Humeur

Les démons de l’ennui

Ce matin, les supporters parisiens se réveillent sans gueule de bois.
Perdre en Coupe de France, rien à battre. Ce qui compte, c’est l’Europe.
Notre ADN, ce sont les grandes oreilles. Rien d’autre. Tous nos matches jusqu’au 15 février ne sont là que pour parfaire cette machine de guerre qui va terrasser le Real
et foncer jusqu’à la victoire finale. Cette arrogance de nouveau riche,
ce mépris assumé…

PARIS rêve plus grand en anglais et uniquement les mardis et mercredis soirs. Le championnat, la coupe, ce sont ces voitures de luxe que l’on abandonne en plein désert, sans regret ni remord. Parce qu’on a les poches pleines. Parce qu’on ne respecte rien. Parce que, depuis longtemps, on a piétiné le réel.

Hier soir, notre match a une nouvelle fois étalé à la face du monde toute notre indigence. Équipe de handball qui peut jouer en marchant sans jamais craindre le bras levé de l’arbitre, le PSG a insulté tous les fondamentaux, fait semblant d’être un collectif. 99% de nos centres et de nos coups de pieds arrêtés n’ont trouvé personne, Messi a rendu hommage aux rues de Marseille en multipliant les passes poubelles, les crochets déchets, les inspirations à peine recyclables. À part Verratti, peut-être aussi Donnarumma et Mendès (étrangement sorti par Mauricio), qui sauver ? Même le soldat Ryan a préféré déserter.

Il n’y avait rien, le néant, la honte. Et ce n’est pas comme si c’était la première fois cette année. Depuis août 2021, le PSG (dé)joue à se faire peur. Pas un match référence, aucune montée en puissance, oui, le néant, chaque semaine confirmé. Sans le Golgoth de Bondy, nous serions dans le ventre mou et qualifiés en Europa League. Voilà le constat. Le terrible et risible constat de notre politique sportive. On peut gagner la LDC en ne jouant pas, on peut atteindre les sommets continentaux en méprisant le football chaque week-end. OK. D’accord. Faisons comme ça. Mi autruche mi pachyderme. Aucune finesse, zéro lucidité.

Cette cour de récré chaotique et sauvage

On a du fric, on a des stars. Suffisant pour dominer, pour aller au bout. Le mercato de l’été dernier, qui avait de la gueule, que dit-il aujourd’hui ? Ramos s’apprête à plomber définitivement la sécurité sociale, Wijnaldum est en dépression carabinée (un soldat ne peut pas briller dans une bande de pirates), Messi a le blues éternel catalan. Donnarumma, à la rigueur. Mais on avait déjà Navas. Mbappé va partir. Neymar est ce fantôme qui hante nos espoirs les plus brûlants. Mauricio n’a jamais été vraiment notre coach. Erreur de casting. Mais quel entraîneur pourrait réussir ici ? Comment imposer un rythme, une stratégie, un avenir à cette cour de récré chaotique et sauvage, nombriliste et trop gâtée ?

Zidane ? Peut-être notre ultime péché. De croire que Zizou est le seul capable de remettre de l’ordre dans ce merdier relève de la pensée magique. De l’aveuglement coupable. C’est une naïveté qui n’est pas émouvante. Ridicule plus certainement. Hier, dans ce stade vide, avec ces maillots noirs immondes et qui nous rappellent à chaque nouvelle sortie l’acharnement de nos dirigeants à vouloir effacer notre passé (ne devraient-ils pas plutôt tout faire pour écrire notre avenir ?), j’avais l’impression de voir un autre club, une autre histoire. Je n’étais pas déconnecté mais pas loin non plus. La seule continuité, c’était moi, moi et mon envie de qualification en quarts pour affronter l’om, moi et mon amour de la coupe de France, ce trophée qui a lancé notre aventure, qui m’a fait aimer pour toujours Paris.

Mais dans ma télé, était-ce le PSG ? Cette chose molle et arrogante, ce jeu sans profondeur ni envie, ce onze qui n’est jamais le même, était-ce le club que j’ai choisi de suivre jusqu’à la mort ? J’en suis de moins en moins persuadé. Je m’accroche, bien sûr, je suis du genre opiniâtre. Comme je l’avait écrit il y a longtemps déjà dans mon bouquin, on ne quitte pas sa femme parce qu’on vient de lui diagnostiquer un cancer. C’est inconcevable. J’en suis là. Mon équipe semble en phase terminale. Sans aucun traitement capable de la sauver. À force de tout faire à l’envers, à force de croire que l’argent peut résoudre tous les problèmes, on galvaude une passion, on écrase une foi, on se condamne au pire. À l’oubli ?

Le fric n’est rien sans effort ni vision

Dans cette mascarade qui dure, il y a une certaine morale qui se dégage. Une évidence. Le fric n’est rien sans effort ni vision. L’émir pourra bien encore dégainer le chéquier, acheter Ronaldo, Haaland, Salah et Iron Man, Paris ne décollera pas. Jet privé sans moteur, sans carburant. Coincé sur le tarmac du gâchis et de la suffisance. Tout ça est finalement assez écoeurant. On va tomber sur Pochettino, bien sûr, moi le premier. Fusible. On va lui reprocher ses tactiques qui n’en sont pas, ce refus d’une défense à trois, son entêtement à ne pas donner sa chance à notre jeunesse. Hier, Paredes a encore la marque de l’oreiller de la business class et il joue. Mbappé est préservé. Herrera est là, Danilo aussi. Les gosses, on les envoie au front à la fin, quand ça pue déjà la déroute. Simons rate son péno et s’offre un petit traumatisme. C’est ainsi que l’on grandit, certes mais le timing est plus que douteux. Malheureux.

“J’en ai plein le cul des ces matches qui me font perdre dix ans de vie” me dit mon ami Paco par texto, avant même notre élimination pitoyable. Il n’a pas tort. Perdre, pour un supporter, c’est acceptable. Quand Paris insultait le football comme en 2008 par exemple, pas de problème. Nos cadors se nommaient alors Armand, Rothen. Mais là… Le PSG ressemble de plus en plus à une ex qui aurait pris 30 kilos. Il n’est ni séduisant, ni excitant. Il est lourd, terriblement lourd. Il est à la fois agaçant et frustrant, prévisible dans son illisibilité. Gageure. Et il marche, et il joue la tête baissée, et il trébuche. Parce qu’il se moque de la Coupe de France. Comme il se fout de la Ligue 1. Il est ailleurs, pas là. Il vaut mieux que ça ! Pas de temps à perdre avec ces obligations du quotidien ! Vite, le Real.
Je préfèrerais qu’on se concentre sur le Réel. Pas gagné…


Jérôme Reijasse

Marco Verratti, l’indispensable

Dans un milieu qui peine à se trouver depuis le début de saison, force est de constater, surtout depuis hier soir, que Marco Verratti n’a jamais été aussi indispensable dans l’effectif du Paris Saint-Germain.

Malgré des résultats dans l’ensemble satisfaisants, le jeu du PSG a rarement été aussi critiqué qu’en cette saison 2021-2022. Arrivé il y a plus d’un an sur le banc parisien, Mauricio Pochettino tâtonne et peine à améliorer l’expression collective de son équipe ainsi qu’à trouver un équilibre cohérent face à la quasi-obligation d’aligner le trio offensif Neymar-Messi-Mbappé, ce qui a souvent pour effet de couper l’équipe en deux et de se voir trop facilement mis en danger à la récupération adverse. Défensivement, l’équipe peut compter sur deux gardiens de classe mondiale et un Marquinhos toujours irréprochable, même si Kimpembe affiche parfois quelques limites difficilement pardonnables pour un joueur international (en attendant peut-être de voir émerger une défense à trois avec Sergio Ramos et les deux latéraux en mode piston) . En attaque, Mbappé, tranchant dans ses appels et clinique devant le but, porte littéralement le PSG et offre une force de percussion et une profondeur indispensables au bon fonctionnement de l’ensemble. S’il y a un niveau où le bât blesse, il se situe clairement au milieu de terrain, secteur dans lequel Herrera, Paredes, Danilo Pereira, Wijnaldum et dans une moindre mesure Gueye n’ont pas répondu aux attentes. Si l’on peut tirer une conclusion de cette moitié de saison, c’est que Marco Verratti n’a jamais été aussi indispensable.

Lors de la victoire du PSG sur City en septembre, Pep Guardiola avait publiquement déclaré sa flamme au milieu de terrain italien, auteur d’une prestation XXL qui avait enchanté le Parc et prouvé une fois de plus que le public parisien avait les yeux de Chimène pour son chouchou. On comprend aisément le technicien espagnol, tant la palette dont peut faire étalage le petit hibou s’avère aussi impressionnante que variée. S’il lui reste des scories à gommer dans son jeu (un engagement parfois à la limite, une propension agaçante à prendre un carton par match, une tendance à aller pleurer constamment auprès de l’arbitre), il est capable d’abattre un gros boulot à la récupération, de conserver le ballon face au pressing adverse, de temporiser quand il le faut ou au contraire d’apporter une essentielle verticalité par sa qualité de passe vers l’avant. Il possède un profil unique parmi les milieux de terrain de l’effectif, incroyablement complet, à la fois gratteur de chique, premier relanceur et meneur de jeu. Son aisance technique et sa vista lui permettent de briller aux quatre coins du terrain et, en son absence, le jeu de l’équipe perd grandement en qualité et en fluidité. Il est aussi important qu’un Mbappé, dont on a régulièrement entendu dire qu’il était l’arbre qui cache la forêt  d’un PSG souvent fragile et sans imagination.

