoire est en marche quelques mois avant que je ne pousse mon premier cri. Il ne faudra pas longtemps pour que j’accompagne mon frère ainé et mon père porte d’Auteuil. Comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit… Quel match ? Aucune idée ? De cette époque, jusqu’à la fin des années Borelli, le PSG grandira comme un enfant insouciant aimant le football offensif, le spectacle, les joueurs techniques, les beaux joueurs (dans tous les sens du terme), les premières joies, les premières déconvenues qui ne sont pas encore des drames.

Pour moi, le parc se vit uniquement pendant les vacances scolaires, le reste du temps ce sera à la radio. « BUUUUT au parc !!! » et ces affreuses secondes de suspens avant de savoir laquelle des deux équipes avait marqué !!! « Le but de Dominique Rocheteau !!! » joie et soulagement. Et oui à cette époque, pas de Canal+, Bein et cie, le foot à la TV était réservé aux matchs internationaux. Pour voir le PSG, c’était soit Téléfoot, soit Stade 2… et parfois au journal de la nuit de France 3 les soirs de match à domicile… C’est pour cela qu’à cette époque le multiplex radiophonique était une institution, pas de journaleux blablateurs ou de consultants imbus d’eux mêmes comme aujourd’hui. Non, des envoyés spéciaux sur les dix stades de première division qui t’informaient et te faisaient vibrer. « BUUUUT extraordinaire de Safet Sušić !!! » La description du but faisait travailler ton imaginaire, tu te refaisais le déroulement de l’action dans ta tête et tu imaginais le plaâÂâat du pied de maître Safet pour faire franchir la ligne fatidique au ballon dans les filets adverses.

La Parc pour moi dans les années 80 c’est déjà Auteuil rouge, parfois bleu ou jaune (oui il y a eu des sièges jaunes), plus rarement Boulogne. Dans les virages ça sent bon l’herbe fraîche, la bière, la sueur, la fumée de cigarette, de cigares, de cigarillos ou de merguez achetées chez le marchand ambulant habitué à fuir les flics en slalomant entre les revendeurs de billets. Pour nous le transport c’est en voiture, puis se garer le long de l’hippodrome, puis marcher et passer devant Euromarché (pas encore Carrefour), puis enfin le Parc qui apparait au fond. Achat au guichet le soir du match sans problème, le Parc est rarement plein. Gratuit pour les enfants. Pas de tribune sectorisée « famille » ou autre. Tout le monde est mélangé. Même parfois des supporters adverses. Des fidèles aussi, comme nos voisins habituels, ce groupe de blacks en costume, la sapologie existait-elle déjà ? Ou étaient-ils des précurseurs, en tout cas ça parle fort, ça blague, ça rigole avec un accent africain à la Michel Leeb, ou plutôt l’inverse. Petite fiole à whisky, ou autre, en poche et ça fait tourner comme 20 ans plus tard tourneront les spliffs au même endroit. Autre génération, même plaisir de partage, même passion du PSG. Pour nous le rituel de la mi-temps ce sont les sandwichs préparés par maman, sandwichs jambon, rillettes, saucisson, pâté, faîtes votre choix…  Chips et cacahuètes…

je peux pas j'ai Parc Virage PSG
K.O.B (c) Panoramic

Deux finales de coupes de France légendaire pour déflorer un palmarès. 12 ans seulement. Puis ma première saison la plus assidue, celle du premier titre. Les Boulogne Boys viennent de naître, pour le meilleur et pour le pire. Le pire avec des dégradations là où Paris va jouer. Lille, Auxerre, etc… Le meilleur pour les chants de soutien. Pour aller dans les deux virages à cette époque, on sent déjà une ambiance différente entre Auteuil et Boulogne. Les média en rajoutent et la province a peur. Le supporter du PSG est déjà assimilé à la violence. 16 ans et déjà montré du doigt. Puis deux saisons décevantes, jusqu’à frôler la relégation à 18 ans. Seulement deux ans après le titre de champion. Paris sera bien toujours Paris. Pour le meilleur et pour le pire comme ses supporters…

Un an après le sauvetage, avec presque le même effectif, Paris fait la course en tête et finira par se faire ravir le titre par l’OM de Tapie et ses nombreuses magouilles… Au parc, peu de changement durant cette décennie, à part bien-sur l’essor du Kop de Boulogne. Le début des années 90 marque la fin d’un chapitre de l’histoire du club. L’argent manque, les recrues sont pour la plupart d’anonymes joueurs de première division, l’effectif est vieillissant malgré encore une poignée de grands joueurs. « Mon équipe est molle » déclarera son entraineur Henri Michel. Difficile de lui donner tort. Paris finit à une anonyme neuvième place et Boulogne chante des « Borelli Démission ». Cruel. Injuste. A 20 ans le PSG semble déjà arrivé au bout de son aventure au sommet. Il n’en est qu’au début, mais le chemin sera long et difficile…