Les armes fatales face au Real ? © Icon Sport

Recruté en 2012 par les nouveaux propriétaires qataris contre une dizaine de millions d’euros alors qu’il évoluait dans l’anonymat de la Serie B avec Pescara, Marco Verratti s’est progressivement imposé comme l’un des hommes phare du projet QSI. Il s’est forgé une réputation qui fait saliver tous les directeurs sportifs de la planète et un palmarès qui force l’admiration : joueur le plus titré de l’histoire du PSG (24 titres, dont sept championnats, à égalité avec des barons comme Larqué, Revelli, Coupet, Juninho et Thiago Silva) et le plus capé en Coupe d’Europe avec 67 apparitions, ce qui est tout sauf anecdotique quand on connaît le passé européen du club. Tous les entraîneurs qui se sont succédé aux manettes du PSG ont compris l’importance de Verratti et salué le niveau et la régularité de ses performances, d’Ancelotti à Blanc en passant par Emery et Tuchel. Tous ont loué son attachement viscéral au club (il envisage de terminer sa carrière à Paris alors qu’il a le niveau pour évoluer dans n’importe quel top club européen), son professionnalisme souvent entaché d’une image de dilettante à l’hygiène de vie discutable, sa capacité à bonifier le collectif, son intelligence balle au pied, son sens du tempo et son envie de jouer constamment pour les autres. Alors que le président de Rennes Frédéric de Saint-Sernin s’était interrogé à l’époque sur l’opportunité de son transfert et le voyait évoluer avec la réserve, Verratti a mis tout le monde d’accord et fait aujourd’hui l’unanimité.

Blessé au genou puis à la hanche, l’Italien a manqué quelques matches à l’automne et son retour a fait un bien fou. Face à Brest, à l’occasion d’un match globalement maîtrisé et séduisant, il a fait étalage de toute sa classe et a été au four et au moulin (crédité d’un 6 dans L’Equipe, on se demande ce qu’il doit faire pour obtenir mieux). Contre les Bretons, il a démontré sa faculté à combiner dans les petits espaces, à relancer proprement, à aérer le jeu tout en ne laissant pas sa part au chien sur le plan défensif. Il a même failli marquer, fait rarissime pour lui, trouvant le montant du pointu au terme d’une action lumineuse. Pour Pocchetino, c’est une excellente nouvelle de retrouver un Verratti aussi au point physiquement que juste techniquement. L’entraîneur argentin a eu trop souvent tendance à balader son joyau d’une position à l’autre, n’hésitant parfois à le faire jouer sur un côté. Il semble avoir enfin compris que Verratti devait évoluer comme la pointe basse d’un trident de l’entrejeu, position idéale qui lui fait jouer les numéro 6 en défense tout en lui permettant de faire le lien entre la défense et l’attaque, à l’image d’un Pirlo, jamais aussi à l’aise qu’en meneur de jeu reculé. C’est à ce poste de milieu axial qu’il donne sa pleine mesure et permet à l’équipe de respirer par sa première transmission toujours inspirée et sa faculté à briller au cœur du jeu. Espérons que les expérimentations tactiques de Pochettino l’épargneront et qu’il continuera de s’épanouir dans ce rôle de sentinelle-premier relanceur qui lui sied à merveille et donne de l’oxygène à toute l’équipe.

A un petit mois du match aller contre le Real Madrid, les interrogations ne manquent pas. Neymar sera-t-il opérationnel et compétitif ? Messi se montrera-t-il à la hauteur de l’événement ? Ramos aura-t-il droit à une place de titulaire ? Faut-il laisser tomber le 4-3-3 au profit d’un 3-5-2 ? Quels milieux faut-il aligner pour contrer le redoutable trio Casemiro-Kroos-Modric, véritable machine à conserver le cuir ? Comment contrer le duo Vinicius-Benzema alors que le PSG concède trop de tirs cadrés et ce même à des adversaires modestes ? Alors que Pochettino prépare le grand rendez-vous et cherche des réponses, la présence de Verratti constitue une garantie on ne peut plus précieuse. De retour à son meilleur niveau, l’Italien sera un caillou dans le jardin d’Ancelotti et, alors que tous les regards seront braqués vers le peut-être futur Madrilène Mbappé, un des atouts maîtres du PSG. Jamais aussi à l’aise que lors des grandes rencontres et imperméable à la pression, Verratti saura faire parler son expérience et sa science du jeu face aux merengue. Quand le bateau tanguera, il sera celui qui saura rassurer son monde et jouer les capitaines de bord, même si Marquinhos fait souvent office de dernier rempart face aux vagues adverses. Face à une équipe éminemment joueuse, on peut compter sur lui pour contrôler le rythme, apporter de l’agressivité, trouver une passe que seul lui a vu, batailler dans le rond central et alimenter ses attaquants en bons ballons. Pour passer l’obstacle Real, le PSG aura besoin d’un grand Verratti. Si on ne doute pas une seconde qu’il répondra présent, il faut juste espérer qu’il ne se blesse pas. S’il le faut, nous irons mettre un cierge à l’église.


Denis Ritter

Tutoyer les étoiles

Peuple parisien, il est temps.
Il est temps de se dire les choses les yeux dans les yeux.
Il est temps de regarder la réalité en face.

Il est temps de se dire qu’en 10 ans, malgré demi-finale et finale, le PSG n’a pas progressé en tant que club. Il est temps de se dire qu’avoir Neymar, Messi, di Maria et Mbappé ne fait pas une grande équipe. Il est temps de se rappeler que les Galactiques n’ont jamais rien gagné.

Il est temps de se dire que Cisco Llacer connaît mieux le foot que Nasser. Il est temps de se dire que si on avait besoin d’un tennisman, on rappellerait Yannick Noah. Il est temps de se dire que tant que personne n’expliquera à l’Émir que Messi, c’est super pour l’image, pour vendre des maillots mais que mettre 80 millions sur deux ans pour un joueur qui partira ensuite à Miami ou ailleurs, ce n’est pas sportivement ce qu’il faut. Qu’avec cette somme, on aurait pu recruter pour l’avenir les meilleurs jeunes en Europe (ou ailleurs).

Il est temps de se dire que le sportif arrive en troisième position dans la stratégie de QSI (après le soft-power et le merchandising) et que tant que ce sera le cas, on n’avancera pas. On ne progressera pas en tant qu’institution, en tant que club.

Il est temps de se dire que Neymar est un échec. Un énorme échec. Pas seulement pour ses performances en dents de scie, pour ses blessures récurrentes ou ses envies d’ailleurs les premières années. Il est temps de se dire qu’au lieu de s’intégrer et d’améliorer un collectif, on a donné les clés du camion à Neymar et que Neymar, aussi talentueux soit ou fut-il, n’est ni Pelé ni Maradona et qu’il ne peut pas faire la différence tout seul. Il est temps de se rappeler que le football est un sport collectif. Qu’on joue à 11. Qu’un jeu, ça se construit lentement, match après match, patiemment et que Neymar à lui seul ne peut être notre plan de jeu.

Il est temps de se dire qu’en quatre ans, Neymar a tué le jeu collectif des Rouge et Bleu. Pas de sa faute, parce qu’on ne lui a pas demandé d’y participer. Parce qu’on a pensé que son seul talent pouvait faire la différence. Parce qu’on a cru que le football pouvait exister sans complémentarité, que les étincelles peuvent devenir incendie et que l’Europe s’embraserait devant nous. Mais non.

Il est temps de se dire qu’on a fait tellement d’erreurs que c’est normal que nous en soyons là, actuellement. Dans ce grand vide que nous vivons. Dans ce rien auquel nous sommes arrivés.

Il est temps de se dire que si les problèmes perdurent depuis Ancelotti, Blanc, Emery, depuis Tuchel et sous Pochettino, c’est que le problème se trouve ailleurs. Il est temps de se dire que si ces entraîneurs talentueux réussissent ailleurs, c’est que vraiment, le problème ne venait pas d’eux.

Il est temps de se dire qu’il faut tout remettre à plat. La stratégie, le jeu, la vision à long terme, l’effectif, le directeur sportif, l’entraîneur, le projet.

Il est temps de se dire que les Qataris comprennent autant le football que les Américains. Il est temps de se dire qu’une Swatch marche aussi bien qu’une Patek Philippe, que les deux donnent l’heure. Il est temps de se dire qu’en plus de joueurs de talent, de joueurs complémentaires, il faut acheter des caractères. Des Sorin, des Heinze, des Fernandez qui n’ont pas seulement envie de prendre un gros chèque mais de devenir un meilleur groupe, une meilleure équipe jour après jour. Il est temps de se dire que personne ne déteste la défaite au PSG. Il est temps de se dire que Messi est triste d’être au PSG et que jamais, malgré son immense talent, il ne peut représenter l’avenir du PSG. Sauf à considérer que l’avenir, c’est vendre des maillots en Asie.

Il est temps de se dire qu’il est encore temps. temps de changer de stratégie, temps de penser collectif et complémentarité plutôt que paillettes (pas Dimitri, hein) et individualités.

Il est temps de se dire que quand on a le meilleur joueur du monde sous nos couleurs (encore pour quelques jours et souhaitons-le, quelques années), il faut tout faire pour qu’il veuille tout gagner avec nous. Que chaque future recrue doit être là pour servir ses qualités, que chaque composition de match doit le servir pour qu’il nous rende autant.

Il est temps de se dire tout ça car comme le disait si bien Francis Borelli : « Qu’importe, on pourra même me traiter de fou, il n’y a rien que ces couleurs parisiennes qui illuminent mon cœur. »


Safet Sous X

Du viagra et vite !

Qui dit fin d’année, dit heure du bilan de mi-saison.
Et avouons-le, ce dernier n’est pas présentable aux supporters que nous sommes
et ce n’est pas Jérôme Reijasse qui nous contredira. 

C’est peut-être cette époque merdique, de France divisée, de peur entretenue. Où Zemmour , délinquances urbaines et Covid semblent être les seules réalités. C’est peut-être ces nouveaux maillots juste bons à déguiser les touristes, tous hideux, tous symboles de la perte de notre identité, de ce désir écœurant et stupide de vouloir effacer le passé pour mieux rentabiliser le futur. C’est peut-être de devoir depuis quelques temps regarder les matchs du PSG en streaming, avec le décalage temporel qui fait que tes potes abonnés à Prime deviennent tous des prophètes et te spoilent involontairement le film à coups de textos, avec les spams porno ou d’assurance-vie ou de paris sportifs qui te pourrissent la diffusion. C’est peut-être le fait de ne plus aller au Parc et d’être convaincu très intimement que le Parc ne peut plus être pour toi qu’un monument aux morts.

C’est peut-être la lassitude après ces 27 premières rencontres toutes compétitions confondues où, malgré notre première place en championnat, cette qualification en huitièmes de ligue des champions, je n’ai quasiment jamais bandé. C’est peut-être Messi qui n’a pas envie d’être là et qui ne fait même rien pour le cacher et qui a plus raté en trois mois chez nous qu’en mille ans au Barça. C’est peut-être le fait que le PSG qatari est condamné à répéter les mêmes erreurs éternellement parce qu’il ne sait construire que sur du sable, sur ce fantasme débile que le football, c’est forcément 11 stars. C’est peut-être tous ces bons joueurs que Paris transforme en fantômes, Wijnaldum comme dernier exemple assez frappant.  C’est peut-être Mauricio et sa tête de déserteur résigné. C’est peut-être l’absence de Neymar, seul vrai créateur, seul capable d’y aller, même à 4 contre 1.

C’est peut-être ces rumeurs plus qu’insistantes d’une coupe du monde tous les deux ans, de ce pot-de-vin officiel de la FIFA avec ces 17 millions promis aux fédérations qui valideraient ce projet mortifère. C’est peut-être que le football comme pas mal d’autres pratiques trop anciennes pour être honnêtes, risque d’être avalé et digéré et chié dans la grande fosse par ce fléau que les Américains appellent « G.R.E.E.D ». C’est peut-être de voir chaque matin tous ces mômes avec ce masque sur leurs tronches. C’est peut-être de nous voir marcher et jouer au handball sans idée pendant 90 minutes. C’est peut-être tous ces supporters parisiens qui ne jurent que par la LDC. C’est peut-être parce que plus un jeune du centre de formation ne monte en équipe première. C’est peut-être parce que quand Auteuil a fêté son anniv, il n’a pas salué Boulogne.

C’est peut-être parce que le PSG vient de s’offrir un record effrayant avec plus de 115 matchs sans aligner jamais le même onze. C’est peut-être parce que Javier me manquera pour toujours. C’est peut-être parce que je sais que ce qu’il manque au PSG, aucun billet vert, aucun gaz, ne peut l’acheter.  C’est peut-être parce que Jules n’est déjà plus dupe de nos errances coupables. C’est peut-être parce que Verratti joue un match sur douze. C’est peut-être parce que Degorre a encore trempé sa plume dans la merde pour vendre du papier. C’est peut-être parce que certains des nôtres ont déjà condamné Navas. C’est peut-être parce que pour pour la première fois en trente ans, le PSG ne va pas me manquer pendant la trêve hivernale.

Que retiendrons nous de cette équipe ? Éventuellement des trophées. Pas si mal? Oui. Mais quand je repense à Sušić, Raí, Ronnie, Pauleta, Javier pour ne citer qu’eux, ce n’est jamais avec une coupe brandie vers le ciel. Même le soir de la finale contre Saint-Étienne, LE MATCH qui depuis ma province me confirma que ce serait Paris, c’est une passe, un but, un geste pour rien et indélébile qui remonte à la surface. La gloire… c’est bien la gloire. Ça brille. C’est cool. Je prends. Pas de problème.   Mais aux médailles, je préférerai, toujours, l’appartenance. Mon vieux mantra. Et c’est peut-être pour ça SURTOUT que je suis encore là à maudire nos joueurs et à insulter nos ennemis avec la même rage et le même humour plombé qu’autrefois. Parce que sinon, le spectacle est atterrant, souvent. Pas un match référence depuis août. Rien. Des randonneurs. Le néant en tongues.

Alors, si le père Noël pouvait déposer sous notre sapin un soupçon d’esprit collectif, sur le terrain comme en dehors…  joyeuses fêtes peuple parisien. Vaccinés et non vaccinés. PSG4LIFE


Jérôme Reijasse

De l’indigestion de saumon en environnement footballistique

Ces derniers temps, nous sommes peu enclin à l’introspection : les pétro-dollars qataris nous font tourner la tête. Pour la génération de supporters qui n’a connu que Zlatan et Neymar ou pour celle, antérieure, qui a volontairement oublié ce qu’il s’est passé, il semble utile de rappeler un épisode que je considère pertinent et structurant pour comprendre le parcours du PSG, aujourd’hui encore.

Et pour ça, il faut descendre dans le métro. C’est une sorte de cave dans laquelle habite un grand serpent mécanique (cet article a aussi été écrit pour un public d’enfants de 3 ans dans l’objectif de massifier la cible de Virage Paris). J’y ai retrouvé le souvenir d’une soirée magnifique qui explique, très partiellement certes, l’errance du PSG – errance dont il n’est pas sorti depuis, du moins pas encore, malgré les centaines de millions d’euros investis – et apporte un éclairage rétrospectif, quoique lointain, sur ces défaites lamentables contre Barcelone, Madrid et Manchester United, qui finalement explique aussi l’échec des dirigeants actuels, plutôt tennismen que footballeurs.

Ligne 13, compressé entre plusieurs viandes humaines. Heures de pointe. Élue « pire ligne du monde ». Suis nez à nez avec un contribuable lambda, membre manifeste des classes macron-compatibles, qui procédait, ce fasciste (la suite explique ce qualificatif désagréable), à une prise d’air buccale, non par le nez donc, mais par la bouche, pour assurer un des besoins fondamentaux de l’homme : respirer. Mais pourquoi donc ai-je insulté ce chaland médian ? La réponse revêt la nudité de l’évidence : parce qu’il puait de la gueule. Attention, pas comme un picolo ou une bouche mal lavée, plutôt comme quelqu’un qui a des restes de chair humaine en décomposition coincés entre les dents depuis plusieurs semaines. Réexpérimenter, même en souvenir, le miasme exhalé par son four inamical heurte mon odorat en pensée. Et là, va savoir, j’ai lié dans mon esprit cette haleine fétide, la même que celle de Jabbah le Forestier, à un repas très arrosé : une grosse tablée de bouffe qu’il aurait ingurgité, avec ses doigts, baigné de jaja râpeux, une espèce de banquet du Moyen-Age, avec des faisans rôtis, des sangliers à la broche, du saucisson d’âne et beaucoup de saumon fumé LIDL.

Suivant le fil de mes souvenirs dans des instants d’apnée obligatoires, la réduction drastique d’air m’a provoqué une hallucination : tout à coup, est apparu Emile Zola qui me tendait L’Assomoir, ouvert en deux sur les pages de description du repas gargantuesque que Nana organise chez elle, au milieu du livre. Tu ne te souviens pas, Lecteur, c’est un souvenir très enfoui, mais tu as été au collège… ou pas, il est vrai que tu es supporter de football. Ce souvenir planté, Emile a disparu et le monsieur est descendu. Seul face à ce bouquin épais, flottant dans l’espace au-dessus des passagers du métro, là, j’ai compris…

Avant d’aller plus loin, je voudrais dire que j’ai bien conscience, à ce stade, de vous avoir complètement perdu, et que plus personne ne lit ce papier… C’est pourquoi, je pourrais glisser ici, à l’aise, un lien vers un site Tor zoophile ou des insultes à la mémoire de l’Abbé Pierre, sans qu’absolument personne ne s’en aperçoive.