La saison suivante Canal plus arrive, fini le PSG et le Parc que l’on a connu, tout va changer. A Boulogne, un soir de PSG-Caen les CRS se font bouter hors de la tribune. Les images choquent le France entière, des nouvelles lois vont naître. Il y aura un avant et un après. Personnellement, j’ai 18 ans je m’abonne à Auteuil Rouge. Je ne le sais pas encore, mais ce sera encore le cas aujourd’hui, 28 ans plus tard. Et ce le sera jusqu’à ma mort si Dieu veut. Bref, c’est peu de temps après que va commencer l’émergence d’ultras à Auteuil. La décennie sera plutôt joyeuse sportivement, Paris se fait un nom en Europe avec des victoires de prestige, et Graal absolu, une victoire en Coupe d’Europe pour ses 26 ans.  Dans les tribunes tout a changé aussi. Boulogne s’est affirmé, mais pas que dans le positif. Le KOB est connu partout, sa réputation est faîte en France et en Europe. Aidé en cela, il faut bien le dire, par plusieurs reportages télévisuels à charge qui aideront le grand public à associer supporter du PSG à raciste violent. Bien sûr des fachos à Boulogne il y en avait, et il ne faisait pas bon trainer à certains endroits porte de Saint-Cloud si tu n’avais pas la bonne couleur. Malheureusement, la bêtise de cette poignée d’abrutis rejaillira sur tout Boulogne, puis sur tous les supporters rouge et bleu, pendant des années, jusqu’à provoquer la mort… et la fin des ultras aux PSG.

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Remember Twente (c) Panoramic

Mais en cette dernière décennie du siècle, on retiendra surtout dans les tribunes du Parc, la naissance de différentes associations à Auteuil. Sans refaire l’histoire des tribunes,  Auteuil prend de plus en plus d’importance, je ne veux retenir que les belles choses, ces échanges vocaux avec Boulogne, toutes ces personnes de la tribune, ultras, lambdas, mais toujours les mêmes saisons après saisons, des enfants que je verrais grandir et avoir à leur tour des enfants, des groupes de pépés présents depuis la création du club, le chinois connu de tous, des familles entières, le gars qui gueulaient « avancez » pendant 90 minutes dès que Paris récupérait un baIlon, le mytho qui te racontait avoir chez lui le maillot porté par Pelé lors de la finale de la coupe du Monde 1970 « je te jure »,  le pénible qui passe son temps à critiquer nos joueurs « Il est nul ce Bravo (à décliner selon les saisons avec Weah, Raï, Dely Valdes, Loko, et j’en oublie…) », le défaitiste qui dès qu’on se prend un but « et voilà je vous l’avais dit », je ne peux pas tous les énumérer la liste serait bien trop longue….

Que d’émotions partagées pourtant, les embrassades spontanées après un but important contre l’OM ou Twente par exemple, les pleurs après une défaite, la rage après un arbitre, le croisement du regard après un évènement défavorable qui en disait plus long que n’importe quelle parole. Mais revenons un peu en arrière. Il y a une chose très importante qui va également changer complètement la place du football dans la société vers la fin de la décennie, c’est la victoire de la France en Coupe du Monde en 1998. Avant cela, le supporter du foot est majoritairement considéré comme un abruti écervelé. Un beauf. Un mec forcement pas intelligent. On évite dans certains endroits d’afficher son amour pour le foot, afin de ne pas être illico considéré comme l’idiot de la soirée. Pire que tout, c’est d’être un supporter du PSG. L’étiquette raciste s’ajoutant aux autres. On ne se promène pas avec un maillot de foot dans la rue. On affiche ses couleurs uniquement au stade. Tout cela va être balayé par les deux coups de boule de Zidane. D’un seul coup, tout le monde s’intéresse au foot, les Footix © vont commencer à pulluler. On pense que cela ne va pas durer. Erreur.

On rentre dans les années 2000, le PSG a 30 ans, c’est un jeune adulte qui joue les premiers rôles et qui pense que cela va durer longtemps. Erreur. Pour son deuxième titre de champion le PSG avait 24 ans, le suivant il le fêtera pour ses 43 ans… Une éternité. Presque une génération. Dire qu’aujourd’hui certains banalisent les titres acquis sous l’ère Qatarie. Hérésie. Enfants gâtés, footix, supporters opportunistes ou blasés, je ne sais pas. Mais un titre, même une Coupe de la Ligue, ça se prend. Un joueur qui porte notre maillot, ça ne se siffle pas. Des choses pour moi élémentaires.