Nico face aux Vikings © Icon Sport

Ce dont je voudrais parler, j’y viens, c’est du PSG-Rosenborg, le 7-2. Et te dire à toi, unique lecteur survivant, insomniaque et dépressif, pourquoi ce long détour. Ma thèse est la suivante : ce soir-là, les ennuis du PSG ont commencé, des ennuis sportifs mais aussi éthiques, en suite de ce premier carton en Ligue des Champions. Et ces ennuis, si j’essaie de leur donner un début, j’espérais du même coup au fil des années leur donner une fin : la défaite magistrale contre le FC Barcelone, 6-1… le coup de grâce fatal au PSG que l’on a vu naître la nuit du 7-2. La secousse parfaite qui vient conclure le parcours ! Puis, il y a eu le 7-1 face aux Celtics ! Une victoire ! Le même nombre de buts que face à Rosenborg. Un jalon complémentaire au renouveau ou une nouvelle chute ? Les Celtics sont-ils le nouveau Rosenborg ? A-t-on troqué des Suédois pour des Écossais ? De l’aquavit pour du whisky ? Bref, est-ce à nouveau le début de la fin ? Peut-être, car il y a eu cette défaite contre Madrid… cette pathétique défaite l’année suivante, qui ne nous a pas préparé à celle contre Manchester United, où le ridicule a côtoyé le nul.

Je me rappelle Courbis, notre grand ami, dire un jour, en substance : un match c’est comme un film, si les spectateurs trouvent que les acteurs ont été bons, ils se diront que le réalisateur n’est pas trop con. Que penser des deux années Unai Emery alors que le PSG n’a jamais eu jusqu’à elles les moyens qu’il a eu ? Pour trouver une quelconque qualité à Emery, il faut être un croque-mort alsacien, ascète protestant chiant comme un dimanche pluvieux à Colmar, qui vit depuis trente ans sur une réputation éculée et rabotée comme les dents d’une octogénaire, il faut être Arsène Wenger et proposer la Coupe du monde tous les deux ans. Quant à Tuchel, tout le monde semble en être satisfait, mais je ne sais pas pourquoi. Qu’est-ce qu’il a fait Tuchel ? Rien de plus que ses prédécesseurs, voire moins avec plus. Ah si, une finale de Ligue des Champions l’année précisément où elle ne valait pas un clou car jouée sur un tour, sans public, dans le contexte d’incertitude puissant qui pèse sur la première pandemie planétaire post-mondialisation. Quant à la Pochette, il fera un petit tour puis il circulera, comme les autres avant lui. En dehors de Laurent Blanc, quel entraîneur nous a marqué, réellement, avec lequel nous avons vu une différence dans le jeu ? Qui nous a surpris ? Avec qui on s’est dit qu’il y avait quelque chose qui se passait ? Si j’avais su un jour que je défendrais Laurent Blanc…

Ce 7-2 contre Rosenborg est un des piliers sur lesquels le PSG que nous avons tous connu s’est construit. Je parle du PSG tel qu’il vit aujourd’hui, à travers ses supporters historiques, dans leur diversité, et ce peu importe ses propriétaires. Ces derniers vont et viennent, ils achètent, vendent. Le PSG est une marque, une entreprise, c’est comme ça, c’est le monde dans lequel nous vivons et que nous acceptons plus ou moins en fonction du portefeuille réel de l’actionnaire. Ces derniers temps, nous ne nous en plaignons pas. Les Qataris sont blindés et ils n’hésitent pas à sortir le « cheikhier » à feuilles d’or pour écrire plein de zéros. Oui, ce 7-2 est un des piliers sur lesquels repose aujourd’hui notre perception du PSG : un club qui n’avance pas parce que tout le monde s’y sent très à l’aise…

Laurent de Gala © Icon Sport

Ce soir-là, rappelle-toi, on a vu un Laurent Robert de gala, un Frédéric Déhu à son meilleur, un Anelka-champagne, bref, une constellation de talents organisée pour flinguer du Suédois, ces géants blonds qui nous narguent parce qu’ils ont 4% de chômage et une dette réduite. On les a pulvérisés les Vikings et ils sont rentrés chez eux la corne entre les jambes, sur leurs drakkars bouffer du saumon et faire du ski de fond. Dieu, ce que je me sens étranger au nord du monde ! Et ce soir-là rappelle toi aussi cette latence morbide, cette satisfaction d’être les meilleurs, cette absence d’humilité de joueurs qui se sont vus trop beaux. Le 7-2 nous a laissé de magnifiques souvenirs et beaucoup d’espoir. Nous étions heureux au sortir de ce match, confiants dans les capacités de notre équipe à bâtir sur les fondations de cette soirée. 7 buts ! Incroyable, non ?

Ce 7-2 était un sommet de gloire. Mais pas le genre de sommet qui entre dans la légende du PSG. Peu de gens se rappellent de ce match somme toute anecdotique, le genre de sommet qu’on pourrait plutôt assimiler à un pic sur un encéphalogramme plat. C’était un festin de but et comme lorsque l’on a trop mangé on s’endort. Le PSG s’est senti ce soir-là un potentiel pour faire mieux que d’éclater Rosenborg, il s’est imaginé un destin européen, peut-être pérenne. On connait la suite et la suite n’a pas encore pris fin. Depuis, ils dorment, repus, ils ont fait bombance. Et le recrutement de Neymar a été le jalon complémentaire et spectaculaire à cette dépense qui dure et qui dure depuis quinze ans, sans parler de l’arrivée de Messi, le radin assis sur des centaines de millions incapables de retourner à 33 ans la faveur que le Barca lui a faite de lui signer 5 ans avant le plus gros contrat de l’histoire du sport. Il terminera comme Beckham, dans le ventre des convives de Nana.


Mehdi C.

Kylian, je t’aime

Pardonne-moi d’avoir recours à ce stratagème : une lettre, laissée sur un coin de table, cela manque sans doute d’élégance, ou de courage.
Mais j’avais besoin de te parler en restant calme, d’organiser mes idées.
Besoin de conserver un semblant de dignité, aussi, pour te demander :
Kylian, mon amour, reste.


Je te revois, le jour où nous avions officialisé notre relation. Ton costume, ta jeunesse, ton sourire. Ton sourire surtout, à la réflexion. Tu sais comme il me faisait craquer… Évidemment c’est facile, mais je veux croire que tu étais heureux d’être à mes côtés, ce jour-là, pendant la conférence de presse au Parc. Non, je dois regarder la vérité en face, je le sais : tu étais heureux, et rayonnant alors qu’aujourd’hui, tu ne l’es plus. Ou plus de la même façon. Et moi je n’ai pas su voir à quel moment cette lumière s’était éteinte.

Bien sûr, on change plus vite à 20 ans qu’à mon âge, et je ne peux m’empêcher de me dire que j’aurais dû me douter, et t’écouter mieux. Me dire que cela aurait changé quelque chose. Que si j’avais été plus attentive tu ne l’aurais pas vue, ou pas de cette façon-là.

Madrid est séduisante, évidemment. Et même si bien sûr nous n’en avions jamais parlé ouvertement, je sentais qu’elle te plaisait, avant même que l’on vive ensemble. Si tu savais comme ça me fait mal d’écrire ça… Mais tu vois, je me suis promis d’être honnête, et aussi de ne te faire aucun reproche. Alors oui, Madrid est une capitale magnifique, et elle te faisait rêver, comme j’ai moi-même pu cesser de le faire, au fil des jours. Pourtant, je refuse de croire que tout est fini entre toi et moi.

Bien sûr qu’après quatre années de vie commune, on ne se voit plus de la même façon. Et bien sûr que je ne t’ai pas donné tout ce que tu voulais, lorsque nous avons débuté notre relation. Cette Ligue des Champions que l’on voulait tant. Notre ligue des Champions. On en a tellement parlé. Pourquoi est-ce qu’on n’en parle plus aujourd’hui, tous les deux ? Je ne saurais même pas dire comment le tabou s’est installé. Comme si tu avais cessé d’y croire, ou comme si ça n’était plus une raison assez forte pour te donner l’envie de rester.

Alors qu’elle, je sais, des coupes, elle en a déjà offert à ses amants, tu n’as pas besoin de me jeter ça au visage. Est-ce rassurant pour toi ? Ou excitant, au contraire ? Mais moi, au-delà de l’humiliation, j’y crois encore, à cette histoire qu’on s’était promise, pour nous deux, et tellement fort. Je crois juste que nous n’étions pas encore prêts, je crois qu’en un sens c’était trop tôt, je crois que l’an passé, et l’année d’avant, pendant le confinement, nous sommes passés si proche, toi et moi, d’accomplir ce rêve, que ça ne peut que marcher demain.

Mais surtout, j’ai tellement envie de partager ça avec toi. J’ai tellement envie que ce soit toi qui m’offres ça.

Là-bas, tu serais un après d’autres. Alors, oui, elle te traitera en star, elle te sourira, comme elle sait le faire, je ne m’inquiète pas pour toi. Mais si un jour elle t’offrait ce qui te manque tant, tu crois vraiment que ça aurait la même force qu’avec moi ? Le combientième serais-tu à partager ça avec elle ? La rejoindre, ce serait n’être qu’un de plus, et ça elle ne te le dit pas. Je refuse de croire que tu accepteras d’être le nouveau Zidane : ça c’est un destin à la Marvin Martin. Je ne peux pas imaginer que récupérer le flambeau d’un Benzema te fasse triper. Lui, tout le monde l’aura oublié dans dix ans. Ici, tu pourrais les dépasser tous. Moi je te propose d’être le premier. L’unique.

Moi je brûle encore. Moi j’ai encore envie de toi, et je sais qu’on peut toujours construire ce qui n’a jamais été construit nulle part, tous les deux. Quelque chose de plus grand, de plus beau. Quelque chose qui donne envie à des gamins de devenir le nouveau Kylian, et pas une autre meringue sur le plateau de la vieille confiserie de Castille.

On va écrire cette histoire, toi et moi, il suffit que tu le veuilles encore. Moi, je ne te demande rien d’autre. Parce que cette future joie d’accueillir dans notre foyer une première coupe, c’est avec toi que j’ai envie de la partager, plus que jamais. Nous en sommes si proches !

Je comprends que j’ai pu te donner l’impression de vouloir te contrôler, et au final de t’étouffer. Je comprends que tu n’es plus le même que lorsque nous nous sommes connus. Je comprends que tu as besoin d’être ce nouveau toi-même, un Kylian plus adulte. Je n’ai aucun problème avec ça, au contraire : je sais que je t’aimerai tout autant et même sans doute davantage une fois débarrassé de cette image de gendre idéal. Alors vas-y ! Chante, crie, hurle, sois toi-même Kylian ! Et laisse-moi chanter, crier, hurler à tes côtés. Grandis, cours, vole. Mais laisse-moi voler avec toi.

Jamais je ne t’empêcherai d’être celui que tu as envie de devenir : un champion, un leader. J’ai tellement envie de ça pour toi, pour nous. Kylian, je t’aime. Je ne te supplierai pas. Reste.

Carrément méchant, jamais content

« Ah vous les supporters du PSG vous n’êtes jamais contents » me lança un jour dans un sourire Denis Chaumier alors directeur de la rédaction de France Football.
Un peu plus de 10 ans plus tard cette phrase est plus vraie que jamais.

Pourtant en 10 ans, que n’avons nous vécu comme grands moments ! Et complètement inimaginables à ce moment là !
A l’époque nos gardiens s’appelaient Coupet et Edel, nos stars Giuly, Makélélé et Nenê. Quelques mois plus tôt, l’OM venait d’être champion et s’était imposé logiquement au Parc, un dramatique soir de 28 février. La mort venait de frapper devant la tribune Auteuil. Rien ne serait plus jamais pareil. Les abonnements supprimés, le Parc karcherisé, certes les résultats sportifs n’étaient pas trop mal (4ème du championnat), mais difficile pourtant d’être « content »…

Dix ans plus tard le PSG est pour certains LE favori de la ligue de champions. Le meilleur joueur du siècle est chez nous et il vient de signer un doublé contre Leipzig en phase de poule de LDC, bien aidé en cela par, à mon sens, le meilleur joueur du monde actuellement et cela pour au moins 10 ans. Nos gardiens s’appellent Navas et Donnarumma. Premier de notre groupe à mi-parcours. Premier en championnat avec 9 victoires en 10 matchs. Et pourtant…

Pourtant qu’est ce que j’entends ? « on n’a pas de fond de jeu », certes je suis assez d’accord, « il faut virer l’entraîneur », là je ne suis plus d’accord. Ce sont les mêmes que ceux qui voulaient virer Tuchel il y a un an, comme il fallait virer Emery, Blanc, Ancelotti…Et qui voulaient garder Kombouaré… Je ne fais pas partie de la Team Poche comme l’ami Arno-P-E (mais pourquoi P-E ? Le saurons-nous un jour ?) mais le virer n’aurait aucun sens. Même si je ne comprends pas tous ses choix, laissons le finir la saison. A minima. Bien sûr on peut me parler de Chelsea qui a changé d’entraîneur en cours de route les 2 fois où il gagne la LDC… Il y a des exceptions à toutes les règles. Mais la stabilité pour gagner en foot reste quand même la norme. Oui il faut du temps pour construire un collectif, espérons que nos dirigeants finissent par le comprendre et arrêtent de tout chambouler au gré du vent mauvais, de leurs humeurs pas vraiment monotones. Ah les réseaux asociaux, nouveau fléau à qui l’on donne bien trop d’importance.

Il y en aura toujours pour critiquer

Voilà qui nous amène à l’affaire du poison nommé Wanda. Étalage sentimental sur la voie publique, résultat, le PSG se retrouve sans avant-centre avant un match capital de LDC. Faut il en rire ou en pleurer ? Si l’on en croit les nombreuses langues de vipères cela n’est pas grave puisque le gominé serait complètement nul. Encore une fois ce sont les mêmes je pense qui crachaient sur Cavani… Icardi est un 9, un vrai. Celui qui dans la surface peut se rater une fois, voire deux. Mais jamais trois. Icardi cette saison c’est 5 titularisation pour 3 buts. Bien sur ce n est pas lui qui va revenir défendre comme Cavani. Tiens, c’est drôle on reprochait à Cavani de revenir défendre, aujourd’hui on reproche à Icardi de ne pas le faire… Vous avez dit jamais contents ?

Depuis mardi Mbappé et Messi ont fait taire tous les commentaires imbéciles les concernant, au moins jusqu’à aujourd’hui. Par contre le troisième larron lui n’échappe pas à la crucifixion de ces « supporters ». On parle ici du numéro 10 du Brésil, born to be a star. Il faut reconnaître que son début de saison est dans la lignée de la fin de la précédente. C’est à dire décevante et insuffisante. Oui c’est vrai il a perdu son instinct de tueur, il a plus de mal à effacer ses adversaires et à faire la différence, oui c’est vrai. Mais Neymar reste le Ney. Un joueur parfois agaçant mais qui peut vous faire gagner un match à tout moment. Comme Ronaldinho en son temps. Espérons que cette semaine entre deux bouteilles au Pachacha club Ronnie ait pu lui glisser deux mots sur comment humilier les marseillais au vélodrome.

Concernant la LDC certains s’amusent par rage, dépit, désespoir, et jalousie à dire que le PSG ne l’a pas gagnée en 10 ans, que le projet du Qatar serait donc un échec. Il est intéressant de voir que sur les 10 dernières années, seuls 5 clubs ont gagné la LDC… Selon leur logique tous les autres clubs sont donc des nuls. Bref, il y a eu, il y a et il y en aura toujours pour critiquer, que ce soit par bêtise, envie, ou juste par habitude, arrêtons de leur donner trop d’importance, ils ne le méritent vraiment pas. L’indifférence sera toujours plus forte que la bêtise et la haine.

L’indifférence voilà un autre symptôme dont certains supporters parisiens sont atteints. Là c’est plus grave. Certains éprouvent une lassitude devant nos matches. N’arrivent plus à s’enflammer comme avant. « La fauve passion va sonnant l’oliphant » écrit Paulo. Non pas Le Guen, Verlaine. Cela peut s’expliquer à priori par le fait que gavés de titres (mais jamais rassasiés pour ma part) ces supporters ne s’intéressent plus qu’à la LDC. A partir des quarts. Bien sur il est vrai que les poules n’ont pas grand intérêt, bien sûr le championnat peut paraître fade par moment. Mais ce qui rend les grands moments si mémorables c’est leur rareté. Voir le temps de l’attente. A ceux là je dis, si dimanche soir vers 20H55, le cœur ne bat pas plus vite, si la bave aux lèvres ne vient pas, si l’envie de vomir votre haine de l’OM n’est plus là, alors il sera temps effectivement de vous inquiéter. Et comme écrivait Paulo (non pas César, mais encore Verlaine) à peu de choses près : « Comme les bons époux d’il n’y a pas longtemps, 
Quand l’un et l’autre d’être heureux étaient contents, 
Qui vivaient, sans le trop chanter, allez le PSG ! »


J.J. Buteau
mauro et wanda virage PSG

En haute fidelité

Les frasques du duo Icardi ont défrayé la chronique ces derniers jours.
De commentaires amusés en brèves mode faux-cul, les médias putaclic auront rarement tenu à si bien mériter leur nom. Il fallait donc réagir, et rétablir la vérité :
le PSG sort grandi de cette histoire.