je peux pas j'ai Parc Virage PSG
V.A. (c) Panoramic

Mais revenons au début de ce siècle, l’ambiance au Parc est exceptionnelle, et l’exceptionnel deviendra normalité. Bien sûr, sur certains matchs, ce sera moins le cas, mais de manière générale qui a vécu cette époque, ne pourra pas l’oublier.  C’est l’époque où des joueurs disent venir à Paris en partie pour l’ambiance mise par le KOB et le Virage Auteuil. Ce qui, de nos jours, sonne comme un discours marketing, sonnait vrai à l’époque. Effet pervers, c’est aussi l’époque ou même certains joueurs portant notre maillot n’arrivent pas à joueur leur football au Parc. Une époque où beaucoup diront venir au Parc plus pour l’ambiance que pour le foot. Une époque où beaucoup d’ultras de maintenant, alors enfants, tomberont amoureux du Parc et du PSG. C’est aussi une époque où le public poussait son équipe et n’avait pourtant bien souvent que les matchs de coupes pour vibrer. Combien de saisons plus ou moins sauvées grâce aux coupes ? Rien ne remplacera la ferveur des matchs de coupe. Ce club et son public étaient fait pour ça. Le PSG n’a jamais été aussi bon que dos au mur.

Durant cette période je ne me posais même pas la question si cette ambiance allait durer, elle était là, normale. Voix cassée et oreilles bourdonnantes. Normal. Combien de fois j’ai emmené des personnes avec des à-priori sur le foot ou les supporters dans le virage, un certain nombre. Aucune n’a été déçue. Aller au Parc était devenu maintenant un rituel, plus de sandwich à la mi-temps, mais un Macdo sur le chemin du retour. Tout évolue, tout change… Sauf d’être au Parc à chaque match du PSG. Et puis il y eu cette soirée pourrie contre Tel Aviv. Un mort. Et puis ce maudit soir de février 2010. Un mort de plus. La bêtise a pris le pas sur tout le reste. L’ambiance au Parc est devenue nauséabonde. L’année des 40 ans sera triste et sombre. Cause ou conséquence ? Le plan Leproux a mis fin à tout ce que l’on a connu. Il est mort le parc des Princes. The end…

Vont suivre des années de honte, qui verront entre autres, une rafle arbitraire de la police devant le Parc un soir de reprise de championnat, une propagande infecte du club contre ses plus fidèles supporters qui en ont été chassés. L’Élysée, Bazin, Leproux and co ont inventé un nouveau concept. Nous voilà victimes et coupables. Impossible de choisir sa tribune, impossible d’y aller à plusieurs, interdit de se lever pendant le match (ah, on m’informe qu’à part à Auteuil c’est encore le cas actuellement), interdit de fumer, interdit de venir avec des journaux, interdit de venir avec une mini bouteille d’eau, interdit de venir avec un tee-shirt blanc, interdit, interdit, interdit… Juste le droit de venir dépenser ton argent et de la fermer. Le Qatar est arrivé, les abonnements sont revenus, mais pas l’ambiance. Sur le terrain, c’est du très haut niveau, du top mondial, Paris joue bien, gagne des titres, et aligne des joueurs magnifiques. Les années Zlatan seront phénoménales sur le terrain, mais tout le monde pense la même chose. Avec ces joueurs-là, si on avait l’ambiance d’avant on serait imbattable.

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The Last Dance (c) Panoramic

Je ne m’attarderai pas plus sur cette sombre période, la cicatrice est toujours là et d’autres l’ont fait mieux que je ne le ferai, comme Fabrice de Cheverny dans son livre témoignage « Car nous deux c’est pour la vie ». Depuis presque 4 ans, une nouvelle génération d’ultras essaye de redonner vie au Parc. Evidement on est loin de ce que l’on a connu, mais il serait fou de croire que nous revivrons aussi vite les grandes ambiances, si jamais cela arrive de nouveau un jour. Cette nouvelle génération n’a pas ou peu eu la chance de profiter de l’expérience des anciens et ils ont encore des choses à apprendre, mais leur ferveur ne fait aucun doute. Ils ont réussi à ramener un peu de liberté dans le virage et de l’ambiance dans un Parc toujours amputé de Boulogne, même si là aussi certains jeunes veulent faire bouger les choses. Merci à eux tous de tenir bon, on sait que tout cela reste tellement fragile, le combat continue. Ne rien lâcher, toujours encourager…

Cette année le PSG va avoir 50 ans. La fête devait être belle. Elle le sera peut-être quand même, même si cela doit être en 2021. L’inconnu est total, ce fichu virus a tout bouleversé. Quand et comment pourrons nous revenir dans notre deuxième maison ? Nul ne le sait au moment où j’écris ces lignes. Vivement le jour béni où je pourrai de nouveau répondre à une invitation par : « je peux pas, j’ai Parc ».

…à James…

J.J. Buteau