Pour ceux qui ont raté la dernière semaine de la télénovela « Amour, Gloire et PSG », voici un petit résumé des épisodes précédents : Depuis des années, Wanda aime Mauro d’un amour plus brûlant que le soleil de la Patagonie, qui est déjà hyper brûlant. En retour, Mauro aime Wanda lui-t-aussi mais… Mais la chair est faible, hélas. Et comme le poète, Mauro a lu tous les livres. Alors que s’est-il passé au juste entre le buteur au corps tatoué, lui pour qui après tout « la mettre au fond » est plus qu’un métier mais une passion, et la trop sulfureuse pour être pas sulfureuse China Suarez ? L’histoire et les médias people ne le disent pas. Bref, après tout peu-t-importe, Wanda et Mauro connaissent une crise conjugale dont ils publient eux-mêmes en live les multiples rebondissements sur Insta, c’est passionnant, le buteur a déjà raté deux matches et c’est peut-être un détail pour vous mais il parait que dimanche il y a un petit OM-PSG qui se profile, et ça pour les supp du PSG ça veut quand-même dire beaucoup.

Alors que penser de tout ça ? Tout d’abord soyons clairs : ce n’est pas le rôle d’un média de sport comme Virage de s’abaisser à relayer les problèmes familiaux d’un joueur. Et pourtant vous lisez ce texte. Pourquoi ? Pas tellement parce que les affres de nos tourtereaux amateurs de bonne chère et de chair bonne ont des conséquences sportives, mais bien davantage parce qu’il y va aussi et surtout de l’honneur du PSG.

Commençons par le sportif, et donc par le cas Wanda. Pour bien comprendre l’importance de l’épouse dans ce raisonnement, il faut rappeler que Madame Nara a presque davantage de casquettes professionnelles que de couvre-chef dans son dressing : influenceuse, femme de médias, chroniqueuse télé, elle est aussi et surtout l’agent de son joueur de mari, eh oui. Une séparation de corps équivaudrait donc inéluctablement à une renégociation du contrat de l’ex Napolitain.

De plus, les aller-retours de Mauro pour tenter de repêcher son beau poisson lui ayant coûté une certaine énergie, ce dernier a déjà raté deux rencontres : face à Angers et Leipzig. D’où les remarques acerbes lues ici ou là concernant un club une nouvelle fois incapable de se faire respecter, un joueur qui cracherait sur son contrat ou même qui nuirait sportivement à son équipe. Bref c’est la honte, le Paris SG n’est pas une Institution ma bonne dame (institution avec un granti), et c’est pas à Madrid, Munich, ou Manchester qu’on verrait ça, rayer la mention inutile en fonction de vos propres lacunes mémorielles.

La vérité c’est que Wanda agent, cinq jours de Mauro absent, on s’en fout. La vérité c’est que ces propos sont indignes et que la seule institution qui sort grandie de cette affaire, c’est bien le PSG. Et la vérité, enfin, c’est que les Rouge et Bleu vont peut-être même y gagner, sportivement.

Oui nos amants maudits ont exposé leur vie privée aux yeux de tous. Il y avait d’ailleurs quelque chose d’assez gênant à en suivre chaque misérable étape. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont plus riches, plus connus, plus exposés, ce n’est même pas parce qu’ils ont choisi tout cela qu’il faut occulter la réalité : derrière ce battage, il y a des êtres humains. Que Wanda Icardi mette en avant sa plastique, qu’elle aborde volontiers ses relations intimes dans les médias, c’est son choix. En quoi cela autorise-t-il quiconque de nier le fait qu’elle puisse souffrir comme on souffre tous dans une crise conjugale ? Et Mauro ? Qu’il ait sexé, sextoté, ou juste fait le beau auprès d’une donzelle mais peu importe ! Il a une femme, dont il a vu la douleur, et ça l’a dévasté. Il a des enfants dont on peine à imaginer ce qu’ils ont pu comprendre et ressentir de cette épreuve, depuis des jours, il a une famille qui explose sous ses yeux, il vit la pire expérience possible et on lui reproche de ne pas avoir la tête au football ?

Mais oui c’est son travail. Oui c’est ce pourquoi il est payé, et très très très très bien payé même. Et alors ? Ceux qui ont vécu la possibilité de se voir retirer leurs enfants ne peuvent pas être amnésiques au point de nier que dans ce cas-là, effectivement on prend le premier avion pour Milan. Et on poste des photos débiles. Et on est misérable, et on se déteste. Et on s’en fout. Star ou pas.

Alors lui reprocher de ne pas avoir trouvé la conscience professionnelle d’aller se coller sur le banc face à Angers ou je ne sais quel club teuton, c’est lamentable. Heureusement que le PSG a su s’élever au-dessus de ça. Heureusement que les dirigeants parisiens ont su accompagner leur joueur, parce eux n’ont pas oublié que Mauro Icardi est un être humain. Un membre de la famille Rouge et Bleu. Et qu’il méritait le respect.

Ils ont fait ce qu’il fallait pour l’aider et il faut en être fier.

Peut-être que dimanche, face à Marseille, Icardi ne pourra pas encore revenir sur le terrain. Derrière les publications Insta de câlins mielleux, les mains avec ou sans alliance, les hashtags « je t’aime d’amour », les suppressions de comptes et toute cette partie émergée d’un iceberg glauquissime, il faut imaginer les tensions, la violence d’une rupture, le manque de sommeil. Les engueulades et la peur et les pleurs. Les enfants, la famille, et la douleur, partout. Et que ce soit de sa « faute » ou pas ne change rien à l’affaire. Il ne faut souhaiter à personne, responsable ou pas, de vivre de tels moments. Et de les faire vivre à ses gosses.

En revanche, si dimanche, le buteur argentin pouvait revenir, alors on peut parier qu’il aura à cœur de rendre au PSG ce qu’il lui a donné. Même s’il s’agit d’une poignée de minutes, pour Icardi retrouver la pelouse sous les couleurs d’un club qui lui aurait permis de sauver sa famille aura une très forte signification. Pouvoir de nouveau jouer, juste jouer, se vider la tête, et laisser à d’autres le soin de s’intéresser au fait qu’il se vide ou non une partie plus irriguée de son anatomie…

Dans cette affaire dont les rebondissements auront agacé tous les acteurs du monde parisien, et dont on se serait vraiment bien passés, le club de la Capitale s’est peut-être bien trouvé un buteur qui lui sera redevable à jamais. Et ça, au-delà de la classe du comportement de l’institution parisienne, ça peut changer beaucoup de choses dans un club.


Arno P-E
La Team Pochettino Virage PSG

La Team Poche

Depuis janvier, Mauricio Pochettino a pris les rênes du club Parisien.
Certains supporters dénoncent une trop faible empreinte laissée par le coach argentin. Arno P-E, au contraire pense que son influence gagne le PSG.
Et vous, êtes-vous Team Poche ?

Que celui qui, après une défaite, n’a jamais invoqué le fameux « je vous l’avais bien dit… », nous jette son premier Adidas Tango à la tête. Quoi de plus normal que d’anticiper le pire, afin de ne pas risquer d’être déçu, en cas d’échec ? C’est humain après tout, ce mécanisme de protection. Je vous l’avais bien dit, que le fond de jeu du PSG n’était pas si bon. Je vous l’avais bien dit, qu’il fallait faire jouer un autre joueur, une autre tactique, un autre match. Je vous avais tout bien dit, depuis le début… Et qu’importe si le PSG accumule les bons résultats, un jour le PSG perdra un match, et ce jour-là je finirai par avoir raison d’avoir hurlé à la défaite, jour après jour… Alors oui, en ce jour noir nous serons tous malheureux, nous supporters du PSG, mais moi au moins j’aurai pour abri l’égoïste satisfaction du « je vous l’avais bien dit ».

Quel dommage ! Combien de soirées passées à se focaliser uniquement sur ce qui n’allait pas, après chacune des huit victoires en L1, après City, juste pour préparer ce triste « je vous l’avais bien dit ». Tout cela est si peu « Team Poche » ! 

Mais alors d’où vient ce nom : « Team Poche » ? Et que recouvre-t-il au juste ? Contrairement à ce que l’on pourrait laisser penser, la Team Poche (à prononcer Potché, évidemment), n’est pas un groupe organisé. Il s’agit plutôt d’un courant de pensée. Un mode de vie, adopté en référence à Mauricio Pochettino (à prononcer Potchét-tiiino, du coup), dont le flegme légendaire a marqué les terrains au début des années 2000, et les bancs de touche ensuite. Pour vous aider à mieux comprendre cette philosophie, on peut évoquer les trois piliers sur lesquels elle repose.

1.NE PAS S’INTERDIRE LE BONHEUR

Le football n’est pas patinage artistique. Il n’y a ni note technique pour une passe, ni éléments imposés en contre pressing. Alors pourquoi bouder son plaisir après une petite victoire, même un peu bancale ? On vous parlera de statut à faire respecter, on vous expliquera que le PSG se doit de produire du « beau jeu »™, que c’est notre identité… Meilleur moyen de se rendre malheureux, ça ! 

La quête du beau jeu n’est qu’une chimère. Vivre le PSG en mode « Team Poche », au contraire, c’est savourer chaque succès comme une friandise. Prendre la joie là où elle est : toutes les victoires sont bonnes, même, voire surtout celles obtenues par ce petit but bien sale qui vient crucifier votre adversaire dans les arrêts de jeu, après un match compliqué (spéciale dédicace à tonton Jean-Michel). Pourquoi s’interdire de jubiler après de tels combats ?

Cet état d’esprit de guerriers, ces coïncidences qui font que la pièce bascule du bon côté, Mauricio Pochettino n’y est sans doute pas pour rien. Les matches gagnés dans les ultimes secondes – imparfaits mais forts en cœur, en émotions – ils sont clairement « Team Poche ». Il s’agit de les apprécier à leur juste valeur. Quel que soit l’adversaire, toujours savourer. Parce que l’important n’est jamais l’équipe qui affronte le PSG… Battre Marseille, Metz, Munich, peu importe. De toutes façons sur le papier Paris est au-dessus, alors toute victoire sera belle.

2.GAGNER LE PROCHAIN MATCH

Mauricio Pochettino le répète à l’envie dans ses conférences de presse, l’important est de gagner le prochain match. Normal que la Team Poche en fasse, elle aussi, son crédo. 

Parce que le PSG a pour objectif avoué de remporter la Ligue des Champions, il est tentant de juger ses prestations en se projetant déjà sur ce qu’il faudra apporter en huitièmes ou quarts de LDC. En mode « si on joue comme ça en mars, ou face à Chelsea, on sera mal barrés ». Quelle inutile perte d’énergie ! On n’est pas en mars, donc relaxez-vous : inutile de chercher si loin des sources de stress, les quotidiennes des médias de sport s’en chargent déjà pour vous. Et puis surtout, quel manque d’ambition…

Intégrer le fait que l’important est toujours de gagner le prochain match, c’est un vrai changement de mentalité : les rencontres face aux équipes de fin fond de Ligue 1 deviennent aussi importantes que celles face à Marseille (d’ailleurs il arrive que l’un n’empêche pas l’autre). Chaque partie devient cruciale, quel que soit l’adversaire, quels que soient nos joueurs titularisés. Chaque partie devient l’occasion unique de tout gagner. TOUT ! Pour qui veut gagner le prochain match, il n’y a plus alors de composition bis, ni de titulaires à faire tourner. Le PSG en mode Poche joue à fond, tout le temps, pour gagner. Comme ses supporters qui sont présents partout, au top, pour toujours s’imposer. 

Cette grinta, elle commande de se focaliser uniquement sur le prochain match. Encore et encore. Être Team Poche c’est se forcer à jouir du luxe de ne pas s’éparpiller au-delà de la rencontre d’après, pour être dessus à 100%. Au coach seul de voir plus loin, d’anticiper. 

3.POCHE SAIT

Chacun à sa place. L’entraîneur entraîne, les joueurs jouent, les supporters supportent, et Pochettino sait.

Quand Tuchel était fragilisé il y a tout juste un an, beaucoup de supporters en appelaient au recrutement de Mauricio Pochettino. Un ancien du club, défenseur calme mais déterminé, élégant mais rugueux, meneur d’hommes mais sans compromis.

Aujourd’hui, penser « Team Poche » c’est admettre que ces qualités, Pochettino les possède plus que jamais. L’homme est au PSG, et il est cet ancien capitaine irréprochable, devenu coach au service de l’institution Paris Saint-Germain. Il est toujours ce leader pondéré, presque taiseux lorsque les questions ne concernent pas le jeu, et capable de se livrer entièrement quand on a gagné sa confiance. Il est surtout cet entraîneur, seul au monde, à avoir réussi à sortir Messi, Neymar et Mbappé sans écorner son autorité. 

Le peuple Rouge et Bleu a si longtemps appelé de ses vœux un homme capable de montrer qu’aucun joueur n’est supérieur au club, que lorsqu’il en a un sous les yeux, il refuse d’y croire. Et pourtant, au milieu du bouillonnement médiatique, au milieu des cris effarouchés de fans inquiets de voir une star risquer de bouder, Pochettino reste debout devant son banc comme il restait dressé au milieu de sa défense. Et désormais Paris peut compter sur deux gardiens top niveau, prêts au combat.

Être « Team Poche » c’est accepter que chacun soit dans son rôle. Si le coach dit au sextuple Ballon d’or de sortir, il sort, et il peut même faire la moue, pas de soucis. Pas d’inquiétude. Le PSG est au-dessus. Si un jeune champion du monde doit partir ronchonner sur le banc, il part… et les ronchonnements seront traités en privé, calmement, mais très précisément. Ayez confiance. Pochettino sait comment on protège le club. Et face à City, le PSG a pu compter sur un Messi préservé, capable de marquer à la 75e, sur une passe d’un Mbappé au service du collectif. Poche savait.

Penser « Team Poche », pour un supporter, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. De ne même pas tout savoir. Si le coach veut se taire en interview d’avant-match, où est le problème : c’est aux joueurs qu’il doit des explications. C’est même accepter de ne pas tout comprendre. Chacun à sa place.

Désormais, la saison est lancée. Le PSG se met doucement en ordre de marche. Rien n’est facile et la route sera longue. Alors plus question de revenir en arrière, de vouloir encore changer ci ou ça, comme on l’a déjà fait dix fois. Non, il faut être plus radical, tenter autre chose. Expérimenter la fidélité dans la joie. Fidélité à un club, à ses couleurs, et fidélité à son coach. Jusqu’au bout et en toute conscience. Voilà qui sera « Team Poche ».


Arno P-E

2011-2021 : Paris Saint-Germain FC, problème d’identité

Comme d’habitude dans la nature humaine, il faut attendre que la goutte fasse déborder le vase pour agir. Cette semaine a vu surgir une nouvelle polémique
chez les supporters du PSG : le club a pris la décision de ne plus passer Phil Collins
au Parc des Princes. Les dirigeants avaient pourtant rassurés les supporters quelques semaines plus tôt qu’une erreur humaine était la cause de cette polémique.
Ce passage musical, alors en place depuis 1992, divise les supporters
et relance ainsi le débat sur l’identité du club.

Fabien Allègre, directeur de la diversification du club (drôle de fonction selon So Foot) parle d’une évolution normale, à l’image du maillot : « On est tout autant capable de mettre en lumière des grandes marques internationales, de jeunes talents dans l’art ou la mode, que de participer à l’expression des talents musicaux du Grand Paris. »
Mais pourquoi vouloir mettre fin à près de 30 ans d’habitude, pour mettre en avant certains artistes parisiens ?

Je reçu alors, comme beaucoup d’autres, cette pétition en ligne pour annuler la volonté du club et préserver le fameux « who said I would ». Belle initiative, d’autant plus que cette dernière a l’air de faire effet *. Mais n’est-il pas un peu tard pour se soucier de l’identité de notre club ? Limite hypocrite quand on regarde les 10 dernières années de QSI à la tête du club. Toucher à une habitude vieille de 30 ans (pour un club de 50 ans d’âge) revient à toucher à l’identité, dont tous les supporters y sont naturellement attachés. Il en devrait donc être de même pour les sujets du type logo, le maillot et ses couleurs, le camp des loges, les joueurs, les tribunes etc …

En 2011, le supporter parisien n’a alors plus le choix que d’accepter cette révolution Qatari. Certains l’accepteront moins rapidement que d’autres, certains ne l’accepteront même pas du tout. La division apparaît dès ce moment. D’abord chez les supporters les plus fidèles ayant acceptés de continuer à venir supporter leur club de cœur tout en s’opposant à la charte TousPSG, le placement aléatoire en tribune et la dissolutions des groupes de supporters en tribunes populaires. Cependant sur le plan structurel du club, le supporter va graduellement subir et accepter les changements.

PSG est entré dans une nouvelle dimension. Il veut rivaliser avec les grandes institutions du football. Pour cela il doit suivre un modèle économique de qualité, créer une vraie marque de luxe et être au premier plan du monde du football. Si on veut voir PSG triompher, offrir une vraie gamme de « football spectacle » au peuple parisien, alors il doit rattraper son retard et imposer un mode financier, marketing & communication comme une réelle entreprise. Le supporter voulant voir son club affronter les gros cadors européens est donc prêt à tout accepter :
– La modification du logo : ce n’est pas si grave, il a déjà été changé plusieurs fois.
– La restructure des tribunes du Parc des Princes : c’était trop chaotique en coursives, une carte tous PSG et des sièges colorés pour représenter la Tour Eiffel n’a jamais tué personne.
– Les maillots marketing : ce n’est pas si grave, ces couleurs ayant déjà été souillés plusieurs fois dans les années 2000….
– Le Camp des Loge(s) renommée Centre Ooredoo : il s’agit juste d’un Naming pour le centre d’entraînement auquel je ne vais jamais. Il rapportera de l’argent et ce n’est pas comme s’il touchait le Parc. Son déménagement de St-Germain-en-Laye à Poissy offrira un lieu digne d’une équipe jouant la LDC chaque année.
– Les joueurs : on ne gagne pas une course avec une Renault française mais avec des Ferraris italiennes.

Chacune de ces petites nouveautés ne constitue pas de révolution en terme de changement, d’autant plus qu’elles rejoignent la normalité du monde marketing footballistique des grands clubs, mais elles peuvent pousser au débat dans leur ensemble (ci-présent).

Ce supporter amoureux de son club va doucement renoncer à ses convictions et son passé, convaincu que l’évolution du football moderne a fermé la porte à tout espoir de revoir un jour Gueugnon en finale de coupe. Il faut vivre avec son temps et accepter de payer 500€ pour un abonnement en virage. Les logos, maillots, Namings font partis de l’ère moderne. PSG recrute à nouveau des joueurs clés, même si ces stars ne sont plus achetées à Brest, Monaco, Benfica, Gremio ou Bordeaux. Nous remportons enfin le titre de champions de France, mais ce dernier ne fait plus effet car il n’a aucun mérite au vu de l’attente extrêmement importante autour du club avec son statut de méga favoris. Les petits frissons restants à se mettre sous la peau sont maintenant en Ligue des Champions.

Mais quand on y pense ….

Ni l’AS Monaco, ni Leicester City FC n’ont eu besoin de ces changements pour gagner leur titre de champion respectif et faire un super parcours européen. En dix ans, combien de frissons réels avons nous vécus en coupe d’Europe ? Pas beaucoup comparé aux réelles déceptions. D’ailleurs on parlait déjà d’identité et d’institution bafouée lorsque Serge Aurier était titulaire dans le 5-3-2 de Blanc après l’avoir insulté de « fiotte ». On en parlait aussi quand Ibrahimovic prônait que ce club n’avait pas d’histoire avant lui. Neymar avait aussi avoué « ne pas être heureux à Paris » sans parler des ses fêtes à gogo, ses carnavals, ses jeux, sa volonté constante de vouloir rejoindre Barcelone.

Alors que faire, quoi penser, qui a raison, qui a tord ? Voici mon avis :

Il ne faut pas oublier que PSG est une vitrine du Qatar, et lui a permis de mieux s’imposer sur la scène française et parisienne : immobilier, hôtellerie, luxe et maintenant sport. Ils ont fait du PSG leur marque à eux, à leur sauce, pour être au devant de la scène médiatique pendant la grande compétition européenne avant de recevoir le mondial 2022. Ce dernier est d’ailleurs bien insolite et scandaleux au vu du lieu géographique désertique sans stades, des conditions météorologiques, de la culture footballistique inexistante, des différentes enquêtes judiciaires ou même des différents rendez-vous à discours litigieux en 2010 entre l’Emir, M. Platini et M. Sarkozy.

Que reste-t-il de l’identité du club ? Ce qu’il reste est Le Parc des Princes.
QSI est en train de forger une nouvelle identité du club, laissant derrière elle celle que l’on se doit de défendre. Comment réagiraient les supporters si PSG décidait de construire son propre stade à l’image de certains autres clubs européens ? Comment réagiraient-ils si l’antre légendaire devait être renommée PARC ALL ACCOR ARENA ? Combien d’entre eux auraient suivi la hype si le club parisien avait rejoint le projet de la Superleague ?
Plus beaucoup selon moi.

Je pense que la vraie question à se poser est : quel est le but d’un club de football ? Quelle est sa raison d’exister ? Aucun(e). Justement le but unique d’un club de football est d’exister pour représenter sa ville. Il existe via le sport, le football, son histoire, son institution, ses valeurs, son stade, son maillot et son emblème. C’est seulement après que les championnats et tournois vont naturellement le mettre en compétition avec les autres clubs. Le plus fort remportera la coupe, mais il ne devrait pas exister uniquement par rapport à son palmarès ni aux trophées à gagner (contrairement aux objectifs du joueur).
QSI avait déjà amputé une partie de l’identité du club en affirmant être venu à Paris pour gagner le plus grand trophée européen. Cependant on ne reprend pas un club de football pour gagner la Ligue des Champions mais pour subsister, même si elle fait rêver tous les clubs. Il faut certes avoir des ambitions et des objectifs pour pouvoir apporter le prestige. L’argent fait partie du football, mais en investissant énormément chaque année pour gagner cette coupe, QSI se ridiculise à chaque élimination. PSG subi un revers à chaque fois qu’il ne remporte pas une compétition, et chaque défaite de championnat sonne comme une alerte maximale puisqu’elle semble impossible à la base. Il ne faut pas oublier que la défaite fait parti du jeu, et que l’on peu perdre avec dignité quand on rencontre plus fort que soit, ou quand la stratégie adverse était simplement meilleure.

J’ai arrêté de suivre PSG lorsque le premier titre de l’ère Qatari de 2013 ne m’a fait ni chaud ni froid et que celui perdu en 2012 me paraissait amplement mérité au MHFC. Ça s’est fait naturellement, et il m’a fallu plusieurs années pour comprendre pourquoi. Chaque supporter est libre de supporter le PSG qu’il voudra, mais l’identité d’un club est primordiale et le sujet Phil Collins en est l’exemple parfait. Je ne me reconnaissais simplement plus dans ce club ni dans ce football moderne dont le PSG est toujours la parfaite représentation.

Bien que la vente du club était urgente, je pense qu’il est important d’essayer de préserver les signes d’identités cités plus haut. Un riche Football Club peut très bien exister au sens traditionnel et proposer un beau football.
Milan AC, Liverpool FC, Chelsea FC, Manchester United, Juventus, Real de Madrid, Barcelone FC ou Bayern Munich ne sont pas des grands clubs parce qu’ils ont gagnés des coupes européennes, mais parce qu’ils ont montrés au monde entier un football de qualité sur la durée avec des joueurs légendaires qui avaient le sens de la combativité, de l’engagement et de la Grinta. Elles sont devenues des institutions et imposent le respect car elles ont su représenter leur peuple et leur ville dans la durée en répondant toujours présents en première division ou en coupe d’Europe tout comme Malmö, Saint-Etienne, Glasgow Celtic & Rangers, Dortmund, Ajax Amsterdam, Anderlecht, Everton, Fiorentina etc …

Paris n’est pas une ville de football mais PSG a justement donné une identité footballistique aux amoureux du ballon de la capitale. La date de fondation de 1970 nous rappelle que ce club n’a pas eu besoin d’exister avant, mais cette création récente impose un fort attachement car elle est contemporaine. Certains d’entre vous ont vécu sa création, son premier maillot rouge avec son premier logo, les premiers entraînements à Saint-Germain-en-Laye. Puis l’identité s’est forgé avec la montée en première division, le Parc des Princes, les premiers grands joueurs, les premiers trophées remportés contre les grands de France. On parle encore de PSG version Qatari mais ne parlait pas de « version Canal Plus » avec le maillot Hechter, les épopées européennes, les coupes, le titre et les magiciens sur le terrain. Les années 2000 sont décevantes sportivement mais ont continué à renforcer cette identité du club : Les fans de Ronaldinho, l’arrivée de Pauleta, ces huit victoires plus la coupe de France contre l’OM, ces deux saisons à jouer la relégation, la qualification contre Twente …

Paris Saint-Germain FC a raison de suivre l’évolution du football pour subsister, rivaliser avec les grandes écuries et rêver plus grand. Mais a-t-il raison de toujours vouloir aller plus loin dans sa démarche business ? Avec autant d’argent investit, ne pourrait-on pas jouer avec notre maillot Hechter domicile & extérieur chaque année, et laisser les maillots Third et Fourth au marketing ?
Est-il indispensable de vouloir changer la bande son de Phil Collins pour faire de la pub à d’autres artistes ?
Vaut-il vraiment la peine d’agrandir le Parc des Princes à 60 000 places ?

En bref, l’association des valeurs traditionnelles et de la stratégie marketing moderne est-elle vraiment incompatible ?

Avis de supporter : Ce PSG ne sera pas pris au sérieux tant que l’identité et le sens de l’institution ne seront pas respectés par les joueurs, staff & dirigeants. Il est du devoir de tout club de football professionnel de l’imposer et de le rappeler quand il est nécessaire.

* Boutade :
Depuis l’écrit de ce texte, le PSG est revenu sur sa décision via le tweet suivant :
« Devant l’émotion suscitée par le changement de musique d’entrée des joueurs, Phil Collins revient au Parc dimanche. En Parallèle, les échanges se poursuivent avec de nombreux artistes pour renforcer notre identité avec une sonorité ambitieuse, contemporaine et parisienne. »

Devons nous craindre par cette volonté de renforcer la nouvelle identité Qatari, l’ouverture du conservatoire Paris Saint-Germain Symphonic Orchestra, avec des cours de solfège pour la modique somme de 3,500€ à l’année (billet offerts pour le Parc en tribune kids à hauteur des huitièmes de finale de Coupe des Yvelines catégorie poussins). Ça fait rêver !


Etienne Basso